‹ La Maladie Du Sommeil Et Son TraitementChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SYMPTOMATOLOGIE

Les nombreuses observations de maladie du sommeil que nous avons consultées pour rédiger ce chapitre, nous ont montré qu'au point de vue clinique, on peut diviser cette affection en quatre périodes : d’incubatiïon, de début, d'état et de terminaison. Mais il est bien évident que cette division n’a rien d’absolu, et que tel symptôme que nous atiribuons à la période d'état peut être avancé dans son apparition et se montrer dans la période de début, ou inversement. Elle n’a donc une importance qu’au point de vue purement descriptif.

PÉRIODE D'INCUBATION. — Elle peut être fort longue et durer de quelques jours à plusieurs années, et l’on a vu des indigènes transportés d’une contrée où la maladie est endémique, dans une autre où on ne l'avait jamais observée, en être atteints au bout de sept ans, sans avoir été soumis à une nouvelle infection. Pendant cette phase de latence, qui peut être si longue, la maladie ne se traduit cliniquement par aucun signe. À peine constate-t-on une faible ébauche des troubles qui vont constituer plus tard la période d'état, un simple changement de caractère : le malade devient triste, il garde par instants un air hébété, ses muscles s’affaiblis-

ETS

sent, et il n’accomplit plus qu'avec dégoût et lassitude les

travaux pénibles auxquels il se livrait autrefois sans fatigue.

PÉRIODE DE DÉBUT. — Bientôt la fièvre se déclare, et c'est

là ce qui caractérise tout d’abord ce stade de la maladie qui constituait naguère ce que l’on connaissait sous le nom de « fièvre à trypanosomes ». Cette fièvre affecte en général le type rémittent, les poussées durant de 2 à 4 jours et se trouvant séparées par un intervalle apyrétique plus ou moins long, selon l'intensité de l'infection. Elle ne cède pas à la quinine ; le frisson est nul ou peu marqué. Dans la majorité des cas, l’élévation de température commence vers le milieu

du jour, la défervescence se produit pendant la nuit et le

maximum vers six heures du soir ; le thermomètre ne monte guère au-dessus de 38°5. L'accès une fois terminé, on observe fréquemment une hypothermie qui dure jusqu’à ce qu'il se renouvelle.

Les autres symptômes du début sont : la céphalée qui est surtout marquée au niveau des tempes et du front, des œdèmes légers et non persistants, surtout aux paupières et aux malléoles, une éruption sur tout le corps. Cette éruption à laquelle Hollebecke, médecin de l'Etat libre du Congo, attache une grande importance au point de vue du diagnostic précoce de la maladie, est un peu particulière. Elle présente les caractères suivants : ce sont des taches ovalaires ou en croissant, mesurant de grandes dimensions, 7 à 8 centimètres de diamètre. Elles ne s’accompagnent pas d’épaississement du derme, ont une coloration rouge violacée à la périphérie, mais beaucoup moins foncée au centre où elles sont presque incolores. Quelquefois, elles deviennent confluentes. Malgré leurs dimensions considérables, ces taches ne s’accompagnent pas de phénomènes de prurit. Dans certaines observations, on relève cependant une cuisson plus ou moins marquée et intermittente.

On peut encore voir survenir, dans certains cas, et dès cette période, une adénopathie qui peut rapidement se généraliser. La rate devient appréciable à la pereussion et au palper ; le foie dépasse le rebord des fausses côtes. Mais il est

juste de se demander si cette splénomégalie et cette hépato-

mégalie ne sont pas plutôt attribuables au paludismè coexistant. |

Enfin, si l’on examine au microscope, par des procédés spéciaux, que nous avons indiqués au chapitre que nous con-

sacrons à l'étude du trypanosome, le sang d’un sujet at-

teint de trypanosomiase au début, on y constate la présence du parasite spécifique de l'infection, en même temps qu'une diminution parfois considérable du nombre des globules rouges, traduisant un certain degré d’anémie.

PÉRIODE D'ÉTAT. — Tous ces symptômes ne tardent pas à s'exagérer : facies hébété, sans expression, air pleurard, saillie des yeux avec chute des paupières, regard éteint, lèvre inférieure tombante. L'intelligence et la mémoire sont assez bien conservées, mais la parole est un peu hésitante. La démarche devient incertaine et titubante ; le malade doit faire

effort pour se tenir debout. On constate parfois de l’incoor-

dination et le signe de Romberg comme dans le tabes. |

Alors paraît cette tendance invincible au sommeil, cet état de torpeur perpétuel qui a valu son uom à l'infection, parce qu'elle en constitue réellement le symptôme le plus frappant. Sans raison, au cours de l’acte le plus banal et le moins fatigant, le malade se sent envahi par un besoin de dormir irrésistible ; il se laisse tomber, les yeux fermés, à la place où il se trouve. A l'appel de son nom, il se réveille, ou se contente de faire un léger mouvement, semblant montrer ainsi qu'il lui reste encore un peu de conscience.

Le système nerveux est le plus atteint. Outre la somno-

lence dont nous venons de parler, on peut observer des contractions fibrillaires et du tremblement de la langue. Certains auteurs accordent même à ee signe une grande valeur pour reconnaître la maladie. D'abord localisé, à cet organe, le

tremblement ne tarde pas à s'étendre aux membres supé-

rieurs et inférieurs. Il se distingue des autres tremblements pathologiques parce qu'il augmente avec les mouvements volontaires. Il affecte, de ce fait, une certaine ressemblance avec celui que l’on rencontre dans la sclérose en plaques. Plus tard, il peut y avoir des contractures des museles -de la nuque, et des membres inférieurs, particulièrement du côté des fléchisseurs de la cuisse et de la jambe. Les accès vertigineux, et les convulsions épileptiformes peuvent se rencontrer ; quant aux réflexes, ils sont d’abord exagérés, puis diminués.

En même temps que le système nerveux, chaque appareil se trouve plus ou moins lésé. Du côté du tube digestif, on constate, malgré la conservation de l'appétit, une langue recouverte d'un enduit saburral, une tendance à la constipation, mais parfois aussi de la diarrhée. Du côté de l'appareil respiratoire, il y a une accélération évidente du rythme et une prédisposition marquée à toutes les maladies des bronches et des poumons.

La circulation, elle aussi, est troublée. Il y a de la tachycardie. Le pouls, accéléré, bat à 100, 120, et plus. Il est quelquefois dicrote et arythmique, mais le plus souvent régulier.

L'examen microscopique du sang démontre la présence des trypanosomes et une anémie de plus en plus accentuée. Enfin, ce qui caractérise plus spécialement cette période de l'affection, c’est l'apparition des trypanosomes dans le liquide céphalo-rachidien.

Les éruptions sur la peau persistent et deviennent plus intenses. Les sueurs abondantes sont fréquentes. Le système

99 ru ganglionnaire se laisse envahir de plus en plus, et les ganglions sont quelquefois douloureux. Il est nécessaire, toutefois, de faire remarquer que cette infection des ganglions lymphatiques peut être mise, en partie, sur le compte des lésions cutanées, ou de la tuberculose, ou de la syphilis, qui peuvent évoluer avec la trypanosomiase, au même moment chez le même malade. Comme symptômes généraux, on note une élévation de température, plus forte que pendant la période de début. Le thermomètre marque 39° et plus, mais la fièvre affecte toujours le même type rémittent.

Tout celà ne va pas sans un amaigrissement progressif, qui va devenir vraiment cachectique, et qui conduira le malade au terme fatal.

PÉRIODE DE TERMINAISON. — Le sommeil devient alors. à peu près constant : c'est une sorte de sommeil léthargique. Dans la plupart des cas, il est calme, et le repos semble naturel. Il peut être aussi entrecoupé de rêves et de cris inarticulés, ou troublé par les crises convulsives et les attaques épileptiformes que nous avons signalées précédemment. Les extrémités sont cyanosées et les yeux injectés. A l’amaigrissement, fait maintenant suite une amyotrophie considérable qui donne au malheureux sujet l’aspect d'un véritable squelette. Des vomissements apparaissent, qui contribuent à augmenter la dénutrition. Il y a incontinence d’urine et de fèces. L'incontinence de l’urine est d'autant plus pénible que la sécrétion est accrue à la fin de la maladie. L’urine est peu colorée ; l'analyse y révèle des sels de chaux, mais pas de sucre ni d'albumine.

L’anémie se développe encore. Certains symptômes de la période d'état disparaissent ou s’atténuent. C’est parfois le symptôme opposé qui s’installe alors. La température tombe au-dessous de la normale, le malade entre dans le coma, les

na

BARS | DIRES réflexes sont diminués ou abolis, les lèvres laissent écouler une salive spumeuse, le pouls devient filiforme. Quelquefois, la respiration affecte le type de Cheyne-Stokes.

Le malade meurt à la suite de la production d’eschares sacrées, ou dans le coma, ou par affection intercurrente. Cette affection surajoutée, qui doit l'emporter, évolue chez lui avec sa symptomatologie propre, mais ces associations microbiennes ou parasitaires peuvent rendre prédominants certains symptômes à l'exclusion des autres, et donner ainsi lieu à des modalités cliniques un peu différentes.

La durée de la maladie est de # à 7 mois. Cependant, la période de latence peut durer fort longtemps, surtout chez les blancs qui paraissent être moins réceptifs. Rarement l’évolution de la maladie dure plus d’un an à partir du moment où son diagnostic est devenu certain. Il peut, d’ailleurs, y savoir, sous l'influence du traitement, des rémissions suivies de rechutes..

Telle est la forme classique, l'évolution normale de la maladie du sommeil, abandonnée à elle-même ou traitée par les médicaments anciens : fer, quinine, cacodylate de soud2, acide arsénieux, trypanroth.

C'était un mal inexorable qui, malgré les accalmies et les rémissions dont il paraissait suusceptible, conduisait toujours le malheureux qui en était atteint, à l'échéance finale, à la mort. Aujourd'hui, il semble cependant que l'avenir des malades du sommeil soit devenu un peu moins sombre, et cela grâce à un médicament qui a été introduit dans sa thérapeutique il y a peu de temps : nous voulons parler de l’ato- Xy1. | |

Sous son influence, la maladie, au lieu de passer à la période d’aggravation que nous venons de décrire, peut s’acheminer lentement vers la guérison. A la période d'état, fait alors suite une période de régression.

Page 1