‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 60 sur 109 · LES · texte numérisé non relu

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“ frais de son entretien deviendront plus sérieux, il recevra personiiellement, ‘tous les trois mois, une rente de trois cents francs : cette rente sera ‘ugmen “‘tée de cent cinquante francs, c'est-à-dire portée à quatre cent cinquante “# francs pas trimestre, lorsqu'il aura atteint l’âge de quinze ans. De cette fa. “ çon il ne sera jamais une charge pour vous, et il pourra vivre indépendant et ‘se créer une position à son choix. Si sa famille est forcée de l'abandonner,elle ‘ne veut pas qu'il soit déshérité de tout et-cherche, autant que possible, à ré. “ parer le malheur qui le frappe fatalement,

“ Je suis chargé de déposer le capital nécessaire au service des deux rentes, “ chez M. Lamblin, notaire, rue des Vieux-Augustins, à Paris, C’est à lui que “vous auriez à écrire si quelque chose arrivait à l'enfant et si vous aviez des ‘ réclamations à faire.

“ Ainsi, mou cher Edmond, c'est à M. Lamblin, notaire, que tu devras t'a- ‘ dresser lorsque je ne serai plus de ce monde.

“ Je ne m'explique peut-être pas très-bien ; mais j'ai longuement interrogé “ma mémoire, et je t'ai raconté de mon mieux ce qui s’est passé entre M. Ger- ‘ main et moi.

“ Mais ce que je dois te dire aussi, c'est que M. Germain était à cette épo ‘que, comme il l’est encore aujourd’hui, le valet de chambre et l’homme de “confiance de M. le comte de Bussières, un grand seigneur, qui demeure à Pa- ‘ris, dans un superbe hotel, rue Bellechasse,

“ Et, pourquoi te le cacherais-je, mon cher enfant, j'ai eu souvent l'idée que “tu devais apppartenir de loin ou de près à cette noble famille de Bussières. ”

Marianne ajoutait :

“ Si tu vas à Paris, Edmond, n'oublie pas que M. Germain, tout dévoué à “son maître, est bien le meilleur homme qu’il y ait au monde, et, dans ton “ intérêt, je te recommande de l'aller voir, ”

Enfin, elle terminait sa lettre par quelques paroles émues, touchantes, qui peignaient sa tendresse, nous pouvons dire son amour maternel, pour l'enfant qu'elle avait élevé,

XXXII—LE RÉCIT DE JÉROME GRELUCHE Le jeune homme était sous le coup d’un saisissement facile à comprendre.

1 lut une seconde fois et avec une plus grande attention encore la lettre de Marianne Sudre. Il acheva de se convaincre que son père avait été un pauvre

“enfant repoussé et déshérité par la famille de Bussières.

Ainsi, ces papiers, qu’il venait de lire, à l'aide desquels il avait espéré découvrir la famille de sa mère, le mettaient en présence d’un autre mystère, qu'il lui étuit également important de pénétrer. Ne semblaient-ils pas aussi lui indiquer une nouvelle voie à suivre?...

Mais que devait-il faire ? ou plutôt que pouvait-il faire ?

Il était dans une grande perplexité.

Les dates des deux lettres lui disaient assez que son père, ayant été assassiné quelques jours après, n'avait pu se livrer à aucune recherche, Mais depuis le jour où, sans nom somme lui, son père avait été confié à Marianne Sudre, près de quarante ans s'étaient écoulés. Or, en supposant qu'il retrouvât à Pa ris le notaire, le comte de Bussières et même le valet de chambre Germain,

“Ceux-ci n’avaient-ils pas le droit de le considérer comme un étranger, — ce qu'il ‘était pour eux, —et de lui répondre, même en présence de la lettre de Ma-

rianne :

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LA MALÉDICTION D'UN PÈRE 193 Nous ne savous pas Ce que vous voulez nous dire, ”

Il reconnaissait lui-même le peu de valeur des doc Mardoche, TI ne voyait pas la possibilité de se me père, afin de revendiquer certains droits que c ne lui étaient transmis par aucun acte,

Il avait beau chercher et faire de violents efforts d'imagination, il se trouvait toujours devant les mêmes difiicultés ; ses meilleurs raisonnements étaient successivement détruits par ces mots d'une réalité implacable :

— «le ne suis rien, je ne peux rien !

Le malheureux jeune homme se débattait entouré de mille fils invisibles sans pouvoir en saisir aucun, À mesure qu'il avançait, il se plongait plus avant dans les ténèbres du mystère : il s'y noyait, Ilse trouvait comme enfermé au milieu d’un labyrinthe inextricable,

S'il n'eût été soutenu Par son amour pour Bl doche, il serait immédiatement retombé d pérance,

Après avoir réfléchi longtemps sans pouvoir mé tion possible, il pensa qu'il serait plus sage de c torture et que, puisqu'il devait voir Mardoc nerait sans doute quelque bon conseil au venait de faire,

Le jour commençait à paraître. Il baisa pieusement le manuscrit pére, éteignit sa bougie et se jeta tout habillé sur il dormait d’un profond sommeil.

À neuf heures, plusieurs coups frappés à sa porte le réveillèrent en sursaut,

— Qui va là! demanda:t:il.

La voix de l’aubergiste répondit :

-— C'est un voyageur qui vient d'arriver et qui demande à vous voir.

Edmond sauta à bas de son lit et courut ouvrir la porte,

Jérôme Greluche tomba dans ses bras,

Edmond poussa un cri de surprise et de joie,

— Ah! tu ne m'attendais pas si tôt, dit Jérôme ; que veux-tu, je ne peux plus me passer de toi, je m'ennuyais. Cette nuit, l’idée de te voir m'a pris, et me voilà,

— Et ton théâtre ? fit le jeune homme en riant,

— Ne m'en parle pas ; on ne sait rien faire dans ces petites villes. J'ai mis trois jours pour faire comprendre seulement mon idée ; maintenant, ce n'est peut-être pas avant un mois que l’ouvrage sera fait,

— Est-il commencé ?

— Du tout. Songe donc, il faut d'abord se procurer le bois, puis il faut calculer les épaisseurs, les longueurs, ete.., Bref, le menuisier m'en a tant dit que j'ai pris le parti de me sauver : si J'étais resté là-bas un jour de plus je seris probablement devenu fou ou enragé,

— Eh bien, mon cher Greluche, tu écriras tantôt à ton constructeur de théâtre qu'il peut se dispenser de faire ce travail.

Jérôme ouvrit de grands yeux.

— E° nos projets ? fit il.

— Tout cela est modifié. Nous allons peut-être rester ici à être retournerons nous à Paris dans quelques jours.

— Je ne demande pas mieux, mais je ne comprends pas,

— Alors, écoute et tu comprendras.

uments que lui avait remis ttre aux lieu et place de son e dernier pouvait avoir, mais qui

anche et les promesses de Mar, ans le découragement et la déses.

me trouver l'idée d’une soluesser de mettre son esprit à la he dans la journée, celui-ci lui donsujet de la nouvelle découverte qu'il

de son son lit. Dix minutes plus tard

Saint-Trun, peut

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194 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE uen en : ri

Immédiatement et aussi brièvement que possible il lui raconta comment ; avait reconnu les deux chiens de pierre, retrouvé à Frémicourt la belle jeun: tille de Gray, et ce qui s'était passé entre eux. Ensuite il lui parla de Mard che, que la Providence semblait avoir placé sur son chemin, et lui fit connaitre tout ce que le vieux mendiant lui avait appris.

Ce récit fut souvent interrompu par Greluche qui l'émaillait d'exclamation, afin de manifester tour à tour son étonnement, son admiration, sa joie, sa stu péfaction, sa colère et son épouvante,

— Oui, dit.il, ce que nous avons de mieux à faire est, en eflet, de retourne) à Paris et d'y attendre que ce brave homme, que tu appelles Mardoche, se déc: dé à t'apprendre ce qu'il croit devoir te cacher encore, Je t'approuve dor, entièrement, Oui, tu te mettras au travail, et dans deux ans, que tu aies une famille ou non, tu pourras venir trouver M, Rouvenat et lui dire : Monsieur Rouvenat, voici ce que je suis, j'aime toujours votre filleule et je la rendrai heureuse,

— Dans tous les cas, reprit Edn ond, j'ai promis à Mardoche de ne rien faire. de ne n'arrêter à aucune détermination avant de l'avoir consulté, C’est donc suivant ce qu'il me dira tantôt, que nous pourrons prendre nos dispositions, soit pour nous installer dans ce pays, soit pour reprendre à Paris mes études interrompues,

Mardoche sait bien des choses, continua-t:il, et je le crois plus puissant qu'il ne le fait paraître ; plus d'une fois, déjà, je me suis demandé si cet habit de mendiant qu’il porte n’était pas un déguisement sous lequel il se cache, Quoi qu’il en soit, il a une idée, un projet... Mais il est comme le sphinx antique : il ne laisse rien deviner et il reste inébranlablement muet lorsqu'il a jugé qu'il ne devait pas parler,

Actuellement, il tient ma vie dans ses maine : sans qu'il le veuille peut-être, je suis sous sa dépendance : oui, car je sens que sans lui je ne peux rien être et n'ai rien à espérer,

“ Vous épouserez Blanche, ” m'a-t-il dit : avec ces mots il m'a soumis à sa volonté, et,aurais-je l'intention de résister, j'obéirais quand même à tel ou tel ordre qu’il me donnerait, Ce que je ferai, tu le sauras ce soir, mon bon Greluche ; c'est ce que Mardoche, le mendiant de Frémicourt, m'aura dit de faire.

— Et ces papiers, qu'il t'a remis la nuit dernière, tu ne m'as pas dit ce qu'ils contenaient,

— C'est vrai; mais il n’y a qu'une seule pièce importante au point de vue du double mystère qui entoure ma naissance et celle de mon père ; c'est une lettre. Je ne t'ai pas dit ce que cette lettre contient, parce que j'avais l’intention de te la faire lire et ensuite de te demander ce que tu en penses,

Disant cela, Edmond prit la lettre de Marianne Sudre et la tendit à Greluche.

L'homme aux marionnettes la lut très-attentivement et sans faire aucune, observation ; mais, arrivé aux paragraphes où il était question de la famille de du comte Bussières, il Foussa tout à coup un cri de surprise,

Edmond se rapprocha de lui brusquement.

Il vit que la lettre tremblait entre les doigts de Greluche,

— Qu'as-tu donc ? lui demandat-il avec inquiétude.

— Laisse-moi achever, répondit Jérôme.

Au bout d'un instant, il releva la tête,

Ses yeux brillaient d'un éclat singulier,

Le jeune homme, anxieux, l'interrogeait du regard.

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au point de vue père ; c'est une 1e j'avais l’intenn penses.

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1 de la famille de

Edmond, dit-il d'une voix vibr la comtesse de Bussières,

— Comment sais-tu cela ? s'écria le jeune homme en proie à une vive émotion.

— Ces seuis mots vont te le dire : Je connais Mine la comtesse de Bussières, — Toi, tu connais. .

Oui,

— Soit, reprit le jeune homme : Mais comment admettre que cet enfant abandonné, remis suns nom à Mariane Sucre, qui, depuis, est mort si tragiquement, que mon père, enfin, soit le Propre tils du com Bussières !

tite, ton père était le fils du comte et de

te ét de la comtesse de

— Pourtant, cela est, j'en suis sûr,

— Alors explique-toi, de grâce, explique-toi,

— Je t'ai dit que je connaissais la comtesse de Bussitres, c'est vrai : sans ne latter d'être son ami, Je puis ajouter que J'ai toujours été reçu chez elle avec cette bienveillance et cette bonté exceptionnelles dont elle à le secret, et qui sont la véritable grandeur de cette

trés-grande dame.

Depuis environ « uarante ans, elle habite non loin de Clamecy, dans le dél » y;

partement de la Nièvre, un grand et magnifique château quiest bien la plus belle propriété que j'aie jamais vue, La comtesse de Bussitres est immensément riche, car, au dire des gens du pays, les revenus de son seul domaine d'A rfeuille sufliraient pour faire vivre les habitants de plusieurs communes,

Te dire le bien que la comtesse fait autour d'elle me serait impossible ; il y a des choses qu'on ne saurait raconter, qu'il faut voir, Elle semble avoir consacré Sa vie tout entière à chercher les moyeus de faire le bonheur de tous ceux qui l’'approchent, de tous ceux qui l'entourent, Il n'y a pas de souffrance qu'elle ne soulage, pas de misère qu'elle ne fasse disparaître, Sa bourse est à tout le monde et est surtout la bourse des pauvres, Enfin, que te dirai-je, la comtesse de Bussières est l'incarnation de la charité,

Dans plusieurs communes elle à fait bâtir des écoles où les enfants des deux sexes Sont Instruits gratuitemt. Les enfants des pauvres sont ses privilégiés, elle adopte mème les orphelin:, car dans son château même, où il Y à aussi une école de filles, elle à fondé et doté un orphelinat, D'après cela, je n'ai pas besoin de te dire que la comtesse est adorée et qu'on ne peut pas faire un pas dans le canton sans entendre chanter ses louanges,

Je courais déjà la province depuis trois ans avec mes marionne je fus appelé au château, la première fois, afin de donner u devant une ravissante assemblée de petits enfants de tout à jusqu'à quatorze ans. La Comtesse voulut juger de mon sav à ma représentation, assise comme une déesse de ] iolis bébés blonds et roses. :

Je n'ai pas besoin, devant toi, de me parer de modestie ; je crois v ‘aiment que ce soir-là je me Surpassai, Aussi, juge combien je me sentis fier lorsque, après la représentation, la comtesse me fit venir dans son salon pour me complimenter, Elle me retint encore le lendeman, puis tout la semaine ; tout mon répertoire y passa.

Le dernier jour, la noble dame, qui m'av neur de m'inviter à sa table. Je compris

ttes, lorsque ne représentation ge, depuis quatre oir-faire, Elle assista & maternité au milieu des

ait déjà pris en amitié, me fit l’honque C'était afin de pouvoir m'interro-

ger, dans l'espoir, sans doute, de trouver l’occasion de faire une bonne œuvre de plus.

Sa première question fut de me demander si j'avais une femme et des enfants,

EE Me

a ner ane SA res a mt

Je n'avais aucune raison de lui cacher ln vérité, Je lui racontai toute mon histoire dans laquelle, depuis trois ans, tu jouais un rôle important,

Elle m'écouta avec beaucoup d'émotion ; je remarquai même que, chaque fois que je prononcais ton nom, elle éprouvait une sorte de commotion, comme une sensation douloureuse qui se reflétait sur son pâle et beau visage,

Quand j'eus fini de gresses larmes jaillirent de ses yeux et tout à coup elle éclata en sanglots, |

Je t'assure que, à ce moment, J'étais fort embarrassé; je ne savais plus quelle contenance tenir,

Enfin, au bout d'un instant, elle se calma.

— Excuxezmoi me dit-elle de sa douce voix et en essayant de sourire, je n'ai pas eu la force de ne contenir ; pourtant, j'ai l'habitude de souffrir,

Alors je lui exprimai mes regrets.

— Ce n'est pas votre faute, me ditelle vivement et avec bonté? ce nom d'Edmond, que porte ce cher petit que vous élevez, dont vous êtes le pere, m'a rappelé une des plus grandes douleurs de ma vie. J'avais un fils,continuat-elle d’une voix saccadée avec un accent étrange, il devait s'appeler Edmond, il aurait maintenant près de trerite ans,

— Mort ! in'écriai-je,

Ce mot ne fut pas plus tôt sorti de mes lèvres que je vis passer une lueur sombre dans le regard de la comtesse.

—- Est-il mort ? s'écria-t.elle d'un ton lugubre, on me l'a dit, je n’en sais rien,

Tu vois d'ici, mon cher Edmond, dans quelle situation diflicile je me trouvais. Mais tu écoutes bien, n'est-ce pas ?

— Je bois tes paroles, répondit le jeune homme haletant.

En effet, il était comme suspendu aux lèvres de treluche, Celui-ci continua :

—- Enfin, je ne savais plus que dire, je baissai la tête.

La comtesse s'était levée, elle marchait à grands pas, fiévreusement., J'en. tendis qu’elle disait, se parlant à elle-même :

" —Je ne saurai jamais rien ; pauvre enfant ! qu'en ont-ils fait? Il fallait l’abandonner afin de le dépouiller au profit de l’autre, un indigne...

Edmond était atterré.

— Eh bien, fit Greluche, doutes-tu encore ?

— Non, non, répondit le jeune homme d’une voix étranglée ; continue, je t’écoute toujours,

— C’est tout, fit Greluche, la comtesse n'en a pas dit davantage, Ah! je ne me dloutais guère alors que ces paroles contenaient une révélation de la plus haute importance pour toi, J'avais oublié tout cela, et je me suis bien gardé d'en parler jamais. Mais avant d'achever la lecture de cette lettre, la scène du château n'était déjà revenue à la mémoire et je te l'ai rapportée fidèlement,

Depuis, jusqu’à l’époque où je me fixai définitivement à Paris pour ne plus te quitter, je vis la comtesse de Bussières chaque année, j'avais toujours ma semaine de représentations au château. Elle ne manquait jamais de me demander de te: nouvelles. Je lui vantais ton intelligence, je lui parlais de tes progrès, elle paraissait enchantée et ne félicitait.

Enfin, je crois bien que c’est elle qui m'a donné l'idée de te faire entrer à Sainte-Barbe. Elle te portait alors, sans te connaître autrement que par ce que je lui disais de toi, un véritable intérêt. Tu le croiras, quand je t'aurai dit qu’elle m'a plusieurs fois témoigné le désir de te voir. Je lui avais promis de t’amener un jour à Arfeuille ; je ne sais plus quelles circonstances m'ont empêché de remplir ma promesse.

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te faire entrer à nt que par ce que d je t'aurai dit avais promis de

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Mais Mme la comtesse de Bussières n'a pas oublié Jérôme Greluche, j'en suis certain ; le moment de lui faire une visite me parait venu, Tu n'as qu'à dire un mot, Edmond : si tu le veux, demain nous nou4 mettrons en route pour le château d'Arfeuille.

Depuis un instant, le jeune honnne avait son visage dans ses mains, Il rele-

va brusquement la tête, passa la main sur son f

vont et, soudain, son regard sillumina,

-Je verrai Mine lu cuintesse de Bussières, dit.il d'une voix lente et grave c'est à elle que je dois remettre ces Papiers, qui ont appartenu à son fils.

XXXIII LA Lerrnr DE BLANCHE

Mardoche passa une mauvaise nuit, Dévoré d'inquiétude, il ne put trouver le sommeil, 11 se demandait avec effroi ce qui allait arriver, car il ne doutait pas que les papiers remis à Edmond ne continssent les preuves de ln faute de Lucile Mellier,

Ce premier secret découvert 4avenait comme la clef qui allait ouvrir la porte fermée des autres, Le jeune Lomme devait naturellement apprendre que Blanch? n'étut pas la tille de Jacques Mellier et arriver, par inductions seulement où par les aveux qui Jui seraient faits, à connaître le drame épouvantable de la nuit du ?4 juin,

Alors que feruit-il? Et lui même, Mardoche, quels conseil pourrait-il lui donner ?

À mesure qu'il voyait le denoûment approcher, 1} surgissait devant lui des dificultés qu'il n'avait pas prévues, et il trouvait dans sx conscience d'honnête homme toutes ses appréhensions, toutes ses craintes justifiées,

[l avait beau se répéter qu'il n'avait point livré le secret de Jacques Mellier, il était forcé de convenir qu'il aurait puissamment aidé Edmond à le découvrir,

Mardoche se trouvait réellement dans uue situation embarrassante, et les réflexions auxquelles il se livrait ne faisaient qu'augmenter son inquiétude et le trouble de son esprit.

Il n'était pas homme à dire : Ils se tireront de là comme ils pourront. D'ailleurs, n'avait-i! pas sa fille adorée, dont il voulait à tout prix défendre le bonheyr ?

Le premier rayon du soleil le trouva devant les roches, sur cette espèce de plate-forme qu'il appelait sa terrasse,

Il s'assit sur une pierre, le visage tourné vers la vallée, et resta ainsi longtemps, les yeux fixés sur les toits de la ferme, dans une contemplation muette.

Vers huit heures, il alla faire une visite à son garde-manger, qui était encore riche d’un morceau de lard cuit, d’un demi fromage et de quelques morceaux de pain. Il revint sur la terrase et mit son couvert sur la pierre dont nous avons déjà parlé : un couteau à manche de buis de la fabrique de Saint-Claude et un gobelet d’étain. 11 n’y avait plus d'eau dans sa cruche, il alla la remplir

à une source voisine, Il déjeuna. Pour son dessert, il s'offrit une goutte d’euude vie, Son regard caressait la bouteille qui contenait la liqueur forte,

— Un cadeau de ma fille, murmura-t-il,

Et un doux sourire glissa sur ses lèvres.

Un instant après, brisé, n’en pouvant plus, tombant de fatigue, il s’étendit sur l'herbe au pied d’un orme et s’endormit d’un sommeil de plomb.

Quand il se réveilla vers deux heures de l'après-midi, Edmond était devant:

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Fa

tn ok SL

— Est-ce assez bête de dormir comme ça! fitil en s'adressant un reproche.

—- Vous dormiez d’un bon sommeil, Mardoche, dit le jeune homme : je tegrette d’avoir troublé votre, repos.

— Cela m'arrive quelquefvis de dormir quand ies oiseaux sont éveillés, répondit-il, surtout lorsque je ne dors pas la nuit. Et puis, en vous attendant, je n'avais que cela à faire,

IT se leva. Ils allèrent s'asseoir à l'entrée des grottes,

Le jeune homme attendait ; Mardoche n’osait l'interroger.

Pourtant, après un moment de silence :

— Avez-vous lu ? demanda le vieillard.

— Oui.

— Eh bien ?

— Je ne suis pas plus avancé qu'hier, en ce qui concerne la famille de ma mère, Mardoshe ; je n'ai point découvert le secret que les papiers, selon vous, devaient renfermer.

Mardoche crut avoir mal eentendu,

— Quoi! s'écria-til, ces papiers ne vous ont pas fait connaître le nom de fu. mille de votre mère ?

— Non. Ils n'ont appris seulement que ma mére s'appelait Lucile,

— Oui, Lucile, répéta Mardoche rêveur:

Après un court silence, il reprit :

— Mais ces papiers ne sont donc pas des lettres ?

— Îl n’y en a que deux, datées l’une et l'autre de Chevrigny, village où à été élevé mon père, car vous l'ignorez peut-être, Mardorhe, mon père, somme moi, n’a jamais connu sa famille,

-— Etrange, étrange ! murmura le vieillard.

— Ainsi, rien, continua-t-il, vous n'avez rien appris ?

— Au sujet de ma mère, je vous l'ai dit, Je n'ai plus d'espoir qu'en vous, Mardoche, et je viens vous demander de me révéler ce secret, si important Pour mot, que vous seul possédez,

— Nou répliqua le vieillard, je ne vous dirai rien, quant à présent du moins: e ne puis encore parler, l'heure n’est pas venue...

Le jeune honue baissa tristement la tête.

— Oh? depuis que je vous connais, que je sais qui vous êtes, poursuivit Mardoche avec animation, vingt fois il m'est venu sur les lèvres, ce secret fa. tal, que vous saurez toujours assez tôt, et vingt fois je lai refoulé avec terreur au fond de mon cœur... J'ai bien fait, c'est mon devoir, Non, ce n’est pas à moi de parler, d'autres doivent vous dire ce que fut votre mère, ils vous le diront:

— Et s'ils se taisent? insinua Edmond.

— S'ils se taisent, répliqua Mardoche, eh bien, s'ils se taisent .…., trop longtemps, jé verrai, j'examinerai.. .

— Et vous me direz tout, n'est-ce pas, tout ?

— Oh! tout, je ne sais pas : mais quelque chose encore,

— Quand, Mardoche, quand ?

— Je ne puis pas savoir. . dans trois mois, dans deux mois : peut-être plus tôt.’ ;

—— Eh bien, dans deux mois dans trois, s’il le faut, j'attendrai.

— Vous ne pourrez pas rester à Saint-Irun,

“Je m'en irai. Mais Blanche, Blanche...

— Soyez tranquille, je lui parlerai de vous. Vous retournerez à Paris,

adress Le ; crayon je trav — }

marche pas ma venue.

rien tr pas de

peur, oO!

Blanche devez à Edn — Qi — D.

— OI retrouve — M — Al — C'e dit de v — Gr Marde — Vo — Je mond:;r — Per — Oh ne homm jamais !

— Et — Je 1 répondit été emba ajustés à voudrez | à la place — Bah bras quan

mt

at un reproche, homme ; je 1e-

it éveillés, répon- S attendant, je

famille de ma ers, selon vous, re le nom de fa.

Lucile,

, village où à n père, comic

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ésent du moins:

tes, poursuivit s, ce secret fa.

alé avec terreur

1, ce n'est pas à , ils vous le di-

i... trop long-

1ois; peut-être

, à Paris,

bras quand je descendrai dans la vallée.

LA MALÉDICTION D'UN PÈRE ee rm mm

— Oui.

— Vous travailierez ?

— Je vous le promets.

— Vous allez me donner votre adresse afin que, s’il le fallait, je puisse vous adresser une lettre.

Le jeune homme déchira un feuillet de son carnet, écrivit son adresse au crayon et donna le papier à Mardoche, qui le glissa dans sa poche.

—D'ici à ce que nous nous revoyions, reprit-il, je ne perderai pas mon temps, je travaillerai pour vous.

— Pour mon bonheur et celui de Blanche, Mardoche ! s'écria le jeune homme,

— Oui, répondit-il, pour tous les deux.

— Merci, Mardoche, merci !

— Voyez vous, reprit le vieillard ‘+ croyais, j'avais pensé que les choses marcheraient plus vite... Mais les iers ne vous ont rien appris, ce n’est pas ma faute. Cela prouve que j'ai raison en disant : l'heure n’est pas encore venue. Maintenant, je ne vous le cache pas, je suis bien aise que vous n'ayez rien trouvé dans les papiers. Oui, oui, cela vaut mieux. Oh! ne vous étonnez pas de m’entendre parler ainsi aujourd’hui : j'ai réfléchi depuis hier et j'ai eu peur, oui, peur de ce qui serait arrivé si vous aviez appris...

— C'est donc bien terribie ?

— Pas pour vous. Mais, rassurez vous, ni votre bonheur, ni celui de Mille Blanche ne sont en danger. Vous l’aimez, je crois qu’elle vous aime aussi, vous devez être heureux.

Edniond envoya un soupir dans la direction du Seuillon.

— Quand partirez-vous ? demanda Mardoche.

— Demain.

— Oh ! je ne vous chasse pas, fit le vieillard en souriant. Vous irez à Gray retrouver Jérôme Greluche ?

— Mon vieil ami est à Saint-Irun depuis ce matin.

— Ah ! il a dû être content de vous revoir !

— Îl m'aime comme son fils, c’est tout dire.

— C'est vrai. Lui avez-vous parlé de Blanche, de moi, de ce que je vous ai dit de votre mère, de votre père? .

— Greluche m'a élevé, Greluche est mon meilleur ami, je ne lui ai rien caché,

Mardoche réfléchit un instant et dit :

— Vous avez bien fait,

— Je vais vous faire mes adieux en vous quittant, Mardoche, reprit Eds mond ; n'avez-vous plus rien à me dire, aucun conseil à me donner ?

— Pensez à Blanche.

— Oh! vous n'avez pas besoin de me faire cette recommandation, dit le jeune homme avec exaltation, son image chérie est dans mon cœur pour n’en sortir jamais !

— Et vos habits qui sont restés dans la maison du berger ?

— Je les retrouverai, quand une lettre de vous me rappellera à Frémicourt, répondit Edmond en souriant. Hev reusement, j'on ai d'autres,sans quoi j'eusses été embarrasé pour venir ici avec ceux du berger, qui ne sont pas précisément ajustés à ma taille, Ils sont dans ce paquet, que j'ai posé là, Mardoche ; vous voudrez bien vous charger de les remettre à leur propriétaire ou tout au moins à la place où nous les avons pris hier.

— Bah ! vous avez pensé à les rapporter : c’est bien, je les mettrai sous mon

MERE AT ee PU EE ue IE NU — Mardoche, s'il arrivait quelque chose au Seuillon, vous m'écririez ? — Oui.

— Vous me promettez bien de dire à Mile Blanche … . — Que vous l’aimez, que vous penserez à elle et que vous reviendrez. — Au revoir, Mardoche, au revoir, à bientôt !

— Oui, à bie -tôt !

Jis s'embrassèrent.

Edmond reprit le chemin de Saint-Irun.

Mardoche était retombé sur sa pierre, le visage caché dans ses mains.

Il pleurait.

Edmond ne lui avait point parlé de la lettre de Marianne Sudre, ni de la révélation qu'elle contenait, complétée par les souvenirs de Jérôme Greluche,

Après y avoir sérieusement réfléchi, il avait éte convenu entre Edmond et sen père adopt f qu'on ne ferait pas cette grave confidence à Mardoche.

En rentrant chez lui, le jeune homme trouva Greluche en train de donner un coup de vergette aux costumes de ses chères marionnettes. Debout sur la cheminée, adossés au mur et l’un près de l’autre, le petit Rigolo et Polichinelle, les deux inséparables, tantôt amis, tantôt ennemis,avaient l'air de se faire des grimaces en se regardant de travers.

— Ne te dérange pas, dit Edmond.

— Quand partons-nous ? demanda Greluche.

— Demain.

— Bravo? Abprès-demain nous serons à Arfeuille.

— Et ensuite à Paris.

— Ïl y à une lettre pour toi ; j'oubliais de te le dire.

— Une lettre ? fit Edmond avec surprise, Je n'ai écrit à personne ; à l'exception de Mardoche, nul ne sait que je demeure ici: qui done peut m'écrire !

Il prit la lettre et, d'une main impatiente,déchira l'enveloppe.

Il courut à la signature.

— Blanche ? exclama:t-il.

Transporté, fou de joie, le regard rayonnant, il bondit au inilieu de la chambre,

— Oh ! elle n'écrit, disait-il dans l'ivresse de son délire,

Son cœur battait à se briser, Le bonheur l’étouffait.

Enfin, devenu plus calme il put lire.

Ta lettre de Blanche était ainsi conçue :

‘“ Monsieur,

“ Je vous ai promis une réponse ; je vous la dois en reconnaissance des sen ‘“ timents que vous m'avez exprimés.

“ Si j'étais heureuse, riche, si j'avais le droit d'aimer, sûre de votre cœur et “ de votre loyauté, pleine de confiance, j'associerais mon existence à la vôtre. “ Mais je ne suis ni heureuse, ni riche, et je n’ai pas le droit d'aimer.

“Je ne veux rien vous cacher, monsieur, à vous j'oserai le dire : Je ne suis “pas la fille de M. Jacques Mellier, Mon père se nomme Jean Renaud, et ce ‘ nom, que vous connaissez peut-être, nous sépare à jamais.

‘ Adieu, monsieur, adieu ! Oubliez-moi,

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