‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 1 sur 109 · CRIME D'UN AUTRE · texte numérisé non relu

CRIME D'UN AUTRE

TI AU MILIEU DE LA Nuir

À quelques lieues de Vesoul, ancienne et jolie petite ville de la province de Franche-Comté, on rencontre, en se dirigeant vers Gray, le village de Frémicourt, ombragé d'arbres magnifiques, et gracieusement assis sur le bord d'une petite rivière aux eaux limpides, qu'on nomme la Sableuse.

Cette rivière, ou plutôt ce ruisseau, est un des nombreux affluents de la Saône. Il doit, sans doute, son nom de Sableuse à son lit de sable fin, blanc et doux sous le pied nu comme celui des bains de Trouville,

Le sol de cette partie du département de la Haute-Saône est d’une fertilité remarquable et donne la richesse à ses habitants. De houtes montagnes boisées, couronnées de chênes séculaires, que la main de l’homme semble vouloir res. pecter toujours, s'étendent à droite, se groupent, s’échelonnent, se coupent, s'allongent et se perdent, fondues dans l'horizon bleuâtre, en fuyant vers l'Alsace et la Suisse, À gauche, une verte vallée, arrosée par des ruisseaux et de petits canaux creusés par les cultivateurs, s'ouvre et s'élargit sur toute sa longueur de trois kilomètres, puis se resserre brusquement et passe avec la rivière dans une gorge étroite, percée entre deux collines dont les pentes douces viennent s'arrêter sur les deux rives de la Sableuse,

A l'entrée de ce vallon, à vingt minutes environ du village de Frénicourt, se trouve la ferme du Seuilion.

En 1850, époque où commence notre histoire, cette riche ferme, la plus importante du pays, était exploitée par son propriétaire, nommé Jacques Mellier. Les écuries, les granges et les greniers À fourrages se trouvent dans deux grands bâtiments carrés, solidement construits en pierre, Un peu plus loin, s'élève une petite maison, autre dépendance du Seuillon, qui servait alors de logement au berger de sa famille. Le bâtiment principal, où le maître avait Son appiv'tement séparé des chambres des servantes et garçons de ferme, avec sa blanche façade, percée au premier étage de huit fenêtres hautes et larges, ressemble moins à l'habitation d’un fermier qu'à une grande et belle maison bourgeoise,

Jacques Mellier avait cinquante-cinq ans. C'était un homme grave et sévère, sombre, taciturne, et ne riant jamais. Toutefois, juste en tout, il infligenit le blâme comme il prononçait l'éloge ; selon le cas ou la circonstance, il se montrait bienveillant et même bon autant qu'il était inflexible dans sa sévérité, Ses colères, rares heureusement, étaient terribles ; les plus audacieux trem-

da LA MALÉDICTION D'UN PÈRE

blaient sous son regard, Cependant on l'aimait à cause de sa justice ; on ne le craignuit pas, on le fespectait, Sa réputation de probité était sans tache, et nul plus que lui n’était chatouilleux sur les questions d'honneur,

Pour diriger l'exploitation de la ferme et surveiller le travail des garçons et des hommes de journée, Jacques Mellier avait à côté de lui un autre lui-même. Ce n'était pas un serviteur, mais un confident, un ami, presque un frère,

Pierre Rouvenut,— c'était son nom,—avait quelques années de moins que son nwitre, devenu son ani ; il était né au Neuillon, son père et sa mère reposaient dans le cimetière de Frémicourt, et comme il n'avait jamais eu d'ambition, que sa chère vallée de la Subleuse était pour lui une autre terre promise, il était resté à la ferme auprès de celui dont il avait autrefois partagé les jeux et supporté souvent les caprices et les colères. Sa vie se résumait en ces trois mots : travail, dévouement, abnégation, Neul il connaissait les idées et les pensées secrètes de Jacques Mellier, et seul aussi il avait le droit, bien qu'il fût toujours prêt à obéir comme le dernier des manœuvres, en usant de son titre de vieux serviteur et d'ami, de faire des représentations au maître et de s'opposer à sa volonté lorqu'il le jugeait nécessaire,

Jacques Mellier était veuf depuis douze ans ; mais il avait une fille unique, son espoir, Sa joie, son orgueil,

Mlle Lucile Mellier entrait dans sa dix-neuvième année, Grande et svelte, pleine de vie comme une jeune tige où la sève abonde, gracieuse comine un sourire et gaie comme un rayon de soleil, il eût été difficile de rencontrer une plus charmante jeune fille dans tout le pays franc-comtois,

Un poîte n'aurait pas manqué de l'appeler la nymphe de la Sableuse ou la dryade du Seuillon. Ses magnifiques cheveux noirs, massés sur le haut de la tête, découvraient un front large, blanc et délicatement arondi, sous lequel s'anïnaient de grands yeux noirs pleins de clarté, parfois réveurs, mais toujours d’une douceur d'expression adorable, Sa bouche, petite, aux lèvres roses, souriante, était ornée de dents fines, bien alignées et de l'émail le plus pur. Ses joues rondes, d’une fraîcheur de printemps, légèrement estompées de carmin, eë son nez délicat, insensiblement relevé, aux narines mobiles et transparentes, donnaient à sa physionomie, habituellement langoureuse et méditative, un charme inexprimable. Ses oreilles, d'un dessin correct et délicieusement attachées, étaient deux merveilles. Son cou, ses épaules et sa gorge moulée étaient admirables, Elle avait le pied petit, bien cambré, et ses mains blanches, aux doigts eflilés terminés par des ongles roses, s'attachaient finement à des bras qu’on aurait dit taillés dans le marbre.

— Elle ressemble à sa mère comme une goutte d'eau à une autre goutte d’eau, disaient, en parlant d'elle, ceux qui avaient connu la défunte.

Cela devait être vrai ; mais la belle jeune fille avait de Jacques Mellier la fierté, le caractère indépendant et l'énergique volonté,

Placée à la ville, au couvent des Ursulines, elle était revenue chez son père, à l’âge de dix-neuf ans, aprés avoir reçu une éducation et une instruction en rapport avec la fortune relativement considérable qu'elle devait avoir un jour.

Jacques Mellier était ambitieux pour sa fille ; indépendamment de la distinction et de la beauté de Lucile, avec les cent mille francs de dot qu'il était en mesure de lui compter le jour de son mariage, il avait le droit de rêver pour elle une alliance avec une des premières familles du département,

Mais l’homme propose et Dieu dispose, dit le proveroe,

Jacques Mellier allait voir combien le rêve est souvent loin de la réalité. Une nuit, se trouvant subitement incommodé par la chaleur, Jacques Mellier

sauta à bas jardins de | L'atmosp aucun nuag autre, la lu ment une b Indes, Pas les grillons herbes, Le ferinie Après avi se mettre at pendantes d Il s’effaça Bientôt, | ment, arriva allée bordée comme si ell Elle ouvr Jacques À comme pour reconnaître :

Il resta ur pensée, comi saillit et s'éc — Qu'est Il était de la porte de s pensée venai Sa fille se Quelle affr ment, rien n Il se laissa à de sombres Le malheu l'oubli de ses chait-elle ? M Seuillon, à E chercha qui contre son ré interrogeant terres du $e vêtu comme !

Il se souvii la messe à Fr pilier de l’égl sur la place e souvenir de c revenait sans Ainsi, plus plice, ie séduc Ainsi, plus

he

sauta à bas de son lit et ouvrit une fenêtre de sa chambre ayant vue sur les jardins de l& ferme.

L'atmosphère était lourde, mais sans menace d'orage, L'œil ne découvrait aucun nuage dans le ciel brillamment semé d'étoiles scintillantes. De temps à autre, la lueur jaune d'un éclair de chaleur dansuit à l'horizon C'était vr'aiment une belle nuit, tiède, parfumée et phosphorescente comme une nuit des Indes. Pas une feuille ne remuait, aucun chuchotement dans les arbres, Seuls, les grillons jetaient leur cri mélancolique et monotone au-dessus des hautes

herbes, # Le fennier entendit sonner minuit à l'horloge de Frémicourt, Après avoir respiré un instant l'air imprégné des odeurs de la nuit, il allait il

se mettre au lit, lorsqu'il lui sembla voir une ombre glisser sous les branches pendantes des arbres du verger.

Il s’effaça dans l'embr'asure, tendit l'oreille et attendit.

Bientôt, l'ombre se rapprochant, le bruit d’un pas léger, marchant discrètement, arriva jusqu'à lui, et il vit une forme noire se dessiner au milieu d’une allée bordée de pommiers nains. Elle s'avançait avec certaines précautions, comme si elle eût craint d'être aperçue,

Elle ouvrit doucement une petite porte de service et entra dans la maison,

Jacques Mellier recula jusqu'au fond de sa chambre en se frottant les yeux, comme pour s'assurer que, bien éveillé, il ne faisait pas un rêve, Il venait de reconnaître sa fille !

Il resta un moment immobile, les yeux grands ouverts, les bras inertes, sans pensée, comme un être pétritié, Puis, retrouvant soudain ses facultés, il tressaillit et s'écria :

— Qu'est-ce que cela veut dire !

Il était devenu pâle, et une sueur froide mouillait son front. Il hondit vers la porte de sa chambre, mais au moment de l'ouvrir il s'arrêta, .e horrible pensée venait de jaillir de son cerveau.

Sa fille se rendait la nuit à des rendez-vous coupables, sa fille le trompait !

Quelle affreuse découverte pour un père ! Et il devait le croire, car, autrement, rien ne pouvait justifier la vromenade de Lucile.

Il se laissa tomber sur un siége et, la tête dans ses mains, il livra son esprit à de sombres réflexions.

Le malheur qu'il redoutait était-il complet ? Jusqu'où sa fille avait-elle poussé l'oubli de ses devoirs ? Sur quel effroyable abime la malheureuse enfant marchait-elle ? Mais si Lucile avait indignement trahi sa confiance, non loin du Seuillon, à Frémicourt, peut-être, il devait découvrir un autre coupable, Il chercha qui pouvait être ce misérable, qui avait audacieusement conspiré contre son repos, contre son honneur, Il ne put trouver un nom. Mais, en interrogeant ses souvenirs, il se rappela avoir aperçu plusieurs fois, sur les terres du Seuillon, un jeune homme inconnu, aux allures mystérieuses, et vêtu comme un citadin.

Il se souvint aussi qu'ayant accompagné sa fille, un dimanche, pour entendre la messe à Frémicourt, il avait remarqué le même individu, debout contre un pilier de léglise, à quelques pas d'eux. Après l’ofice, il avait revu cet inconnu sur la place et même surpris un regard d'intelligence entre lui et Lucile. Le souvenir de ce regard, auquel il n'avait attaché alors aucune importance, lui revenait sans obscurité, C'était une révélation.

Ainsi, plus de doute, ce jeune homme qu'il ne connaissait pas était le com- ., plice, ie séducteur de sa fille !

Ainsi, plus de doute, son sang bouilionnait dans ses veines, la colère s'em-

nn

parait de lui et il sentait dans son cœur les excitations de la haine, le désir de la vengeance !

Il se rappela encore que, étant entré un jour dans la chambre de Lucile, il l'avait surprise tenant un papier, qu'elle s'était empressée de jeter dans les flammes du foyer,

Cela n'avait fait naître en lui aucun soupçon ; sa foi en Lucile lui fermait les yeux. Mais tous ces faits isolés devenaient des uceusaiteurs, le mettaient en présence de la réalité, et, sans même lui laisser un instant de doute, lui montraient l’effroyable certitude,

Abusant de son aveugle confiance, sa fille recevait des lettres, auxquelles, sans aucun doute, elle répondait, Quel moyen employaient-ils pour correspondre ? Ils ne devaient point se servir de l'administration des postes ; le f

acteur rural, même à son insu, ne pouvait le

s trahir, Il n'admettait pas non plus qu'ils eussent pris pour intermédiaire une personne attachée au service de ferme, ce qui eñt été une inprudence et présentait également du danger, Il se dit avec raison qu'il est des secrets qu'on ne confie jamais à personne, Il ne pouvait deviner comment ces lettres parvenaient à Lucile : instantanément, le plan d'une surveillance active à établir avec l’aide de Rouvenat,

Cependant, il se demanda encore s'il ne devait pas voir immédiatement Lucile atin de l'interroger sévèrement sur sa conduite, Mais, déjà dominé par son ardent désir de vengeance, il ne pouvait plus raisonner sainement.

— Non, se dit-il sourdement, elle me cacherait In vérité, et je veux tout savoir !

la

inais il traça, autour de sa fille,

Il passa le reste de la nuit dans une agitation fiévreuse, sans songe du repos. Le premier rayon de soleil le trouva debout au milieu de pâle, les traits contracts, les cheveux hérissés sur la tête,

r à prendre sa chambre,

II—LEs RENSEIGNEMENTS

Depuis plus d’une heure, tout le monde était éveillé commencé le travail de la journée,

Le fermier fit appeler Rouvenat, qui ne tarda pas à se présenter,

— Pierre, sais-tu ce qui se passe ? lui demanda-t-il brusquement,

Celui-ci ouvrit de grands yeux étonnés,

— Que veux-tu dire ? interrogea-t-il,

Puis, rerarquant le visage pâle et défait de son maitre, il reprit en s’approchant de lui avec anxiété :

— Qu'as-tu donc ? que t'est-il arrivé ? serais-tu malade ?

— Non ; je comprends ton étonnement, car tout à l'heure, en me regardant dans la glace, je me suis fait peur à moi-même. Pierre, j'ai fait cette nuit une horrible découverte,

— Pour Dieu, explique-toi.

—Ma fille sort la nuit,

Rouvenat tressaillit.

— Allons dornc,fit-il, cela n’est pas possible, tu as eu le cauchemar.

—Je ne dormais pas; j'étais à cette fenêtre, et à minuit, se glissant dans le jardin comme une ombre, je l'ai vue rentrer.

— Et tu ne lui as pas demandé d’où elle venait ?

— Non, cai, jusqu’à nouvel ordre, je ne veux pas qu’elle sache que je lai vue. D'ailleurs, ce qu’elle m'aurait caché, je l’ai deviné,

— Est-ce que tu soupçcnnerais ?...

dans la ferme; on avait

” Soupeo pas, Je SUIS :

- Tu m'e Ainsi t

— Rien.

— Ah! je

je suis sûr !

— Que cn Je crois père !

—Celu n° odieuse : Ju — C'est ui - Oh lac née dans le c'est “5ouvai — Puisque à travers ch:

—J'icques quelqu'un de actuellement crient la fair — Ta répo la tôte, Je n au contraire.

ceux qui ont aide aux mal sacrer une he reste, hier s Matelet, Va Une autre Lucile est u sans remède j'ignore enco Le fermier — Tout ce jaloux ; ils n comme ils rit d'opprobre !

Pierre Rot au parquet.

Au bout d — N'as-tu de la ferme, naissante, pâ — Oui, plu Est-ce q — Non. € — Qui est court ?

—Je l'ign homine ?..…

- Noupçonner? répliqua Jacques Mellier avec un sourire forcé pas, je suis sûr!

- Tu nr'effrayes, Ainsi tu ne savais rien ?

— Rien, Mais prends garde de te tromper, Jacques, — Ah! jele voudrais, je le voudruis, je le voudrais. Muis, je te le répète, je suis sûr !

— Que crois-tu donc —Je crois que Lucile à oublié tous ses devoirs et qu'elle x déshonoré son

père !

—Cela n'est pas! exelaina Rouvenat indigné, une pareille pensée est odieuse ; Jacques, tu calomnies ta fille !

— C'est une misérable, entends-tu ? une misérable !

—— Oh l'acenser !elle si bonne, si douce, si parfaite !... Elle, qu'on a surnoninée dans le pays la petite Providence des pauvres et des malheureux ! Mais c'est “souvantable, c'est monstrueux !...

— Puisque tu la défends, pourrais-tu m'expliquer pourquoi elle court la nuit à travers champs ?

—Jacques, elle à voulu sans doute, sans qu'on le sache, porter des secours à quelqu'un de Frémicourt, probablement à la pauvre veuve Matelet, qui est actuellement malade et sans ressources, avec trois jeunes enfants qui piaillent crient la faim autour d'elle,

— Ta réponse n'a pas le sens commun, dit froidement le fermier en remuant la tête, Je ne l'ai jamais empéchée de donner aux pauvres selon sa volonté, au contraire, Tout le monde sait qu'il y a toujours eu à la ferme du pain pour ceux qui ont faim... Chez moi, on n'a pas besoin de se cacher pour venir en aide aux malheureux, Les jours sont assez longs pour que Lucile puisse con sacrer une heure où deux à la bienfaisance sans prendre celles de la nuit, Du reste, hier soir, je le suis, elle a envoyé un panier de provisions à la veuve Matelet. Va, tu cherches en vain à l'excuser : mes yeux sont ouverts, je vois,

Une autre cause lui fait quitter sn chambre nuitaimment et secrètement. Lucile est une fille indigne, elle 4 mis le pied dans la honte... Le mal est il sans remède? Je le crains. Je veux savoir... et j'ai peur d'apprendre ce que j'ignore encore.

Le fermier s’approcha de la fenêtre et jeta un regard sombre sur la campagne.

— Tout cela est à moi, murmura-t-il amèérement ; ma fortune fait bien des jaloux ; ils me croient heureux, les insensés ! Ah ! conume ils seraient contents, comme ils riraient, s'ils apprenuient que le nom de Jacques Mellier est couvert d’opprobre !

Pierre Rouvenat restait atterré, sans mouvement, sans voix et comme cloué au parquet.

Au bout d’un instant, le fermier se rapprocha de lui.

— N'as-tu pas rencontré, lui demanda-t-il, se promenant dans les environs de la ferme, un grand jeu homme blond, aux yeux bleus, à la moustache naissante, pâle de visage et Lètu avec une certaine élégance ?

— Oui, plusieurs fois,

Est-ce que tu le connais?

— Non. Ce doit être un jeune homme de la ville.

— Qui est venu passer quelque temps à la campagne. Demeure-t-il à Frémicourt ? 2

—Je l’ignore, mais je ne le crois pas. Penses-tu done que ce soit ce jeune homme ?.…

; je ne doute

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LA MALÉDICTION D'UN Phi

C'est lui! Pierre, je veux cennaître son nom, il faut que je sache où il demeure et d'où 1l vient, On se passera de toi à ln ferme aujourd'hui, demain p‘ndant huit jours,pendant un mois s'il le faut, Tu suis ce que j'attends de toi et de ton amitié, Je n'ai pas besoin de te recommander d'agir avec une extréme prudence, Que Lucile surtout ne sache rien de ce que nons venons de dire ici. entre nous,

Une heure après, Pierre Rouvenat sortait de la ferme, à la main, et ce dirigeait vers Frémicourt.

Le lendemain, vers cinq heures du soir, il ét

Jacques Mellier l'attendait avec impatience,

— Eh bien ? l'interrogen.t.il ter les oreilles indiscrètes,

—Je n'ai pu rien apprendre à Frémicourt, pas plus qu'à Grayon, à Terroise, à Lusset et à Renoncourt où je me suis successivement rendu. Entin j'ai été plus heureux au chef-lieu de canton, à Saint-Jrur,

— Ah ! il est à Saint-Irun, chez des parents ?,

——]] n'a ni parent, ni ami à Naint-Irun,

— Continue, je t'écoute,

—Î] loge chez Bcrtaux ou il a loué une chambre au mois. Je connais l'aubergiste depuis longtemps, et, tout en vidant une bouteille de vin coiffée, que je lui ai offerte, j'ai pu me faire donner les renseignements que je t'apporte, J'ai eu soin, d’ailleurs, de ne Pas paraitre trop curieux, ce qui aurait pu l'étonner et le mettre en défiance ; néanmoins, tout ce qu'il sait il me l’a dit.

Le jeune humme se fait appeler Edmoud ; il n'a pas donné son nom de famille ; il est un peu sauvage, il ne parle jamais à personne, et le père Bertaux en est encore à se demander quels intérêts l'ont amené dans le pays. Il sort rarement ; il reste enfermé dans sa chambre où on lui sert ses repas, où il passe presque tout son temps à écrire, I] paye très régulièrement ses dépenses, ce qui indiquerait qu'il a quelques moyens,

Rouvenat s'arrêta comme s'il eût hésité à poursuivre,

— Est-ce là seulement ce que tu as appris? demanda le fermier. Ce jeune homme carhe son nom, cela se comprend ; il a ses raisons pour vouloir rester inconnu, Mais il est né quelque part. Depuis combien de temps est-il à Saint- Irun ?

— Depuis environ deux mois.

— Et tu n'as pu savoir d'où il venait

— De Reims! balbutia Rouvenat.

—De Reims, dis-tu, de Reims! exclama le fermier en frone C'est bien cela: Lucile est aller passer cinq mois aux environs de cette ville, à Firmany,chez les parents d'une de ses amies de pension... Ah! je ne voulais pas la laisser partir ; j'avais le pressentiment de ce qui est arrivé... P'us de doute, c'est à Firmany ou à Reims qu'il se sont rencontrés, Il y a deux mois que Lucile est revenue au Seuillon,il y deux mois que son séducteur s’est installé à Saint-Irun.… I] l'a suivie, c'était convenu entre eux : peut-être même est-il venu avec elle, Et depuis deux mois ils s'écrivent, ils se voient, et je ne me suis douté de rien et je n'ai rien vu !... Mais J'étais donc aveugle ! Quelle ruse infernale ontls employée pour réussir à me tromper ainsi? Comme il doit rire de moi, lui, ce joli-cœur, ce coureur de nuit, ce lâche qui se cache le jour par ce qu'il a peur de se montrer en plein soleil !

Pour qui me prennent-ils, continua-t-il sourdement, pourùn de ces pères de comédie dont on se moque, qu'on ridiculise, qu’on bafoue !.… je suis un Géronte, un Sganarelle!... Ah! je leur prouverai le contraire ! Ainsi, ils se con-

son bâton de voyage ait de retour au Seuillon.

aussitôt qu'ils purent causer saus avoir à redou-

ant les sourcils,

naissent de ne suis-je p cruellement Il resta « Eh! bi Le servit nes rouler Ne voulu aussi ne la ce — Tu ns fermier : ma toi ?

— Jacques

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hésitant, lors

— Jacques

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— Ce sera

—Je ne ve allons établir Il ne faut pa Lucile e# lui mins, tu verr lintérieur, P

— Oui,

— Ah! rie ruse qu'ils er suis à la rech qu'elle soit, je

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—Ni ma fil] n'en a pour el] je boirai ma }

— Jacques, désolé.

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— Ah!tul

— Oui, parc:

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—Tu veux raison, D'ici 1; pour Jacques Charbons arder Sant éclater in patience d’atte Pour moi et po:

Un contract pensée,

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