‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 30 sur 109 · IV-—LA MASURE · texte numérisé non relu

IV-—LA MASURE

Le vieux mendiant s'était remis en marche, et suivant le cours de l'eau, : descendait lentement vers Civry, s'appuyant sur son bâton.

Il pensait à Blanche et rétléchissait. :

— Non, c'est impossible ! s'écria--il en s'arrétant brusquement, cette eluiu mante enfant que je viens de quitter ne peut pas être la fille de M. Mellic: Elle va avoir dix-neuf ans, m'a-t-elle dit: or, il y a dix-neuf ans, M. Melliu veuf depuis longtemps, n'était pas remarié,

Non, non, elle n'est pas sa fille. Pourtant, elle l'appelle son père. Pierre Ro venat est son parrain. Ne serait-elle pas plutôt la fille de Lucile Mellier ? inère est morte en lui donnant le jour, c'est du moins ce qu'on lui à dit, et RS Lucile a disparu ; il est évident qu'on lui a caché une partie de la vérité, Allons il n'y à pas à en douter, elle est bien la fille de Lucile... Et Lucile est morte:

Il continua son chemin d'un pas un peu plus pressé. Cependant, après avoi fait environ deux cents pas, il s'arrêta encore, On aurait dit que, touchant a but de son voyage, il avait peur d'arriver trop tôt. Quelque chose d'inquiet, de troublé, d'hésitant, passait dans son regard. TT était en vue du village de Civix, dont un rideau de peupliers lui cachait les maisons : mais, au-dessus des pan ches verts des grands arbre, la flèche du clocher surmontée du coq traditionnel

se dressait mujestueusement vers le ciel bleu, PE Tous ses membres tremblèrent, sa respiration devint plus difticile, et il “à eut dans sa gorge comme un sanglot étouffé. l

Au bout d'un instant, comme si, ayant honte de sa faiblesse, il eût pris ser dain une résolution énergique, il rejeta sa tête en arrière par un brusque mot: vement, ses yeux étincelèrent et il reprit su marche, cette fois d’un pas rapide

Il atteignit bientôt les premières maisons du village, Des paysans, debout sur le seuil de la porte, le regardaient curieusement, Sans se préoccuper de regards plus ou moins bienveillants qui se fixaient sur lui, ilavançnet traver le village sans regarder ni à droite ni à gauche,

Quand il s'arrêta il était à l'autre extrémité de Cry devant la maison ol plutôt de ce qui restait de la maison où demeurait autrefois Jean Renaud ! tueur de loups.

Son bâton s’échappa de sa main et !l resta un instant immobile, les Yeux tixes, les bras bullants, comme pétritié.

Il était en présence d’une ruine, d’un monceau de décombres,

Quelques mois apiès la mort de Geneviève, Pierre Rouvenat, agissant al nom de sa filleule mineure, avait fat vendre tous les objets mobiliers que cor tenait la maison, puis celle-ci fut immédiatement mise eu vente, Aucun acatts

11471 reur ne se présenta Vainement, tous les trois mois, on baissa suecessivemeit 1 mise à prix, :: sonne ne voulait de cette maison où était morte Genevieit et qui avait servi d'abri à un assassin. Il y a encore dans les campagnes da superstitions fortement enracinées et beaucoup de gens qui croient aux app ritions de fantômes et au mauvais oil.

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Il tomba comme un € Il resta | étranges, —Oh!; El rentra nôtre, Soudain, Mena lenten bras tendu, — C’est là Nans s'arr — C'est b Il regarda

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LA MALÉDICTION D'UN pire Brei, la maison, décidément invendable, resta inhabitée més, et Rouvenat lui-même ne S'en occupa plus. Avec le temps, la pluie fit tomber Je crépi des murs qui se lézordèrent : grands vents d'orage, la gelée et la neige continucrent l'œuvre de « 2 la maison, d'ailleurs, n'était pas très solidement construite, Un jour Ja toiture s’effondra ; alors un mur pence «lehors, et l'année Suivante, dans une nuit de tempête, toute la partie Subérienre de l'habitation S'écroula, un mur entraînant les poutres et les planches, laut: emplissant de | *erres le vide à l'intérieur de la inasure, Et depuis, nul n'avait seulement songé à touche r solives noires qui se Mmontraient au milieu des pierr

D «quelles Poussaient les orties et grinipaient les ronces. Le mendiant regarda

autour de lui avec effarement, I] ne vit Personne, Alcrs il marcha vers la ruire et, len‘ement, la tête baissée, il en fit le tour, Ce qui restait encore des volets n'était plus que du bois pourri, Les croisées, aux vitres brisées, se trouvaient dans le même état. Par l’une des deux fenêtres, celle de derrière, qui ouvrait sur les champs, il plongea son regard à l’intérieur : comme autour des murs à demi-renversés, il vit des pierres, des plâtras, des plan- È «es brisées.

avec ses Volets fer.

les lévastation ;

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aux planches brisées, aux es amoncelées parmi les-

Un sourd gémisseme

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nt S'échappa de sa Poitrine, ain que nul ne l'observ 4 croisée à s'ouvrir, Pénétra dans la masur Pour entrer dans l'autre chambre, il dut dé et de plâtras qui barricadaient ]

[l vit, comn:: à côté, des d

Une fois encore il regarda ait, il monta sur ja fenêtre, d'un *e et marcha tourner une 4 porte, Qu'espérait.il !

écombres entassés, la dévas- [tomba sur ses genoux et, comme un enfant.

[l resta longtemps FR ctrances, — Oh!

[lrentr lnêtre,

la tête dans ses mains, il pleura, il sanglot:

ainsi. A la fin, il se leva, Nor regard avait des lueurs il faut que je sache tout

» Murmura-t1l, tout !

à dans l'autre pièce atin

de Sortir, comme il était entré, par la fe.

Soudain, il tressaillit et son cor mena lentement autour de bras tendu, regard

r — C'est là !

Œ Sans S'arrôter plus longtemps, il sortit de ]

— C'est bien, quand 1] le faudra Je reviendrai.

L Il regarda le ciel, poussa un Soupir et s'éloigna l'intention ‘le sevenir au milieu du village, Cette fois, il levait la tête, regardait, et, au lieu de marcher sur la route, il passait tout près des maisons,

I n'alla pas bien loin, I] vit une porte ouverte et une vieille dans la Maison, filant sa quenouille, I] entra,

La charité, sil Vous plaît, ma bonne dame,

et chevrotante APE SaVent prendre les mendiants.

La vieille leva la tête, le rouet cessa de tourner.

— Eh ! pauvre homme, fit-elle, vous vous adressez bien mal, je ne peux rien vous donner ; je suis peut-être plus vieille que Vous et j'ai bien du mal à gagner le pain que je mendie : mais,

Dieu merci, il y a dans le pays des gens rlus riches que moi ÿ Vous ne frapperez pas inutilement à leur porte,

ps vouté Parut se redresser.

lui, pendant qu'ii ant en bas, il prononce

Sa vue se profaisait un calcul mental. Puis, le 4 ces mots :

à Masure en disant :

des ruines avec

femme seule

dit-il de cette Voix dolente

— Je tombe de fatigue, reprit le mendiant, voulez-vous me permettre de n'asseoir et de me reposer un instant sous votre toit ?

-- ('a, mon pauvre homme, il faudrait que je fusse une bien méchante femme pour vous le refuser, Voilà un escubeau, asseyez-vous,

Il s’assit. La roue du rouet se remit à tourner.

Mais le bruit de cette petite machine, que le pied fait mouvoir, est assez doux et n'empêche nullement la personne qui s'en sert de causer.

— Vous avez l'air bien vieux, quel âge avez-vous ? demanda la fileuse,

— Je suis si vieux, en effet, que vraiment je ne sais plus mon âge, répondit-il.

— Est-ce que vous êtes des environs ?

— Non, ma bonne dame, je ne suis pas de ces pays-ci.

— Ni ce n’est pas le hasard qui vous amène chez nous, c'est donc que vous y venez par affaire ?

— Oh! mon Dieu, non mais je vas vous dire: Quand on est vieux et mi- sou vie sérable comme moi, qu'on à encore des jambes pour marcher et qu'on vitgrâce RR rappe à la charité des bonnes âmes, tous les pays sont à soi, et l’on s'en va à l'aven- pour « ture, sans savoir où, à la garde de Dieu. Les

— Vous n'avez donc pas de famille ? (

— Je n’ai pas de famille, Cependant, je me suis acheminé vers ce pays de marié, la Comté avec l'espoir d'y retrouver quelqu'un, un ancien camarade, un ami. 4 Si j'ai bien compris ce qu'on m'a dit à Frémicourt, où je suis passé ce matin, nète, 1 le nom de ce village est Civry ?

— Oui, mon brave homme, vous êtes à Civry.

— Cet ancien camarade, dont je viens de vous par! était de Civry.

— Ah!

— Il faut vous dire que j'ai été soldat, en Afrique, - Ah! il y a longtemps de ça, — Je suis un de ceux qus ont pris le fameux chef arabe Abdel-Kader. C’est en Afrique, au régiment, que nous nous sommes connus. Un jour il m'a sauvé la vie, un peu plus tard ce fut mon tour d'empêcher un bédouin de lui couper la tête, Après ça, voyez-vous, on devient frères. Voila ce que nous étions lorsque nous nous sommes séparés ; depuis, nous ne nous sommes jamais revus. Et je suis venu jusqu'ici, bien sûr que, si mon vieux camarade de guerre existe encore, il me donnera un petit coin dans sa maison, une petite place à sa table,

— Comment l’appelez-vous votre ancien amT?

— Jean Renaud.

La quenouille tomba sur les genoux de la vieille femme,

— Bienheureuse Sainte-Anne, exclami-t-elle,

— Qu'avez-vous done, ma bonne dame ?

— Quel nom vient de sortir de votre bouche ?

— Eh bien, le nom de mon vieux camarade, Jean Renaud.

La vieille femme se signa comme pour conjurer un danger imaginaire, puis d’une voix lente et grave :

— Vous.avez fait un voyage bien inutile, mon pauvre homme, dit-elle ; vous ne trouverez pas celui que vous venez chercher ; il n’y a plus de Jean Renaud.

— Mon Dieu, il est mort !

—- Probablement.

— Pourquoi dites-vous probablement ?

— Parce que, moi, je ne sais pas ce qui se passe là-bas, Jean Renaud est aux galères,

— Aux gaicres !

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y a longtemps * Abdel-Kader.

Un jour il wa bédouin de lui ilà ce que nous sommes jamais rade de guerre petite place à

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, dit-elle ; vous Jean Renaud.

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né un homme afin de le voler,

— Oui, aux galères Pour avoir assassi

— Jean Renaud un voleur! Jean R impossible ! Moi, qui l'ai connu, je ne croirai Jamais cela,

— C'est pourtant la vérité, mon cher homme, à preuve que l’homme assassiné est enterré dans le cimetière de Frémicourt, et que Jean Renaud à été arrêté, jugé et condamné,

— Aux galères !

—- À perpétuité,

— Ah! le malheureux

Oui, vous pouvez dire le malheurex et aussi le misérable! .,, C'était ln nuit, sur la route où vous êtes passé en venant de Civry, Jean Renaud attendir l'homme et il l'a tué roide d’un coup de fusil. Tout cela est bien oublié aujourd’hui, et c’est à peine si à Civry, comme à Frémicourt et ailleurs, on se souvient de Jean Renaud l'assassin: oire bonne, je me rappelle tout, Et Puis, je n'ai aucune avais de l'amitié Pour sa femme.

Les yeux du mendiant étincelérent.

— C'est vrai, fitil avec un tremblement dans ] marié,

Mais, moi, Jai la mém raison de le cacher, j

à Voix, Jean Renaud était — Avec une bonne femme, on peut le dire, L nète, laborieuse, économe, elle peu, — Est-ce qu’elle demeure toujours à Civry ?

— Qui! Geneviève ?

— Oui, Geneviève, la feme de Jean Renaud.

La vieille femme secoua la tête, — Geneviève est morte,"dit-elle tristement., Le mendianc se dressa sur ses Jambes e sur son siège en répétant d’un VOIX étrai — Morte ! morte !.…

V—ou MARDOCHE

a Geneviève était sage, honaimait beaucoup son Mari, qui le méritait si

n jetant un cri et retomba aussitôt iglée :

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