ÉPILOGUE
Au mois de septembre suivant, nos principaux personnages se trouvaient
tous à Arfeuille,
Rouvenat lui-même s'était décidé à quitter l: Seuillon, Il avait confié pour “quelques jours la direction de la ferme à Jean Roblot, lequel était désigné d'a ‘vance come son successeur.
Le brave Rouvenat n'avait pas crû pouvoir se dispenser d'assister au mari- ‘age de sa chère filleule.
Après le mariage civil, la bénédiction nuptiale fut donnée aux jeunes époux «dans la chapelle du château.
La belle Blanche, la fille de Geneviève et de Jean Renaud le tueur de loups, était vicomtesse de Bussières.
Le village d’Arfeuille était en fête, et de tous les villages voisins on était ‘venu en foule pour prendre part aux réjouissances offertes par la bonne com- ‘tesse à l'occasion du muriage de son petit-fils.
Blanche fut accalamée par la population. Sa merveilleuse beauté provoquait, ‘toutes les admirations. Jamais on ne vit pareil enthousiasme.
Pour se rendre du château à la mairie, le cortège passa sous douze arcs de ‘triomphe dressés par les habitants d'Arfeuille, et marcha sur un tapis de fleurs.
De tous côtés retentissaient ces exclamations :
— Conime elle, est belle ! Quelle grâce ! Le joli sourire ! Comme elle a l'air doux et bon ! Quel adorable regard !
Et tout le monde répétait, admirant le jeune couple :
— Oh ! les beaux enfants, les beaux enfants ?
Rouvenat rayonnait dans son habit vert-pomme,.
Le bon Greluche, accroché à son bras, ne voulait plus se séparer de lui.
Jean Renaud, rajeuni de vingt ans, depuis qu’il avait fait couper sa longue ‘barbe, tailler ses cheveux et qu'il s'était dépouillé de son coustume de mendiant, Jean Renaud était ivre de bonheur.
Et cepndant, à chaque instant, de grosses larmes roulaient dans ses yeux.
Il pensait à Geneviève et il se disait.
— Si elle était là ! si elle était là !
Lucile ravie disait à la comtesse :
— Après tant de jours'sombres et désolés, je ne pouvais m'attendre à une semblable félicité. Je suis trop heureuse ?
— Ma chère Lucile, répondit Mme de Bussières, c'est dans le bonheur de leurs enfants que Dieu récompense les mères malheureuses.
Après la cérémonie religieuse, toutes les jeunes filles du village, vêtues de blanc, entrèrent dans la cour du château. Elles offrirent un magnifique bouquet à la belle vicomtesse et l’une d'elles lui adressa un petit discours, appris
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Blanche répondit par quelques paroles gracieuses, et embrassa la jeune fille, ‘ce qui amena une nouvelle explosion d'enthousiasme,
En même temps, autour du château, les jeunes gens faisaient parler la poudre, comme disent les Arabes,
Toute la jeunesse d’Arfeuille et des environs avait été conviée à un banquet splendide, qui dura depuis quatre heures jusqu’à huit heures du soir,
Alors, des artificiers, de Nevers, tirèrent un superbe feu d'artifice, dont lu pièce principal représentait deux immenses majuscules entrelacées : E. H.
Aussitôt après le feu d'artifice, les jardins et une partie du parce se trouvèrent subitement illuminés par de nombreuses lanternes vénitiennes et des flammes
de bengale de toutes les couleurs.
L'orchestrel était en place, Le bruit des instruments se fit entendre. Les «danses commencèrent,
On fêtait le bonheur des mariés, mais le bonheur était pour tous et la joie générale,
Edmond, tenant les mains mignonnes de su jeune femme dans les siennes, lui dit d'une voix émue et pleine de tendresse :
— Ÿ at:il sur la terre un bonheur comparable au mien ? Je ne le crois pas. Ah ! je n'oublierai jamais cette chambre d’auberge, à Gray, où je vous ai rencontrée alors que j'étais désespéré, où vous m'avez dit : Dieu ne vous abandonnera pas! Je me souviendrai toujours aussi du portail de l’église de Frémicourt “et du joli sentier fleuri, au bord de la Sableuse et sur le domaine du Seuillon: il appartient à notre mère, nous y reviendrons bientôt, n'est-ce pas ?
Blanche lui répondit :
— Oui, nous repasserons bientôt, souvent, sur ce sentier où vous m'avez dit que j'étais pour vous la fée de l'espérance... C'est là, Edmond, c’est là que j'ai senti les premiers battements de mon cœur.
— Et vous m'avez aimé ?
—Et je vous ai aimé ! Edmond, si vous n’étiez pas revenu, je serais morte !
— Oh ! ma Blanche, ma Blanche adorée !
Il l'entoura de ses bras et il l’attira à lui.
Elle laissa tomber languissamment sa tête sur la poitrine d’Edmond, puis le regardant :
— Mon parrain a fait rebâtir et meubler la petite maison où je suis née à Civry, lui dit-elle ; Edmond, je voudrais bien y passer quelques jours seule avec vous,
— Blanche, votre désir sera satisfait. Dans quelques jours nous accompa. S&nerons au Seuillon ma mère et notre ami Pierre Rouvenat ; nous passerons, si vous le voulez, un mois dans votre petite maison de Civry.
À quelques pas d'eux, Rouvenat et Greluche causaient.
— C'était votre fille, dit Greluche.
— C'était votre tils, dit Rouvenat.
Ils baissèrent la tête, restèrent un moment silencieux et tous deux se mirent
‘a pleurer.
— 11 me semble que vous pleurez, Rouvenat...
— Je crois voir des larmes sur vos joues, dit Greluche.
— Jérôme Greluche, qu'allez-vous faire maintenant ?
— À vrai dire, monsieur Rouvenat, je n’en sais rien.
— Eh bien, mon cher Greluche, venez avec moi au Seuillon.
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Après avoir réfléchi un instant, Grelu de Rouvenat,
— C'est convenu, ditil, je vous accompagne au Seuillon, Seulenrent.. .
— Seulement ?
— J'emporterai mes marionnettes,