‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 105 sur 109 · XXVI—LA JUSTICE EST FAITE · texte numérisé non relu

XXVI—LA JUSTICE EST FAITE

A la vue de cette femme, qui lui apparaissait comme la statue du commandeur à don Juan, Parisel fit un bond en arrière, Puis, effaré, se tournant vers Rouvenat :

— Quelle est cette femme ! demanda-:t-il d'une voix étranglée,

— Demandez le lui à elle-même, monsieur Parisel, répondit Rouvenat,.

Lucile s'était avancée jusqu’au milieu de la chambre.

— Joseph Parisel, dit-elle, tu demandes qui je suis ? Regarde-moi bien : Je me nomme. Lucile Mellier !

L'effet fut terrible, Parisel recula encore ; il devint livide, la respiration lui manquait.

— Lucile, Lucile! murmura:t-il sourdement, son regard éperdu fixé sur la jeune femme.

Mais retrouvant vite son sang-froid et son audace :

— Je ne crois pas cela, exclama-t-il, Lucile Mellier à disparu, Lucile Mellier est morte,

La jeune femme prit une résolution subite.

— Pierre Rouvonat, dit-elle d’une voix vibrante, je ne resterai pas cachée jusqu’à l’arrivée de mon fils au Seuillon. Vous pouvez appeler ici tous nos serviteurs ; ils n’ignoreront pas plus longtemps que la fille de Jacques Mellier est revenue dans la maison de son père !

Rouvenat s’élança hors de la chambre. Mathias et les autres venaient d’arriver,

Rouvenat se pencha sur l'escalier et cria :

— Mathias, Simonin, Brunet, Jean, montez tous, les femmes aussi !

Lucile ayant repris la parole, disait :

— Josoph Parisel, vous ne me reconnaissez pas, qu'importe!.,, Je vous ai dit qui je suis, je vais vous dire maïntenant ce que vous êtes.

Les serviteurs du Seuillon entraïent dans la chambre silencieusement l’un après l’autre...

— Joseph Parisel, continua Lucile, le bras tendu vers lui, vous êtes un misérable, un lâche, un infâme !...

Au lieu de se courber sous ces mots, Parisel leva plus haut la tête. Son re- ‘gard enflammé semblait défier tout le monde,

— Ï] y a auelques'jours, poursuivit Lucile, la nuit, vous et votre fils Fran- ‘çois, vous avez voulu assassiner Pierre Rouvenat.

— D'est faux, c'est faux ! exclama le misérable,

— J'étais là, je vous ai vus, reprit Lucile avec violence. Je suis arrivée à temps, heureusement, pour appeler au secours, et c’est moi qui, près du vieux ipuits, vous ai jeté ce mot, que je répète aujourd’hui: Assassin ! Assassin !

La figure de Parisel changea‘encore de couleur et ses traits se contractérent thorriblement.

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— Je nie cela, je le nie? cria-til d'une voix siffante,

Lucile haussa les épaules,

— Joseph Parisel, reprit-elle, vous êtes encore un voleur! L'avant-dernière nuit, un homme s’est introduit dans la chambre de Jacques Mellier pour le vo, ler... Joseph Parisel, cet homme c'est vous |

— (C'est faux, c'est faux !

— Joseph Parisel, ce n’est Pas tout : Surpris par Jacques Mellier, les mains dans son coffre-fort, vous vous êtes jeté sur lui et vous avez tenté de l'étrangler , Joseph Parisel, vous avez tué mon père!..,. Assassin! Assassin !

— C’est faux, c'est faux ! répéta-t-il encore,

Les hommes présents allaient se précipiter sur le misérable, Lucile les arrêta d’un geste.

— Joseph Parisel, reprit-elle d'une voix éclatante, je n'étais pas là pendant la lutte épouvantable que mon père a soutenue contre vous ; à ce moment, je défendais Blanche, la demoiselle du Seuillon, contre votre fils, non moins infâme que vous !.., Mais je vous ai vu, Joseph Parisel, je vous ai vu sortir de In maison et vous enfuir à travers le jardin !

Tout cela devait confondre le misérable, l’écraser, l’'anéantir. Eh bien, non, il gardait son assurance, son audace, et sur ses lèvres un sourire de démon.

— Je vois ce que c'est, dit-il d’un ton menaçant, Rouvenat nous hait, François et moi : c’est lui qui a imaginé toutes ces calomies pour se venger... Ah!

il voudrait bien nous envoyer au bagne ; maïs tout cela n’est pas vrai, entendez vous? Tout cela est faux ! faux ! faux !

Lucile secoua tristement la tête.

— Joseph Parisel, dit-elle, votre langage n'indique pas que vous ayez un regret et moins encore que vous songiez à vous repentir. Et pourtant, comme le brave Pierre Rouvenat, que vous ne craignez pas d’accuser d'une infamie, j'ai pitié de vous et de votre fils, Vous êtes mes parents, je ne veux pas vous hvrer à la justice, je ne veux Pas tivubler dans sa tombe, à peine fermée, le repos de mon père, J oseph Parise], allez-vous-en, ailez vousen !.… Lucile Mellier et ses serviteurs, ses amis, garderont le silence sur vos forfaits. Moi, je ferai plus, je demanderai à Dieu qu’il vous donne le repentir et vous pardonne !

Et d’une voix pleine de larmes elle répéta : Allez vous en, allez-vous-en !

Parisel promena autour de lui ses yeux hagards ; il ne vit que des regards sombres et des visages hostiles. I] comprit que ce qu'il avait de mieux à faire était de partir,

Il marcha lentement vers Ja porte, mais toujours le front hant.

I allait sortir lorsque, tout à coup, Gertrude, pâle, échevelée, l'œil en feu, les habits souillés de sang et de boue, se dressa devant lui et le repoussa violemment jusqu’au milieu de la chambre.

— Ah ! le voilà, le voilà ! cria-t-elle d’une voix rauque : c’est Parisel, le père de François, il a tué son fils! Assassin !

Tout le monde était terrifié.

— Ah ! ça, grogna le père Parisel, est.ce que cette fille est folle ?

— Ah ! tu crois que je suis folle ! reprit Gertrude en s’approchant de lui la bouche écumante et lui montrant ses poings, tu vas bien voir le contraire tout

à l’heure, Oui, pour ne Pas partager avec François l'héritage de Jacque Mellier, tu l'as tué, tu l’as assassiné !

Les yeux de Parisel parurent lui sortir de la tête. — Que dit-elle ? que dit-elle? murmura:t-il. Et, prenant la tête dans ses mains, il ajouta :

384 LA MALÉDICTION D'UN PÉik

— Est.ce que je deviens fou ?.

— Tiens, tiens, continua Gertrude d'une voix éraillée, regarde mon jupon, regarde mes mains, regarde mes manches . .. Vois-tu ces taches rouges? C'est du sang, c'est le sang de François, à qui tu as fendu le crâne et que tu as jeté dans une carrière, à une demni-lieue d'ici, sur le territoire de Civrv.

Cette fois, saisi d'horreur et d'épouvante, le père Parisel baissa la tête. Sas bras tombèrent à ses côtés, Il tremblait,

— Je l'ai vu, je l'ai vu, poursuivit Gertrude avec le mème égarement, mais

il ne m'a pas parlé, il était mort, mort, mort !.,, roide, froid comnie un glaçon. J'ai vu sa tête ouverte et tout autour de lui des Aaques de sang.

Je l'ai laissé dans lu carriere, il ÿ est encore... les fourmis courent sur son Corps, les gros taons lui mangent Îles yeux... Le père Parisel à tué François,

c'est un assassin !.. ,

— (Gertrude, malheureuse ! s'écria le misérable, tu es folle, n'est-ce pas? Ce que tu viens de dire n'est pas vrai, dis-moi que tu racontes çà pour m'épouvanter !

Gertrude partit d'un éclat de rire lugubre,

— Ah! ah!ilu peur, il a peur, üit-elle, Le père Puarisel a tué son tils.….

Purisel eut tout à coup un transport de fureur et de rage.

Il saisit Gertrude par les épaules, et, d'une voix effrayante, la secounnt violemment,

7 Mais que veux tu dune, misérable fille ? hurla-t-il ; qui donc te pousse ainsi à M'accuser d'avoir tué mon fils ?

— J'aimais François, je devais être sa femme, réplaua t-elle avec véhémence : inais va, brigand, tu n'hériteras pas, tu ne seras pas, comme tu l'espérais, le maftre du Seuillon... Tu iras en prison, oui en prison, tu seras condumné et la machine te coupera la tête.

Ah! ah! ah! continua-t-elle, riant, toujours, il verra le bourreau, il verra "2 bourreau ! ai

Puis, avec une force et une énergie extraordinaires, elle le saisit par le bras ‘êt le traina vers une des fenêtres de la chambre en criant :

— Viens voir les gendarmes, ils sont en bas, ils viennent pour te prendre ; c'est moi qui les ai amenés, je leur ai tout dit, tout !

Parisel jeta les yeux dans la cour et vit les chevaux des deux gendarmes,

‘Saisi d'un tremblement nerveux, il bondit en arrière en poussant un cri.

Les spectateurs de cette scène épouvantable restaient immobiles comme péitrifiés,

Depuis un instant, Jean Renaud et Blanche étaient entrés aussi dans la

‘chambre, Un bruit de pas lourds, auquel se mêlait le sonnement des éperons d'acier ‘et des fourreaux des sabres, retentit dans l'escalier.

Gertrude s’élança vers la porte, qu'elle ouvrit toute grande. Puis elle se re- ‘tourna en criant avec une joie sauvage :

— Les voilà, les voilà ! voici les gendarmes |

Les deux agents de la force publique se montrèrent sur le palier, le sabre au

«côté, le fusil en bandoulière.

Gertrude leur montra Parisel.en disant :

— Voila l’assassin !

Le misérable, courbé, frissonnant, jetait de tous les côtés des regards de bête

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Il se voyait perdu. La fausse accusation de la servante l'avait terrifié, Si,

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innocent de ce crime, l’iccusation ne lui paraissait pas redoutable, il savait que, une fois entre les inains de la justice, ayant Gertrude contre lui, il aurait à rendre des comptes terribles,

La peur s'empara de lui et il songes à échapper par la fuite au châtiment qui l’actendait,

Les gendarmes entrèrent dans la chambre,

—— Au nom de la loi, commença le brigadier,

Parisel avait vu devant lui la porte ouverte, le passage libre.

Il prit son élan, et, avant que les gendarines aient pu deviner son intention, il bondit hors de la chambre et se précipita dans l'escalier qu’il descendit quatre à quatre,

Les gendarmes laissèrent échapper un cri de surprise et de colère. Mais aussitôt, il débouclèrent leur ceinturon, qui tomba sur le parquet avec le sabre, et ils s'élancèrent à la poursuite du fuyurd.

Celui-ci était sorti par la petite norte du jardin, qu'il traversa rapidement,

Son intention était de gagner ie bois du Seuillon, où il espérait pouvoir se tenir cacué jusqu'à la nuit,

Mais il n'avait que très-peu d'avance sur les gendarmes, et bientôt il entendit la voix du brigadier qui lui criait !

— Au nom de la loi, arrêtez ; je vous somme de vous arrêter.

I se garda bien d’obéir, Il rassembla toutes ses forces pour redoubler de vitesse,

Les gendarmes étaient, heureusement, deux hommes forts, courageux, pleins d'énergie et tenant à remplir leur devoir, La poursuite continua, acharnée, Peu à peu, ils gagnèrent du terrain et se trouvèrent bientôt sur les talons du fuyard. Deux fois ils furent au moment de le saisir, et deux fois il leur échappa, par un crochet la première, la seconde en sautant par-dessus une clôture,

Toutefois, au bout d'un instant, Parisel sentit tout à coup ses forces s'épuiser, I n'était pli + qu'à une faible distance du bois,

— Si je pouvais l’atteindre, se dit-il, je serais sauvé,

Mais les gendarmes le serraient de près. Il prit un parti extrême, Il ft une brusque volte-face et les six canons d’un revolver menacèrent les poitrines des gendarmes,

Ceux-ci s’arrêtérent.

— Si vous faites un pas de plus, leur dit Parisel, je tire.

Les gendarmes se regardèrent : mais leur indécision dura peu. Ensemble ils bondirent en avant.

Parisel n'avait pas fait une vaine menace.

Une détonation suivie immédiatement d'une autre se fit entendre. Un des gendarmes poussa un cri et s’affaissa sur le sol. Une balle l'avait frappé au-dessus du genou. La seconde balle, destinée au brigadier, ne l'avait pas atteint,

Parisel reprit sa course, prêt à se retourner encore et à faire feu de nouveau si le brigadier continuait à le poursuivre,

Celui-ci voyant son gendarme blessé, ne fut plus maître de sa colère. Parisel n'avait plus que quelques pas à faire pour disparaître dans le bois. Rapide comme l'éclair, le brigudier saisit son fusil, l'épaula, ajusta Parisel et fit feu.

Le misérable tomba foudroyé, la face contre terre.

La balle l'avait frappé à la nuque et, broyant tout sur son passage, s'était logée dans une cavité du cerveau.

La mort fut instantanée.

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