JU
se,
té
naissent depuis plusieurs mois, ie suis-je pas opposé à ce fatal v cruellement la peine, Il resta un moment silencieux, J'wil morne, les lèvres crispées Eh! bien, Pierre, reprit il, crois-tu maintenant à mon malheur ?
Le serviteur ne répondit pus ; mais Mellier aurait pu voir deux grosses Jarmes rouler dans ses yeux,
Ne voulant pas accuser sa jeune maitresse, Rouvenat se taisait, Peut-être aussi ne Ja croyait il coupable que d'une légèreté,
— Tu as convenablement rempli ] fermier ; mais nous ne toi ?
—Jacques, tu connais mon dévouement,
—— Oui, mon vieil ami, oui, et je ne doute pas de toi, Je suis quel cœur bat dans ta poitrine, Mu douleur est la tienne, et je suis sûr de ne pas te trouve: hésitant, lorsqu'il s’ ‘enger mon honneur, nds de Pierre Rouvenat, jeune homme inconnu de Saint-Trun il y a ils se donnent des rendez-vous, j'en ai eu, malheureusement, la preuve sous les yeux... Il faut qu'une de ces lettres tombe dans mes mains,
— Ce sera ditlicile,
—Je ne veux pas admettre ces difficultés.
allons établir une surveill
peut-être depuis l'année dernicre, Pourquoi ne oyage ? J'ai été faible, j'en supporte aujourd hui
4 Iission que je t'ai confite, continua le SAVONS pas tout encore, Je puis toujours compter sur
agit de défendre ou de x —Jacques, dis-moi ce que tu «tte — Écoute : entre Lucile et 16
échange de lettres $
Dès à présent, à nous deux, nous ance active, de tous les instants, autour de la ferme, [l ne faut pas qu'une seule personne, venant du üehurs, puisse approcher de Lucile es lui parler sans que nous le sachions. Tu auras l'œil fixé sur les chemins, tu verras partout en même temps, Moi, mon poste est ici, je veillerai à l'intérieur, Pierre, tu m'as compris ?
— Oui,
— Ah! rien ne lassera ma Patience ; je ruse qu'ils emploient, nous ln découvrirons. Ils ne me tromperont plus. Je suis à la recherche de la vérité, d'une vérité épouvantable ; mais, si affreuse qu'elle soit, je veux la connaitre...
Pendant qu'il parlait, de fauves éclairs jaillive
—Si ma fille n'a pas eu plus de n'en à pour elle-même, je boirai ma honte.
—Jacques, Jacques, ne | désolé,
veux savoir, je sau ai... Quelque
nt de ses yeux, respect pour l'honneur de son père qu’elle poursuivit] d'un ton guttural, eh ! bien, goutte à goutte,
à juge pas encore aussi sévèrement ! s'écria Rouvenat
— Oui, je boirai ma honte
, Ma honte et la sienne...
—Je t'en conjure, ne
parle pas ainsi, tu ne fais horriblement souffrir, — Ah! tu la défends toujours,
— Oui, parce que je ne puis admettre que ta fille, sans doute, ait commis une faute plus grave,
— Tu veux dire un crime. Va nous Saurons bientôt lequel de nous deux a raison, D'ici là, il n'y aura plus un instant de repos, une heure de sommeil pour Jacques Mellier. Depuis deux jours il me semble que je marche sur des Charbons ardents : plusieurs fois, en Ja regardant, j'ai failli me trahir en lais Sant éclater ina colère : je me suis retenu, j'ai eu cette force. Oui, j'aurai ln patience d'attendre... Ah ! Pierre, Dieu veuille que tu aies raison, pour elle, pour moi et pour lui... 7‘! Jui... nous verrons !
Un contraction des lès res, accompagnée d'un regard farouche, exprima sa pensée,
coupable d'imprudence,
ITI—-LA LETTRE Il est deux heures de l'après-midi. Le soleil étincelle duns un ciel sans nuage
ans la vallée, On est aux jours de la fenai-
et répand sa lumière et sa chaleur d viennent de se remettre à
son. Les travailleurs, après une heure de repos,
l'ouvrage,
Jacques Mellier, la tête penchée sur sa poitrine, se promène dans sa chambre avee une agitation fébrile. De sa fenêtre ouverte il pourrait voir dans sa prairie les bæufs attelés à de lourdes charrettes, les faux briller au soleil, les faneuses armées de longues fourches répandre l'herbe fraîchement coupée et plus loin, au flanc du coteau, ses nombreux sillons couverts d'épis déjà jaunis-
sants,
Mais non, ce qui d'habitude réjouissait son cœur indifférent. Comme son visage, sa pensée est sombre, Malgré a prise de rester calme, une anxiété poignante le dévore et il commence à perdre
autre un éclair s'allume dans son regard, il est saisit d'un
patience, De temps à
tremblement nerveux, qui trahit la violente colère qu'il s'efforce de contenir et
il agite au-dessus de sa tête ses poings crispés.
Oh! les misérables! les misérables ! murmure t-il entre ses dents serrées, Soudain, un bruit de pas le tit tressaillir. Il s’élança vers la porte et l'ouvrit. Pierre Rouvenut entra dans la chambre.
Le termier l'interrogea du regard.
— Par ton ordre, j'ai joué le rôle d'espion, dans l'oseraie, j'ai vu venir le ‘eune homme.
— Parle plus bas, dit le fermier d'une voix sourde.
—Ils’est approché du mur de lenclos, je l'ai vu enlever une p
semble aujourd’hui lui être la résolution qu’il
répondit le vieux serviteur ; caché
rre descellée,
puis la remettre.
— Alors?
— Alors il s'est éloigné et j'ai attendu qu'il fût assez loin pour ne pas avoir Je sortis de l'osernie et à mon tour je m'approchai du
à craindre qu'il me vit.
ité, pratiquée entre deux autres pierres à l'intérieur
mur et dans une petite Cav de la maçonnerie, je trouvai une lettre.
— Enfin, dit le fermier, d’une voix tremblante de fureur ; c'est un moyen ingénieux d'établir une correspondance criminelle à l’insu d’un père, Donnemoi cette lettre. Pierre la sortit lentement de sa poche et la tendit au fermier. Le billet était enfermé dans une enveloppe qui ne portait aucune suscription, Jacques Mellier ferma la fenêtre, s'assura que la porte était bien close, puis,
ayant déchiré l'enveloppe, il ouvrit la lettre et lut avidement ce qui suit:
“ Ma bien-aimée Lucile, “ Quatre jours sans te voir me paraissent des siècles... pendant une année éloigné de toi! Je frémis à la que je dois entreprendre et qui est nécessaire pour notre
Que serait-ce donc
“ si je devais vivre seule
“ pensée du voyage
‘ bonheur
& Viens ce soir à dix heures, quand tout le monde dormira à la ferme, viens, in
‘ ma bien-aimée, j'ai besoin de te voir, de te presser contre mon cœur...
“ faut qu'un regard de tes yeux adorés r' ‘ puise une force nouvelle dans un de tes baisers | “ Je t'attendrai près de la passerelle et nous n’aurons pour témoins, comme
‘ toujours, que les étoiles au ciel et les saules penchés,
‘ branches dans Ja rivière.
# EpMoxp.
affermisse mon courage et que je
qui baignent leurs.
En lisant éclairs sinis ses lèvres P:
en lui,
— Les in lis, lis, cont preuve ? Ce:
malheureuse la boue! M:
comme un b
Pierre Ro
— Que va
—Je n'en
—Jacque
— C'est ce
—Prends peine te reg médites quel
— Oui, m:
Fe Jacques est-il temps «
— Je suis dégradée, fé!
Rouvenat
— Où est-e bre silence. — Dans sa — C'est bic IT prit la li ‘dant à Rouve — Va rem Pierre Ror — Mais qu — Cela ne — Soit, M:
quel but ? Ja — Je ne ve ment le parqt — Jacques, Appelle ta fil — Non, L:
cette nuit au Pierre Rou la coière de sc moment, il ne aîtresse, pot Youement,.
Il baissa de Obéissant à mur de l’enclo ferme et les jo Une heure :
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En lisant, un pli s'était creusé verticalement sur le front du fermier et des éclairs sinistres jaillissaient de ses Jeux. Ses traits affreusement contractés et ses lèvres pâlies et tremblantes révélaient la colère indomptable qui grondait en lui.
— Les infâmes ! les infâmes ! £tommela-til d'une voix étranglée, Tiens, lis, lis, continua:t-il en tendant la lettre à Rouvenat. Ai-je besoin d'une autre preuve ? Ces lignes, tracées par la main d'un misérable, disent ma honte? La malheureuse à mis son honnenr et lé mien sous ses pieds et les à broyés dans la boue ! Mais qui donc est-il ce lâche qui se cache et rôde la nuit dans l'ombre comme un bandit?,,, Ah! malheur à lui, malheur à eux |,
Pierre Rouvenat était devenu pâle comme son maître.
— Que vas-tu faire ? Jui demanda:t-il,
—Je n'en suis rien, répondit Mellie» d'un ton farouche.
—Jacques, je t’en supplie, réfléchi:
— C'est ce que je fais ; je sonde l'avenir,
—Prends garde, ne te laisse Pas entrainer par la colère : Jacques, j'ose à peine te regarder : l'expression de ton recard n'épouvante ; j'en suis sûr, tu médites quelque chose de terrible,
—— Oui, ma vengeance !
-— Jacques, le mal n’
‘St peut-être pas aussi grand que tu le crois ; peut-être est-il temps encore...
— Je suis déshonoré, te dis-je ; ma fille est maintenant une créature avilie dégradée, flétrie et souillée ! Lucile Mellier est une fille perdue !
Rouvenat poussa un soupir 66 baissa la tête.
— Où est-elle en ce moment ? demanda le fermier, apres un instant de some bre silence,
— Dans sa chambre,
— C'est bien,
Î prit la lettre, la mit dans une ‘dant à Rouvenat :
— Va remettre cela à la place où tu las pris, lui ordonna:t-il brusquement.
Pierre Rouvenat fit deux pas en arrière, les yeux fixés sur le fermier.
— Mais que veux-tu donc faire ? s'écria:t:il avec inquiétude,
— Cela ne regarde que moi,
— Soit. Mais si je devine ton intention, tu veux leur te quel but ? Jacques, cela n’est pas digne de toi.
— Je ne veux pas d'observations, répliqua le fermier en frappant violemment le parquet du pied, je ne suis pas d'humeur à les entendre,
— Jacques, au nom de ta femme que tu as tant aimée, permets-moi d'insister. Appelle ta fille, parle-lui, interroge-la,
— Non, Laisse-moi, et fais ce que je t'ordonne, Je y cette nuit au rendez-vous qu'on lui donne,
Pierre Rouvenat comprit que tout ce qu'il essayerait de tenter pour calmer la colère de son maître serait inutile, Mais en se résignant à se taire, pour le moment, il ne renonçait pas à intervenir plus tard afin de protéger sa jeune maîtresse, pour laquelle il avait une tendresse respectueuse et pleine de dé- Youement,
Il baissa de nouveau la tête et sortit lentement de la chambre,
Obéissant à l'ordre qu'il venait de recevoir, il alla replacer la lettre dans le mur de l’enclos, derrière la pierre mobile. Cela fait, il rejoignit les garçons de ferme et les journaliers qui travaillaient dans la prairie,
Une heure après, Lucile venait visiter à son tour la cachette du mur et
as.se enveloppe qu'il cacheta, puis, la ten-
ndre un piège, Dans
eux que Lucile aille
autour (l’elle avec défiance, Rassurée en remarquant que personne n'avait pu la voir, elle s’éloigna rapidement pour revenir à la ferme et s’enfermer dans sa chambre, afin de lire et de relire le précieux billet, sans craindre d’être surprise.
Ce n’est pas sans raison ue la jeune fille était défiante et inquiète. Coupable, sa conscience ne pouvait être tranquille et elle tremblait constamment de voir son secret découvert. Elle avait peur d’être trahie par la rougeur qui montait facilement à son front ; elle craignait que son père ne lût sa faute dans ses yeux et elle n'osait plus le regarder.
Depuis quelques jours, — elle l'avait constaté avec effroi, — Jacques Mellier était devenu soucieux et plus sombre ; il ne lui adressait plus la parole et semblait éviter de se trouver seul avec elle.
— Mon Dieu, soupçonnerait-il quelque chose ? se demanda t-eile avec terreur,
Cette pensée, pleine d'angoisse, était à elle seule une horrible torture. Mais ses craintes, ses angoisses, ses pressentiments, ses inquiétudes douloureuses de l'avenir, elle les supportait bravement. C’est pour lui, qu’elle aimait de toute son âme, de cet amour merveilleux et sublime qui n’admet que le dévouement, qui ne veut connaître que le sacrifice !
Il était jeune, beau ; riche, elle l'ignorait, Mais il avait un noble cœur, les aspirations d’une âme élevée, les idées et les rêves enthousiastes d’un poète, toutes choses qui parlent à l'imagination ardente d'une jeune fille.
Ils s'étaient rencontrés un jour, par hasard, à une fête de village. Le premier regard fit naître la sympathie. L'éclair n’est pas plus rapide que certaines émotions qui frappent le cœur. Il était pâle et triste ; il devait souffrir, il était malheureux. . . Après la sympathie, l'intérêt, Tllui raconta ce qu'il savait de son passé, une vie douloureuse, celle &’un abandonné, privée de toute affection, de la tendresse et des baisers d’une mère,
Lucile essaya de le consoler et de lui donner l'espoir de jours meilleurs dans j’'avenir, Elle fit plus : elle n'avait que son cœur, elle le lui donna. Ignorante, peut-être, mais certainement inconsciente du danger, elle ne se douta point qu'il pût y avoir un abîme au bas de la pente fleurie.
L'ivresse de l'amour, du premier amour surtout, cause un éblouissement qui ravit et enchante. Après plus de six mois, l'ivresse de Lucile ne s'était pas dissipée, Dans sa naïve et généreuse confiance en lui, elle n'avait pas encore envisagé sa situation sous son véritable aspect. Elle l’aimait aveuglément, sans calcul, et, de même qu'elle lui avait donné son cœur, elle lui aurait donné sa vie. Son amour restait paré de fleurs et elle ne pensait pas qu'elles pussent s’efteuiller sous les larmes.
Son seul chagrin, jusqu'alors, avait été d’être obligée de cacher son secret à son père.
— C'est nécessaire dans l'intérêt même de notre amour, lui avait dit Edmond.
Défendre son amour c'était défendre sa vie. Elle garda le silence.
Cependant, maigré ses pressentiments, et tout en se disont que son père pouvait avoir un doute, Lucile était loin de penser qu'il eût découvert une partie de son secret
— Cher Edmond, se dit-elle après avoir lu la lettre, il va partir, il s'est décidé... Oui, il le faut, les jours s’écoulent, le temps presse. . .Oh ! il réussira, mon cœur me le dit, N'a-t-il pas suflisamment souffert ? Dieu, qui veille sur toutes ses créatures, ne voudra pas le réduire au désespoir. Il redoute de s'éloigner, Ah! je ne suis pas moins que lui inquiète et tourmentée ; mais il le faut, le bonheur vaut bien quelques sacrifices. J'irai cette nuit à son rendez-
vous, c'est le cette pensée force pour rage et l’esp Elle allun venue inutil Ses yeux descendit au vaquer aux ( Rouvenat à la jeune fil de son regar — Mon bo contrarié, — C'est vr — Est-ce « semble pourt.
— En effe!
quarts de la | me chagrine.
— Et que :
Le vieux s J1 fit deux — Ni vous :
du soleil, ren La soudain T1 jeta sur tion, puis il s — Pauvre ] il aura eu à si
Vers sept h de feutre mo portant sur sa senta au Seui
Comme tou visage bruni ] rudesse de ses figure sympat] front carré, ses de fieret de h.
commune et, d
Sous cette e:
y avait cependi ble de se déve folie,
On a vu sou surde,
Ce personna, canton de Sain:
vous, c’est le dernier, , .Je risque beaucoup, car si j'étais vue, reconnue... Oh! cette pensée me fait frissonner ! Mais, s’il ne me voyait pas, il manquerait de force pour partir, 1] appelle, j'ivai lui porter ce qu'il me demande : le courage et l'espoir,
Elle alluma une bougie et brûla 1 venue inutile,
Ses yeux s'étaient mouillés de larmes: elle les essuya avec soin, puis elle descendit au rez-de-chaussée afin de donner ses ordres pour le repas du soir et Yaquer aux occupations si diverses à l’intérieur d’une ferme bien tenue,
Rouvenat revenait du pré, conduisant un lourd chariot de foin. Il adressa à la jeune fille un salut aftectueux. Elle fut frappée de l'expression de tristesse de son regard,
— Mon bon Pierre, qu'avez-vous done? Jui demanda-t-elle, contrarié,
a leltre, précaution malheureusement de-
Vous avez l'air
— C’est vrai, mademoiselle, je ne suis pas content, mais pas content du tout,
— Est-ce que les travaux ne marchent pas comme vous le désirez ? Ii me semble pourtant que vos foins sèchent vite par ce beau soleil,
— En effet, mademoiselle, on peut même dire que le soleii fait les trois quarts de la besogne ; mais, voyez-vous, c'est autre chose qu me chagrine..
— Et que vous ne pouvez pas me dire ? fit-elle d’une voix câline.
Le vieux serviteur se sentit remué Jusqu'au fond des entrailles,
Il fit deux pas vers elle, ayant déjà sur les lèvres ces mots :
— Si vous aviez l'intention de faire une promenade ce soir, après le coucher du soleil, renoncez-y et restez dans votre chambre,
La soudaine apparition de Jacques Mellier lui ferma brusquement la bouche,
Il jeta sur la jeune fille un long regard, qui contenait comme une supplication, puis il s'éloigna en poussant un profond soupir,
— Pauvre Pierre ! pensa Lucile, il éprouve réellement quelque gros chagrin il aura eu à supporter la mauvaise humeur de mon père.
i me préoccupe, qui