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— Oh! oui, vous avez raison, pauvre garçon, pauvre fou !
Il se laissa tomber sur son siège avec accublement.
Au bout d’un instant il reprit :
— Cet homme, monsieur Bertuux, cet homme, vous l'avez vu, vous devez le
connaitre ?
— Non, cet homme, un paysan, autant que je puis me rappeler, m'était inconnu.
— Il venait peut-être de loin, lui aussi?
— Je crois, au contraire, qu'il était de nos pays, et même du canton de Saint-Irun, Mais j'étais ici depuis peu de temps et Je ne connaissais pas encore beaucoup de monde,
— Depuis, vous ne l'avez jamais revu?
— Je ne puis répondre ni oui, ni non; je lai peut-être rencontré sans le reconnaître, Prenez un de nos paysans, prenez-en vingt, habillés de la même manière, plus ou moins grands, plus ou moins maigres, osseux et large des épaules, ils se ressemblent tous, c'est toujours le même homme,
Edmond resta un moment silencieux, la tête inclinée, les yeux mouillés de larmes, De tristes pensées l’assiégeaient, Chaque fais qu'il croyait saisir un indice, il lui échappait. Il éprouvait une nouvelle et cruelle déception. En face de l'inconnu, il voyait se dresser devant lui d'insurmontables ditfcultés, et il se demandait avec terreur quelle destinée ‘crait la sienne et si, comme sa imalheureuse mère, il ne succomberait pas sous les coups de la fatalité avant d'arriver au but qu’il voulait atteindre.
Il releva la tête et regarda tristement l’aubergiste.
— Vous n'êtes pas satisfait ? dit celui-ci.
— C'est vrai ; je ne vous en suis pas moins reconnaissant, monsieur Bertaux. Vous m'avez parlé de ma mère, vous m'avez dit qu’elle était belle et qu'elle m'aimait, c'est déjà beaucoup. Merci, merci.
— Je regrette bien de ne pouvoir vous donner de meilleurs renseignements.
— J'aurais encore une question à vous adresser : mais c’est inutile, vous ne pouvez pas me répondre, à
— 1)ites toujours.
— Quand ma mère a quitté votre maison, savez-vous où elle allait ?
— Elle avait probablement l'intention de retourner au pays où elle demeur'alt.
— Soit; mais il est diffile de comprendre pourquoi elle est partie la nuit et à pied.
— Oui, d'autant mieux qu’elle pouvait attendre le lendemain et prendre à huit heures la voiture de Vesoul ou celle de Gray. J'ai supposé qu’elle avait quelqu'un à voir à Frémicourt,
— Frémicourt ?
— Oui; du reste, je me souviens qu’au moment de partir elle m'a prié de lui indiquer le chemin qui conduit à cette commune.
— Frémicourt, répéta Edmond,est-ce loin de Saint-Trun ?
— Deux petites lieues.
— Ceci peut être un renseignement précieux, monsieur Bertaux ; demain j'irai à Frémicourt,