I. — TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE
Le traitement de la maladie du sommeil doit être avant tout un traitement prophylactique. Il découle de l'étiologie même et peut être calqué, dans une certaine mesure, sur celui du paludisme. Il faut engager la lutte d’abord contre l’agent infectieux, le trypanosome, ensuite contre les intermédiaires qui le véhiculent, mouche tsé-tsé et animaux sur lesquels celle-ci se contamine. Enfin, il faut prendre des mesures énergiques contre les malades eux-mêmes et mettre les hommes sains à l'abri de la contagion.
Lutte contre le trypanosome. — Peut-on ‘avec efficacité s'attaquer à cet agent ? Cela nous paraît bien difficile. Un médicament vraiment spécifique contre lui, analogue à la quinine dans la malaria, est encore à trouver. Un seul, l’atoxyl, permet d'espérer. la guérison. C’est pourquoi il faudra systématiquement, soumettre à un traitement approprié tout individu suspect de recéler des trypanosomes. Cela sera d'autant plus difficile, que, pour donner des résultats sérieux, le traitement doit être institué de bonne heure. Or, nous savons combien le diagnostic de l'affection est délicat
au début, et de plus, combien il est fréquent que celle-ci évolue pendant longtemps avec une latence absolue, les malades pouvant ne présenter de symptômes cliniques que longtemps après qu'ils ont des parasites dans leur sang.
Lutte contre les animaux vecteurs de trypanosomes. — II paraît plus commode de s’attaquer à l’agent propagateur du trypanosome, à la mouche tsé-tsé. Nous avons dit, en traitant létiologie, qu'elle vivait dâns des milieux humides et boisés. I faudra donc pratiquer autant que possible l’assèchement des marais malsains, supprimer les bois et abattre les arbres qui sont trop près des agglomérations. Ce sont là, évidemment, des mesures énergiques et qui seront peut-être coûteuses, mais elles ont été tentées dans l'Afrique allemande, et Koch croit que le prix de vente de ces bois pour divers usages, notamment pour chauffer les bateaux à vapeur, couvrirait les frais en grande partie sinon en totalité. Il est bon de se souvenir, en outre, que la nature à donné à la mouche des ennemis. Il est des insectes, en effet, qui sont destructeurs tle glossines, par exemple les insectes enthomophages, parmi lesquels sont les Hyménoptères et les Diptères chasseurs. Il faudrait donc favoriser, par des moyens qui sont encore à étudier, quelles sont les meilleures conditions de reproduction et de pullulation de ceux-ci. Ce serait là certainement une des meilleures armes que nous puissions opposer à ‘a propagation de la maladie.
En tout cas, en attendant, il faut déclarer une guerre sans merci à tous les animaux qui portent dans leur organisme des trypanosomes. Parmi ceux-ci, nous devons placer au premier rang les bêtes sauvages qui peuplent les forêts des régions contaminées : les buffles, les antilopes, mais par-dessus tout, ainsi. que l'a montré Koch, les crocodiles. La destruction de ceux-ci est relativement aisée. Si on ne peut les
TR exterminer complètement, on peut, du moins, en «diminuer notablement le nombre. Ils ont, en effet, l'habitude de. déposer leurs œufs toujours au même endroit. Leurs nids sont fixes et les emplacements en sont bien connus des indigènes pêcheurs qui vivent au bord des cours d’eau. On pourrait instituer des primes qui seraient attribuées par les autorités à tous ceux qui par un moyen quelconque auraient détruit des œufs de crocodile. On arriverait ainsi à se débarrasser assez facilement de ces hôtes dangereux, et de la sorte on supprimerait en même temps un des moyens d'existence les plus indispensables aux glossines. nr
Lorsque ce seront les hommes malades qui contamineront les mouches, comme c'est le cas pour certains pays où l'infection a été portée par les indigènes qui étaient allés dans des contrées où elle existait déjà, il faudra isoler rigoureusement les malades et les traiter énergiquement. I] ne faudra permettre sous aucun prétexte le renouvellement de cette coutume barbare des indigènes, qui consiste à chasser, de peur de la contagion, les malheureux atteints de la maladie ‘et à les perdre dans la brousse. Là, ceux-ci ne tardent pas à mourir d'inanition ou d’une affection intercurrente, mais non sans avoir été piqués par de nornbreuses mouches qui s'infestent en suçant leur sang, et qui communiquent aux hommes sains le mal qu'ils avaient voulu éviter. Ils trouvent ainsi leur châtiment dans leur inhumanité même.
De plus, les nègres ont quelquefois une certaine aversion pour le traitement par les piqûres, [ls le trouvent trop long, ou trop ennuyeux, ou bien, constatant, dans des cas nombreux, aussitôt après les premières injections, une amélioration marquée de leur état de santé, ils linterrompent pour ne le reprendre que plus tard, lorsque les accidents se montreront de nouveau avec intensité. Dans ces conditions, ils deviennent nécessairement des foyers de contamination pour
lës mouches. Il faudra done créer des hôpitaux destinés à recevoir les malades. Ces hôpitaux devront être ën nombre suffisant et exister partout où la maladie fait son apparition. A la tête de ces stations, on pourra mettre, comme le conseille Koch, un médecin en chef assisté d'un ou deux aides lesquels pourront, à leur tour, devenir plus tard directeurs d'hôpitaux. De cette façon on formerait un véritable corps de santé spécial, bien éduqué, et qui fournirait, selon les circonstances, les médecins qui seraient utiles. Il sera bon aussi, d'obliger les malades à se faire traiter, et de leur montrer la nécessité du traitement. $
Prévention de la maladie chez les individus sains. — Enfin, en attendant l'exécution de ces mesures qui demanderont évidemment beaucoup de temps et de nombreux crédits, il ‘ faudra mettre les hommes sains à l'abri de l'infection et pour cela, la première chose à faire sera de les empêcher d'aller se contaminer dans les régions où la maladie fait des ravages. Il faudra ne permettre de rapports et d'échanges commerciaux qu'entre les populations atteintes ou qu'entre les populations indemnes, ainsi que le préconise le docteur Brumpt. De cette façon, les glossines de la région saine ne s'infesteront pas en se nourrissant sur des malades.
En outre, on pourra, lorsque les conditions seront favorables, déplacer certains villages et les transporter loin des bois et des cours d’eau, dans des endroits où il n’y a pas de glossines. Mais ce moyen sera surtout pratique pour les villages où la population est peu nombreuse. Un essai a été tenté à ce point de vue à Loango. L'expérience est en cours.
A côté de ces mesures d'ordre général, il y a aussi des mesures individuelles que chacun devrait observer, mais qui, nous le reconnaissons, sont difficiles à mettre en pratique. Il faudra placer aux fenêtres des habitations des grillages