RÉSUMÉ
Nous avons vu que les coccidies disposent de deux voies de multiplication : i" une voie asexuelle, asporulée, que nous avons nommée « schizogonie ». Elle commence parla schizonte et finit par le mérozoïte. C'est elle qui détermine l'auto-infection de l'animal hôte, chez qui elle produit une infection aiguë se terminant souvent par la mort. 2° Une voie sexuelle, sporulée, que nous avons nommé « sporogonie ». Elle débute par la fécondation d'un élément femelle « macrogamète » par un élément mâle « microgamète », et finit par le « sporozoïte ». La macrogomète a une ressemblance frappante avec l'ovule des animaux supérieurs, et le microgamète avec le spermatozoïde de ces mêmes animaux. Chez les uns comme chez les autres, la fécondation est absolument identique. Cette sporogonie a pour but de faire passer l'infection d'un animal à l'autre.
Ces deux cycles — asexuel et sexuel — succèdent constamment l'un à l'autre. Ils constituent une véritable génération alternante. Seulement, tandis que la première génération (schizogonie) peut
se répéter successivement un certain nombre de fois, la seconde ou sporogonie ne peut succéder qu'une seule fois au premier cycle. En d'autres mots, une schizonte peut engendrer des mérozoïtes ; ces mérozoïtes d'autres schizontes ; ces nouvelles schizontes d'autres mérozoïtes, et ainsi de suite ; tandis qu'une sporonte engendre une génération de sporozoïtes, lesquels sont incapables d'engendrer des sporontes, mais doivent directement se transformer en schizontes. Ce phénomène de génération alternante n'est pas isolé dans le monde des infiniment petits. Ne voyons-nous pas quelque chose d'analogue se passer chez les infusoires ? Nous croyons qu'il n'est pas sans intérêt de rappeler ici ce qui se passe chez ces derniers :
Les infusoires ont une puissance de reproduction prodigieuse. Si les circonstances leur sont favorables, ils peuvent se diviser plusieurs fois en 24 heures ; mais, au fur et à mesure que le nombre de ces divisions augmente, les nouveaux nés perdent de leur puissance vitale. C'est ainsi que ceux issus de la 3ooe génération sont chétifs et rabougris ; ce sont de véritables avortons, qui n'arrivent pas, tant s'en faut, à atteindre la taille de leurs premiers ancêtres. Le macronucleus de ces infusoires tarés a presque complètement perdu sa substance chromatique. Quant au micronucleus, il s'atrophie de plus en plus, et finit par disparaître. Ces tares constituent la dégénéresence sénile, laquelle conduit sûrement toute la colonie à la mort, si un facteur de régénérescence n'intervient rapidement. Ce facteur de rajeunissement est la conjugaison.
Au fur et à mesure que la dégénérescence sénile s'accentue, il se développe chez ces infusoires un appétit sexuel de plus en plus intense. On voit alors ces infusoires dégénérés se rechercher, flirter, se palper, se pénétrer, puis finalement, se souder deux à deux par leur extrémité antérieure. Cette union constitue la conjugaison qui n'est, dans son essence, qu'un échange et un renouvellement nucléaires. Après cet échange, les conjugués se séparent. Ils sont rajeunis, forts et de taille normale, et capables d'une nouvelle force de reproduction par division.
C'est à Maupas que nous devons cette belle étude sur les infusoires. Maupas a établi comme suit les trois conditions d'une conjugaison fertile : 10 Un état suffisamment prononcé de la dégénérescence sénile.
Toutefois, le micronucleus ne peut être détruit, sinon la mort est irrévocable. Une pénurie nutritive du milieu dans lequel se trouvent les infusoires. Les colonies poui-vues de matières nutritives abondantes, meurent de dégénérescence ; tandis que les infusoires se trouvant dans un milieu nutritif pauvre, souffrent d'un certain degré d'inanition, qui est l'aiguillon de l'appétit sexuel. 3" Les deux organismes qui veulent se conjuguer doivent avoir une origine distincte ; c'est-à-dire qu'ils doivent procéder non pas d'un seul et même ancêtre, mais de deux ancêtres sans « consanguinité ».
Ces trois conditions ont été établies expérimentalement grâce à des cultures d'infusoires. On préparera plusieurs petits bocaux contenant de l'eau et un nouet d'algues ; le tout sera stérilisé. Dans chaque bocal, on placera un seul infusoire, par exemple, un paramaecium ; au bout d'un certain temps, c'est-à-dire après la formation d'un grand nombre de générations, on mélangera entr'elles deux ou trois cultures. On pourra, grâce à ce procédé, observer le phénomène de la conjugaison.
Chez les coccidies, il est bien possible que la sporogonie, c'està-dire le rajeunissement, par fécondation de deux éléments sexuels, remplisse les trois conditions que Maupas a établies chez les Ciliés. La schizogonie plusieurs fois répétée, provoquerait une certaine dégénérescence sénile des mérozoïtes. Les cellules intestinales étant infectées en grand nombre, la pénurie des matières nutritives éveillerait chez ces mérozoïtes l'appétit "sexuel, lequel neutraliserait par la fécondation les effets de la dégénérescence sénile. Toutefois, nous n'émettons là qu'une hypothèse pouvant servir d'idée directrice.
Chap. IIL - TECHNIQUE.
Pour conserver des mille pattes vivants, on les isolera séparément dans des boîtes, de préférence dans des boîtes de Pétri dont on aura eu soin de couvrir le fond d'une rondelle de papier filtre bien humectée. On prendra soin de faire bien adhérer le papier filtre au
fond du verre, et on veillera à le maintenir constamment humide. Ainsi installés, les lithobius seront nourris avec des morceaux de vers à farine, ou bien avec de petits cloportes coupés en morceaux.
Au bout de peu de temps, on verra la surface blanche du papier filtre parsemée de points noirs qui sont les excréments du mille patte. Ces excréments seront analysés sous le microscope ; et on s'assurera ainsi, par la présence ou l'absence de sporontes ou de sporoblastes, de l'existence ou de l'absence d'infection. Par cet examen, fait minutieusement, on pourra de plus déterminer la ou les espèces de coccidies en présence desquelles on se trouve. Pour arriver à ce diagnostic, on s'en rapportera à la description des sporontes et des sporocystes de l'adelea ovata, du coccidium Lacazei, et du coccidium Schubergi.
Les règles de cet examen sont non seulement valables pour l'examen des excréments du mille pattes, inais se rapportent également aux excréments du lapin, de la souris, des oiseaux, et, en un mot, de tous les animaux soupçonnés atteints de coccidiose. En ce qui concerne particulièrement les lithobius, disons qu'on aura le plus de chance de rencontrer l'infection chez un individu qui appartenait à une grande colonie ; ceux qui vivent séparés, en petite société, sont souvent indemnes de toute infection.
Nous avons vu que les coccidies sont évacuées avec les matières fécales, tantôt à l'état d'ookystes, tantôt à l'état de sporoblastes, parfois même à l'état parfait de sporocystes. Ces variations sont en rapport avec les diverses espèces de coccidies, et peuvent dépendre accidentellement du siège plus ou moins profond de la coccidie dans l'épithélium intestinal.
Pour observer les stades successifs de la sporogonie des coccidies évacuées avec les matières fécales à l'état d'ookystes, il suffit d'étendre en couche mince une parcelle de ces matières fécales sur un couvre ou porte objet, et de déposer ces verres ainsi préparés, en chambre humide à une température de i8 à 20". En examinant chaque jour cette préparation sous le microscope, on pourra assister successivement à la formation des sporoblastes, des sporocystes et des sporozoïtes. Inutile de dire qu'on pourra traiter de la même façon le contenu intestinal ou le tissu épithélial de l'intestin, après autopsie.
En ce qui concerne les infections artificielles, le lecteur voudra bien se rapporter à ce qui a été dit au § IV : durée du cycle évolutif.
Pour faire l'examen du contenu intestinal et du tissu épithélial de l'intestin du lithobius, voici comment il faut s'y prendre : après avoir saisi entre les mors d'une pince à dissection, le lithobius que l'on sait infecté, on lui tranche, avec des ciseaux, la tête et les derniers segments du corps. Puis, en s'aidant d'une seconde pince, de préférence très petite, on tire au dehors l'intestin de l'animal. Tandis que par une de ses extrémités, on maintient cet intestin fixe à l'aide d'une fine aiguille, la paire de fins ciseaux l'ouvre dans toute son étendue. On racle alors, avec l'extrémité aplatie d'un fil de platine, l'épithélium intestinal que l'on dépose avec une parcelle du contenu intestinal sur un porte objet. Au dessus de cette préparation, on fait tomber une goutte de suc de l'animal ; goutte que l'on obtient en comprimant le corps du lithobius entre deux doigts. Finalement, on fait du tout un mélange. A défaut de suc, on peut se servir d'une goutte de liquide ph3'siologique. Ce dernier milieu est toutefois moins recommandable que le premier, parceque les coccidies ne peuvent s'y observer vivantes aussi longtemps. Loi-sque le mélange est établi, on dépose un couvre objet sur la préparation, et on entoure rapidement celle-ci d'une bordure de paraffine ou de vaseline. Si on opère vite et rapidement, on pourra observer les coccidies vivantes pendant deux ou trois heures.
Une fois l'examen terminé, on peut, si on le désire, enlever prudemment le couvre objet, laisser sécher la préparation et la fixer, comme il va être dit, pour en faire une préparation durable. Si, dans certaines circonstances, on désire se passer de l'examen du parasite à l'état vivant, et procéder d'emblée, à une préparation durable, on étendra directement une mince couche de contenu et d'épithéhum intestinal sur un couvre objet ; et on fixera. A cet efi"et, on laisse tomber le couvre objet, face en bas, sur un liquide fixateur.
Le meilleur fixateur est un mélange composé de 2 p. sol. aq. conc. de sublimé et i p. alcool absolu ; on peut y ajouter encore une trace d'acide acétique qui facilitera la coloration des noyaux. Toutefois, avant de déposer le couvre objet préparé dans ce liquide fixateur, il faudra prendre la précaution de chauffer celui-ci à tel point qu'on puisse à peine y tenir un doigt. Une fois la fixation obtenue — ce qui
est fait au bout d'une dizaine de minutes - on lavera la Preparaùon à l'alcool iodé, pour faire disparaître les cristaux de sublimé Elle supportera alors toutes les manipulations nécessaires sans qu il s en
détache quoi que ce soit.
Enfin, - dernière manipulation - la préparation fixée sera soumise à l'action des agents colorants. Le meilleur colorant est l'hématoxiline Grenacher. On aura soin de la diluer fortement, soit par exemple : i cm« d'hématoxilin pour 200 cm" d'eau. La préparation est laissée dans cette dilution pendant 24 à 48 heures ; elle sera ensuite lavée à l'alcool chlorhydrique, en vue d'obtenir la différenciation. On obtient par ce procédé des noyaux merveilleusement distincts.
Pour la préparation spéciale des macrogamètes, on pourra avoir recours à une double coloration : l'hématoxiline fixera les petites granulations, tandis que les grosses prendront l'éosine.
Enfin, disons pour terminer, qu'on pourra recourir également à la coloration par le procédé de Romanowsky (voir plus loin : coloration des plasmodies de la malaria).
BIBLIOGRAPHIE
Le lecteur trouvera dans l'excellent opuscule de Lûhe et dans le grand ouvrage de Labbé toutes les indications bibliographiques. Il y trouvera notamment le titre des articles très importants de Labbé, Laveran, Louis Léger, Hagenmûhler, Schaudinn, Siedlecki, Schuberg et Simond.