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La maladie de la fille de Saint-Géosmes

En l’année 4746, au village cle St-Géosmes, près Langres, vivait un tireur de pierres, nommé Jacques Martin, qui, de sa femme Junille Chaignet, eut cinq filles.

L’une d’elles, Geneviève, alors âgée de trente ans, était depuis plusieurs années affligée d’une singulière maladie.

À tous, les derniers quartiers de la lune, lui survenaient des vomissements de sang qui se répétaient pendant deux ou trois jours.

D’autres fois, elle perdait connaissance, tombait par terre, les membres raidis, ou bien se débattait furieusement en poussant des cris terribles.

Lorsque ces accidents la prenaient aux champs, on parvenait à les faire cesser par une pratique au moins bizarre, mais toujours couronnée de succès : on pendait Geneviève par les pieds, la tête en bas. Quand on la retournait, elle était guérie.

La fille du tireur de pierres de St-Géosmes, d’humeur tranquille à l’ordinaire, tombait parfois dans des accès de tristesse et d’abattement dont on avait grand peine à la faire sortir. A d’autres moments, elle s’empor-

(1) L’idée première de cette étude rétrospective nous a été suggérée par notre excellent ami, le Dr Henri Lamy, qui se trouvait en possession d’un bel exemplaire du livre publié par Morand sur La maladie de la Fille de St-Géosmes, petit volume in-i2, relié en veau, frappé aux armes du comte de Clermont, Louis de Bourbon-Condé, général, membre de l’Académie française. Une dédicace de la main de l’auteur : « A. S. A. S. le Comte de Clermont » figure au-dessus du titre, en première page.

Je n’ai pas seulement des remerciements à adresser au possesseur de ce curieux opuscule pour l’obligeance avec laquelle il me l’a communiqué, mais pour la part de collaboration toute gracieuse qu’il a prise au présent travail dans les nombreuses conversations que nous eûmes ensemble sur ce sujet.

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tait jusqu’à battre ses sœurs « jusqu’au sang » ; puis, elle pleurait à chaudes larmes, en implorant son pardon.

Souvent, dans ses moments de tristesse, elle refusait de prendre aucune nourriture : « on la vit plus d’une fois rester huit jours sans manger... »

D’ailleurs, douce et docile en dehors de ses accès, très timide et s’effarouchant à la vue de toutes les figures nouvelles, elle était renommée dans le pays pour sa piété et sa résignation au mal.

Chacun, dans le village, se montrait plein de compassion pour cette pauvre fille si cruellement maltraitée par le sort.

Bientôt, sa maladie empira. Ce furent d’abord d’atroces douleurs dans les reins et dans le bas-ventre qui empêchaient Geneviève d’uriner, sinon au prix de souffrances plus vives encore. Puis survinrent des éruptions cuisantes, couvrant son corps du haut en bas, brûlant ses chairs « comme des charbons ardents ». Et les mouvements désordonnés* les raideurs des membres, les cris et les contorsions continuaient sans trêve.

Enfin, un jour, nouveau symptôme : Geneviève, en urinant, rendit un grand nombre de petites pierres. Peu après elle fut prise de vomissements et ce qu’elle vomit parut être de l’urine avec encore des pierres, « grosses comme des pois ou des haricots ».

Et depuis lors, tous les mois, pendant les trois derniers jours de la lune, Geneviève rendit par en haut et par en bas de nouvelles pierres.

Pareille fécondité n’étant pas ordinaire, on s’en émut dans le pays. En vérité, n’était-il pas étrange de voir la fille d’un tireur de pierres incarner en elle une telle réserve de cailloux?... Il devait y avoir là-dessous du miracle ou du sortilège.

Plusieurs prêtres des environs vinrent voir cette carrière vivante. L’un d’eux lui conseilla une préparation composée d’huile d’olive, de vin blanc et d’oignons blancs, qui, prise tous les mois, à jeun, amena une évacuation périodique de petites pierres, de couleurs et de formes différentes, sortant soit par la bouche, soit par la vessie.

M. Hugo, prêtre desservant St-Géosmes, fut même un jour témoin des efforts faits par Geneviève pour vomir un gros caillou « qui lui mit le gosier en sang ». A vrai dire, le bon curé ne vit pas le caillou, mais Geneviève lui ayant affirmé qu’elle avait été obligée de le « ravaler », il n’eut garde d’en douter et se retira douloureusement ému de cette cruelle infirmité.

A St-Géosmes, on se lamentait sur le sort de Geneviève.-— « Les médecins, disait-on, y perdent leur latin. Il en est dans le nombre qui vont jusqu’à douter de la réalité de cette maladie; on ne peut pourtant pas nier l’évidence : Mais voilà bien de nos docteurs ! Ils sont toujours prêts à traiter

d’imposture les maux qu’ils ne connaissent pas et contre lesquels ils seraient obligés de faire aveu d’impuissance. »

La majorité des habitants, suivant l’exemple des prêtres, croyait donc à la réalité de cette affection inconnue jusqu’alors.

Quelques sceptiques voulurent en rire. On les accusa de cruauté et d’impiété : ils se tinrent cois.

Peut-être aussi, les bonnes gens du village commençaient-ils à croire à quelque diabolique machination. — « Ne fallait-il pas que cette fille eût le diable au corps pour entretenir cette mine intarissable et pour résister aux souffrances qui accompagnaient chaque nouvelle émission? D’ailleurs, on pouvait aisément s’en convaincre, elle avait toutes les apparences d’une possédée du démon. On la rencontrait, par les belles nuits d’été, errant aux alentours du bois de St-Géosmes, marchant à grands pas et poussant de grands cris ; le lendemain, on la découvrait ici ou là, endormie sur la terre.

Par contre, dans la journée, elle se renfermait chez elle, voyant peu de monde, parlant le moins possible, perdue dans des rêves moroses...

Puis, souvent, survenaient des agitations effrayantes ; on voyait Geneviève se raidir et se convulser désespérément, rouler les yeux, grincer des dents ; on l’entendait tenir des propos incohérents, parler à des êtres absents ou chimériques, décrire des choses que, sauf elle, nul ne voyait. »

Ce sont bien là, comme chacun sait, les simagrées coutumières au malin esprit, lorsqu’il vient à s’installer dans le corps d’un mortel. Bref, la fille du tireur de pierres de St-Géosmes sentait un peu le fagot.

Le bruit qu’on faisait autour de cette étrange malade vint aux oreilles de l’évêque de Langres, messire Gilbert de Montmorin de St-IIérem, prélat charitable et instruit, qui, avant de crier au miracle ou de recourir au pouvoir d’un exorciste, crut prudent de prendre l’avis des médecins.

Plusieurs, invités à aller examiner Geneviève, furent assez mal reçus d’abord ; le premier, qui proposa un sondage, fut éconduit à grand fracas. Un autre vint, qui se montra plus persuasif, ou se présenta en un moment plus propice. Il sonda, et reconnut qu’en effet un corps dur existait dans la vessie. Mais il eut la malencontreuse idée d’en conseiller l’extraction : une crise tumultueuse fut la réponse de la malade, et le praticien dut se retirer humblement.

L’évêque de Langres, mis au courant de la situation, prit à cœur d’éclairer lui-même tout le mystère. Il se rendit à St-Géosmes, vit Geneviève, lui fit une large aumône, et lui donna de sages conseils, l’engageant, paternellement à se laisser opérer.

Celle-ci, très flattée de cette visite épiscopale qui la couvrait d’importance, acquiesça au désir du prélat et promit tout ce qu’il voulut lui

demander. Mais quand l’évêque fut parti, la crainte de l’opération reparut et fut telle que la malade rendit spontanément par en bas une pierre de la grosseur d’une noisette.

Cependant, peu de jours après, Geneviève consentit d’elle-même à se soumettre au chirurgien, et le 23 mars 1747 une première pierre fut extraite, sans grande difficulté.

L’opération n’ayant pas été douloureuse, Geneviève réclama bientôt une seconde intervention. Une seconde pierre, plus grosse que la première, fut retirée de la vessie. Peu de jours après, il fallut en retirer une troisième, puis une quatrième, puis deux autres ensemble, et d’autres encore, de plus en plus grosses.

Le 6 septembre 1749, on avait déjà retiré de la vessie de Geneviève quinze pierres ! Et rien n’annonçait que l’épuisement de cette mine insolite fût prochain. Les pierres se reformaient miraculeusement et sortaient à la douzaine, tantôt par en haut, tantôt par en bas.

Vers la fin de septembre, nouvelle alerte. Mais cette fois, la pierre étant de la grosseur d’un œuf, f extraction fut si laborieuse que « le chirurgien entraîna avec la malade quatre femmes qui la tenaient ».

Ce tour de force de l’opérateur ne fut pas du goût de l’opérée qui refusa désormais ses services. Un confrère du village de Longeau, voisin de St-Géosmes, fut appelé pour l’extraction suivante. Son manuel opératoire déplut également à Geneviève qui, dès ce jour, déclara formellement qu’elle ne voulait plus être opérée. Sa mine de cailloux n’en fut pas tarie, et elle continua à rendre ses produits par en haut et par en bas pendant deux années, entremêlant toujours Jes vomissements et les évacuations vésicales d’attaques1 convulsives et de poussées éruptives. Une « enflure » qui envahit son corps et ses membres à plusieurs reprises vint encore grossir le nombre de ses accidents.

Cependant, l’évêque de Langres n’abandonnait pas sa protégée; il lui dépêcha un nouveau chirurgien qui n’eut pas davantage le don de se faire obéir et revint les mains vides. Le digne prélat songea alors à envoyer la malade à Paris, pour que la Faculté se prononçât sur son cas mystérieux. Mais, à cette nouvelle, Geneviève tomba dans un état si alarmant, ses douleurs et ses cris devinrent tellement insupportables, ses jambes si faibles, qu’il fallut abandonner ce projet.

Or, la maladie de la Fille de St-Géosmes mettait en révolution tout le diocèse de Langres. On parlait de plus en plus de miracle ou de maléfice satanique. Les médecins étaient importunés de questions, assaillis de reproches ironiques ; leur discrédit allait croissant.

L’évêque, en homme éclairé et sage, crut prudent de mettre un terme à tous les racontars. II pensa que « la médecine jouissait en cette affaire

de la prérogative qui lui est dévolue, de détromper le public en pareilles occasions ». Il fît recueillir quelques-unes des pierres rendues par Geneviève et les expédia à Paris, où trois commissaires furent désignés pour étudier la nature de ces pierres. Ces trois commissaires, MM. Malouin, Guettard et Morand, tombèrent d’accord pour déclarer que « les pierres rendues par Geneviève, étant de nature minérale, ne pouvaient avoir pris naissance dans son corps ».

C’était franchement accuser de duperie la fille du tireur de pierres de St-Géosmes. Les admirateurs de Geneviève scandalisés firent grand tapage et crièrent au sacrilège.

Fort ennuyé, l’évêque de Langres, désireux de couper court à cette mystification, pria un des commissaires de se transporter sur les lieux,, afin d’y recueillir toutes les preuves nécessaires pour soumettre le cas au jugement sans appel de la Faculté de Paris.

M. Morand, docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris, professeur d’anatomie et d’accouchements, accepta cette mission et arriva le 26 septembre 1753, à Langres, d’où il se rendit à St-Géosmes, auprès de Geneviève Martin.

Jean-François-Clément Morand était le dernier représentant d’une famille médicale qui, pendant trois générations, se distingua en France, par des travaux scientifiques mémorables.

Le grand-père, Jean Morand, originaire du Limousin, avait rempli, pendant trente ans, les fonctions de chirurgien-major à l’hôtel des Invalides. Il y avait conquis un certain renom en pratiquant avec succès la désarticulation de l’épaule. Il fut lui-même l’éducateur de son fils, Sauveur- François Morand, né à Paris en 1697, et qui fut le plus célèbre des trois Morand. A quinze ans, il était aide de chirurgie de son père aux Invalides (1).

Sauveur-François Morand n’était pas seulement un chirurgien habile et un anatomiste distingué. Il avait une culture intellectuelle très étendue et était en relation avec tous les savants d’Europe, Morgagni, Haller^ Sharp, etc.. Il parlait avec facilité et ses démonstrations d’anatomie furent extrêmement suivies.

Il s’occupa surtout des affections calculeuses et des opérations qu’elles nécessitent. Il avait publié en 1728 un Traité de la taille au haut appareil. L’année suivante, il fit le voyage d’Angleterre pour apprendre de Chesel-

(I) Membre de l’Académie des sciences en 1722, chirurgien des Invalides en 1724, démonstrateur des opérations de chirurgie l’année suivante, il fut nommé Censeur Royal et chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité en 1730. Plus tard, en 1739, il prit la place de son père comme chirurgien-major des Invalides, puis devint professeur d’anatomie, etc., etc. Il mourut à Paris, âgé de 76 ans, en 1773.

den à tailler la pierre par l’appareil latéral. Et, en 1743, il venait de publier un Recueil d'expériences et d'observations sur la pierre en 4 volumes, qui témoignait hautement de sa compétence en la matière. Les maladies, les cas inédits et curieux l’intéressaient vivement. Il en donnait des descriptions soigneuses, observant avec méthode, critiquant avec bon sens, jugeant avec discernement (1).

Jean-François-Clément Morand, son fils aîné, né à Paris le 28 août 1726, hérita des qualités morales et intellectuelles de son père, et en particulier de sa curiosité pour les maladies singulières.

Il fit de très complètes études scientifiques. À 24 ans, il était docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, et devint bientôt pensionnaire, puis bibliothécaire de l’Académie des sciences, professeur d’anatomie et d’accouchements, etc. (2).

Fort érudit en toutes choses, et mieux préparé qu’aucun autre par l’éducation et les enseignements paternels à juger des affections calculeuses, il était tout désigné pour éclaircir le mystère de la Fille de St-Géosmes qui mettait en rumeur les habitants du diocèse de Langres, prêtres ou laïques, sans en excepter les médecins.

Sa tâche était délicate. Il l’accomplit, avec une rare prudence et un bon sens digne des plus grands éloges.

La Fille de St-Géosmes, d’un abord difficile, très méfiante à Fégard des médecins chargés de l’examiner, d’une humeur changeante, colère à l’extrême dès qu’elle subissait la moindre contrariété, était en outre entourée d’une véritable cour de protecteurs et de curieux qui, par sentimentalité ou par intérêt, l’accablaient de témoignages compatissants et de questions intempestives. Les uns, regardant sa maladie comme une affection mystérieuse, échappant aux lumières de la médecine, l’encourageaient « à renoncer aux secours des hommes, pour s’abandonner entièrement à la volonté de Dieu ». Les autres, abusés par les dires de la malade, ou sincèrement convaincus de la réalité de ses accidents, ne pouvaient admettre qu’on niât l’évidence.

Des deux côtés, on voyait d’un œil peu bienveillant l’arrivée d’un intrus dont on savait déjà le scepticisme à l’égard des pierres rendues par Geneviève.

Morand ne se dissimulait aucune de ces antipathies. Il procéda en bon

(1) Telles sont : L'Histoire de l'enfant de Joigny qui a été trente-deux ans dans le ventre de sa mère , avec des remarques sur les phénomènes de cette espèce , in Acad, des sciences, 1748, Histoire d'une mo.ladie très singulière arrivée à deux bouchers de l'Hôtel royal des Invalides , 1766, etc., etc.

(2) Il eut pour mère Catherine-Clémence Guérin. Il épousa, le 25 juin 1770, Louise- Adélaïde-Jusline de Marine, fille d’un agent de change. Il mourut à Paris, le 13 août

LA MALADIE DE LA FILLE DE SAlNT-GEOSMES

diplomate, commença par conquérir les bonnes grâces de la malade, évitant de l’importuner, écoutant patiemment ses discours, feignant de croire à la réalité de toutes ses évacuations pierreuses. En même temps il interrogeait avec bonhomie son entourage, ses sœurs, ses amies, les commères d’alentour, observant, notant les moindres détails, poursuivant son enquête auprès des médecins et des prêtres qui avaient fréquenté Geneviève. Puis, en placide promeneur, il parcourait les environs de St-Géosmes, ramassant deci delà un caillou qu’il mettait dans sa poche, et, de retour à son domicile, il étiquetait ses échantillons comme un simple minéralogiste, uniquement préoccupé de ses collections.

Mais un beau jour, le 16 octobre 1753, alors que toutes les préventions contre Morand étaient tombées devant la bonhomie de ses allures, le professeur se rendit chez l’évêque de Langres où furent convoqués les chirurgiens, les prêtres et les personnes notables de la ville qui avaient suivi de près la maladie de la Fille de St-Géosmes.

Tranquillement, il se mit à étaler sur une table les pierres rendues par Geneviève, et, à côté, un petit tas de pierres, ayant même forme, même consistance et même couleur, si semblables les unes aux autres qu’il eût été impossible de les distinguer une fois mélangées.

Et Morand fit à peu près ce discours :

« Vous voyez là, dit-il, les pierres que Messieurs les chirurgiens ont extraites de la vessie de Geneviève et que chacun déclare reconnaître sûrement, comme en témoignent, sur ces procès-verbaux, leurs signatures et celles des membres du clergé ici présents.

« Cet autre tas est composé de pierres recueillies par moi dans le voisinage de la maison de la malade, et façonnées d’après la forme des précédentes. Leur ressemblance est parfaite en tous points.

« Or, il résulte des examens pratiqués par tous les gens de l’art, que jamais la composition des pierres extraites du corps humain n’a été celle de ces échantillons. Tandis qu’il est certain que les pierres de Geneviève sont identiques à celles qu’on trouve dans le sol des alentours.

« J’ajoute que la maladie de la Fille de St-Géosmes n’a aucun rapport avec les affections qui s’accompagnent de pierres dans la vessie.

« Pour ces raisons et d’autres encore, plus techniques, mais non moins probantes, que je ferai valoir ultérieurement, j’affirme que les pierres rendues par la Fille de St-Géosmes n’ont pas pris naissance dans son corps, mais ont été recueillies par elle sur le sol et introduites dans ses voies naturelles, soit par en haut, soit par en bas, pour être rejetées peu après dans un vomissement ou dans une miction ».

C’était décisif. Devant l’évidence, chacun des assistants s’inclina et rendit hommage à la sagacité du professeur de la Faculté de Paris. Mes-

sire de Montmorin avait de quoi confondre les incrédules et faire cesser tous les commérages. Les médecins surtout se trouvaient satisfaits. La Fille de St-Géo.smes ne se donnerait plus la fantaisie de les appeler et de les renvoyer au gré de ses caprices. Leur crédit reprenait le dessus.

Deux jours après, le 18 octobre 1753, la Faculté de Médecine de Paris confirmait par un jugement les déclarations de son commissaire (1).

Le coup était cruel pour les admirateurs de Geneviève ; plusieurs prêtres notamment, qui voyaient ainsi s'évanouir l'espoir d’un miracle sensationnel, longtemps entretenu par leur zèle malencontreux, essayèrent encore de se révolter. La dénonciation de ce subterfuge leur parut « un outrage qui criait vengeance et où la patience chrétienne perdait le privilège d'adoucir leur zèle excessif ; ils en suivirent tous les mouvements et toutes les saillies , sans observer la retenue que devait leur dicter leur caractère et leur état ».

Ils sollicitèrent la communauté des chirurgiens de Langres de signer « une défense apologétique de la pauvre malade ». Mais les chirurgiens, lassés de tout ce bruit qui ne leur attirait que des mécomptes, et enchantés d’affirmer leur autorité, déclarèrent s’en tenir au jugement de la Faculté de Paris et renvoyèrent le solliciteur.

Les prêtres déconfits en furent réduits à expédier cà Morand plusieurs épitres aigre-douces : « Ils ne doutaient pas que Dieu rendît incessamment justice à qui il appartient, et craignaient pieusement pour les commissaires de la Faculté les malédictions que le Ciel lance contre ceux qui oppriment les pauvres » .

« Pour seconder les désirs de la malade, que Ja nouvelle du résultat de l’examen de la Faculté avoit réduit dans une situation qui paraissoit annoncer une mort prochaine, ils ne pouvoient s’empêcher de souhaiter son dernier moment » prétendant avec elle, « qu’on reconnaîtroit son innocence à l'ouverture de son corps » qu’on projetait de faire en grande cérémonie à laquelle « on supplioit instamment ces messieurs d'assister ».

Etrange compréhension de la charité chrétienne! Cette polémique s'éteignit d'ailleurs bientôt, Messire de Montmorin ayant hautement désapprouvé les récalcitrants, et le diocèse de Langres retrouva son calme ordinaire.

Quant à Geneviève, le jugement de la Faculté de Paris eut un effet plutôt salutaire sur sa maladie.

(1) « Il est très possible que cette fille ait contracté successivement et par gradation la facilité, ou d’avaler lesdites pierres, pour les vomir ensuite, ou de se les introduire dans la vessie pour les faire ensuite tirer par l’opération, ainsi que l’on a déjà vu dans tous les temps des filles hystériques imaginer différents stratagèmes pour séduire les esprits crédules, se donner en spectacles et s’attirer de la considération, ou des aumônes ». ( Extrait du Jugement.)

Elle cessa, dès ce jour, de rendre des pierres par la vessie. Elle n'en rendit pas davantage par la bouche « quoiqu'elle eût pu en jeter, dans l’effet d’un émétique qu’elle prit vers les premiers jours de juillet de cette année (1753) ».

L'année qui suivit celle de sa visite à Geneviève, Morand publia sur la maladie de la Fille de St-Géosmes un premier opuscule intitulé '.Eclaircissement abrégé sur la maladie d'une Fille de St-Géosmes (Paris, 1754, in-4°). Puis, comme il se trouvait encore quelques récalcitrants dans le diocèse de Langres, il fit suivre cette opuscule d’un petit volume ayant pour titre :

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