MATIN ET JUSQUE DANS LE COURANT DE LA JOURNÉE, LA RESPIRATION EST
DIFFICILE. La canule émergeait; le garde-malade Beerbaum avait déjà remarqué cela pendant la nuit. Et cela gênait la respiration. Bien des personnes se rappelleront que dans le démenti que Mackenzie envoya à la Gazette de Cologne (12 avril), il dit que ni lui ni les médecins présents à la consultation de ce
jour-là (matin) n'avaient remarqué de difficulté dans la respiration, et qu'il était prêt à le prouver. J'ai sur ma table un certificat écrit, donné une heure après, et qui n'est pas à l'avantage de Mackenzie.
Aussitôt conduit chez Mackenzie, je le trouvai dans l'antichambre de l'empereur occupé avec un ouvrier du fabricant d'instruments Windler ; il courbait un tuyau en plomb de façon à pouvoir l'introduire très loin dans la trachée. Il espérait arriA^er, de cette façon, à se fabriquer rapidement une canule. Je lui montrai une canule Hahn que j'avais, et qui avait précisément la courbure voulue; j'en enlevai aussitôt l'éponge. Mackenzie voulut aussitôt essayer de l'introduire et se précipita chez l'empereur. Je fus effrayé en voyant ce dernier assis dans un fauteuil et en train d'étouffer. Ses joues et ses lèvres étaient bleues; sa respiration était sifflante, on l'entendaitde la pièce à côté ; quand il avait la bouche ouverte, on voyait très distinctement le scrobiculus attiré. lime semblait que l'empereur allait mourir étouffé, d'une minute à l'autre. Je crus ne pas devoir perdre de temps, je chargeai un domestique d'aller chercher mon assistant le D'" Bramann et je me mis à examiner la plaie, après en avoir demandé l'autorisation au D"" Mackenzie. Tout autour de la canule il y avait des excroissances qui avaient beaucoup augmenté; c'étaient des morceaux plus ou moins grands, gangréneux, la dureté avait gagné en profondeur; de la sorte la partie du cou oii se trouvait la canule faisait saillie comme un petit cône obtus. La canule extérieure se trouvait seule dans la plaie. Je demandai depuis quel moment la canule intérieure avait été sortie, un domestique me répondit : « Depuis ce matin de bonne heure. » Mackenzie ajouta que l'on avait fait plusieurs tentatives infructueuses en vue de la replacer. Le dimanche, c'est-à-dire quatre jours avant, je pouvais encore voir dans la trachée, et maintenant,
NOTE DU DOCTEUR E. VON BERGMANN
cola m'était tout à fait impossible. Des excroissances rouges, en forme de boules, ressortaient du fond et des côtés et pénétraient dans l'ouverture de la plaie en bouchant complètement le chemin menant à l'ouverture de la trachée. La canule extérieure arrivait près de la trachée, sans y pénétrer. J'expliquai àMackenzie qu'il fallait remédier à cela immédiatement, disant que si l'on n'arrivait pas à introduire la nouvelle canule, il fallait écarter les lèvres de la plaie pour atteindre l'ouverture de la trachée, que si cela ne réussissait pas nous devions faire une ouverture avec un couteau à tête. Mackenzie m'approuva et me félicita tout particulièrement d'avoir songé à apporter un long crochet émoussé. Il se plaça aussitôt derrière l'empereur, lui tenant la tête, ce qui ne .me fît pas croire, un seul instant, qu'il avait l'intention d'introduire la canule. J'essayai de l'introduire, mais sans succès. J'en étais empêché par toute cette granulation qui remplissait tout à fait le canal de la plaie. Je déposai aussitôt la canule et je pris le crochet. Pendant ce temps Bramann, qui était arrivé, prit le crochet à la main; je ne pus pas davantage avancer avec la canule, et la respiration du malade devenait toujours plus difficile et plus inquiétante. J'essayai donc, après avoir trempé mes mains dans une solution d'acide phénique, d'introduire un doigt, pour écarter les fongosités qui obstruaient le chemin et atteindre l'ouverture de la trachée à l'efTet d'y introduire le crochet. Je le fis et Bramann introduisit une canule un peu moins courbée, celle dont il s'était servi lors de son opération du 9 février. Aussitôt l'empereur eut la respiration libre; il nous en remercia par un geste bienveillant. Evidemment, le sang coula un peu pendant cette opération ; une partie de ce sang pénétra dans la trachée, mais elle fut aussi expectorée. Dès que la canule fut introduite le sang cessa de couler, et quand je quittai l'empereur, une heure plus tard, en compagnie
LA iMALADIK DR r.'l'.MPKRErn KniOnÉRIfi III
de Bramann et de Wegnor, les crachats avaient de nouveau repris leur couleur rouge-brune. Toute cette opération avait demandé quelques minutes seulement.
Howell et Mackenzie ont représenté cet incident sous un aspect tout à fait différent. Mackenzie ne m'aurait appelé que par politesse; j'aurais insisté pour introduire moi-même la canule; j'aurais échoué et mon assistant seul y aurait réussi, etc., etc.
Quelques journaux anglais, et après eux le Berliner Taghlalt, m'ont accablé de leurs calomnies et pourtant il est un
FAIT CERTAIN QUE : l'eMPEREUR ÉTOUFFAIT AVANT MON ARRIVÉE, QUELQUES MINUTES PLUS TARD IL POUVAIT DE NOUVEAU RESPIRER A SON AISE.
Mon assistant et moi nous n'avons pas été seuls à trouver l'empereur en train d'étouffer. Le même jour, le ministre de la guerre, Bronsart von Schellendorff, qui l'avait vu entre midi et une heure, avait trouvé qu'il luttait pour avoir de l'air et qu'il respirait avec la plus grande difficulté. Deux heures plus tard, le général von Âlbedyll, qui faisait son rapport, crut que l'empereur allait étouffer dans une quinte de toux, et il appela des médecins au secours. Cette crainte fut également partagée par l' adjudant-général von Winterfeld, qui insista, vers trois heures, pour que le D"" Wegner fit venir en toute hâte le Professeur von Bergmann. Tous les valets de chambre déclarèrent qu'ils avaient constaté, depuis le matin, que la respiration devenait de plus en plus difficile. Même quand l'empereur eut appris que l'on m'avait appelé, il fit voir à la cour, si je me déciderais enfin à venir.
Je laisse à mes confrères le soin de juger et d'établir, si l'enlèvement mécanique d'excroissances cancéreuses peut avoir une importance aussi grande que le D'' Mackenzie a bien voulu dire au Secolo et au Hollàndische Dagblad : cela aurait
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abrégé la vie du malade de six mois. La chirurgie moderne pense que le contraire est vrai, même quand il s'agit de l'ablation de tumeurs cancéreuses encore bien plus grandes. Elle la considère comme un acte bienfaisant qui prolonge la vie.
La décomposition du cancer du larynx avait certainement fait
DES PROGRÈS BEAUCOUP PLUS RAPIDES, DE PLUS, ELLE s'ÉTAIT ÉTENDUE A LA PARTIE MS EXCROISSANCES QUI ÉMERGEAIENT DE LA PEAU AUTOUR
DE LA CANULE, Car Ic 12 avril au soir — j'étais à Charlottenbourg et j'y passai encore la nuit suivante — j'appris que l'empereur AVAIT LA fièvre DEPUIS SIX JOURS DEJA. Wegncr avait noté, dans son journal, le vendredi 6 avril au soir, une température de 38°, 4. Ces hautes températures persistèrent les soirs suivants; elles étaient accompagnées de frissons. Voici ce que Wegner a noté à ce sujet: « Samedi 7 avril, 38°, 2. Le pourtour de la plaie de la trachée est fortement enflé, rouge et très sensible. L'après-midi, sortie en voiture, par 5° Réaumur au-dessus de zéro, frissons. Lundi 9 avril, température 38°, 4. Mardi 10 (matin) 38°,2; soir 38°,6, etc., etc.
Le 13 au matin, l'empereur écrivit que cette nuit avait été la meilleure depuis bien longtemps, malgré cela la température était de 38°, 2 ; et, quand j'eus quitté le château, à dix heures du matin, l'empereur se rendit à Berlin avec Mackenzie. J'avais insisté pour qu'on renonçât à cette sortie et j'avais proposé de rédiger simplement un bulletin disant que le changement de canule s'était effectué dans de très bonnes conditions. Mais Mackenzie ne voulut pas de bulletin et dit qu'il valait mieux tranquilliser le public en lui faisant voir l'empereur. Cette sortie ne réussit pas au malade ; le soir il eut des frissons, la température monta à 39°, 4. Le dimanche 15, cette température de 39°, 4 existait dès le matin déjà. Dans un bulletin rédigé dès mon arrivée à Charlottenbourg, nous
LA MALADIE DE L'KMPEREim FRÉDÉRIC III
dîmes que cette fièvre provenait d'une bronciiitc survenue récemment. La fièvre, la fréquence de la respiration et la fatigue augmentant, on appela le lundi le professeur Senator, conseiller intime de médecine. 11 prescrivit de l'antipyrine; à la suite de quoi la température retomba à 38°,5 le 17 au matin. L'expectoration était en même temps devenue plus forte. Un seul accès de toux amenait l'évacuation de toute une forte cuillerée de glaires mélangées de pus en quantité. J'en emportai une partie le lundi. Le pus ne renfermait rien d'extraordinaire, mais il n'y avait dans les petits lambeaux bruns rejetés sur les bandes de pansement, que des perles de cancéroïdes et des plaques épithéliales agglomérées.
Le même jour (lundi) on avait convoqué à la consultation le professeur Leyden; celui-ci arriva le mardi à dix heures. Ni Senator ni lui n'avaient pu trouver de désordres dans les poumons. Sur la demande de Mackenzie nous nous entretînmes des causes de cette aggravation. Mackenzie pensait qu'il devait s'être déclaré une inflammation des tissus cellulaires, en dehors de la trachée, peut-être dans lemédiastinum, à la suite de l'introduction forcée de la canule (12 avril). La fièvre, disait-il, provient de cette inflammation. Je démontrai alors combien il est difficile de prouver l'existence de petits foyers dans les poumons; et je dis, en même temps, que je croyais qu'il y en avait, car le cancer ulcéreux se décomposait depuis quelques mois, et les produits de cette ulcération tombaient dans les bronches. La fétidité de l'haleine, la fréquence de la respiration (44 à la minute) et le singuUus presque ininterrompu qui existait depuis le samedi, fortifiaient en moi le soupçon d'une bronchite putride. L'expectoration devenue très abondante signifiait uniquement, à mes yeux, que la décomposition gangréneuse et ulcéreuse de la tumeur ne faisait que croître d'intensité. Le professeur Senator
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se prononça dans le môme sens. Le 17 avril (mardi) la fièvre avait un peu diminué; bientôt après, une grande quantité de pus avait été expectorée. Cela fut cause que Mackenzie resta convaincu de l'existence d'un gros abcès dans les tissus environnant la trachée, lequel abcès aurait percé à travers les voies respiratoires. Le Dritish Med. Journal décrivit cet abcès et ne laissa aucun doute sur l'étiologie de celui-ci. Il écrivait le 28 avril (n° 1,426) :
« D'après des informations puisées aux meilleures sources, il est certain que l'on a suivi une mauvaise voie en introduisant la canule le 12 avril. Cela était déjà prouvé par l'hémorragie; on peut prouver d'une manière évidente qu'il ne faut pas en attribuer la faute aux médecins anglais. »
Pendant ce temps, Id^Gazette de Cologne, la Neue Preussische Zeitimg avaient publié un récit des événements du 12; ces deux journaux m'attribuaient le mérite d'avoir rendu la respiration à l'empereur et me lavaient des injures dont j'avais été accablé, à ce propos, par certains journaux de Berlin. A la suite de cela, Mackenzie et Howell firent insérer, dans ces deux journaux, des réponses qui étaient non seulement offensantes pour moi, mais qui représentaient encore, dans les termes les plus haineux, la part que j'avais prise au traitement de l'empereur. Certains journaux avaient parlé sur le même ton à propos des événements du 12 avril, et déclaré simplement qu'ils tenaient leurs informations des deux médecins anglais. (Voir Sunday Times, 29 avril 1888). Je trouvais les attaques de Mackenzie contre moi très déloyales; aussi le 25 avril au matin, quand les hautes températures eurent cessé et qu'il y eut un mieux très marqué, adressai-je, à Mackenzie, une lettre qu'il publia plus tard. Je lui déclarais dans cette lettre, que tout ce qu'il avait fait dire par les journaux m'obligeait à l'avenir à ne plus lui adresser la parole et à ne plus
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avoir de rapports avec lui que pour le service, c'est-à-dire pendant les consultations médicales. Le fait inconnu jusqu'alors dans les annales de la médecine : qu'un médecin attaquât, ouvertement, dans les journaux politiques, un collègue traitant avec lui un même malade, me décida à faire encore une autre démarche; car les attaques de mon collègue étaient parties du château de Charlottenbourg, c'est-à-dire de l'antichambre de l'empereur. Je demandai à Sa Majesté l'impératrice de me relever de mes services et de me dispenser de fonctionner à l'avenir comme conseiller de sir Morell Mackenzie. Je fus remplacé le 30 avril par le médecin-général D"" Bardeleben, conseiller intime supérieur de médecine.
Le correspondant de la Pall Mail Gazette (15 mai 1888) a raconté l'entretien qu'il a eu, avec le D"' Mackenzie, au sujet de ma démission, et il a naturellement mis tous les torts de mon côté. Je n'ai pas à réfuter ce que Mackenzie avance « au sujet du peu de considération dont je jouis à la cour. » Je veux seulement établir que tout cela n'est que la conséquence d'une série de faits du même genre.
Dans toute cette histoire navrante des souffrances de notre empereur, on voit percer les efforts de Mackenzie, en vue d'attribuer toute aggravation du mal, non pas à la maladie elle-même et à son cours naturel et obligé, mais à un collègue appelé en consultation. C'était d'abord Gerhardt qui devait avoir transformé cette tumeur, bénigne à l'origine, en un cancer, grâce à ses cautérisations. Quand je demandai, en novembre et en février, qu'on l'appelât, eu outre de Schrotter, et à l'exclusion de Ivussmaul, on me répondit que cela ne se pouvait pas, parce que lui seul était cause de tout le mal. Bramann avait mal fait son incision, Schrader avait mal introduit la canule, et moi j'avais choisi une mauvaise canule. Nous étions cause, à nous trois, des expectorations sanguinolentes et du decu-
NOTE DU DOCTEUR E. VON DERGMANN
bitus dans la trachée. Enfin, mon introduction forcée de la canule, le 12 avril, fut cause de la tournure défavorable de la maladie. Cependant l'autopsie montra que la muqueuse de la
TRACHÉE ÉTArr ABSOLUMENT UNIE ET NE PRÉSENTAIT PAS LA MOINDRE TRACE DE CICATRICE NI D ECORCIIURE, A l'eNDROIT OU AVAIT REPOSÉ l'extrémité inférieure DK nos canules; l'autopsie prouva QUE LES TISSUS, AUTOUR DE LA TRACHÉE, ÉTAIENT DANS DES CONDITIONS ABSO- LUMENT NORMALES. Il suffît, pour s'on rendre compte, de jeter un coup d'oeil sur le procès-vei'bal de l'autopsie. La décomposition gangréneuse des infiltrations carcinomateuses ne pénétrait que de 2 centimètres 1/4 dans la trachée. Chacune de nos
CANULES, MÊME LA PLUS COURTE, PÉNÉTRAIT DE 4 à 5 CENTIMÈTRES,
AU MINIMUM DANS LA TRACHÉE. Toutos touchaicut dos tissus saius, et demeurés sains. Mais, depuis le moment où j'avais constaté que la tumeur se rapprochait de la canule (25 mars), cette dernière passait au milieu de parties cancéreuses en décomposition gangréneuse, de façon à ne pas atteindre les parties malades de la trachée.
En présence de toutes ces calomnies, je me suis tu, imitant en cela mes collègues dont on a lu les rapports plus haut. .Mais quand le Bristish Med. Journal, du 28 avril (n" 1426), prétendit que riOTRE silence était une preuve de ma culpadipité, je déclarai le 2 mai, devant les membres de la Société de Médecine de Berlin, dont j'étais président, que : « Si le Brilish Med. Journal n'était pas une feuille dont j'apprécie beaucoup la valeur, je pourrais encore répondre à son article par le silence; mais je suis obligé de me défendre contre sa conclusion, non parce que j'ai tort, mais parce que j'ai l'habitude, comme tous les médecins consciencieux allemands ou anglais, de ne jamais parler de ce qui se passe dans la chambre de mes malades. Je n'ai aucune raison de retirer quelque chose de ce que j'ai avancé la, bien que ma déclaration ait soulevé
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un toile contre moi. Mackcnzie cherche à en tirer parti dans le n" 1428 du Brilish Med. Journal, contre moi ; il prétend que je l'ai attaqué, sous le voile de l'anonyme, en vivant dans l'intimité la plus complète avec les correspondants de deux grands journaux allemands et anglais : Fischer, de la Gazette de Cologne, et Lowe, du Times. Jusqu'à présent, je n'ai connu intimement aucun de ces deux messieurs. Je n'ai vu M. Fischer qu'une fois, à un dîner (novembre 1887) où ce docteur me fut présenté par notre aimable amphitryon. M. Lowe vint me voir au moment de sa polémique avec Mackenzie, huit jours après que Mackenzie avait obligé les journaux allemands à insérer une rétractation, c'est-à-dire après que j'avais cessé de prendre part aux consultations. Il me pria de lui faire voir la lettre que Mackenzie m'avait écrite le 12 avril. Je la lui ai montrée, ainsi qu'à plusieurs de mes amis et de mes supérieurs qui me l'avaient demandée. Mais, en même temps, j'ai prié M. Lowe de ne pas m'en demander plus long, disant que je ne voulais pas mettre la presse au courant de ce qui s'était passé. MM. Fischer et Lowe sont prêts à témoigner de la vérité de ce que j'avance là. La Gazette de Cologne, la Neue Preussische et la National-Zeitung ont déclaré spontanément et de la façon la plus formelle,
QUE JE n'ai jamais EU AVEC ELLES DE RELATIONS DIRECTES NI INDIRECTES.
Il faut admettre que les rédacteurs de ces journaux mentent intentionnellement, que les témoignages de MM. Fischer et Lowe sont faux, ou bien qu'ils ont dévoilé cela pour excuser les révélations de sir Morell Mackenzie, ainsi que ses attaques contre moi. Pas un reporter ne peut se vanter d'avoir appris quelque chose par nous (Gerhardt, Bramann et moi) pendant que nous donnions nos soins à l'empereur. Aucun n'a pu donner le récit d'un entretien qu'il aurait eu avec moi ; tandis qu'il est prouvé que Mackenzie recevait tous les jours
NOTE DU DOCTEUn E. VON DERGMANX
quatorze correspondants, qui étaient munis de cartes régulières; toutes les semaines des journaux allemands, anglais et américains publiaient au contraire le compte rendu de conversations de leurs reporters avec le D'" Mackenzie.
La maladie de l'empereur semble n'avoir été stationnaire que très peu de temps. Les mouvements de fièvre se présentaient tous les soirs. Au commencement il y eut une perte de forces qui progressa très lentement, puis, lorsque la pneunoniie se fut déclarée, la fin arriva vite.
Compte rendu du Professeur BARDBLEBBN, Conseiller supérieur de médecine.
Lundi 30 avril 1888.
J'ai vu l'empereur Frédéric pour la première fois, ce jour-là, au château de Charlottenbourg, après avoir été convoqué la veille au soir.
La canule double introduite dans la trachée était entourée, en demi-cercle, par des excroissances rouges et spongieuses, qui me firent l'effet d'être d'une nature cancéreuse. Le bord inférieur de la plaque pénétrait dans ces 'excroissances. Je fis remarquer cela à sir Morell Mackenzie ; il me promitd'employer, le lendemain, une autre canule répondant à mes desiderata.
A la consultation suivante, qui eut lieu en présence des autres médecins, je demandai si l'un d'entre eux croyait peutêtre QUE LA maladie DE l'eMPEREUR n'ÉTAIT PAS UN CANCER. Je dis
en même temps, que celui qui serait de cet avis me ferait plaisir en m'expliquant sa manière de voir. Aucun de ces messieurs ne bougea. J'en conclus que nous étions tous d'accord sur le diagnostic.
Mardi l""" mai, neuf heures du matin.
Sir Morell Mackenzie enleva l'ancienne canule double, d'où Ton sortit ensuite des lambeaux de tissus fétides et environ
OOMl'TE m5.NDU UU PHOFESSEUR BARDELEBEN US
50jj:rammes d'un pus qui sentait très mauvais. 11 y avait après la canule un morceau de cartilage d'environ 1 centimètre de longueur et de plus de 1 millimètre d'épaisseur et de largeur. La nouvelle canule était conforme à celle que j'avais demandée la veille : sir Morell Mackenzie l'introduisit sans peine. Le canal était rempli d'excroissances rougeâtres.
Nous ne pûmes savoir d'où provenait le pus. En tout cas, la fistule où était placée la canule, n'était pas assez grande pour pouvoir produire et loger une pareille masse de pus.
En palpant le cou, je trouvai que la région du larynx n'était pas enflée, et qu'elle était moins ferme que chez une personne l)ien portante. Les environs de l'ouverture de la fistule étaient très fermes. Il n'y avait pas de glandes enflées; sur le cou, toutefois, à gauche et vers la clavicule, il y avait une place dure, facile à délimiter, de la grosseur d'une noisette, mais qui ne formait cependant pas d'éminence. Je dus me dépêcher, car les autres médecins rrie dirent que cela ennuyait beaucoup l'empereur.
Mercredi 2 mai.
Je trouvai la canule bien placée, les granulations n'étaient pas froissées par la plaque de la canule. Beaucoup de pus dans la canule. Le malade se plaignait d'avoir du mal à avaler. La température (sous la langue) et la fréquence du pouls, ne sont pas bien d'accord. La première est normale ou à peu près; la deuxième dépasse 100, ce qui est supérieur à la moyenne.
Vendredi 4- mai, 9 heures du matin.
La nuit avait été bonne. Sa Majesté avait efl'ectivement meiUeure mine ; mais l'expectoration de pus était encore plus abondante.
116 LA MALADIE DE l'ëMPEIIEUR FHEDEIUC III
Dimanche 6 mai, 9 heures du matin.
Expectoration purulente et fétide très forte. Le Condurangodecoct employé ne donne pas de très bons résultats, il est remplacé par un Chénadococt.
Lundi 7 mai.
La suppuration continue.
Mercredi 9 mai.
Lors du changement de canule qui a eu lieu sans difficulté, on constate que les excroissances ont disparu et que l'ouverture de la fistule a maintenant des bords absolument unis. La peau extérieure, aux environs, n'était pas même rouge.
Vendredi 11 mai.
La suppuration diminue, mais elle est toujours fétide.
Lundi 14 mai.
L'état général s'est amélioré. Le pouls est moins fréquent; mais Sa Majesté éprouve des sensations désagréables dans la gorge; la luette est également enflée. Je ne crois pas à l'hypothèse de Mackenzie (que le mal ait percé l'oesophage).
Mercredi 16 mai.
L'état général s'améliore toujours.
Vendredi 18 mai.
Pas de changements. La suppuration continue, toujours fétide.