‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 106 sur 109 · XXVII—AU CHATEAU D'ARFEUILLE · texte numérisé non relu

XXVII—AU CHATEAU D'ARFEUILLE

. On releva le corps du père Parisel deux heures plus tard, en présence du juge de paix de Saint-Irun qui, prévenu la veille par les gendarmes, avait}jugé: nécessaire de se rendre à Frémicourt,

Le cadavre du beau François ayant été transporté à Civry, le juge de Paix. donna l’ordre d’y conduire celui du père Parisel,

Le lendemain soir, à la brune de la nuit, ils furent enfouis l’un à côté de l’autre dans une large fosse creusée dans un coin non bénit du cimetière du village.

Inutile de parler de l'enquête qui eut lieu au sujet de la mort du beau Francois ; nous en avons fait connaître d'avance le résultat.

Rouvenat avait mis une voiture à la disposition du brigadier, qui put ainsù emmener le soir même son gendarme blessé, en même temps que Gertrude, mise en état d’arrestation à la suite des aveux que le juge de paix lui fit faire.

Au bout d'un mois, la blessure du gendarme fut guérie, et il put reprendre: son service,

À la même époque, la servante infidèle du Seuillon comparut devant le tri.bural de police correctionnelle, qui la condamna à deux ans d'emprisonnement...

Mais, avant cela, d'autres événements beaucoup plus intéressants s'étaient accomplis...

Trois jours après la mort de J acques Mellier, Jean Rabat et les quatre fau-cheurs de Frémicourt, dont M. Nestor Dumoulin avait pris les noms, reçurent. chacun une lettre, les invitant à se rendre le lendemain au parquet de Vesoul.

Ils partirent ensemble et se trouvèrent à l'heure indiquée au palais de justice. Is étaient attendus. Un huissier les introduisit l'un après l’autre dans le cabinet du procureur impérial,

En présence de ce magistrat, du juge d'instruction, du président du tribanal civil, d’un juge du même tribunal et d’un greflier, qui écrivait leurs déclarations, après avoir juré de dire la véritité, ils rapportèrent à peu près dans les mêmes termes les paroles prononcées par J acques Mellier, un instant avant sa mort.

Le soir même, M. Nestor Dumoulin quittait la ville de Vesoul pour se ren-. dre à Paris.

Il emportait les déclarations des cinq hommes de Frémicourt, signées par chacun d'eux, au-desous desquelles les quatre magistrats et le greffier du parquet. avaient également apposé leurs signatures, certifiant qu'ils les avaient entendues.

Le comte et la comtesse de Bussières, Edmond et Jérôme Greluche étaient au château d’Arfeuille.

Edmond pensait continuellement à Blanche, sa douce fée de l'espérance, à son ami Mardoche, ou plutôt à Jean Renaud, puisque, maintenent, il savait. son nom, et aussi à Pierre Rouvenat, le terrible parrain de la jolie demoiseile du $Seuillon,

Impatient comme tous les amoureux, et sentant, au milieu mêrae de sor bonheur, que ses amis du Seuillon avaient besoin d'être consolés, il voulut leur écrire. Ne devait-il pas une réponse à la lettre de Blanche !

Cependant, avant de le faire, il crut devoir consulter le comte et la comtesse.

— Mon fils, lui répondit M. de Bussières, je comprends votre sentiment et. votre légitime impatience ; mais vous ne devez pas écrire. Mon vieil ami Du-

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: . Cr, LA MALÉDICTION D'UN PÈRE e61

moulin est parti pour Vesoul et pour Frémicourt, laissons-le agir ; sachons d’abord ce qu’il aura fait, ce qu'il pourra faire. Ce que nous voulons, mon cher enfant, Mme la comtesse et noi, c'est votre bonheur et celui de Blanche ; mais le vicointe de Bussières ne peut pas encore épouser la fille de Jean Renaud. Attendons. es CE

D'ailleurs, tranquillisez-vous ; hien que j'aie recomandé à M. Dumoulin de garder le secret sur votre nouvelle position, il trouvera le moyen de dire à votre ami Mardoche que vous aimez toujours Blanche, que vous pensez à elle sans cesse et que vous reviendrez bientôt à Frémicourt. '

La comtesse partagea complètement l'avis du comte et Edmond se laïsta convaincre,

Par exemple, un homme véritabler.… : heureux, c'était Jérôme Greluche.

Il n'avait eu garde de laisser à Faris ses chères marionnettes, Avec l'aide du menuisier et du charron d’Arfeuille, en vingt-quatre heures il avait construit un petit théâtre à peu près présentable, et, tous les soirs, gratuitement, dans la cour du château, iloffrait des représentations aux habitants de 1a commune, petits et grands

Tamais le petit Rigolo, le gamin de Paris, ne s'était montré plus gai, plus espiègle, plus drôle, plus spirituel, pour faire enrager son ami Polichinelle.

Le jour le bon Greluche, rêveur, pensif, se promenait dans les jardins et dans le parc au milieu des allées ombreuses. -

— Mon répertoire a vieilli, disait-il à Edmonli, qui le raillait affectueusement, je compose de nouvelles pièces.

Alors Edmond riait, Un jour il lui dit : -

— Mais, mon cher Greluche, tu n’as plus besoin, maintenant, de travailler.

A cela Greluche répondit :

— Mon fils, on doit toujours travailler. D'ailleurs, j'ai mon idée.

— Ah! voyons l’idée. : ;

— Voilà : Je veux avoir quatre ou cinq pièces bien troussées, bien drôles, pour amuser et faire rire, dans quelques années, les enfants de M. le vicomte et de madame la vicomtesse de Bussières,

Edmond lui serra la main et s’éloigna avec des larmes dans les yeux.

Un matin, le comte de Bussières reçut une lettre de son ami Dumoulin. Elle était datée de Vesoul,

Après l’avoir lue, il courut à l’appartement de la comtesse. Il la trouva causant avec Edmond. La joie éclatait dans le regard du comte.

— M. Dumoulin a réussi ! s'écria la comtesse. .

Edmond s'était levé et son regard anxieux interrogeait son grand-pere.

— Ah ! mon cher Edmond, dit le comte, pouvant à peine résister à son émotion, cette lettre vous apporte plus d’une joie. Elle nous apprend, il est vrai, Ja mort de Jacques Mellier, mais elle nous dit que votre mère existe, que la malheureuse Lucile est revenue au Seuillon.

Le jeune homme pâlit ; il porta ses déux mains à son cœur, 3e laissa tomber sur le canapé à côté de la comtesse et se mit à sangloter. :

— Ah ! excusez moi, ditil en joignant jes imains, mais le saisissement, ja joie, le bonheur... Comme c’est bon de pouvoir pleurer !...

— Cher enfant, cher enfant! murmura la comtesse en l’entourant de ses bras.

Au bout d’un instant il se releva. Alors le comte lut à haute voix la lettre de M. Dumoulin.

Voici ce qu’elle contenait :

% Dans une heure

“ Mon cher Adolphe,

je partirai de Vesoul et, demain matin, je serai à Paris,

“avec des pièces qui m’assurent le succès, Toutes les difficultés se sont aplanies ‘ devant moi comme par enchantement, La plus redoutable était le vieux fer- “ mier: Jacques Mellier n’est plus. Dans cett “il semble que la Providence est intervenue e

“ C'est: elle qui ramène au Seuillo

‘ de frapper le vieux fermier, parce qu’elle tro ‘mord en présence de J acques Mellier, comte, Lucile Mellier est revenue au Seuillon ; le vicomte “ de Bussivres reverra sa mère... Quelle joie pour lui! Aussi, je m’empresse “de Ja lui préparer.

dans les bras de son père agonisant. Malgré la pâleur mate ‘et la maigreur de son visage, ses traits flétris et l'expression douloureuse de “sa physionomie, j'ai pu admirer encore les restes d'une grande beauté, Je me

‘ Oui, mon cher

“J'ai vu Lucile

“suis senti profondément ému, et des larmes

“sant au bonheur qui attend cette pauvre femme, après les épouvantables souf- “ frances qu'elle a dû supporter.

“ Enfin, elle existe, et 1 “me n’est encore connue «

“Je nai pas vu Pierre Rouvenat, parti l’avan “s’est décidé à parler, et Je vieux serviteur “immédiatement avec l'espoir de trouvers à Paris le fis de Lucile et de le ra- “ mener au Seuillon,

“ Mon cher Adolphe, je suis arrivé à la fer

“’trouverais Mardoche, — on ignore encore da ‘“mendiant, — entre sept et huit heures du matin. “Jean Fenaud était à la ferme, en effet: mais le vieux fermier venait de

‘: l’appeler dans sa

chambre avec cinq des emp

‘même dans la chambre de Jacques Mellier, s

‘ger et que je me

“momentanément

“ fauteuil, ayant B

“ Juge de ma su

“commis le meurt

e grave affaire, mon cher comte, n votre faveur.

n Lucile Mellier, C’est elle qui dit à la mort

uve monstrueux de mettre Ed-

ont jailli de mes yeux en pen-

ai quelque raison de croire que sa présence à la ferque de Blanche et de Jean Renaud.

t-veille pour Paris. Jean Renaud du Seuillon s’est mis en route

me, où l’on m'avait dit que je us le pays le vrai nom du vieux

loyés du Seuillon. J'entrai moi.

ans songer que j'étais un étran-

montrais aussi audacieux qu'inconvenant, Il faut supposer “qu’un de ces bons génies, auxquels croient

les Orientaux, m'avait enlevé

la faculté de réfléchir et me conduisait par la main. “ J’entrai donc dans ] hambre de J s entrai donc dans la chambre de acques

“‘je me tins immobile dans un coin. Le vieilla

Mellier, sans qu'on me vit, et rd était étendu dans un grand

lanche à. côté de lui puis, formant une espèce de demicercle, “‘Jean Renaud et les cinq hommes,

“Le vieux fermier, sentant sa fin prochaine, avait appelé ses serviteurs et. “* Mardodhe, qui se trouvait là, pour fais devant eux une sorte de confession. rprise, je puis dire de ma satisfaction, en l’entendant déclarer “que Jean Reuaud était innocent et que c'était lui, Jacques Mellier, qui avait

re du 24 juin 1850.

“Après cela, les cinq hommes sortirent de |

“qué Blanche, Jean Renaud et noi

“Tout à coup, ‘fut pour moi un

“parla de Rouven “et de Jean Rena

a chambre, où il ne resta plus

» auprès du vieillard.

il dit à Blanche : — Où est Lucile, appelle ma fille. — Ce houvean sujet d’étonnement, car je ne savais pas que la jeu- “ne femme fût revenue chez son père.

‘ Une porte s'ouvrit et je la vis paraître.

“ Elle s'élança vers son père, qui la prit dans ses bras. Alors, le vieillard

at, de son petit-fils, qu’il au ud qu’il croyait encore à Ca

rait voulu voir avant de mourir, yenne.

La avons Trun, Pe const

un se jamai puis € D':

Adolphe,

je serai à Paris, « se sont aplanies tait le vieux fermon cher comte,

qui dit à la mort de mettre Ed-

lon ; le vicomte » je m’empresse

la pâleur mate douloureuse de e beauté. Je me S yeux en penivantables souf-

résence à la fer-

s. Jean Renaud t mis en route ile et de le ra-

vait dit que je nom du vieux

nier venait de . J'entrai moi.

étais un étranfaut supposer m'avait enlevé | main.

on me vit, et lans un grand de demi.vercle,

serviteurs et:

de confession, ndant déclarer lier, qui avait

ne resta plus ma fille. — Ce

pas que la jeu-

8, l2 vieillard int de mourir,

“Jean Renaud crut devoir donner nu mourant une satisfaction qu'il dési- ‘“rait: il se fit connaître.

“Quelques minutes plus tard, Jacques Mellier mourut en appelarit encore “ Edeond et Rounvenat, et-en regardant le ciel.

“Je sortis de la chambre avec Jean Renaud, et nous causâmes assez longue- ‘“ ment en marchant sur le chemin de la ferme,

“Sachant que Rouvenat ne trouverait pas à Paris le fils de Lucile j'ai dit à “Jean Renaud quelques paroles, qui lui ont permis de tranquilliser da pauvre ‘mère, en lui donnant l'espoir de revoir bintôt son fils. \

“Je pris le nom des cinq hommes qui venaient d'entendre la confession de “ Jacques Mellier, et je me mis aussitôt en route pour Vesoul. Aujourd’hui, ‘“ les dépositaires du secret du vieux fermier ont été appelés au parquet de Ve- ‘soul et ont été entendus.

“ La confession de Jacques Mellier, répétée par les cinq témoins, vient de “nrêtre remise par le procureur impérial, Comme je te le dis en commençant ‘ma lettre, je vais prendre le premier train et demain je serai à Paris. Je ne “.perdrai pas une minute et je mettrai tous mes soins à hâter la conclusion de “cette très-importante affaire, dont le succès n’est plus douteux.

“Mes hommages respecteux à Mme de Bussières, mes amitiés à Edmond, ‘un bon souvenir à Jérôme Greluche. A toi de cœur.

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