‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 44 sur 109 · AN · texte numérisé non relu

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un vra fer, Qu est inte affaires Pierre — Où O1 heur es —R:

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Rouven — Où ce que F quelqu'r — Ro

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it d’un regard de

pour dîner, anger, où Mellier

grande salle avec il, de ne pas faire aison autre chose enait au Seuillon,

Parisel avec sa

x joues,

s doute que son faire autant,

: pour dissimuler

père Parisel qui, ce qui lui passait montagnes, Du ui ne comprenait à son pere lhon- & se pâmer d’aise,

père Parisel en v fait un joli cou.

he en apparence

avait le besoin de

changement en se sentait vivre, u avec de vastes laient plus à son

cœur le même langage. La verdure, si belle au mois de iuin, réjouissait encore ses yeux, les chants des oiseaux joyeux charmaient encore ses oreilles; mais, en regardant et en écoutant, elle se sentait attendrie et, sans savoir pourquoi, elle pleurait.

Dans sa sollicitude inquiète, Rouvenat avait vu tout cela, mais sans rien deviner encore,

Le père Parisel avait suivi Jacques Mellier dans sa chambre.

— Maintenant, dit le père du beau F ‘ançois, si vous voulez bien, mon cousin, nous allons causer,

— Eh bien, Parisel, causons : qu'avez-vons à me dire? Je pense bien que vous n'êtes pas venu au Seuillon seulement pour voir votre fils. Est-ce que vous avez encore besoin d'argent ?

— Hé! hé! quand on n’est pas riche on en a toujours besoin, Je vous dois déjà une grosse somme, mon excellent cousin ; pourtant, si ça ne vous gêne pas trop, un billet de mille francs me ferait aujourd’hui grand plaisir.

— C’est bien, je vous le donnerai.

— C'est toujours ça d’att rapé, pensa Parisel.. ,

—N'aviez-vous done que cela à me dire? demanda Mellier,

— Cela, je le réservais pour la fin ; c’est vous, mon Cousin, qui m'avez fait commencer par là. Je désire vous parler de François.

— Parlez-moi de François.

— Hein, n'est-ce pas que c’est un gaillard bien bâti ?

— Oui, il est robuste.

— Un roc, cousin Mellier, un vrai roc. Ca vit cent ans des hommes comme

tes-moi, êtes-vous content de lui ?

—C'est à Rouvenat qu'il faut demander cela,

Parisel fit une asstz laide grimace,

— Du reste, reprit-il, je sais ce que vaut mon garçon ; © :t un travailleur, un vrai cheval à la besogne, avec sa pas mal ambitieux et une volonté... de fer, Quand il a dit, je veux ! il faut que çà marche où que ca casse, Enfin, il est intelligent, adroit, capable ; il s'est mis vite au courant des travaux et des affaires de la ferme, et il en sait assez maintenant pour pouvoir remplacer Pierre Rouvenat,

— On ne remplace jamais un homme comme Rouvenat, ilit brièvement Mellier.

——Oh! c'est bien sûr : mais, Vous Savez, nous sommes tous mortels, un malheur est si vite arrivé

—Rouvenat se porte comme un charme, il est solide sur ses jambes et a toujours le bras fort, l'œil bon. Vous pouvez yous rassurer, Parisel, mon vieux Rouvenat n'a pas envie de mourir ; je m'en irai avant lui.

— Oui, mon cousin, mais, vous avez beau dire, Rouvenat vieillit, et, ne seraitce que pour lui-même, pour le seconder, le soulager, il faudrait à la ferme quelqu'un qui partageât son autorité.

— Rouvenat trouve qu'il est suffisamemment secondé ; il a des garçons qui travaillent et sur lesquels il a le droit de compter, car il l:s choisit lui-même, Je parle de votre fils comme des autres, Parisel,

— Oui, j'entends ; pourtant, F rançois est ici un peu plus que les autres. M. Rouvenat ne peut pas empêcher qu’il ne soit votre parent, cousin Mellier.

— Sans doute, et je suis certain qu'il ne l’oublie pas,

—Soit. Mais je reviens à mon idée : je dis donc, et il y aurait avantage pour tout le monde, qu'il serait nécessaire de confier à François une partie de la direction de la ferme,

RE

136 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE nent RP RER SA CE

— Rouvenat est très-jaloux de son autorité qu'il doit à de nombreux service. rendus, répliqua le vieillard en hochant la tête ; Je ne vois pas le moyen...

— Îl y en à un bien facile, mon cousin.

— Lequel ?

— Blanche est en âge d'être mariée, et Francois se meurt d'amour pour elle

— Ah! fiv Mellier en s’'agitant sur son fauteuil.

— Vous comprenez... un bon mariage...

— Oui, si Blanche le veut.

— Quand une jeune fille arrive à dix-neuf ans, elie à toujonurs envie de « marie?

— Avec l’homme qui lui plaît, répondit le vieillard,

— Cela ne suffit pas toujours ; du reste, je ne sais pas quelles sont les idées de Blanche, Dans tous les cas, c'est à Rouvenat qu'il faut parler de cette gross affaire, :

— Rouvenat ! Rouvenat ! fit Parisel qui ne put cacher son dépit; ah! «à, mon cousin, Rouvenat fait donc ici la pluie et le beau temps ?

— Mon vieil ami est tout au Seuillon. Ï

-— Mais le Seuillon vous appartient, vous êtes le maitre ! répliqua Parisel 1 avec une rage contenue, 4

— Moi, dit froidement Mellier, Je ne suis plus rien,

— Vieillard stupide et lâche ! se dit Parisel en rouiant des yeux farouches avec quel plaisir je lui tordrais le cou ! k

— Voyons, mon cher cousin, dit-il en reprenant subitement son ton patelin, Ji examinons la situation : vous ne voulez pas mourir, je pense, avant d'avoir assuré l'avenir de Blanche, soit en lui donnant une dot en la mariant, soit en faisant un testament en sa faveur. «

Je ne ferai pas de testament, dit brusquement Mellier,

Un éclair de joie sillonna le regard de Parisel,

—Ca, fill, c'est d'un bon et honnête parent, Aprés vous, votre fortune doit aller à vos héritiers directs : c’est justice. Je suis un de ces héritiers, mon cousin. Or, si Blanche devient la femme de François, vous n'avez plus à vous inquiéter sur le sort de cette chère petite ; vous pourrez même, sans que personne ait rien à dire, lui faire une petite donation, qui permettra à François À de continuer l'exploitation du Seuillon, car il ne faut pas que la ferme passe en des mains étra 1gtres,

Le visage de Mellier s'était assombri.

— Je verrai, quand il sera temps, ce qué je devrai faire pour Blanche, dit-il d’une voix creuse ; mais vous pensez un peu trop tôt à mon héritage, Parisel

— N'allez pas croire que je souhaite votre mort, répliqua-t-il vivement,

— Mon pauvre Parisel, ma mort ne vous ayancerait gucre,

Le paysan regarda le vieillard avec stupeur,

— Vous avez donc fait un testament ? murmura:t-il.

— Je vous ai dit que je n’en voulais pas faire ; mais, vous oubliez ma fille,

— Lucile ?

— Oui, Lucile Mellier.

— Muis elle est morte !

Le vieillard retrouva un peu de sa force .et de son énergie d'autrefois ; il se dressa debout, le corps secoué par un tremblement nerveux, une flamme dans le regard, et s’écria d'une voix frémissante :

— Qu'en savez-vous ?

Puis, poussant un sourd gémissement, il retomba pantelant sur son fauteuil.

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tre fortune doit héritiers, Ho vez plus à vous sans que pertra à François la ferme passe

* Blanche, dit-il ritage, Parisel, vivement,

liez ma fille, rutrefois ; il se e flamme dans

" son fauteuil.

Parisel avait l'air consterné, — Lucile morte, morte ! Murmura le vieillard, se parlant à lui-même, Mais

non, rien ne le prouve... J'attends, je veux attendre encore, il ne faut pas que je meure !

n sourire singulier Passa sur les lèvres de Parisel.

— Décidément, le vieux tombe en enfance et devient fou ‘ pensa-t-il, Tonnerre, il m'a tout de même fait peur !

Mellier restait immobile, écrasé sous le poids de son malheur.

— Mon cher Cousin, reprit Parisel d'un ton larmoyant, je regrette bien d'avoir prononcé ce nom, qui vous rappelle les jours heureux du passé, Vous le savez , j'ai toujours pris part à votre peine ; comme vous, pendant longtemps, j'ai pensé que la belle cousine reviendrait.

In sourire amer crispa les lèvres du vieillard.

— Hélas ! poursuivit le pays Sobstina à ne Point paraître, d'espoir.

an en S'efforçant de faire venir une larme,

qui dix-neuf années se sont écoulées,

il n'y à plus

— Plus d'espoir, r'épéta douloureusement Mellier,

— Parbleu ! pensa Parisel, j'en étais bien sûr : venue. Lucile est morte ! bien morte !

Disons que ce paysan avide, qui e ques ”'ellier, ne savait ni pourquoi paternelle,

Après un moment de silence, Mellier reley

— (C’est bien dit-il, ne parlons plus de cela les garde et ne veux point en attrister les autres... Mais vous m'avez fait une demande, Parisel, il vous faut une réponse, veus l'aurez, Ayez l'obligeance de faire appeler Rouvenat,

Il hésita, Il se décida, Pourtant, malgré lui, à faire ce qu'on lui demandait, Mais il était sûr, d'avance, de perdre la Partie, du moment que Mellier prétendait rester neutre, Rouvenat, il le savait, était le seul obstacle sérieux placé en travers de ses projets ambitieux : aussi lui avait-il voué depuis longtemps une haine implacable. [] sentait, d’ailleurs, qu'il était lui-même profondémentantipathique au vieux serviteur de Jacques Mellier et que le parrain de Blanche, On moins malin que lui, voyait clair dans son jeu. Cela ne l'empêchait pas de Poursuivre son but ténébreux.

Il y à des hommes fatalement prédestinés, qui ont toutes les audaces ; Joseph Parisel était un de ceux-là. Il aurait pu s'appliquer à lui-même ce qu'il disait En parlant du caractère de son fils : 1] faut que ça marche où que Ça casse,

Du reste, Pour une lutte, il avait un grand avantage sur touvenat : celui qu'un gredin a toujours sur un honnête homme,

Rouvenat, se rendant à l'appel de Jacques Mellier, entra dons la chambre,

— Pierre, dit le fermier, d'après ce que vient de me dire mon cousin Parisel,

François, Paraît-il, est amoureux de Blanche, et ii la demande en mariage, A toi de répondre,

c'est une idée qui lui est

OnVoitait pour lui seul l'héritage de Jac- , Ni comment Lucile avait quitté la maison

a lentement la tête.

; mes chagrins sont à moi seul, je

e visage de Rouvenat exprima le plus profand dédain, avec beaucoup de calme :

—Je nai que ceci à répendre à M. Parisel :

paroles.

Le père du beau François trembla de colère, — Pourtant, monsieur Rouvenat, mon fils...

— Votre fils, monsieur Parisei, l'interrompit-il d’un ton railleur, votre fils

Cependant, il dit

ila perdu son temps et ses

dont je n’ai pas à discuter ici les rares qualités, peut aller ailleurs chercher une femme ; il ne sera jamais le mari de Blanche, vous entendez, jamais !

— Ah? prenez garde, monsieur Pierre Rouvenat ! s'écria Parisel avec fureur, sortant de sa prudence habituelle.

Un double éclair s'alluma dans les yeux du vieux serviteur ; il croisa ses bras sur sa poitrine et répliqua fièrement :

— Monsieur Parisel, une menace ne m’a jamais fait peur.

Le père Parisel fit un mouvement comme s’il allait sauter à la gorge de Rouvenat ; mais, reprenant subitement son rôle hypocrite, il imposa silence aux excitations de la rage qui grondait en lui.

Jacques Mellier, impassible, les regardait tous les deux.

— Mademoiselle Blanche est en âge de se marier, reprit Parisel d’un ton moins aigre, et si vous n'avez pas des raisons inconnues pour vouloir qu’elle reste fille, monsieur Rouvenat, il me semble que notre demande n’est pas de celles qu'on repousse sans examen.

Rouvenat ne dai gna pis répondre.

— Dans tous les cas, continua Parisel, Blanche a au moins le droit d’être consultée.

— C'est sa réponse, à elle, que vous voulez avoir, monsieur Parisel ? dit Rouvenat. Eh bien, soit, vous allez être satisfait.

Il s’élança hors de la chambre et appela de toutes ses forces :

— Blanche ! Blanche !

La jeune fille sortit précipitamment de chez elle et accourut. Elle vit Parisel et Rouvenat debout, et le fermier affaissé dans son fauteuil. Croyant à un accident, elle bondit vers ce dernier en s’écriant :

— Mon père, mon père, qu'avez-vous ?

— Rien, répondit le vieillard en souriant.

Il l'attira vers lui, elle s’inclina, et il mit un baiser sur le haut de son front.

— Chère petite, murmura-t-il, &r- +, toute tremblante.

— J'ai eu peur, dit-elle ; j'ai cru que vous étiez malade. Mais mon parrain m'a appelé, pourquoi ?

— Demande-le lui.

Elle se tourna vers Rouvenat.

Blanche, divil, il s'agit d'une demande en mariage. M. Parisel, que voilà, voudrait que tu devinsses la femme de son fils.

La jeune fille pâlit.

Tu peux dire toi-même à M. Parisel si la demande qu'il vient de faire t'est agréable.

— Mais je ne veux pas... Je ne veux pas me marier ! s'écria-t-elle éperdue.

Et, des larmes dans les yeux, elle se serra contre Rouvenaë comme pour lui demander de la protéger, de la défendre.

— Maintenant, monsieur Parisel, dit froidement Rouvenat, vous savez à quoi vous en tenir.

Puis, conduisant la jeune fille jusque sur le seuil de la porte restée ouverte, il lui dit : Ù

— Rentre dans ta chambre, ma chérie, nous n’avions pas autre chose à te demander,

Et tout bas, lui parlant à l'oreille, il ajouta :

— Sois sans crainte, je suis là et je veille,

Blanche rentra chez elle,

Alors, Rouvenat, se tou"nant vers Parisel :

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tre chose à to

oup de choses à dire encore à votre cousin, fit-il, tâchez d'être plus heureux. Au revoir, monsieur

— Vous avez sans doute beauc je ne veux pas vous gêner : Parisel,

Et il s’en alla,

e père du beau F ‘ançois sentit toute l'ironie roles du vieux serviteur ; mais il se dit qu'il dev it Où il pourrait se venger et répondre cents,

contenue dans les dernières paait dévorer sa rage jusqu'au à ces coups d'épingle pas des coups de

XVII__LE compLor

Vingt minutes plus tard, il rejoignait son fils, tours de la ferme,

— Je vois à ta figure que tu n'as pas réussi, dit François.

ve suis dans une colère épouvantable ; si je tenais ce maudit Rouvenat dans un coin, je ne sais Pas ce qui arriverait.

— Je le hais autant et peut-être ourde,

qui se promenait aux alen-

plus que toi, répliqua le fils d'une voix

1 Tant que cet homme existera et qu’il sera à la ferme, nous n’arriverons à rien, Il est vraiment le Maitre, sa volonté est tout. Jacques Mellier n'est plus JU'UR Corps sans âme, qui se meut comme un automate ; il n'y a rien à attendre de lui. Complètement dominé par Rouvenat, ce Rouvenat!...Ila une idée,

qu'il cache a tout, le monde, même à son maître, Que veut-il? Nous faire déshériter ?

— Je le crois,

— Oui, au protit de Blanche, Pour lui, il'n'y à qu'elle au monde. Cet exécrable Rouvenat est une statue, un homme de bronze ; on ne peut ni le faire par: ler, ni deviner sa pensée, Heureusement que Mellier m'a déclaré qu’il ne voulait pas faire de testament. Quant à la tille de Jean Renaud, l'assassin, nous 16 POUVONS pas compter sur elle , rien à faire de ce côté, elle ne t'aime pas.

— Mais je l'aime, moi, je l'aime !

Du moment qu'elle n’est plus un inoyen pour nous, tu dois cesser de penser à elle, Quand nous serons ! à du Keuillon, nous verrons... Après tout, ce nest qu’une petite fille ue tu es un honime, toi; sielle ne veut pas être ta femme, ch bien, tu en feras ta maîtresse... Comprends-tn ?

— Oui, répondit François, qui se sentit frissonner,

I baissa la tête, Le père eut un horrible sourire.

Ds Marchaient en dehors des jardins, ie long du mur de clôture, et se trou- Vient à quelque distance d'un petit bois de trois hectares environ, qui, Sans être clos, ressemblait à un pare faisant suite aux jardins,

— Viens par ici, dit Parisel à son fils, en lui montrant le bois.

Ils traversérent les terres nouvellement ensemencées et pénétrèrent dans le taillis. Au bout d'un instant, ils se trouvèrent au milieu d’une sorte de clairière entourée de fourrés épais,

— Nous sommes bien ici pour causer, dit Parisel en s’arrétant ; personne ne PEUT nous voir, ni nous entendre,

Cependant, ils tendirent l'oreille et écoutèrent, Un silence profond régnait autour d'eux, :

On ne vient Jamais ici que quand les noisettes sont mûres, dit François,

.— Eh bien, j'ai dans l'idée que cette année nous les cueillerons ensemble, répondit Parisel d’un ton mystérieux,

Son fils se rapprocha de lui et l’interrogea du regard,

— Rouvenat nous gêne, dit-il, il faut que Rouvenat disparaisse,

François tressaillit,

— Depuis longtemps, je pense à cela, répliqua-til ; mais comment? Je n'ai pas trouvé...

— Quand on veut se débarrasser d'un ennemi, reprit le père, tous les moyens sont bons ; il n'y a qu'à attendre le moment, l’occasion...

— Et quand l’occasion ne se présente pas !

— On la fait naître, répondit Parisel d’une voix sinistre,

— C’est diflicile, pour ne pas dire impossible,

— Il n'y a de difficultés réelles que pour les poltrons, Nous chercherons, Rouvenat est notre ennemi, Rouvenat est l'obstacle dressé devant nous. il faut le renverser. Alors nous serons les maîtres, et Jacques Mellier sera trop heureux de compter sur nous. Alors, puisque tu y tiens, qu'elle le veuille où non, la tille de Jean Renaud sera à toi. Nous tenons la fortune de Mellier dans nos mains, pour ainsi dire, et elle nous échapperait! Allons donc, ce serait trop bête ! Je te le répète, Rouvenat seul peut nous nuire, il faut que Rouve nat meure !

— [à le crâne solide et la vie dure, grommela François.

— Dis donc, est-ce qu'il n’y à pas dans la rivière quelque trou profond où il peut tomber en s'approchant trop près du bord? Est-ce qu'il ne peut pas <e trouver en travers de la route sous les roues de sa voiture chargée ? Dans quel ques jours, quand il grimpera en haut du grand cerisier pour cueillir les pre. mières cerises mûres afin de les offrir à sa filleule, est-ce qu’une branche sur laquelle il s'appuiera ne peut pas se rompre sous ses pieds? Quand il fume sa pipe, adossé à la muraille, une pierre ne peut-elle pas se détacher et lui tomber su’ la tête? Tu le vois, les moyens ne manquent pas ; l'instant venu, on agit. Du sang froid, de l'adresse, de l'audace, il ne faut que ça.

— On verra, répondit François d’une voix rauque.

—Je quitterai la ferme ce soir, reprit le père ; maïs je n'irai pas loin : personne ne me connait dans le pays, je puis m'arrêter où je voudrai, à Artemont où ailleurs, J'ai dans ma poche mille francs que m'a prêtés Mellier, — un àcompte sur son héritage ; avec ça je peux attendre les événements Mais nous ne devons ni nous voir, ni nous écrire ; d’ailleurs, je prendrai un nom quelconque. Prudence est mère de sûreté, dit-on : c’est vrai. Il n'y a que les imbéciles qui se cou-promettent, Pourtant, si tu avais besoin de moi... Il faut tout prévoir, C’est bien, ce soir, avant de nous quitter, nous conviendions d'un moyen d'établir une correspondance, soit avec des pierres placées à un endroit que nous choisirons, soit par un chiffre ou une lettre gravée dans l'écorce d'un arbre.

Ils sortirent de la clairière, tout en continuant à causer, et bientôt ils se trouvèrent hors du bois.

À quinze pas de l'endroit où ils s'étaient arrêtés, une femme échevelée, pâle et d’une maigreur affreuse, sortit tout à coup d’une espèce de nid de verdure dans lequel elle était couchée, et se dressa au milieu du fourré.

Son regard avait un éclat étrange. Elle étendit les bras en levant ses yeux vers le ciel ; puis, d’une voix lugubre :

—Seulement parmi les humains,prononca-t-elle, que de monstres sur la terre !

Les deux Parisel, si dignes l'un de l’autre, se rapprochaient des bâtiments. Is arrivèrent devant la maison du berger.

Le berger actuel du Seuillon était garçon ; il venait de l'Alsace, comme la

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moutons sur les jachères

Parc, prêts à défendre le troupeau

j contre une attaque des loups.

f —-Tiens, dit François en s'arrêtant, regarde, 5 — Quoi ?

î — La.

—Je vois un puits, Ë — Un vieux puits, dont on ne se sert plus de profond et il y à bien encore trois mètres d’eau, Rouvenat a déjà dit plusieurs fois qu'il le ferait remplir pour prévenir un accident, Cela sera fait un jour ; mais, en attendant, l'accident peut arriver, Examine : la manivelle est brisée : il n'y a plus de chaîne à l'arbre, qui est pourri ; les pierres de la margelle sont Par exemple, d’un coup de pied,

puis longtemps ; mais il est

descellées, rongées ,prêtes à tomber ; celle-ci, on la jetterait au fond du puits,

Le père Parisel se mit à rire,

— Continue, dit-il en baissant la Voix, je commence à comprendre,

— Souvent, Rouvenat, après avoir fait le tour des écuries et avant de se coucher, vient ici, il s'assied sur la margelle, et, pendant un quart d'heure ou vingt minutes, il fume tranquillement sa pipe.

— De sorte que si, un matin, on le trouvait au fond du puits, noyé, on mettrait sa mort sur le compte de la margelle en ruine.

— Naturellement.

— Hé, hé, je ne te croyais pas si fort ; décidément tu as oublié d'être bête.

— J'aime et je hais, répondit le beau Erancçois d'une voix sombre, — Moi, je hais et je veux être riche, murmura le père, Rouvenat était condamné,

Les deux misérables échangèrent un regard farouche,

puis ils se séparèrent pour entrer à la ferme l’un après l’autre,

XVIII Amovue

Le lendemain, vers dix heures, après avoir embrassé Jacques Mellier, Blanche sortit de la ferme, ayant à son bras un panier d'osier léger et coquet,

Elle allait à Frémicourt.

Au lieu de prendre le chemin vicinal, qui était cependant le plus direct, elle sagna le sentier de la Sableuse, lequel serpente à travers les saules, les peupliers et les aulnes, suivant les méandres du cours d’eau, Instinctivement la jeune fille cherchait la solitude, Et puis, au printemps, quand tout est vert,que tout bourdonne, chante et fleurit, on préfère aux chemins poussiéreux les étroits sentiers que bordent les églantiers, la clématite, la mancienne et l’'aubépine en leur, On cherche la fraîcheur et l'ombre, n'aurait-on pas comme Blanche le désir de s’isoler afin de pouvoir parler à son âme ou reprendre un beau rêve iuterrompu.

Comme le boudoir de la grande dame, le sentier a ses mystères.

Blanche cheminait lentement, la tête légèrement inclinée, pour ne pas être ‘distraite, sans doute, et pour mieux regarder en elle même.

Soudain, un jeune homme, qui suivait également le bord de l’eau, venant en sens opposé, se trouva devant elle, C'était Edmond,

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