INTRODUCTION
En 1910, KrenBock décrivait sous le terme de « malacie trau- matique du semi-lunaire », une affection qui, avant lui, avait = déjà fait l'objet de diverses études, en particulier de la part de l'Ecole Lyonnaise de Chirurgie. Mais le mérite de cet auteur était d'isoler l'affection en tant qu entité nosologique, et d'en discuter la pathogénie.
Celle-ci a fait l’objet, avant et ob aprés Le nombreux débats, que reflètent les diverses appellations dont la
| maladie a été dotée : nécrose du semi-lunaire, mort du semi-
lunaire ; on a longtemps âbandonné le terme de malacie trau-
___matique, qui suppose une étio- -pathogénie qui ne fait pas sa
preuve dans tous les cas. Enfin, il semble qu'aujourd'hui on s'accorde à employer le terme de maladie de Kienbôck. Il s'agit, cliniquement, d’une douleur, d’une raideur du poignet, avec limitation des mouvements allant jusqu’à l'ankylose, et frappant un sujet par ailleurs en excellente santé. Livrée à elle-même, cette raideur douloureuse peut aboutir au blocage total de l’articulation du poignet. À la période d'état, les clichés radiographiques portent des altérations particulières et typiques, au niveau du carpe et du semi-lunaire.
Ce qui fait surtout l'intérêt de cette affection, ce . les conditions étio-pathogéniques dans lesquelles elle survient, et qui, dans un certain nombre de cas, demeurent assez obscures. Si le traumatisme semble souvent en cause, traumatisme franc, connu, ou micro-traumatismes, qui supposeraient alors une disposition particulière de celte région ostéo-articulaire, dans d’autres cas, il paraît vraiment devoir être exclu, en particulier lo r sque l’affection est bilatérale. Sur 44 cas, NaGurA a observé
qu une € hypothèse.
. nn . Kienbäck a donné lien. à de très nombreux vaux, qu ‘il serait fastidieux et inutile de rappeler ici. Nous contenterons de citer les œuvres les plus importantes, par auteur, par leur apport nouveau de connaissances anatomo. pathologiques, radiologiques, histologiques ; par leur He ta
tion pathogénique intéressante. —.
Avant la description princeps de KiENBoCK en 1910, des auteurs, surtout français, avaient étudié les diverses lésions susceptible d'être observées au niveau du semi-lunaire, en particulier le fractures. Quant aux autres états pathologiques plus ou moins obscurs, ils étaient attribués aux suites d'une fracture méconnue. C'est à cette thèse ancienne de Desror, TAVERNIER, DeLser, MoucHeT, que s’est récemment rallié NaAGurRA pour qui, dans toute maladie de Kienbôck, il y a une fracture suivie d’une reposition spontanée. Les particularités morphologiques et anatomo-pathologiques de la malacie du semi-lunaire ont été décrites par ces auteurs comme des séquelles de fracture.
D'autre part, l'Ecole lyonnaise encore avait étudié, dès le début du siècle, c’est-à-dire dix ans avant le travail de KIENBocx, les lésions osseuses locales qui nous occupent, et qui leur paraissaient survenir soit après un traumatisme, soit après une maladie infectieuse.
Enfin, KorxLcer, en 1908, avait attiré l’attention sur des lésions particulières que l'on devait retrouver dans la maladie de Kienbôck, mais que cet auteur avait observées au niveau du tarse. Moucner devait par la suite compléter cette description, et l’on parle aujourd'hui de la scaphoïdite tarsienne de KoEHLER- MoucHETr comme d’une maladie identique à la malacie du semilunaire de Kienbôck.
nd que Moucuer, en 1918, montrait q que cet. ” ee dans: les fractures anciennes du
( La Ébnlribution de HuuNE, en 1924, est surtout ne gique. Zweie se consacre à l’étiologie de l'affection qui nous occupe.-FonTAINE, en 1925, dénomme la maladie de Kienbôck «une atrophie traumatique du semi-lunaire ». LERICHE, en 1926, cherche un traitement des ostéoporoses traumatiques, ce qui aboutit à l'application à cette affection de la sympathectomie péri-humérale. MoucHer pense qu'il s’agit d’une fracture « par compression », CoMBIER insiste sur l'identité entre les consta-
tations de Koehle et Mouchet et celles de Kienbôck, et parle d’une
malacie de Koehle-Mouchet au niveau du semi-lunaire. Observations, revues d'ensemble, thèses, se multiplient dans la période d’entre les deux guerres. Citons les observations iconographiques de Vietti, la thèse de Gastreich ; l’article de Axhausen, pour qui il ny a pas malacie, mais nécrose, le cas de Hulten, surtout radiologique, la revue d'ensemble de Santozki. De 1929 date le travail de Leriche et Fontaine, qui expose les indications, la technique et les résultats de la sympathectomie péri-humérale dans le traitement de la maladie de Kienbôck. En 1930, BrucHHozz publie ses observations de malacie bilatérale du semi-lunaire. RocHER, en 1931-1932, en publie deux cas. LASSERRE obtient la guérison par l’extirpation de l’os malade. Dumonr, en : 1932, consacre sa thèse à l'affection qui nous occupe, RICHE également. Les quatorze cas de Ringsted obtiennent la guérison sans séquelle par l’ablation chirurgicale du semi-lunaire. ASTIER consacre son travail à la condensation du semi-lunaire-carpien et à sa pathogénie. C'est encore ce terme de « condensation du semi-lunaire » que l’on trouve éomme titre de la thèse de Esparcel, soutenue à Montpellier en 1935. Puis, ce sont l'observation de Dor, celle de Bonnal. DuBau publie, en 1937, deux bons résultats opératoires. La thèse de Chauvenet, de Lyon (1937-1938) constitue une excellente mise au point de la question à cette
Pierre Morin 1.
HE. ‘devaient amener r la consolidation, et une grosse am lioration clinique. : > se Rorx donne une étude de ce qu FE appelle la nécrose aseptique du semi-lunaire. Citons encore lintéressante étude d'Etchverry, consacrée aux bases anatomiques de la maladie de Kienbôck (1944), l'observation de Wilson, le recherches pathogéniques de Persson, enfin l'étude clinique et anatomo-pathologique de Ruttner, de 1946, ce nous n'avons malheureusement pa pi consulter.
La documentation de la question est donc extrêmement riche. En nous appuyant sur elle, nous essayerons de schématiser les caractères cliniques, anatomo-pathologiques, radiologiques, de la maladie. Nous essayerons de déduire des faits d'observation les théories étio-pathogéniques les plus plausibles ;-enfin, nous dirons les techniques et les résultats du traitement orthopédique et chirurgical de l'affection qui nous occupe.
Bien que modeste, notre contribution aura, nous l'espérons, l'intérêt de faire le point d’une question qui, beaucoup traitée, demeure encore bien éparpillée dans la littérature médicale mondiale. Ce n’est qu'en la connaissant mieux, en multipliant les observations, les documents iconographiques et anatomo-, pathologiques, que l'on serrera de plus près la pathogénie encore mystérieuse de la malacie du semi-lunaire.