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CHAPITRE HI

DESCRIPTION ET ÉTUDE DU TRYPANOSOMA GAMBIENSE

La recherche des trypanosomes étant toujours d’une importance capitale pour porter le diagnostic de la maladie du sommeil, il nous paraît bon de donner ici la façon de l2s reconnaître.

Les trypanosomes sont des parasites de la classe des Flagellés. Ils produisent en pathologie animale un grand nombre d’affections. C’est ainsi que le T. Brucei produit le Nagana, le T. Evansi produit le Surra de l'Inde, le T. equinum produit le mal de Cadeiras de l'Amérique du Sud. Le T. Equiperdum donne lieu, chez les étaions, à une affection spéciale, la Dourine ou mal du coït. Le seul dont nous ayons à nous occuper, est le Trypanosome de la maladie du sommeil ou Trypanosoma gambiense.

TRYPANOSOMA GAMBIENSE. — Il se rencontre dans le sang, le liquide céphalo-rachidien, la Ilymphe des individus atteints de la maladie.

L'examen du sang frais par les procédés ordinaires ne suffit pas toujours à en révéler l'existence au microscope ; il faut pour cela faire subir au liquide examiné des préparations préalables.

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Mode d'examen. — En pratique, on peut se contenter. d’une simple coloration avec la solution alcoolique de fuchsine ou une solution aqueuse de rouge de Magenta, ou mieux une solution de phénate de thionine. Par ces procédés, on obtient la coloration en moins d’une minute. |

Laveran et Mesnil ont obtenu d'excellents résultats par la méthode suivante : Il faut d’abord préparer une solution de bleu de méthylène à l’oxyde d’argent (bleu Borrel). Pour cela, « dans une fiole de 1450 centimètres cubes environ, on » met quelques cristaux d'azotate d'argent, et 50 ou 60 een- » timètres cubes d’eau distillée ; quand les cristaux sont dis- » sous, on remplit la fiole avec une solution de soude caus- » tique concentrée et on agite ; il se forme un précipité noir » d'oxyde d'argent, qui est lavé à plusieurs reprises à l'eau » distillée, de manière à enlever l’azotate d'argent et l'excès » de soude ; on verse alors sur l’oxyde d’argent une solu- » tion aqueuse saturée de bleu de méthylène préparée avec » du bleu de méthylène médicinal de Hôchst ; on laisse en » contact pendant quinze jours, en agitant à plusieurs re- » prises. »

On prépare, en second lieu, une solution aqueuse d’éosine à 1 p. 1.000 (éosine soluble dans l’eau de Hôchst).

En troisième lieu, on prépare une solution de tanin à 5 p. 100, ou bien on peut se servir d’une solution de tanin orange qu'on trouve toute prête dans le commerce.

Au moment de s’en servir, on fait le mélange suivant :

Solution d’éosine à 1 p. 1.000

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On met la lame en contact avec cette solution pendant 5 à 20 minutes, selon l'espèce de trypanosome étudiée. On lave

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à grande eau, puis on met du tanin pendant quelques minutes, on lave à grande eau une seconde fois, puis à l’eau distillée et l’on sèche.

Si la coloration est réussie, le protoplasme est bleu clair, les noyaux sont colorés en lilas, ainsi que le flagelle, le centrosome en violet foncé, la membrane ondulante est incolore ou bleue très pâle. Les hématies sont roses, les noyaux des leucocytes violets.

Deux auteurs anglais, Salvin-Moore et Breinl, ont fait connaître, il y a quelques mois, un procédé de coloration qui leur a permis de suivre l’évolution des trypanosomes avec une grande netteté. Leur méthode comprend deux opérations : Il s’agit tout d’abord de fixer la préparation. Pour cela, on étend une goutte de sang sur une lame recouverte d'albumine glycérinée ; avant que cette goutte ne soit sèche, on la place dans le fixateur qui doit être le Flemming fort. On l'y laisse pendant 5 à 10 minutes ; on lave et on passe lentement par les alcools jusqu'à lPabsolu ; puis on revient à l’alcoo! à 80° iodo-ioduré ; ensuite, on termine par l'alcool à 30°.

Une fois la préparation ainsi fixée, il faut la colorer, et les auteurs donnent, à cet effet, deux méthodes qui leur ont donné des résultats également bons. La première consiste à prendre deux solutions saturées de safranine dans l'alcool et dans l’eau ; on y ajoute de l'huile d’aniline. Au bout de trois à six mois, le mélange peut être employé. On laisse la préparation dans ce mélange pendant un temps qui variera d'une demi-heure à deux heures ; après quoi, on lave ; on colore au bleu de méthylène polychrome ; on lave une seconde fois ; on différencie au tanin orange ; on passe par les alcools. La couleur rouge passe au bleu pourpre par l'huile d’aniline. On ajoute xylène et baume.

Le second procédé de coloration est basé sur l'emploi de

l’hématoxyline et de l’alun de fer préconisé par Heidenhaïin, mais l’on ajoute à la solution quelques gouttes d'une solution concentrée de carbonate de lithine.

Nous ne croyons pas devoir multiplier ces procédés de coloration qui sont très nombreux et que l’on trouvera eXpOsés dans le beau livre de Laveran et Mesnil, Trypanosomes el Trypanosomiases.

Morphologie. — Si on examine au microscope une goutte de sang dans laquelle il y à des trypanosomes, ils apparaissent à l’œil comme des corps allongés en forme de fuseaux plus ou moins ondulés, à extrémités fines. A l’état adulte, leur longueur est variable, suivant l'espècé ; le T. Gambiense mesure de 18 à 24 w delongsur2à2 um 5 de large. |

Il se compose d’un protoplasma, qui contient deux masses chromatiques : un centrosome à la partie postérieure, et un noyau à la partie moyenne. Du centrosome part une membrane plissée appelée membrane ondulante, dont le bord se prolonge par un flagelle assez développé.

Le protoplasme est coloré en bleu, mais pas d’une manière uniforme, surtout chez T. Gambiense où on remarque des granulations d'assez fortes dimensions, plus colorées que le reste du protoplasme. Celui-ci ne paraît être enveloppé d’aucune membrane différenciée.

Le centrosome, situé en général près de l'extrémité postérieure, se présente sous la forme d’une petite masse se colorant très fortement en violet. Il est rond, en général, quelquefois elliptique, mesure de 1/2 pu. à 1. Il est placé au milieu d'un espace plus clair qui tranche nettement sur le protoplasma. Les rapports du centrosome et de cel espace clair avaient permis à Castellani de différencier le T. Ugandense, du T. Gambiense. Chez le premier, le centrosoms se-

rait situé hors de l’espace clair, ef au contraire dans son intérieur chez le second. Ces différences ne sont pas réelles.

Du centrosome part un long filament, le flagelle, qui borde la membrane ondulante. On lui reconnaît trois portions : la racine, qui va du centrosome à la membrane, la partie bordante qui limite la membrane et la partie libre, cette dernière représentant le 1/3 ou le 1/4 de la longueur totale chez l’espèce qui nous occupe.

La membrane ondulante est formée par un protoplasma identique à celui du corps. Elle est plus mince que le flagelle et plissée. Chez le T. Gambiense, elle arrive fréquemment jusqu'à l'extrémité libre du flagelle.

Le noyau, rond ou ovale, ést situé vers le milieu du corps ; il paraît formé par une agglomération de filaments chromatiques colorés en lilas par la méthode du bleu éosine et réunis par une substance qui reste plus claire. On n’y distingue ni réseau, ni enveloppe.

Etude biologique. — On ne retrouve dans le corps des trypanosomes, ni vacuoles digestives, ni corpuscules solides englobés. [Il est donc probable qu’ils se nourrissent par osmose. D’après Van Campenhout, les meilleures conditions d'existence seraient réalisées dans le sang, tandis que dans le liquide cérébro-spinal, ils paraissent ne pas pouvoir se multiplier. Cependant, c’est dans le suc des ganglions lymphatiques qu’on les décèle le plus souvent, et c’est là qu’il faut les rechercher lorsque l'examen microscopique du sang reste négatif. À ce point de vue, Koch donne le conseil, pour le rencontrer plus sûrement dans le sang, d'en examiner une couche la plus épaisse possible. De cette façon, on a sous les yeux une plus grande quantité de sang et, par suite, on a des chances d’y rencontrer plus de parasites.

La partie libre du flagelle et la membrane ondulante sont

NO UE animées de mouvements oscillatoires, qui produisent le dé-

placement en avant du corps du parasite. Dans le protoplasme, il y a des mouvements de contraction.

Virulence. — La, virulence du trypanosome et les symptômes morbides auxquels il donne lieu sont variables avec l’espèce animale sur laquelle on expérimente.

Parmi les singes, on en trouve de très réceptifs, entre auires le macacus rhesus et l’ouistiti. Brumpt et Wurtz se sont servis de ce dernier pour de nombreuses expériences. Les trypanosomes apparaissent dans leur sang de 10 à 15 jours après l'inoculation et la mort survient au bout de 40 ou 50 jours, en hypothermie, mais souvent sans que les singes infectés aient présenté de somnolence. Les cynocéphales sont réfractaires.

Les chiens et les chats s'inoculent facilement ; la maladie débute après 15 ou 17 jours et dure 5 à 6 semaines.

Le cobaye est assez réceptif (50 0/0), mais l'infection évolue chez lui lentement, Il en est de même chez le rat, la souris, le lapin. Chez ces animaux, l’inoculation dans le péritoine réussit mieux que l’inoculation sous-cutanée.

La marmotte, le hérisson, sont facilement infectés ; la chèvre peut l'être aussi, mais la maladie évolue chez elle d’une façon bénigne et sans donner lieu à des symptômes bien marqués.

La brebis et le cheval sont réceptifs, l’âne beaucoup moins.

Reproduction. — Introduit dans un organisme, le T. Gambiense s’y multiplie de la manière suivante : le noyau se divise amitotiquement ; parfois il s’allonge à peine, d’autres fois beaucoup. Le centrosome s’étire, prend Ia forme d'une haltère et se partage en deux. Le flagelle se divise longitudinalement en partant du centrosome. La division du corps se

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fait longitudinalement aussi et d’une manière égale. La divi-

sion se fait dans l’ordre suivant : centrosome, novau, mem-

brane, protoplasme.

Par le procédé de coloration que nous avons indiqué pré-

cédemment, Salvin-Moore et Breinl ont pu faire connaître

des point intéressants dans ce mode de reproduction. D’après

eux, un nouveau flagelle se formerait entièrement au niveau d'un des centrosomes extranucléaires provenant du dédoublement du centrosome externe. Au moment dés poussées de trypanosomiase, on voit apparaître une bande axiale se dirigeant vers le noyau ; elle finit par l'atteindre, se brise en fragments et finalement disparaît ; on voit ensuite la région voisine du noyau se vacuoliser. « Les auteurs, dit F. Mesnil, qui résume leur mémoire dans le Bulletin de l'Institut Pasteur, pensent qu’il y a une copulation, d’un ordre très particulier, entre les deux masses chromatiques d’un trypanosome. |

» La suite de ces phénomènes est contemporaine de la période de baisse des trypanosomes et quand ils ont disparu de la circulation, on trouve pendant plusieurs jours (jusqu'à 10) dans le poumon, la rate, la moëlle des os, des corps arrondis correspondant à la région nucléaire vacuolisée des trypanosomes ; ce sont les latent bodies (corps latents) des auteurs. |

» Pour eux ces corps, qui ne ressemblent en rien aux formes de dégénérescence obtenues par l’action des médicaments, l’atoxyl par exemple, — sont le point de départ d’une nouvelle génération de Trypanosomes, d’une poussée infectieuse ; et ils donnent diverses figures de cette transformation : le centrosome intranucléaire se divise en deux ; l’un des deux sort du noyau, est le point de départ d’un flagelle ; c’est le futur centrosome extranucléaire.

» En somme, les trypanosomes montreraient, chez l'hôte

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vertébré, un véritable cycle évolutif, comprenant même un stade sexuël, et les auteurs sont persuadés qu'il ne se passe rien de plus chez les insectes convoyeurs ; on retrouverait partout le cas de la Dourine où pareil vecteur manque. »

Trypanosomes in vitro. — Le sang défibriné ou citraté, additionné d’eau physiologique, constitue un bon milieu de conservation des trypanosomes. De nombreuses substances chimiques les détruisent in vitro : l’iode, l’iodure de potassium, les sels de quinine et de fer, de mercure et d'argent, mais par-dessus tout, l’arsenic et ses dérivés, cacodylate de soude, arrhénal, atoxyl, acide arsénieux.

Ils résistent peu à la chaleur, mais au contraire très bien à des températures très basses. Après 15 minutes, à la température de — 191°, on peut encore en trouver de virulents.

Enfin, le sang infecté présente le curieux phénomène de l’auto-agglutination. Etalé entre lame et lamelle, les globules s’agglutinent et s'accumulent de telle façon qu’à l'œil nu on voit de petites taches séparées par du sérum. Ces taches sont de dimensions variables, plus volumineuses si le sujet est plus malade. Ce phénomène a une grande valeur pour le diagnostic et peut le faire poser, alors que l'examen mieroscopique ne décèle aucun trypanosome dans le sang.

La défense de l’organisme à l'égard du T. Gambiense n'est pas encore nettement élucidée. Nous ne saurions cependant clore ce chapitre sans signaler les recherches de MM. Rodet et Vallet à ce sujet. D’après ces auteurs, la phagocytose n’intervient que dans une faible part, mais la rale joue un rôle beaucoup plus important. Il se produit dans cet organe une trypanolyse par laquelle l'organisme s'efforce de se débarrasser des trypanosomes.

In vitro, MM. Rodet et Vallet ont constaté que les trypanosomes s’altéraient plus rapidement dans le suc de rate

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