APPREND BIEN DES CHOSES
La vieille Paysanne regarda son auditeur, mais elle ne Comprit pas ; elle ne Pouvait deviner, en effet, la cause réelle de son trouble et de sa violente émotion,
— Ce que Je vous raconte là n’est pas bien g — Oui, c’est bien triste !
— Vous me croirez si vous Voulez, quoique ces choses soient passées depuis longtemps, quand j'en parle ou que j'y pense seulement, cela me fait frissonner,
4 y a donc déjà longtemps qu’elle est morte, la pauvre femme de Jean Renaud ?
ai, n'est-ce pas ? fit-elle,
—Ah!le scélérat, c’est encore jui qui l’a tuée ! e mendiant Sursauta, mais il parvint effort sur lui-même,
— Geneviève est morte trois ou quatre jours après le jugement de Ja cour
d'assises, qui envoyait Jean Renaud au bagne pour toute sa vie, continua Ja PaYSanne ; j'étais à son lit de mort...
— Ah! vous étiez là, près d'elle, — C'est dans mes bras qu'ellear
à se contenir en faisant un violent
vous l'avez vue mourir !
endu le dernier soupir,
Le mendiant joignit ses mains et murmura quelques paroles dont lx vieille ne put saisir le sens.
W+,— Dites-moi, ma bonne dame, reprit-il d'une voix oppressée, est-ce que la femme de ce malheureux Jean Renaud n'était pas enceinte ?
—Si, vraiment,
— Alors, fit-il en hésitant, l'enfant est mort avant de naître?
— Du tout, l'enfant.est venu au monde,
— Bonté divine !
— Oh ! oui, car ce fut un vrai miracle.
— Et cet enfant, dites, cet enfant, vit-il?
— Il vit.
— Oh! oh! oh! fit le mendiant,
Et il laissa échapper plusieurs sanglots sans larmes.
Une seconde fois la vieille femme l’examina avec surprise.
— Décidément, mon brave homme, dit-elle, vous êtes trop sensible.
— Mon Dieu, cela se comprend, répondit-il ; ne vous ai-je pas dit que Jean Renaud était comme mon frère ? Et puis, ce que vous me racontez me rappelle mes propres souvenirs... Je n'ai pas toujcurs été malheureux comme maintenant ; j'ai eu aussi une femme, un enfanc; je les aimais, je les ai perdus... Vous voyez bien que j'ai le droit de pleurer...
T1 cessait enfin de retenir ses larmes, elles jaillirent de ses yeux.
— Pauvre homme ! dit tout bas la vieille femme,
— Mais, reprit-il, il ne s’agit pas de mes regrets et de mes douleurs, que je veux oublier, Ah! parlez moi plutôt de l'enfant de la pauvre Geneviève. C’est un garçon ?
— Non, une fille.
— Ah! c’est une fille!... Elle est forte, elle est grande, elle est belle, n’estce pas ?
— Pour ce qui est d'être belle, elle l’est; grande, forte... pas trop; mais c’est bien la plus mignonne créature du bon Dieu.
— Elle n’est pas heureuse, sans doute, on la regarde mal "E la fille d’un forçat !
— Elle, mal regardée ! oh! que non... On l'estime, on la respecte, au contraire, et elle est aimée de tous ceux qui la connaissent.
— Ah! c’est bien; il y a toujours de bonnes gens dans ce monde. Malgré tout, allez, ma bonne dame, la fille de Geneviève ne peut être heureuse.
-— Pourquoi donc ?
— Parce que, si elle est aussi gentille que vous le dites, elle doit souffrir beaucoup en pensant qu’elle est la fille d’un assassin. ;
— On n'a pas raconté ces choses-là à l'enfant, répliqua la vieille paysanne ‘en branlant la tête ; je suis bien sûre ie sait même pas le nom de Jean Renaud.
—- Quoi! on ne lui a pas dit qu” 4 s A père ?
— Ni qui était sa mère ; on lui a tout cuché.
— Mais pourquoi? pourquoi ?
— Povr qu’elle ne soit pas ce vous disiez tout à l'heure : malheureuse...
— Oui, je comprends.
— Et elle ne saura jamais rien, voyez-vous, car on n’oserait pas dire devant elle une parole qui pât faire tomber une larme de ses yeux.
— Qui donc a pris soin de son enfance ?
— De plus riches que vous et moi,‘mon brave homme.
— Es NC son lait.
l'a emm —Où —C'e que con Jean Re — Oui vous dir grand se d'assez b l'a combl Ah! l'or sourires « fille de G été à plai Le vie ravonnan vieille fen —Dur que belle — Mon malheurer Il se le Ma bonne le nom de — Elle « — Blanc I] se rec —Ah !
que j'ai pe:
Je me st route ; mei Il ramas porte, — Avant donc comm Il se rete —Je me Le mend appeler Ma quitta la vie avait faim.
L'auberoi Voir, —Je vois puisse pas y Il tira de main :
; la vieille
-ce que la
que Jean e rappelle 1e mainteperdus...
1rs, que je iève, C’est elle, n’estrop; mais . fille d’un €, au con-
e, Malgré use.
pit souffrir
paysanne m de Jean
use...
ire devant
— Est-ce qu’elle demeure à Civry ?
— Non. Une femme d'ici, qui est morte ces années dernières, l'a nourrie de ER |
son lait, Elle avait deux ans et elle était déjà forte et grandelette quand on l'a emmenée,
— Où cela ? |
—Je n'ai pas besoin de vous Île dire, puisque vous ne pouvez pas aller la voir,
— C'est vrai, Je ne réfléchissais pas... Je ne pourrais me présenter à elle que comme l'ancien ami de son père, et elle ne sait pas qu'elle est la fille de Jean Renaud. Vous disiez donc qu'on l'a emmente quand elle avait deux ans.
— Oui, et, comme elle était déjà jolie comme un amour, je n'ai pas besoin de vous dire si on se mit tout de suite à l'aimer, à l'adorer, I] y à des filles de grand seigneur pour lesquelles on ne fait pas autant, Il n'y avait jamais rien d'assez beau pour elle, Son enfance a été entourée des soins les plus tendres, on l'a comblée de caresses : si sa mère lui manquait, elle ne s’en est pas aperçue, Ah! l’orpheline n'a pas été sevrée de baisers !. Et elle à grandi entourée de sourires Comme une plante précieuse sous les rayons du soleil, Aujourd'hui, la tille de Geneviève et de Jean Renaud est une demoiselle, et, autant la mère à été à plaindre, autant la tille est heureuse,
Le vieillard écoutait avidement, 'asonnants, la bouche ouverte :
vieille femme,
— Du reste, Continua-t-elle, tout cela elle le mérite, c que belle ; elle a le cœur et la figure d’un ange !
— Mon Dieu, murmura le mendiant, je ne croyais pas qu’un homme aussi malheureux que moi püt encore éprouver autant de Joie !
Il se leva, prit les mains de la vieille femme et les serra dans les siennes. Ma bonne dame, dit-il, je n'ai plus qu'une chose à vous demander : Dites-moi le nom de la fille de (Geneviève,
— Elle se nomme Slanche, :
— Blanche ! s’'écria-t-il.
les mains tendues, tremblantes, les yeux On aurait dit qu'il buvait les paroles de la
ar elle est aussi bonne
Il se redressa et ses deux mains s’'appuyèrent sur son cœur.
— Ah! ne soyez pas étonnée, reprit-il d'une voix pleine de larmes, l'enfant que j'ai perdu était une petite fille et elle s'appelait Blanche aussi,
Je me suis bien reposé, continua-t-il ; maintenant Je vais me remettre en route ; merci, ma bonne dame, merci de votre hospitalité,
Il ramassa son chapeau, le replaçant jusque sur ses Yeux, et marcha vers la porte,
— Avant de vous en aller, mon pauvre homme, fit la vieifle femme, dites-moi donc comment vous vous appelez.
Il se retourna et répondit :
—Je ne nomme Mardoche,
Le mendiant, que le lecteur à déja reconnu, mais que nous Continuerons à appeler Mardoche, puisque c’est le nom qu'il se donne lui-même, le mendiant quitta la vieille Paÿysanne et ne tarda pas à se trouver au centre du village. 11 avait faim. Il entra dans une auberge et demanda à manger,
L'aubergiste regarda de travers ce singulier client et parut hésiter à le r'ecevoir, .
—Je vois ce que c’est, dit tristement Mardoche, vous avez peur que je ne puisse Pas vous payer,
l'tira de sa poche quelques pièces d'argent, et, les faisant sonner dans sa Main :
gs LA MALÉDICTION D'UN PÈRE
— Vons voyez, continua-t:il, que je peux manger chez vous en buvant ui
verre de vin, qui me fera granit bien, car Je n'en bois pas tous les jours, Ci it
| argent c'est la demoiselle du Seuillon qui me l’a donné ce matin. oi L'aubergiste rougit malgré lui, balbutia quelques paroles d'excuse et s'empress: vi
de servir lui-même le pauvre homme, que je
Quand il eut mangé, avec un appétit qui faisait plaisir à voir, Mardoche (e. D'oe
manda combien il devait, — Vous ne devez rien, répondit le cabaretier, ; Le mendiant ne put cacher son étonnement, Quoi, ce même homme, qui, À
me l’a Voyan
ane
tout à l'heure, ne voulait pas lui donner à manger, refusait maintenant de 1 “Pt
cevoir ce qui lui était dû ! C'était difficile à comprendre, l'orph
L'aubergiste ne lui fit pas attendre l'explication qu'il désirait. ut
! — Gardez votre argent, dit il, pour vous acheter des souliers meilleurs qu voulu
! ceux que vous avez aux pieds, car, c'est pour cela sans doute que Mlle Blanch
vous l’& donné, Dans ce pays-ci, voyez-vous, mon brave homme, quand un malheureux prononce le nom de la demoiselle du Seuillon, aucune porte ne se ferme devant lui, et on le ferait asseoir aussi bien à la table du riche qu'à | celle du pauvre. Gardez donc votre argent, et, quand vous repasserez pa | Civry, ne craignez pas de revenir ici,
— Vous l’aimez done bien, la demoiselle du Seuillon ?
— Comme tout le monde l'aime, Seulement, moi, jeu pour l'aimer une raiso: que tout le monde n'a pas,
— Laquelle ?
— Ma vieille mère qui vit encore, srâce à Dieu, est sa marraine.
Le pauvre homme chancela, de grosses larmes roulaient dans ses yeux. Il pouvait plus supporter tant d'émotions successives. Son cœur débordait, et il sentait sa poitrine pleine de sanglots, Mais il se raidissait, il se faisait violence: pour empêcher sa douleur et sa joie de faire explosion,
sance, bien f:
c'est im Jacque Comme horreui ver qu iieux | Jean R Est-c pitié?
ina fille ache ri ‘e Jui di doche jee
IL sortit du cabaret et traversa le village à grands pas. Il connaissait bien te À la contrée ; il prit un sentier à travers champs, et se dirigea rapidement vers précauti la montagne, du côté du bois de Sueure, Il était déjà tard quand il y arriva, pièces de | Il s'enfonça dans le taillis épais et s'assit au pied d'un chêne, 11 avait déjà a Pa
pleuré beaucoup le long du chemin, il pleura encore. Pleurer, cela fait parfois LR tant de bien !
Pourquoi était-il venu dans le bois ? Peut-être pour s'y cacher, mais il n'aurait su le dire ; c’est sans réflexion, instinctivement, qu'il s'était dirigé de ce côté. D'ailleurs, pourquoi le cacher? Il avait pu constater maintes fois les “avages faits sur son visage par la souffrance bien plus encore que par les anil | nées et il était sûr qne ceux-là même, qui avaient le mieux connu Jean Renaud. | ne pourraient plus reconnaître le mendiant Mardoche, Et puis, qui donc iruit retrouver ses traits flétris sous la barbe épaisse qu'il avait laissée’croître expres! Jean Renaud, condamné à perpétuité et libre aujourd’hui, avait-il peur des
long du.
droit d'y des souli
Il ren
brassées
Le len énormes,
là, son re brume léc vant lui,
| gendarmes? Non. Bientôt nous dirons pourquoi il se trouvait en liberté. ON ll) À Après avoir dégonflé son: cœur et s'être soulagé en versant toutes les larmes que le jou il trop longtemps retenues, il se mit à réfléchir, ce momen || | Qu'alluit-il faire ? Une gr
allait deve
ji VI-—LE BOUQUET
| — Je se
{ nn one es ; : ; dans une &
1! — Ainsi, je lai vue, se disait-il, la tête dans ses mains. appuyée sur ses ge: Phant e noux ; elle s’est approchée de moi, je ne lui ai pas fait peur, elle ma parlé, j'ai |
voulait se
s en buvant ui 3 les jo 4r's, Ce
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, Mardoche (.
ne homme, qui.
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meilleurs qu e Mlle Blanchi quand un malane porte ne Se du riche qu'a l'epasserez l il
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ne, ses yeux. I] lébordait, et il aisait violence
nnaissait bien pidement vers nd il y arriva,
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LA MALÉDICTION D'UN pire 99
À nn entendu s& douce Voix, ses jolis YEUX n'ont regardé... Elle m'a fait l'aumône : tout ce qu'elle avait d'argent, elle me l'a donné ; j'ai mis un baiser sur sa main, elle l'a bien voulu... fn me quittant, elle m'a dit: __ « Vous viendrez me dire si je vous ai porté bonheur!” Et ce cher trésor, cet an que je trouvais si belle qui est si bonne, c'est l'enfant de] est ma fille!.,, Ma fille! et mon cœur, qui battait | me l’a pas dit... Je ne pouvais pas Sa Voir, voyant si charmante et si bien !, ,
ue, que j'adinirais, 4 pauvre Geneviève, en fort c« pendant, ne je ne pouvais Pas deviner, en la jolie... Ils disent que tout le monde l'aime, je le
crois
Pierre Rouvenat à tenu la promesse Qu'il m'a faite : iln'a pas abandonné orpheline, il à voulu être SON parrain pour avoir plus le droit de ln Protéger, et si Blanche appelle M. Mellier son pére, c'est aussi parce que Rouvenat l'a voulu, Ils lui ont caché le nom de ses parents, ils ont je sance... Cest une bonne inspiration, € bien fait!,,, Et mot, d'un mot, en dis c'est moi, Jean Renaud, le forçat, Jacques Mellier et de Pierre Rouvenat, je rendrais Comme tout le monde, comme Geneviève elle-même, elle me ''épousserait ave horreur, me Maudirait, car, pas plus aujourd'hui qu'autrefois, Je ne poux prouver que Je ne suis pas un assassin ! Non, non, plutôt que de faire cela, j'aimerais Mieux mourir... Mourir ! est-ce que je ne suis pus déjà mort ? I] ny Jean Renaud, Je suis le mendiant Mardoche !
Est-ce que j'ai le droit de me plaindre ? est.ce pitié? J'ai perdu ma Pauvre Geneviève, mais in fille... Je la verrai souvent,
té un voile sur sn nais- ‘était pour son bonheur, Ah! ils ont ant à Blanche : Enfant, on t'a qui suis ton pére,
trompée; Je détruirais l'œuvre de ma fille malheureuse !,
a plus de
que Dieu ne m'a pas pris en à sa place je retrouve son enfant,
Personne ne m'en empêchera et. sans qu'elle ache rien, je pourrai l'añner de toute Mon âme, Et je ne ment:: ‘ pas quand € lui dirai : Mademoiselle Blanche, vous avez porté bonheur 4 “eux Mardoche !”
Il tira de son sac de toile une petite précaution, et de l'or brill pièces de vingt francs,
— Pour ne pas toucher à cet argent qu'on m'a donné l-bas, ditil tout le long du chemin J'ai mendié : je Je gardais pour (Geneviève, Maintenant Jj'i le droit d'y toucher, Je suivrai le conseil de l’'aubergiste de Civry, je m'achèterai des souliers et un Pantalon : je veux me faire beau pour aller voir ma fille ! Il remit l'or dans SON Sac, puis, Ja nuit venant, brassées de fougère et se tit un lit au pied du chêne,
Le lendemain, le soleil levant le trouva debout au pied d'un amas de roches énormes, qui sortaient des entrailles de Ja terre sur le versant du coteau, De là, Son regard plongeant dans la vallée de la Sabieuse couverte encore d’une brume légère, il découvrait Frémicourt à gauche, Civry à droite et, droit devant lui, les hauts Pignons du Seuillon.
— Ou, Murmura-t-il, c'est ici que j'établirai ma demeure, j' que le jour paraît ‘a, je n aurai qu'à sortir de mon trou e ce Moment, le toit sous lequel elle dort encore,
Îne grotte naturelle, creusée sous les roches au allait devenir l'habitation de Mardoche,
— Je serai chez moi, s'était-il dit, et j dans une grange, tantôt dans une autre,
Tranquille sur ce point, qui était le commencement de 1 voulait se créer, Mardoche rentra d
pièce d'étoffe enroulée, qu'il ouvrit avec il SOUS ses yeux, I] Compta son petit trésor : huit
il coupa trois ou quatre
ÿ Serai bien, Dès t je verrai, conne en . ,
fond d'une large crevasse,
aime mieux cela que de dormir tantôt
“Fabius * à vie nouvelle qu’il ans le bois où il cueillit un gros bouquet
de muguet. 11 l'entoura de feuilles vertes, lin la botte, le mieux qu'il put, avec un fil d'écorce d'osier, et prit tout joyeux le chemin de la vallée,
— Elle aime les fleurs, se disait il : à son réveil, elle trouvera ce bouquet près d'elle,
Son intention était de le remettre à une servante, où au premier domestique qu'il rencontrerait aux alenteurs de la ferme, Mais personne ne se présenta sur son chemin ; il fut obligé d'entrer dans la cour.
Rouvenat S'y promenait, les mains derrivre le dos en fumant sa pipe,
Mardoche se sentit vivement ému : ses membres tremblaient : il eut un mouvement d'hésitation, se demandant s il devait reculer ou avancer,
- Allons, se dit-il, il ne faut pas avoir peur, ni trembler comme un enfant : puisque je dois tenter l'épreuve, autant que ce soit aujourd'hui que demain,
À ce moment, Rouvenat en se retournant l’aperçut,
Mardoche s'avança vers lui. Rouvenat s'arrêta et aitendit, tout en examinant avec curiosité ce singulier visiteur,
Monsieur, dit Mardoche, c'est ce bouquet que j'apporte,
— Ah! fit Rouvenat, et pour qui est-il ce joli bouquet ?
— Je l'ai cueilli ce matin pout la demoiselle, qui aime les Heurs,
— Ah! très bien, C'est vous que Mile Blanche a rencontré hier près de la rivière ?
— Oui, c'est moi,
— Elle n'a parlé de vous, vous l'avez intéressée : elle acceptera avec plaisir votre bouquet. Mais elle n’est pas encore levée ; si vous voulez attendre, vous pourrez le lui offrir vous-même,
— Non, merci, je ne peux pas attendre, Voilà le bouquet, soyez assez bon pour le lui remettre.
— De votre part ?
— Oui, de la part du pauvre Mardoche.
— Que faudra-t.il que je lui dise encore ?
— Oh! rien. Seulement, si vous le permettez, je viendrai quelquefois à la Terme.
— Aussi souvent que vous le voudrez, mon ami,
— À la façon dont vous me parlez, je devine que vous êtes le parrain de la demoiselle,
— Mlle Blanche vous a done parlé de moi ?
— Oui, pour me dire que vous êtes le meilleur des hommes. Au revoir. monsieur Rouvenat, je reviendrai.
Mardoche s'éloigna rapidement.
— Îl ne wa pas reconnu ! fitil, quand il fut sorti de ln cour.
Et il poussa un soupir de soulagement,
Rouvenat le suivit un instant des yeux ; puis passant la main sur son front il murmura : -
—- C'est drôle, ce pauvre homme m'a remué jusqu’au fond du cœur.
Il ventra dans la maison, il monta au premier étage et frappa doucement à la porte de la chambre de Blanche, qui avait été autrefois celle de Lucile.
Un bruit de pas léger se fit entendre à l'intérieur, la porte s'ouvrit et l: jeune fille se montra dans un peignoir de mousseline blanche, Elle venait de se lever.
— Oh ! le joli bouquet ! s'écria-t-elle en sautant au cou de Rouvenat ; tu l'as cueilli pour moi, comme tu es bon !
— Enfant, répondit-il en souriant, tu sais bien que le matin je n’ai pas le
ten} vu h
— | vieux — Rou ==:
brusqu Le \ - À — () —# Tout à ces tête voulus autour ser pent qu'a inc 4 non $s réveilla; Je mc rie, les à DuS reco d'un poi parut, et mort à $
Voila = Ma I prit — Par l'ecoive b — Cer — Etn — Com
sourire fa Je te laise Et Rou La jeun pour en as
vil put, avec bouquet près
* domestique : se présenta
| pipe.
eut un mou-
e un enfant :
» demain,
t en exami-
er près de la avec plaisir tendre, vous
‘eZ Assez bon
lquefois à la
arrain de la
Au revoir,
ur son front
‘ur, doucement à Lucile.
ouvrit et là venait de se
ouvenat ; tu
je nai pas le
temps d'aller au bois chercher le muguet :
vu hier qui vient de t’apporter ce bouquet, —- Mardoche ( — Oui, Mardoche.
Est-ce qu'il est en bas ?
— [ua pas voulu attendre, il est parti, — Muis il reviendra 7 [line l'a dit. Tu t'intéresses donc bien à ce pauvre homme ? 00 beaucoup, Hier, toute la journée Jai pensé à lui, et cette nuit, il Sest trouvé dans un vilain rêve que j'ai fuit, — Tu fais done quelquefois de vilains rèves — Mais non, Parrain, et pour cause, — Pour cause ?
c'est le vieux mendiant que tu à
, Ina chérie ?
Oui, je ne rêve presque jamais, — Entin, la nuit dernière tu as e vieux mendiant Jouait un rôle, — Oui,
u un rêve, un vilain reve, dans lequel le
Rouvenat eut un regard de colère, — Est-ce que, dans ton prusquement,
Le visage de la jeune fille S'éclaira et son front parut rayonnant,
- Non, répondit-elle, au contraire, Veux-tu que je te raconte mon rêve ?
— Oui, raconte.
= Eh bien, je me trouvais au bord de la rivière occupée à cueillir des fleurs, lout à coup, je vis sortir de terre et se dresser, menaçantes autour de moi, des têtes hideuses de serpents, Saisie d'épouvante, Je jetai un grand cri et je voulus me sauver, [mpossible : les queues des horribles reptiles s'étaient liées tutour de mes jambes et retenaient mes pieds attachés au sol, Les corps des ser pents S'allongeaient et, toutes ensemble, les têtes montaient, montaient jus qu'a mon visage, Je me vis Pere, Mais, soudain, le vieux mendiant aecourut ‘non secours et, à grands coups de bâton, frappa toutes les têtes. ., Je me réveillai, les serpents avaient disparu, j'étais das mon lit,
Je me rendormis bientôt; pau rain, c'est toi que je vis, marchant dans la prai rie, les mains derrière le dos, conne c'est ton habitude, Un homme, que je ne Dus reconnaître, S'avança traîtreusement derrière toi, et leva son bras armé d'un poignard pour te frapper, I] n’en eut pas le temps: le vieux Mardoche
Parut, et d'un coup de son terrible bâton, il étendit Je méchant homme raide Mort a ses pieds,
rêve, cet homme te faisait du mal ? demanda:t:il
Voila mon rêve, parrain : il est assez laid, n'est-ce pas ? -— Ma foi, oui, et il est heureux que tu ne rêves pas souvent. I prit la jolie tête de la jeune fille et la baisa au front, — Parrain, reprit-elle, quand le vieux mendiant viendra, il faudra qu'on le retoive bien, — Certainement, puisqu'il est ton protéwé, — Et mon ami ; il wa dit que je lui porterais bonheur ! — Comme tu portes bonheur 4 tous Ceux qui ’approchent, ma chérie : ton “ourire fait naître la joie : quant au bonheur, « Je te laisse t'habiller, à tout à l'heure.
Et Rouvenat sortit de la chambre, La jeune fille regarda un instant le pour en aspirer le parfum.
‘est ton regard qui le donne.
bouquet, puis l'approcha de son visage
Pauvre Murdoche,/murmurat-elle, il a pensé à moi... Lui ni je donc déja porté bonheur ?
Elle mit le bouquet de muguet dans un vase de porcelaine inagce, retnpli
d'eau, et le pluca bien on vue sur le marbre de la cheminée,
Elle
— Elle —() Depuis
{ inuis, { ui monde