‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 75 sur 109 · EP QE · texte numérisé non relu

EP QE

Se

avait une autre idée. Ayant jugé que le pauvre petit être était assez fort pour supporter la fatigue du voyage, il prit un soir la diligence, dont il avait loué toutes les places du coupé, et se rendit à Reiris par correspondances, Il ne s'arrêta dans cette ville que le temps nécessaire pour trouver une voiture qui le conduisit à Chevrigny, chez Marianne Sudre, Nous savons ce qui se passa entre celle-ci et Germain.

Le lendemain il était de retour à Paris.

Trois jours après ce qui avait été convenu entre lui et le comte, au sujet des rentes à servir, était exécuté, Le sort de la veuve Sudre, et autant que possible celui du petit Edmond, étaient assurés.

Le comte quitta Paris, sans dire à personne où il allait, pas même au concierge de l'hôtel. Toute sa maison la suivit à l'exception de Firmin, qui renonçait à porter la livrée,

Mariette lui avait écrit que, ne pouvant plus rester à Arfeuille, elle allait revenir à Paris où ils pourraient enfin se marier si, lui, Firmin, était toujorus dans l'intention de l'épouser.

M. de Bussières, pour sé faire oublier tout à fait, et croyant pouvoir aussi, loin de Paris, trouver la tranquillité que le trouble de sa conscience lui enlevait, avait pris la résolution de s’expatrier, sinon pour toujours, du moins pendant quelques années.

C'est en Suisse, au bord du lac de Genève, dans une maison près de Lau. sanne, achetée depuis environ deux mois, qu’il s'installa avec son enfant, la nourrice et les trois domestiques qui l'avaient accompagné.

Le comte, dans sa solitude, ne songea plus qu’à son fils et ne vécut absolu. ment que pour lui et par lui. L'éducation du jeune comte fut déplorable sous tous les rapports. Jamais enfant ne fut plus maladroitement et plus malheureusement gâté. [Il ÿ avait peut-être en lui les germes de quelques helles qualités, mais les mauvais instincts et tous les défauts de l’enfance se développerent avec une telle rapidité, qu'ils étouffèrent tous les bons sentiments qui auraient pu naître dans son cœur,

Il fallait que tout pliât sous sa volonté ; il devint pour ceux qui l’entouraient, pour son père lui-même, un véritable despote. Il était colère et affreu sement méchant ; il frappait quiconque osait lui résister ou lui faire seulement une observation,

Dans sa tendresse aveugle, insensée, le comte s'obstinait à ne rien voir.

Quand, bien des années plus tard, il s’aperçut des tristes résultats de sa faiblesse, il n’était plus temps, hélas ! de remédier au mal, La gangrène était au cœur de son tils.

Pour ne point se séparer de lui, à dix ans il lui donna un précepteur, indépendamment de plusieurs autres maîtres. Précepteur ev professeurs devinrent les souffre-douleurs, les esclaves de l'élève indocile, qui ne put voir en eux que des ennemis, Ceux-ci n'avaient ni le droit de le punir, ni même celui de le réprimander. Il leur jetait ses cahiers, ses livres à la tête, leur crachait au vi. sage, les battait, sans qu’il leur fût permis de lui administrer les corrections qu'il méritait.

Le comte dut changer plusieurs fois de précepteurs et de maitres, si souvent, qu'il finit par ne plus pouvoir en trouver. C’est évidemment ce que le jeune Guntran désirait.

Comme bien on pense, il n’apprit rien ou presque rien. Ignorant, et avec cela hautain et orgueilleux, sans compter ses autres défauts, dont un seul eût

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La comtesse fut sauvée. Après une douloureuse maladie de plus de sept mois, les médecins la déclarèrent hors de danger. Si la maladie avait été longue, la convalescence le fut bien davantage, Peu à peu les forces physiques lui revinrent ; mais la violence du choc reçu avait occasionné un grand désordre des facultés intellectuelles. F appé en même temps que le corps, le moral fut plus cruellement atteint,

La comtesse n’était pas folle, mais une lésio Elle avait complètement perdu la mémoire,

Pauvre mère ! n’était-ce pas un bonheur pour elle ?

Les médecins le pensèrent, Mais leur devoir est de guérir, Sans se préoccuper de ce que l'intéressante malade aurait à souffrir le jour où elle retrouverait la faculté du souvenir, ils ne perdirent point courage et appelèrent successive. ment à leur secours toutes les ressources de la science pour trouver la guérison.

Quand ils jugèrent que le moment ét

n grave existait dans son cerveau.

ait favorable, ils aidèrent eux-mêmes la mémoire de la malade ; mais 1ls le firent progressivement et avec des précautions extrêmes, tellement ils craignaient de provoquer une commotion, qui aurait pu aggraver le mal au lieu de le guérir,

Un jour la comtesse se trouva en présence de la vé

Elle éclata en sanglots, Sa douleur fut immer phaient ; leur malade était guérie,

La cntesse crut ce que tout le monde croyait.

On jui cita plusieurs foits semblables. Quelques années auparavant, un loup, s'étant introduit dans une maison d’un village de la Charente, n’avait.il pas

enlevé audacieusement un enfant âgé de près d’un an, qui dormait dans son berceau ?

rité tout entivre, ise, Mais les médecins triom-

Elle apprit que le comte de Bussières avait quitté Paris, probablement la France, et qu’on ignorait absolument dans quel pays de l’ancien ou du nouveau continent il avait fixé sa résidence,

La malheureuse femme n'avait plus d'espérance en se monde : mais il lui restait la foi. Elle chercha la consolation, un refuge dans la prière et ouvrit Son cœur à l2 charité, Elle résolut de consacrer tous ses revenus en bonnes œuvres. C’est alors qu’elle commença à fonder des écoles, à faire des cadeaux à, toutes les églises de la contrée et à répandre le bien-être et l’aisance autour d'elle,

Les enfants furent l’objet de toute sa sollicitude leur mère,

Pendant que la comtesse consacrait

; elle devint leur protectrice,

ainsi sa vie au soulagement et au bonheur des autres, le comte voyageait à travers l’Europe en compagnie de son fils,

Le vicomte Gontran avait vingt ans lorsqu'ils revinrent à Paris où les attendait le fidèle Germain, devenu le factotum de son maître

Le vieil hôtel, depuis si longtemps fermé, pr qu'il n'avait jamais eu.

M. le vicomte Gontran, à qui son père ne savait rien refuser, eut ses tements à lui, ses gens, ses chevaux, ses voitures.

M. de Bussières avait fait, depuis dix-huit ans, des économies forcées, viron quinze cent mille francs ;ÿ — il eut la malheureuse idée de faire don fils de cette fortune,

e vicomte, se trouvant riche et libre, échappa bien vite à la tutelle de son,

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père ; il se lança étourdiment, follement, dans le tourbillon malsain et plein de dangers de la vie parisienne. ne l

Il se fit bientôt remarquer par son existence bruyante, déréglée, sans frein il tomba dans tous les désordres et se livra à des excès honteux.

Il n’avait pour lui que son orgueil et la morgue insolente de l'homme ricl, et titré. Il méconnut ce qu'il devait à son père et n'eut pour lui ni la reconnaissance, ni le respect que le comte avait le droit d'attendre, M. de Bussières, effrayé, crut devoir lui faire des observations un peu sévères sur sa conduite, Il était bien ten:ps !

M. le viconte l'écouta assez patiemment ; mais, comme pour le narguer, dés le lendemain, il courut à de nouvelles extravagances, à d'autres excès ; c'était un redoublement de folie. Le comte hasarda encore quelques reproches ; cette fois, le jeune homme oublia toute retenue , audacieusement impertinent, il rit au nez de son père ; il ne craignit même pas de lui reprocher la tendresse et les ridicules faiblesses qu’il avait eues pour lui. hu

— J'agis à ma guise et selon ma volonté, ajouta-t-il : si je fais mal, c’est votre faute, Je ne veux recevoir de remontrances de personne,

Le comte trembla de colère et ne put que prononcer ce mot, en montrant la porte à son fils :

— Sortez !

Le comte venait d'être frappé au cœur. Un coup de poignard ne l'aurait pas atteint plus cruellement. La plaie devait rester saignante. A mesure que si folle tendresse pour Gontran allait diminuer, il allait sentir le remords grandir en lui, jusqu’au jour où son cœur serait impitoyablement, decuiré comme par des griffes de fer.

Il avait tout sacrifié à son fils ; pour son fils il avait fermé son cœur et son âme à tous les autres sentiments, il était descendu à jouer un rôle indigne, il n'avait même pas reculé devant une monstruosité, un crime lis

Pour le châtier, Dieu se servait de son fils. en.

Il s'était dévoué pour son fils, l'avait aimé avec passion, avec frénésie, et son fils n’avait pour lui ni resonnaissance, ni affection, ni respect, son fils ne l’aimait pas !

Certes, le comte méritait une punition ; mais être flagellé par la main de son fils, quel supplice horrible ?

Il y eut encore entre eux plusieurs scènes très-violentes, à la suite desquelles le vicomte quitta l'hôtel de la rue B2llechasse et s'éloigna tout à fait de so

\ père. .

Ce que le comte eut à souffrir avant d’en arriver à ne plus aimer son fils, ce qu’il souffrit après, surtout, onfne saurait le dire. Ce fut épouvantable E=

Désillusionné du côté de son fils, et complètement débarrassé de ses terribles diables noirs, il jeta un regard craintif sur le passé. Alors, seulement, il eut honte de ce qu'il avait fait ; il se fit horreur à lui-même, Il raisonna, reconnut ses torts, sa folie, et des regrets cuisants vinrent augmenter la torture infligée par les remords. :

Il voulut savoir ce qui se passait à Arfeuille. German, admirabiement ren seigné, put le satisfaire. Il lui raconta l’histoire de la contesse depuis lenle ement de son fils ; c'était la vie exemplaire d’une sainte et d’une martyre. Germain ne chereha pas à cacher à son maître son admiration et son enthousiasme pour la comtesse. Il savait le noble emploi qu’elle faisait de sa fortune, et il la montra au comte superbe de dévouement et de charité chrétienne, vénéie; adorée dans le pays, faisant naître partout, autour d’elle, la joie et le bonheur.

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Des doutes sérieux s'élevèrent dans l'esprit du comte touchant la culpabilité de sa femme, Ces doutes devinrent son plus cruel tourinent,

Alors il lui vint la pensée honnête de rendre à la comtesse l'e avait volé. 11 obéissait à une des voix de sn conscienc sement :

‘Ni tu veux que Dieu te prenne en pitié, le mal que tu ns fait, ”

Il avait dû penser souvent à ce second fils victime de son égarement et de sa barbarie ; mais, ayant exigé que Germain ne fui parlât jamais de lui, il ignorait absolument ce qu'il était devenu.

Un jour il interrogea le serviteur.

Dès les premiers mots, celui-ci

Le comte comprit qu'il y avait tout savoir,

Germain lui apprit que Marianne Sucre morte depuis plus de deux ans cette époque,

— Je suis allé à Chevrigny, continua ( obtenu que de mauvais renseignements, M, Edmond est parti pour faire un voyage de quelques mois, peu de temps avant la mort de Marianne, et depuis on n'a plus entendu parler de lui. L'opinion de toutes les personnes que j'ai vues à Chevrigny est que le malheureux n'existe plus. Sans cela - disent-elles, — il serait revenu dans le pays où il n’a que des amis, Je pense comme eux, car depuis deux ans les termes de sa pension n’ont pas été réclamés et attendent chez le notaire, ‘

nfant qu’il lui e qui lui criait impérieu-

répare, autant que possible, tout

pâlit, poussa un soupir et baissa la tête.

là un nouveau malheur our lui, Il voulut |

, à qui il avait confié l'enfant, était , et que le fils de la comtesse avait disparu depuis

rermain ; malheureusement, je n'ai

Je voulus savoir pourquoi il avait quitté Chevrigny et où il était allé, poursuivit Germain ; on ne put me le dire. Cependant, une paysanne du nom de Violet lui avait écrit pour lui annoncer la mort de Marianne, en même temps qu'elle lui envoyait une longue lettre écrite par sa mère adoptive quelques jours avant sa mort. Mais il lui fut impossible de se rappeler l'adresse que portait la lettre de Marianne et qu'elle avait copiée sur l’enve!oppe de la sienne.

Je fis chercher et Je cherchai moi-même dans la maison de Marianne, espérant découvrir une lettre de M. Edmond qui, en me disant le motif de son voyage, aurait pu me conduire à des renseiguements certains sur son sort. Je ne trouvai rien, Hélas ! selon toutes les probabilités, le malheureureux enfant est mort !

Le comte était attervé. I] recevait successivement des coups également terribles,

Le poids d’une justice inexorable pesait sur lui, Cette pensée qu'il avait arraché à sa mère, zondanné, sacrifié, pouvait être ] nait sans cesse ; elle remplissait son âme de terre dans tout son être des frissons d'horreur,

Après les angoisses et les atroces souffrances de la jalousie, il connaisait enfin celles du remords. Le malheureux, désespéré, en proie à des fureurs sans nom contre lui-même, se tordait comme un damné,

Il n'avait plus d'enfants, plus de famille, plus d'amis ; il se trouvait seul, Sans consolateur, sans soutien, livré à ses effroyables pensées qui le 2 ngeaient et versaient goutte à goutte dans son cœur ulcéré un poison mortel, Il avait Pris le monde en haine, il eut le dégoût de la vie. T/idée du suicide lui vint. La pensée de Dieu et un vague espoir d'être pardonné l’arrêtèrent au bord du dernier abîme. Alors il songea à racheter le passé,

, que l'enfant e sien, lui reveurs lugubres et faisait passer

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Un jour, après avoir donné à Germain les pouvoirs nécessaires pour gér ses biens en son absence, 1] quitta la France.

Il entreprenait cette série de longs voyages à travers les mondes, dont le dernier, à Cuyenne, le mit en présence de Jean Renaud et d'un dévouement sublime à récompenser,

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