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LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES

La méthode préconisée par Robert Koch serait évidemment le procédé de choix pour triompher de la malaria dans les pays peu affectés, tel que la Belgique, si elle devait être appliquée exclusivement à toute autre. En effet, il n'est plus guère d'agglomération belge qui ne possède son médecin ; et dans nos communes même les plus éprouvées, le nombre des patients relativement peu élevé permet une surveillance et une intervention thérapeutique rapides et puissantes. Mais pour arriver à un résultat notable et rapide, tous les moyens de combat dont nous disposons, doivent y être utilisés dans

(2) Galli— Rômische Briefe. Mûnchi. med. Wochcnscli. 9 April 1901.

la mesure du possible. A plus forte raison, importe-t-il de se garder d'un exclusivisme étroit dans les pays sévèrement éprouvés. Ici, la lutte systématique et intense contre les moustiques, telle qu'elle a été préconisée et appliquée surtout par Ross, acquiert une importance primordiale. Aussi, peut-on reprocher à Koch d'avoir méconnu la prépondérance et l'efficacité de cette lutte, en préconisant exclusivement sa méthode ingénieuse. D'autre part, c'est à tort que Ross ne voit le succès que dans la lutte contre les moustiques.

Ces deux savants ne sont, en effet, arrivés au résultat convoité, que grâce à l'application rigoureuse et parfaite de leurs méthodes respectives ; mais il serait illusoire d'espérer partout des applications aussi consciencieuses.

Pour extirper les moustiques d'une contrée, nous disposons de plusieurs moyens. D'abord, nous pouvons dans une certaine mesure, soustraire à ces insectes, par des travaux d'assainissement appropriés, l'eau nécessaire à leurs pontes ; comme l'existence des moustiques s'accomplit en partie dans l'eau et en partie dans l'air, nous pouvons encore détruire leurs œufs, larves et nymphes dans les collections aqueuses, et enfin, l'insecte parfait dans l'athmosphère.

A) Travaux d'assainissement.

De tout temps, on a compris que l'infection paludéenne était étroitement liée à l'existence des marais, des eaux stagnantes et croupissantes. Aussi, les hygiénistes des temps modernes, du moyen-âge et même ceux de l'antiquité ontils cherché, tout en ignorant le facteur étiologique « moustique », à améliorer l'état sanitaire des contrées infectées, en exécutant de grands travaux d'assainissement. Ils ont cherché à obvier aux alternatives d'innondation et de dessiccation des sols marécageux, à donner aux eaux un écoulement facile, soit en drainant le sous sol, soit en améliorant le régime des eaux superficielles ; enfin, ils ont encore cherché à faire disparaître les collections d'eau, soit en les maintenant en pleines eaux, soit en les desséchant. Mais ces travaux, exécutés souvent aù prix de dépenses inouïes, n'ont pas toujours répondu à l'attente ; la campagne romaine en est une preuve éclatante.

En effet, ces ti'avaux ne pouvaient amener le but convoité, qu'à

la condition d'entraîner une diminution notable, voire la disparition totale des moustiques. Si dans certaines campagnes, la malaria a perdu de sa fréquence et de sa sévérité, nous ne pouvons attribuer cet heureux événement aux travaux d'assainissement y effectués si considérables qu'ils soient : car, comme ceux-ci n'ont pas réussi à y extirper les moustiques, toujours aussi nombreux qu'auparavant, il est permis de conclure que la disparition de la malaria y est due à un autre facteur puissant : la quinine.

Dans les grandes villes, au contraire, les travaux d'assainissement ont amélioré singulièrement l'état sanitaire, et ont amené, en grande partie à eux seuls, la disparition graduelle de la malaria ; l'hygiène moderne y a fait disparaître les fossés, les collections d'eau inutiles, et en général tous les habitats des larves de moustiques ; c'est ainsi que Rome, autrefois fortement éprouvée par le fléau, en est devenue affranchie, bien que ses alentours immédiats soient des plus malarigènes.

Si les travaux d'assainissement des campagnes, tels qu'ils ont été compris jusqu'ici, étaient frappés d'avance de stérilité au point de vue de la prophylaxie antimalarique, les découvertes des dernières années ont enseigné une lutte plus rationnelle qui conduira sans aucun doute au succès, et permettra la mise en culture de grandes étendues de terrain. C'est ainsi que le succès de la vaste expérimentation entreprise en igoo par Grassi (i), dans la province de Salerne, suscite les plus légitimes espérances.

. Certes, les sacrifices d'argent nécessaires pour des travauxd'assainissement définitifs, dans des pays de quelque étendue, seront considérables. Mais, si considérables qu'ils puissent être, ils ne tarderont pas à être avantageusement compensés, par la réalisation du bénéfice économique qui résultera de la culture dès lors possible d'immenses contrées.

Sans vouloir renoncer donc au bénéfice de ces travaux coûteux et nécessitant l'intervention des gouvernements, il importe surtout d'avoir en vue le but direct, c'est-à-dire la disparition des moustiques autour des habitations humaines; et pour montrer la diversité et l'efiicacité

(ij Grassi. - Die Malaria : Studien eines Zoologen. Kapital X

Icna ^goi,

des moyens que nous possédons dans cette voie d'intervention, rien ne sera plus utile que de se rapporter à la belle expérimentation que fit Ross (i), à Sierra Leone, ville de 3o.ooo habitants.

A son arrivée à Sierra Leone, Ross réimit un certain nombre d'indigènes qu'il divisa en deux équipes, à la tête de chacune desquelles il plaça un « headman », c'est-à-dire un homme de couleur présentant sur les autres l'avantage de leur être supérieur en intelligence et en autorité. Il donna à l'une de ces équipes le nom d'équipe Culex, à l'autre celui d'équipe Anophélès. A chacune de ces équipes, on apprit à rechercher les larves de moustiques, et à distinguer les larves de culex des larves d'anophélès.

Equipe Culex. La principale occupation de cette équipe était de recueillir les débris de bouteilles, de porcelaine, boîtes en fer blanc vides, etc. que l'on trouve généralement éparpillés dans les rues et autour des maisons dans les pa3^s chauds. Nous avons vu que les culex pondent fréquemment leurs œufs dans les collections d'eau formées après les pluies dans ces récipients. Tous ces débris étaient réunis en petits tas devant les seuils des maisons, déversés ensuite dans des chariots et finalement évacués vers un terrain vague désigné à cet effet. Cette besogne était renouvelée tous les jours. Une équipe de six hommes parvenait ainsi à nettoyer en un jour les alentours de cinquante maisons, et à enlever dix chariots de débris divers.

Lorsque dans un jardin, le headman reconnaissait la présence de larves dans des pots à fleurs ou autres récipients analogues, il attirait sur ce point l'attention des habitants de la maison ; il leur montrait la façon de détruire ces larves, en versant un peu de pétrole à la surface de l'eau, ou plus simplement, en jetant tout le contenu du pbt à terre.

Equipe Anophélès. Le but qu'avait à poursuivre cette équipe était de faire disparaître toutes les collections d'eau stagnante formées à la surface du sol. Autant que possible, Ross choisissait pour la composition de cette équipe, des hommes travaillant habituellement

(i) Ross. — Campaign against Mosquitoes in Sierra Leone. Liverpool

id. Mosquito Brigades, and How to organize Them, Liverpool 1902.

à la construction de routes. L'équipe s'attaquait avant tout aux collections d'eau dans lesquelles avait été constatée la présence de larves, et surtout de larves d'anophélès. On se rappellera que c'est presque toujours dans de petites mares que l'on trouve les larves d'anophélès ; rarement, dans de grandes.

Les marigots formés par de petites dépressions de terrain étaient comblés au moyen de graviers ou de terre. Pour éviter leur reproduction, particulièrement fréquente sur les côtés des routes, Ross faisait creuser de chaque côté de celles-ci, des rigoles de six pouces carrés de section. Quant aux fossés existants, il les modifiait en leur imprimant une pente suffisante pour assurer l'écoulement continu des eaux.

Lorsque la formation d'eau stagnante était favorisée par la disposition anfractueuse de certaines parties de rocher, on détruisait à la pioche ces parties pierreuses, ou bien on faisait disparaître ces anfractuosités en les comblant au moyen de mortier.

Les dépressions de terrain donnant lieu à la formation de collections d'eau d'un volume assez grand, étaient comblées au moj^en de terre, ou au moyen des débris de vaisselle et autres, collectés par l'équipe culex. Là où ce travail était rendu impossible, on s'efforçait à faire disparaître de cette eau toute trace de végétation. Les larves semblent préférer une légère végétation dans les eaux où elles se meuvent ; elles ont une prédilection particulière pour les petites brindilles d'herbe qu'on trouve souvent dans les mares.

Les puits fournissant l'eau pour la boisson, étaient recouverts d'une moustiquaire.

La campagne menée par Ross à Sierra Leone, a donné tous les résultats attendus. La diminution des moustiques dans cette localité y fut observée chaque semaine d'une façon graduelle et sensible.

Des mesures semblables ont été suivies avec succès à la Havane, où la municipalité punit d'une amende, tout habitant qui par négligence laisse se développer des larves de moustiques dans son jardin.

Nous ajouterons que pour être complètement efficaces dans toutes les localités où elles seraient appliquées sous les tropiques, les mesures préconisées par Ross devraient être étendues à un périmètre de 5oo mètres de rayon autour de chaque station.

Ross reconnaît que la campagne qu'il a menée à Sierra Leone ne

peut avoir de valeur qu'en temps que mesure transitoire. Il estime avec raison que pour faire œuvre utile définitive, les gouvernements devraient prendre la résolution de décider l'exécution de travaux plus finis et durables. Certes, les mesures prises par Ross à Sierra Leone seront toujours, partout, d'une grande efficacité ; malheureusement cette efficacité ne sera jamais obtenue qu'au prix d'une vigilance et de soins de tous- les instants.

B) Destruction des œufs et des larves.

Dans certaines parties de l'Amérique rendues inhabitables par les moustiques, on s'était mis depuis longtemps à la recherche de moyens propres à amener la disparition de ces insectes. C'est là qu'on préconisa successivement la pisciculture, l'élevage de libellules, et enfin le pétrole.

On avait cru qu'en élevant dans les étangs de womhxeuyi poissons , ceux-ci ne tarderaient pas, en se repaissant des œufs, larves et nymphes, à amener un abaissement notable du nombre des moustiques.

On avait fondé un espoir semblable sur les libellules, dont les larves très carnassières se nourrissent de larves de moustique, et dont l'insecte parfait mange les moustiques adultes.

Mais les événements trompèrent ces belles espérances. C'est alors qu'on songea à recourir à des moyens mécaniques. 'Le pétrole lut essayé tout d'abord ; c'est lui qui donna entre les mains de ceux qui l'expérimentèrent, les plus beaux résultats. En versant, sans précaution aucrme, du pétrole à la surface d'une mare, ce pétrole y forme une mince pellicule dont il est facile d'apercevou" et de corriger les lacunes. De par son épaisseur, cette pellicule empêche les larves de mettre leurs stigmates en contact avec l'air atmosphérique, et les asphyxie ainsi au bout d'une à six heures, suivant l'épaisseur de la couche. L'inconvénient de cette excellente^ méthode réside dans ce fait, que le pétrole s'évapore assez vite, et d'autre part, qu'il est assez dispendieux sous les tropiques.

L'huile d'olive, l'huile de palme, le goudron, l'essence de térébenthine, l'essence d'eucalyptus agissent de la même façon ; mais ces différentes substances présentent sur l'emploi du pétrole, de nombreux désavantages.

L'idée est venue également, de chercher à tuer les larves et les nymphes en les intoxicant. De multiples substances (végétales, minérales, couleurs d'aniline) ont été expérimentées dans ce but, notamment et surtout par Celli (i).

Action culicide des substances suivantes sur les larves de moustiques (Culex pipiens, C. annulatus)

à la température ordinaire de i8 à 20° c, d'après Celli.

Substances employées

Durée maxima de la vitalité des larves

Infusion aq. saturée de feuilles de tabac Lessive de Potasse Vio

Poudre de chrysanthème (fleurs non épan.) o,oo3 o°/oo Sublimé i "/oo

Poudre de chrysanthème, 3^ qualité 0,06 °/.io

Solution non saturée de SO2

Eau salée (Na Cl 5 à 10 0/0)

Extrait de tabac commercial 10 "/o

Sulfate double de K et de Na i %

Sulfate Cu i "lo

Sulfate fer i %

Goudron 10 0/0

Eau ammoniacale (gaz)

Lait de chaux 5 0/0

Ac. sulfureux t %

Bichromate de potasse 2 p., + H2 So^ 3 à 10 % Inhision aq. saturée de quassia amara Infus. aq. saturée de solanum nigrum id- Daphnè gnidium

Solut. id. sulfate de soude

Permanganate de potasse à 5 °/o

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