‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 40 sur 109 · XII—LA RENCONTRE · texte numérisé non relu

XII—LA RENCONTRE

Pierre Rouvenat ramenait à l'hôtel B] : voir encore une où deux personnes dans la ville, il sortit seul. La scène de la femme sauvage l'avait vivement impressionné, Il sentait encore peser sur lui le regard étincelant de cette céx'ure étrange, Cependant il ne lui vint point à la pensée que cette malheureuse pouvait être Lucile Mellier, la fille maudite,

Si quelqu'un le lui eût dit, peut être n'aurait-il pas voulu le croire, Comment supposer, en effet, que Lucile eût pu tomber dans une situation aussi misé able, aussi douloureuse ?

Croquefer ontinua toute la soirée, nuit, les représentations de Vieror (2 plus de la femme sauvage, Celle-ci,

anche et sa compagne : puis, ayant à

et jusqu'à une heure assez avancee de la 4 l'Enfant de la forét : mais ii ne parla profitant du désarroi jeté parmi les saltimbanques par son refus de jouer son rôle, s'était lestement dépouillée de son costume de sauvage Pour reprendre ses êtements ordinaires et avait pris la fuite.

Quand Croquefer songe à elle pour une nouvelle présentation au publie, il était trop tard ; sa femme Sauvage avait déja quitté la ville,

L'auberge où Rouvenat avait laissé Blanche était pleine de monde, Dans les trois grandes salles dastiné

es au public, les buveurs entouraient toutes les tables chargées de verres et de bouteilles. C'étaient des cris, des chants, un brouhaha à faire frémir.

— Je suis obligée de vous laisser seule un instant, dit la tille de l'aubergiste à Blanche ; ma mère et les servantes ne savent où donner de la tête, il faut que j'aide à servir, Mais comme vous ne seriez pas bien au milieu de tout ce monde, venez par ici,

Elle ouvrit une porte et fit entrer Blanche dans un petit salon réservé, où il n'y avait qu'un voyageur, Cet homme, les coudes appuyés sur une table et la tête dans ses mains Paraissait réfléchir profondément. Cependant, au bruit que fit la porte en s’ouvrant, il leva ln tête et salua les deux jeunes fille, Elles lui rendirent son salut.

La fille de l’aubergiste ouvrit une petite ar: livre,

— Tenez, dit-elle en le mettant dans la main de Blancue Comme cela, vous trouverez le temps moins long,

— Oh! je ne crains pas de m’ennuyer, je ne m'ennuie Mon parrain ne tardera pas à revenir.

La fille de l'aubergiste sor livre, À l'autre extrémité de la salle, le voyageur ét avait déjà oublié qu'il n’état pas seul, Au bout d'un instant, clef et ouvrit une énorme avec d’autres moins

noire dans liquelle elle prit un » Vous pourrez lire ; Junais ; d'ailleurs, tit. Blanche s'assit près de ]

a fenêtre et ouvrit le

ait retombé dans ses réflexions.

il se leva brusquement, tira de caisse en bois, recouverte de grandes, dans un coin de la salle.

I sortit de Ia caisse deux marionnettes habillées, avec une joie d'enfant, Ses yeux pétillaient, son nains passées sous les costumes, il faisait salue figurines, Blanche lisait :

— Bonjour Polichinelle, bonjour Rigolo, dit-il avec tendresse ; Voyons, est-ce que vous n'allez pas remercier papa de vous avoir réveillés ?

sa poche une petite cuir, qui était placée,

qu'il se mit à contempler visage était rayonnant, Ses r, tourner et danser les deux

fl fs

PÈRE

Trois fois de suite, les deux têtes de bois s'inclinèrent pour témoigner leur

satisfaction, — Allons, allons, c'est assez... Maintenant causez un peu. Vite un petit

dialogue pour égayer le bon papa Rigolo.

Polichinelle se redressu et, le buste en arrière, lança les notes les plus aiguës de son sifflement piii, psieu, brer, crrr, brrr, brtr.

La jeune fille, surprise par ce bruit singulier, qui n’initait aucun des sons qui jusqu'alors avaient frappé son oreille, leva la tête et regarda curieusement.

La voix flûtée et railleuse du petit Rizolo, se fit entendre ;

— Polichinelle, mon ami, disait il, il me semble que tu as attrapé froid la nuit dernière, tes souliers percés ont pris l’eau.

Et, Rigolo, riant aux éclats, se démenait comme un possédé.

Polichi le, dodelinant de a tête, lâcha encore ses fameux :

— Pourrais-t 1 nous dire où nous sommes ici ? reprit Rigolo ; j'ai beau écarquiller les yeux, je ne vois rien qui ressemble à mes grands arbres des

berr, brrr, crrr.

Champs-Elysées.

— Tu es où il faut que tu sois, répliqua Polichinelle avec importance ; ne sois pas curieux et tâche de te bien tenir.

— Parbleu ! tu parles à ton aise ; tous les pays te sont bons, à toi, vieux coureur ; tu tiens à rouler ta bosse partout. Moi, je suis un gamin de Paris, et je ne me trouve bien que dans mon joli petit théâtre du carré Marigny.

— Rigolo, mon ami, tu n'es qu'un imbéeile,

-— Ah! vraiment, riposta le gamin furieux ; eh bien, voilà pour t'apprendre à choisir tes expressions.

Et vlan, un coup de poing sur la bosse de polichinelle,

— Ah! ah! fit celui-ci, il m: semble que tu me manques de respect, à moi, ton aîné... On voit bien que je ne tiens pas mon bâton, mais attends, attends..,

Il eut l'air de chercher autour de lui; puis tombant à bras raccourci sur

Rogolo, il lui administra une merveilleuse volée declaques et de coups de poings.

La jeune fille ne put rester sérieuse plus longtemps ; elle partit d'un joyeux éclat de rire,

Rappelé subitement à lui-même, l’homm les yeux comme un enfant pris en faute.

— Oh ! excusez-moi, je vous demande pardon, mademoiselle, dit-il humblement ; je n'ai plus pensé que vous étiez là, je me suis oublié, pardonnez-moi.

— Mais vous ne m'avez pas offensé, monsieur, répondit la jeune fille; je prenais même beaucoup de plaisir à vous enteudre et à voir vos marionnettes s'animer et vivre dans vos mains; ce serait peut-être à moi de m'excuser de vous avoir interrompu, mais je n'ai pu m'empêcher de rire... C'était si drôle !

— Je suis un vieux fou, n'est-ce pas ? Je m'amuse avec mes poupées comme le ferait une petite fille. Que vouiez-vous ? En vieillissant, on redevient enfant, et puis, je les aime, mes chères marionnettes, je ne puis me passer de les voir, de les faire parler Nous sommes de vieux amis ; c'est un peu pour elles que je vis, et, depuis des années, ce sont elles qui m'ont fait vivre, ce sont elles qui We feront vivre encore, Je l'espère, Quand je suis contrarie, quand il me vient des pensées tristes, je les regarde, ça n'égaye, j'oublieet je suis content, Il y a des gens qui ne comprennent pas cela, ils me trouvent ridicule, Cela m'est égal: je ne m'inquiète ni de ce qu'on pue ni de ce qu'on dit ; je ne tiens pas

à expliquer pourquoi j'ai presque de l'amour pour mes mar ionnettes ; on ne ruconte pas son histoire à tout le monde,

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LA MALÉDICTION D'UN père 123 Ces singulières paroles impressi É | ù chier à s'en expli $ Impressionnerent vivement la jeune fille, Sans cher ë à à ap |: 1e ? 4 — Vous n P Bi la raison, l’homme aux marionnettes l’intéressait *, Mme faites regretter de vous avoir déranvé lui di je ne angé, lui dit-elle; je vous en RATES itinuez et agissez comme si vous étiez seul | NON, non, c'est assez pour au; ‘hui i le et St assez pour : î ; Polichine i tu I aujourd'hui ; Polichinelle et Rigolo vont aller Il replaça ses ses deux acteurs favori Î C X ac S Iavoris dans Î: t fit retoi a ris dans la boîte et fit retomber le couvercle ere Si j'ai bien compris ; i À S ce qua dit M. Rio eprit Bl i 0 1 [L Rigolo, reprit Blanche en souriant, — Oui, mad Ï j i » Mademoiselle, je suis arrivé ici i à » JE SUIS arrivé ici il y a deux heures ven: aris D Ed 0 X heures venant de Paris.

— Mon Dieu ji is ee Dieu, non, j'ienorais mê il y eût foi ‘hui Fe » JISnoraus même qu'il y eût foire aujourd'hui dans cette La jeune fille n° ille n'eut pas le s d’ À Tu boite dû out pas HA d'adresser à Greluche une nouvelle question A Si Souvrit et un jeune } ue DA os ] > homme entra, d'œil, Blanche rem: il était ; anche remarqu: ‘te > à lé vétu et d’une tournure distine Role de il EE jeune, grand, “légemment ne istingnée, Elle vit aussi qu'il avait les cheveux noirs br . le front large et bien découvert, de grands yeux à Li nee le et be quoique extrêmement pâle, une physionomie : » meilleurs sentiments À : i | hs ents de l’âme et du cœur et appelait la sympa. Déjà ému i L e et attendrie, Bl: 5 i k é Perse , Blanche se trouv: 2e ans iti d'esprit, qui allait faire naître, de l’exam . er ne Le » de l'examen auquel elle se livrait innoc See sérieux pour son cœur os lais on ne lui avait : 1 Mai: € IUT AValt Jamais appris à s l : Jamais appris à se contre e et à se défier i pressions tououts true Bit 15 à se contraindre et à se défier de ses imouverts pour admirer : 2 "70 Setalt épanouie en pleine liberté, les yeux ‘ = i 2 la nature to entière et le cœur ouv Ï ma ps tout entière et le cœur ouvert aussi pour tout N'ayant pas près d' L 1S )res » À a] S % a 1 4 4 . us Es ei cs une mére pour lui révéler graduellement la raison ce qu'elle tt de 7 é AVAL appris par intuition féminine À peu près tout s à € J ù j : à t 1 ] Re € ne de la vie, Rouvenat AVat assisté, spectateur passif et 18 PUte eClosion charmante, aui à peu, fait sorti l'un ni ! » QUI, peu à peu, fait sortir une femme d’une Blanche, suiv j uivant ‘s les : i ke éhdre coinpt toujours les impulsions de son cœur, ne cherchait point à , SE ot $ n , . > à 41 leurs, ne ut ( A en elle éprouvait : elle s'y abandonnait. D'ail S, ass; > ce qui est bi | ; nie vi que ce Au? est bien, et trop pure pour concevoir seulement A ie Soupçonnait Pas que cette pensée pûf exister chez les autres : Le Plus que ses lèvres, ne savaient ment’ | :t certes, en recard: ‘6 be: t et se ce beau Jeune homme, peut-être dejà entrevu dans cœur ne sut Done el pas qu elle commettait une imprudence, Son sensation délicieus: RE DL porte il battait doucement et recevait une use, Non, Blanche ne fut i "Év | ee ME ; point prévenue par son cœur ut, er lui crier : Prends garde !

Le Ualit, apres avoir refermé la ne i :

ne aux mario re Loir refermé la porte, le jeune homme s'avanca vers l’homes arionc de qui l’interrogeait du regard avec anxiété : — Rien rien, il d sespéré : je n'ai été | he je il d un ton désespéré ‘ Je n'ai pas été plus heureux que toi... être sbligéels Pauvre mère est morte! Avoir eu un moment d'espoir et nur OA “otre cest cruel !... On a cherché dans les anciens regis. Le S€ S 4 : * 1] r L ï " i | * malheureuse ss Pouvoir trouver aucune inscription se rapportant à ma $ ‘est rs Poir d 1 “ °? esta croire qu'un oubli déplorable et inexplicable à été

fait. J'ai interrogé tout le monde ; mais le personnel à été renouvelé pluieurs fois : ils ne savent rien... tant d'années se sont écoulées depuis! Maintenant, je me sens profondément découragé, et je me demande si je dois me livrer à des recherches qui, je le pressens, n'auront aucun résultat, Je me suis mis à ln poursuite d’une chimère, et j'ai encore le regret de t'avoir entraîné à partager ma folie,

— Tu sais bien que, tout Ge que tu veux, je le veux, répondit Greluche : pur tout où tu iras, j'irai, à moins que tu ne me dises : Je n'ai pas besoin de toi. Je mets ma joie à t'obér ; il n'y a que si tu m'rdonnais de cesser de t'aimer et de me dévouer pour toi que je te répondrais : Non, c'est impossible !.,, Va, le pauvre Greluche n'a qu'un chagrin, celui de ne bouvoir te donner le bonheur.

— Ah! je n'ai que toi seul au monde! s'écria le jeune homme,

['appuya sa tête sur l'épaule du vieillard, et un sanglot déchirant s'échappa de sa poitrine,

Ce qui venait d'être dit était assez incompréhensible pour Blanche : elle ne comprit qu'une chose c'est que le jeune homme n'avait plus de mère et qu'il était malheureux,

Nature essentiellement sensible, elle prit aussitôt part à son chagrin. Des larmes qu'elle ne put retenir jaillirent de ses yeux et coulèrent lentement sur ses joues.

Toutefois, elle sentit qu'elle n'avait pas le droit de surprendre les secrets de ces deux inconnus et la discrétion et les convenances lui faisaient un devoir de se retirer,

Sans bruit, elle se dirigea vers la porte avec l'intention de sortir,

Mais Edmond l'aperçut et se tourna vivement vers elle, Elle s'arrêta toute tremblante, Le jeune homme resta immobile, comme en extase, Il se disait, sans doute, que jamais une figure aussi charmante, aussi gracieuse, aussi suave ne s'était offerte à sa vue, Et il la contemplait avec une admiration croissante, un délicieux ravissement,.

Il vit ses yeux mouillés de larmes,

— Mademoiselle, lui dit il, vous pleurez.. ,

— Oui, répondit-elle d'une voix émue, je pleure, parce que je vous ai entendu parler de votre mère qui n'est plus.

— Quoi ! s'écria-t il enivré, c'est moi qui ai fait couler ces belles larmes

Et la lumière de son regard irradié enveloppa la jeune fille,

Une rougeur subite colora ses joues et, troublée, elle baissa les yeux.

— Ainsi, reprit Edmond avec enthousiasme, vous avez compris que je souffrais et vous avez eu pitié de moi !

Elle releva les yeux sur lui.

— J'ai pensé, répondit-elle d'une voix adorable, que Dieu, dans sa bonté, ne vous abandonnerait pas.

La situation devenait difficile pour tous les deux. Heureusement, la porte s’'ouvrit et la fille de l'aubergiste parut sur le seuil, disant :

— Mademoiselle Blanche, votre parrain est revenu, il vous attend pour diner,

La jeune fille adressa de la tête un salut aux deux voyageurs et sortit,

— Blanche, elle s'appelle Blanche ! murmura Edmond, comme se parlant à lui-même,

Puis se tournant vers Greluche, le visage rayonnant :

—Je me reprends à espérer, dit-il, puisqu'il y a encore des anges sur la terre,

Une heure après comme Rouvenat et Blanche sortaient de l’auberge -pour monter en voiture, ils rencontrèrent Edmond qui les sulua,

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La jeune fille répondit par un Mouvement de tête, — Blanche, est-ce que TU connais ce jeune homme ? — Non, mais tantôt le hasard nous “changé quelques paroles, Rouvenat se re

a fait nous rencontrer et nous avons

tourna pour jeter encore un regard sur Edmond. — Il est fort bien, ce Sarçon-là, murmura-t-i], Blanche était devenue pensive,

L'amour, ce Sentiment tout nouve

au pour elle, venait de dans son cœur,

pénétrer en germe

XITIT-Lps CHIENS DE PIERRE

Où dit qu'il y a un Dieu Un pour les amoureux. Les à Vénus.

Quoi qu'il en soit, le Surlendemain de la foire de Gray, c'est-à-dire le samedi, Edmond, conduit par le hasard, arrivait à Saint-Lrun, vers deux heures de l'après-midi, se lapprochant, sans s’en douter, de Blanche qu'il n’espérait plus revoir,

I avait laissé Cire d'un poids léger, c

Sur le conseil

pour les ivrognes : on peut

dire aussi qu'il yena anciens le croyaient lor

squ'ils élevaient des temples

luche à Gray, 0cCupé à faire construir omiode à transporter et facile du conducteur de ln voitur terre devant une auberge Sur la façade de la maison, nouvellement bI

lettres noires : Berteaux, aubergiste. Loge à pied et à cheval. La à

Seigne était reproduite sur l’un des côtés d’une plaque de tôle, qui grinçait au ‘ent pendue à une potence. Sur l’autre côté un peintre du pays avait peint de son mieux, et avec plus de bonne volonté que de talent, deux chiens blancs.

Le jeune homme marcha vers la porte de l'auberge, sur le seuil de laquelle un homme, son bonnet de coton à la main, semblait lui souhaiter la bienvenue. Mais, soudain, Edmond tressaillit et s'arrêta brusquement, les yeux grands ouverts, fixés sur les deux gros chiens de pierre, couchés à plat ventre, de cha.

ter pour entrer dans la maison.

que côté des marches qu'il fallait n

Sa physionomie eXprimait en même temps la surprise et la Stupéfaction, Il porta ses deux mains à son front, cherchant à saisir un souvenir y fus. Bien que sa mémoire ne lui rappelât rien d’exac ce n'était pas la première fois qu'il voyait ces deu icrement la tête et avaient l'air de le regarder...

Un travail rapide se fit dans sa pensée, et il conclu il était vens à Saint-Trun avec sa mère.

J iste effleura ses lèvres,

‘e Un nouveau théâtre à installer,

e publique, Edmond mit pied à

anchie, il lut ces mots en grosses

nême en-

ague et cont, il n’en pouvait douter, X animaux, qui dressaient

t que, dans son enfance, Un sourire doux et tr grimpa lestement l'escalier de pierre et entra dans la maison,

— Monsieur veut déjeuner ? lui dit l’aubergiste, Que faut-il lui servir ?

— Tout à l'heure, répondit-il : est-ce vous qui êtes le maître de cet hôtel] ? — Oui, monsieur, et Je me nomme Bertaux, comme mon oncle, monsieur, un bien honnête homme dont je suis le successeur,

— Eh bien, monsieur Bertaux, si vous pouviez disposer serait agréable de causer avec vous.

—- ve Suis à vos ordres, répondit l'aube Ds entrérent dans une petite pièce,

puis, rejetant sa tête en arricre,

d'un moment il me

rgiste avec empressement.

qui servait de bureau.

126 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE — Monsieur, je suis prêt à vous écouter, dit Bertaux, indiquant yn fauteuil à son client, et s'asseyant lui-même sur une chaise,

__ Vous m'avez dit tout à l'heure que vous aviez succédé à M. Bertaux. votre oncle, y a-t-il longtemps de cela ?

— Oui, monsieur, environ quinze ans.

— En ce cas, vous allez pouvoir, peut-être, répondre à mes questions, au sujet d'un fait qui m'intéresse vivement.

__Je vous assure d'avance que j'ai le désir de vous obliger.

Ce sont vos sonvenirs, surtout, que je vais interroger ; vous rappelez-vous avoir logé chez vous, il y a eu treize ans au mois de décembre dernier, un femme avec son enfant ?

__ Nous logeons ici beaucoup de voyageurs, fit l'aubergiste en souriant, Ce pendant, attendez...il me semble que je me souviens, C'était au mois de décembre une jeune femme, un jeune enfant, qui pouvait avoir quatre ou cinq ans. Elle à quitté l'hôtel le soir, il faisait nuit, un froid de loup; j'ai voulu l'empêcher, impos sible ; elle est partie quand même, Oh! maintenant je me rappelle très-bien : l'enfant, un petit diable, — c'était un garçon, — montait à cheval sur les chiens de pierre qui sont devant la porte ; je dus même me fâcher pour le faire finir, car j'avais peur qu'il ne se cassât un membre en tombant.

Edmond écoutait avidement, la poitrine oppressée.

—Sont:ils restés longtemps chez vous ? demanda:t il.

— Non, quatre ou einq jours, je ne sais pas au juste. La dame avait pris un chambre au premier, celle qui se trouve au-dessus de cette pièce,

— Est-ce que cette chambre est libre ?

— Oui, pour le moment.

Mon intention étant de passer quelques jours à Saint-Trun, si vous le vou lez bien, monsieur Bertaux, je vous loue cette chambre pour un mois.

—Je puis vous en offrir une plus jolie.

— Non, non, c’est celle-là que je veux.

C’est bien, je comprends ; vous connaissez la dame en question.

Le jeune homme poussa un soupir.

__ Hélas! dit-il d'un ton douloureux, je lai connue, en effet, mais trop peu... D'ailleurs, je n’ai pas à vous en faire un mystère, monsieur Bertaux, je suis son fils ; je suis cet enfant, ce petit diable, qui montait à cheval sur vos chiens de pierre au risque de se casser le cou.

— Quoi ! c’est vous, s'écria l’aubergiste ébahi. Tout de même, en vous regardant bien, il me semble que je vous reconnais.

Le jeune homme ébaucha un sourire.

— Cela prouve que vous êtes bon physionomiste, monsieur Bertaux, dit il, et combien votre mémoire est excellente. Vous allez pouvoir me dire, sans doute, si je ressemble à ma mére,

>ertaux se gratta le bout du nez,

On se ressemble de plus loin, dit-il, croyant donner satisfaction au jeune homme par cette réponse évasive.

— Assurément, reprit Edmoad, mais je serais bien aise de savoir...

— Mon Dieu, je ne saurais dire... il y a si longtemps... Et puis, tous les jours, nous voyons ici de nouvelles figures. Pourtant, je me rappelle qu'elle avait de beaux cheveux noirs comme les vôtres. Elle était pâle, maigre et d’une tristesse... Tenez, il me semble que je la vois encore : grande, fière, le regard

clair, brillant, profond, les lèvres pâles, sans sourire, avec cela une voix douce,

É sur't ! votr Î

Ê Le ! yeux | lières j reine ñ et ho ; je 4 séJou ; la pe

recue

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pauvr inère,

existe, vous v

| La ° — Je ; de très- — D avec me Il pe dit tout — P:

bablem Puis — El sex Nc elle ne «€ viens en ici un he Une r — Ou Il m'a pi I] se l ses main:

— Rie r1en ; Je Veau, pui.

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à M. Bertaux.

questions, {iv

s rappelez-vous e dernier, un

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rtaux, dit il, et ire, sans doute,

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LA MALÉDICTION D'UN père surtout quand elle vous parlait. , Non, Je n9 puis dire que vous ressemblez à votre mère ; mais c'était une belle personne, monsieur, une belle femme !

Le jeune homme était vivement ému, de grosses larmes roulaient dans ses yeux,

— Monsieur Bertaux, reprit-il, lières,et cependant vous me ré remercie sincèrement :

et honnête homme, e

mes questions doivent vous se pondez, sans même Paraître surpris ; je vous en cela me prouve une chose : c'est que vous êtes un brave t que vous méritez ma confiance, Peu de temps après le séjour de ma mère à Saint-Trun, le lendemain, peut-être, j'ai eu le malheur de la perdre...

— Oh! pauvre jeune homme ! murmura l’'aubergiste

— Un brave homme mr trouvé sur la recueilli et élevé...

— Et c'était au mois de décembre ?

— Oui, au milieu d'une nuit de te

— Ah ! je devine tout, allez. J'avais raison de ne Pas vouloir la lasser partir : pauvre malheureuse femme, je pressentais ce qui est arrivé !

— Aujourd'hui, monsieur Bertaux, j'ignore ncre, et je suis à la recherche de ma famille existe, Jugez de quelle importance pe “ous vous voudrez bien me donner.

— C'est vrai, malheureuseme

— Ainsi, le nom de ma mèr

— Non.

— Vous devez l'avoir écrit sur un livre, un registre quelconque,

— C’est une formalité qu'on néglige souvent : d’ époque n'existent plus depuis longtemps.

— Ne pensez-vous pas qu’elle é

— Je l'ignore absolument. Mai de très-loin,

— De très-loin, répéta Edmond, c’est étrange, Pour avec moi, en hiver, il fallait nécessair

Il pensa aux rouleaux d'or tr dit tout bas :

— lauvre mère ! Elle était v

bablement un héritage. Puis s'adressant à l'aubergiste :

— Elle ne vous à point dit quel était le but de son voyage ? demanda:t-il.

— Non, monsieur, non : votre mère, voyez-vous, n'était Pas communicative, elle ne disait pas ses affaires à tout le monde. Mais attendez donc, je me souviens encore de quelque chose : le lendemain où le surlendemain de son arrivée ici un homme est venu la voir,

Une nouvelle lumière se fit dans les souvenirs confus du jeune homme.

— Oui, oui, s'écria-t-il, je me souviens, un homme est venu voir ma mère ! [m'a pris dans ses bras, il m'a embrassé, il pPleurait, ma mère pleurait aussi.

[ se leva brusquement ot £t le tour de la crambre en pressant sa tête dans ses Mains,

— Rien, murmura-t-il d’une voix brisée, je cherche, je cherche et je ne trouve rien ; Je ne PEUX pas me souvenir !,,, Une clarté soudaine jaillit de mon cer- EAU, puis aussitôt l’ombre revient, s'épaissit, et je me retrouve dans les ténèbres!

— Pauvre garcon ! fit Bertaux,

mbler singu-

avec compassion, route à quelques lieues d'ici : il n'a

mpête et de neige,

jusqu'au nom que portait ma , de mes parents inconnus, s'il en uvent être pour moi les renseignements

nt je ne sais rien.

e ne vous revient pas à la mémoire ?

ailleurs, mes livres de cette

tait des environs de Saint-Trun ?

S je crois me rappeler qu’elle venait de loin,

avoir entrepris ce voyage ‘cuient qu'elle y fut forcée.

ouvés par Greluche dans le sac de cuir et il se

enue chercher cette somme dans ce pays, pro-

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