‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 76 sur 109 · XIV —L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

XIV —L'AVEUGLE

Un jour, une femme aveugle et un enfant d'une douzaine d'années, qui la conduisait, traversérent le village d’Arfeuille, se dirigeant vers le château.

A en juger par son linge très-blunc et son costume de paysanne aisé cette femme aveugle ne pouvait être une pauvresse, Son guide était auss! vonvenblement habillé.

Pour coiffure, la femme avait une sorte de culotte noire qui lui cachait la tête tout entière et la moitié du cou, Elle portait en outre, sur le front, un large bandeau de soie noire, lequel descenduit jusque sur les yeux. Cette pièce de soie, de même que ln calotte, devait cacher une cicatrice ou quelque pluie horrible, Du reste, une ligne noire, creusée au-dessus des yeux sans regard, à la place des sourcils disparus, était à ce sujet une révélation.

L'aveugle et son guide étant arrivés devant le château, l'enfant sonna à une porte de service.

Au bout d'un instant une femme vint leur ouvrir

— Que désirez-vous ? demanda:-t-elle d’un ton affable.

— Je vondrais voir Mme la co: ‘esse, répondit l'aveugle.

— Si c'est un secours que vous « inandez, je vais vous conduire à la sut Sainte-Reine, elle remplace Mme la comtesse.

— Non, non, dit vivement l’aveugle, ce n’est pas un secours que je sollicite, mais une grande grâce que Mine la comtesse seule peut m'accorder.

— Alors, c'est différent. Entrez et asseyez-vous là, sur ce banc ; je vais faire demander à Mine la comtesse si elle peut vous recevoir.

La femme s’éloigna rapidement, Elle revint au bout de quelques minutes, disant :

— Mme la comtesse vous attend, venez,

L'aveugle et l'enfant suivirent la domestique.

Celle-ci les introduisit dans un grand salon carré tendu de noir : les canapés les fauteuils, les chaises étaient couverts de housses noires ; dans le fond de la pièce, un grand christ d'ivoire était attaché à une croix d’ébène ; au pied du Christ, on voyait un prie-Dieu également en bois d’ébène, Debout, au milieu de cette pièce lugubre, Mme de Bussières, vêtue comme une veuve en grand deuil, ressemblait à une statue de marbre noir ; elle n'avait pas cessé, depuis plus de vingt ans, de porter des habits de deuil.

La figure de la comtesse, d'une pâleur mate, et l'image d'ivoire du crucitié ressortaient vigoureusement au milieu des tentures noires. .

Sur un signe de la comtesse, la domestique se retira.

Alors Mme de Bussières s’approchu de l’aveugle, lui prit la main et lui dit avec bonté :

— Vons êtes cruellement éprouvée ; mais rassurez-vous, ne tremblez pas ainsi; tous les malheureux sont mes frères... Venez, ma sœur, venez vous asseoir près de moi, et vous me direz ce que la comtesse de Bussières peut faire

pour vous.

— Quand madame la comtesse de Bussières connaîtra mon indignité, répondit “mgle d’une voix douloureuse, elle me repoussera avec colère et mépris,

et pour! it c'est son pardon que je viens implorer.

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— Mon Dieu, que signifient ces paroles ?

L'aveugle se laissa tomber sur ses genoux et se prit à sangloter,

La comtesse, étonnée et vivement émue, voulut la relever,

— Non, non, s'écria-t-elle avec une sorte d’égarement, cette position est la seule qui convienne à une misérable telle que moi, Ayez pitié de moi, madame la comtesse, ayez pitié de moi, continua.telle en joignant les mains : je vous implore, pardon, pardon !..,

— Mais qui donc êtes-vous pauvre: femme

— Je suis une créature infime, et v trueux,

? Qu'ai-je à vous pardonner ?

IS AVEZ à me pardonner un crime mons-

— Malheureuse, c'est du ati,

“ot: m'épouvantez. .

dans mes souvenirs, je ne vous

"HRUIS DAS,

— Madame la comtesse me re onnaîtra tout à l'heure, nom, Mais qu'elle sache d'abord comment Dieu l'a ve l'a trahie.., Oui, c’est Dieu, le Dieu de justice, le Dieu vengeur qui n'a frappée et châtiée. ., Aveugle ! aveugle !... Na foudre est tomixte sur moi, le feu du ciel a enlevé les cheveux et ln peau de ma tête, à brûlé mon front et éteint pour toujours la lumière de mes Jeux !... Je devais être réduite en cendre, Dieu ne l'a pas voulu, la punition eût été trop douce : il m'a condamnée à vivre avec le souvenir de mon infamie, le remords de mon crime... Une nuit sans fin m'environne ; mais, au dedans de moi, je vois le mal que j'ai fait !...

La comtesse écoutait en frissonnant ; elle ne savait plus que penser,

— Je demeure loi d'ici, reprit l’aveugle, aux environs de Soissons : accompagnée de cet enfant, mon fils, j'ai voulu venir jusqu'ici, madame la comtesse, afin de me jeter à vos genoux et de vous supplier de me pardonner, Oui, j'ai pensé que, me voyant dans l’état où je suis, la compassion, la pitié entreraient dans votre cœur si nob'e, si généreux, si grand, et que vous ne resteriez pas sourde à la prière que je vous adresse, au cri désespéré que je fais entendre et qu’une de vos douces paroles fera monter jusqu’à Dieu.

— Je ne comprends rien à ce que vous me dites, voix frémissante ; au nom du ciel, expliquez-vous, dites-moi qui vous êtes,

— J'ai eu l'honneur d’être autrefois au service de madame la comtesse, répondit l'aveugle ; madame la comtesse m'appelait Mariette.

— Mariette, vous ! s'écrin Mme de Bussières, vous

— Oui, reprit l’aveugle d'une voix entrecoupée, je su fille pour laquelle vous étiez trop bonne, en qui vous reconnaître tout cela, madame la comtesse, la misér: ment trahie,

— Mon Dieu, mon Dieu ?

dire? murmura la comtesse er sueur froide,

Je cherche en vain

quand je lui dirai mon ngée d'une misérable qui

répondit la comtesse d’une

êtes Mariette ?

is Mariette, je suis cette aviez confiance... Pour able Mariette vous a lâche-

qu'est-ce que tout cela signifie ?

Que veut-elle 1 passant sa main sur son fr

‘ont mouillé d’une

Vous venez me demander pardon, coutinua-t-elle :

vous le donne ; mais encore faut-il que je sache Vous m'avez trahie,

fait ?

eh bien, ce pardon, je ce que j'ai à vous pardonner.

dites-vous, Pourquoi? comment? Quel mal m'av Je ne me rappelle rien, Allons, levez-vous, vous vous mettr fauteuil, je vous écouterai, vous me direz tout.

- Non, madame la comtesse, laissez-moi ainsi.

ez-vous ez là, dans ce

C'est à genoux devant vous

on repentir, que je veux faire ma confession.

— Faitss done comme vous le voulez, dit la comtesse, vous pouvez parler,

yeux étincelants, la poitrine haletante.

Là) \ Q , Q .

Tout à coup, elle poussa un grand cri ets agenouilla en face de Mariette, ses mains tremblantes levées vers le ciel.

L'ancienne femme de chambre n'avait pas fini de parler ; mais la comtesse venait de comprendre. Quelle révélation !

Ainsi, cet enfant, qu’elle avait tant pleuré, on le lui avait volé... Qu'en avait-on fait? Qu'était-il devenu ?

Une foule de pensées se croisaient, se heurtaient dans sa tête. Son cœur bondissait, des larmes inonduient ses joues, son regard avait un rayonnement divin.

L'aveugle s'était interrompue.

La comtesse ne chercha pas à vainere son émotion, mais posant sa main sur l'épaule de son ancienne femme de chambre :

— Continuez, lui dit-elle doucement.

Elle savait, mais elle voulait tout entendre.

Quand l’aveugle cessa de parler, elle lui dit :

— Mariette, je vous plains, je vous plains de tout mon cœur. Votre malheur est affreux ; mais serait-il moins grand, que je ne voudrais pas, aujourd'hui, quand le repentir est entré en vous, vous faire des reproches. Mes propres douleurs m'ont appris à connaitre celles des autres, et depuis longtemps je me suis imposée le devoir, la douce mission de consoler... Vous w’apportez une nouvelle et grande douleur, mais en même temps un radieux espoir. Relevez-vous, Mariette. relevez-vous : vous n'êtes pas la plus grande coupable, la comtesse

É Fed ? 5 ) de Bussières vous pardonne :

L'aveugle et son fils passèrent la nuit au château.

Fe o , \ , , . , . , .

La comtesse n'eut pas à réfléchir longtemps pour découvrir sous l’obsession de quelle pensée son mari avait agi, et le but qu'il poursuivait en lui enlevant

son enfant, Alors elle regretta amèrement de ne lui avoir point prouvé qu'elle bominable intrigue dont Lucien

n'était pas coupable, en lui faisant connaître l'a de Luranne et celle avaient été victimes.

Dans le coffret d'argent elle retrouva la lettre de Lucien et le billet de A, de Luranne. Ces deux papiers aussi disaient son innocence.

Dès le lendemain, Mariette ayant repris le chemin de son pays, la comtesse partit pour Paris.

Ce n’est pas sans une profonde émotion te de ce vieil hôtel qu’elle avait volontair croyait pas devoir rentrer jamais.

Un homme, le portier, qui lui était inconnu, se dressa devant elle avec un air étonné qui signifiait : “ Une femme! Voilà une aventure bien surprenante ”

La comtesse avait jeté les yeux autour d'elle es compris que l'hôtel était à peu près désert,

— Est-ce que M. le comte de Bussières n’est pas à Paris ? demand a-t-elle au portier.

M. le comte est en voyage depuis un an, répondit-il.

La comtesse devint t:às-pâle et chancela.

qu’elle vit s'ouvrir devant elle la porement quitté et dans lequel elle ne

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rtier augmenta, — Ainsi, reprit la comtesse d’une voix oppressée, il n’y a personne à l'hôtel que je puisse voir ?

— Ïl n’y a ici que M. Germain. l’intend

— Ah! Germain ! Germain ! fit la cor

— Je ne sais pas s’il vous receVra, mad qui vous êtes.

— Je suis la comtesse de Bussières,

Le portier fullit tomber à la renverse,

La comtesse ajouta :

— Allez, mon ani, allez demander bien recevoir la femme de son maître,

Le portier traversa la cour en Courant cor lentement vers le perron. Elle mett

ant de M. le comte, ntesse, je verrai M. Germain.

ame ; mais vous ne m'avez pas dit

à l’intendant de M. le comte sil veut

nme un fou, et la comtesse marcha

ait le pied sur la première marche de pierre lorsque Germain Parut tête nue, le Corps ployé en deux. La comtesse passa devant jui en disant : — Venez.

Et elle entra dans le salon.

Germain la suivit, gardant son attitude humble et respectueuse,

— Germain, dit-elle d’une voix vibrante, j'ignorais que votre maître fût absent de Paris ; je venais pour le voir, Mais, si vous le voulez, vous pouvez me répondre. . , Germain, vous étiez le complice du comte lorsqu'il m'a enlevé mon enfant...

Le vieux serviteur recula

— Depuis deux jours seulement je sais tout, continua 1 j'oublie et je pardonne, à une condition, cependant : Germ dire, à l'instant même, ce qu'on a fait de 1 je veux que vous me rendiez mon fils !

Germain eut un gémissement plaintif,

— Mon Dieu, mon Dieu ! murmura-til, vous m’ temps.

— J'attends, Germain, j'attends !...

— Hélas ! je ne peux rien vous dire, rien,

Elle lui saisit le bras avec violence,

— Pourquoi, répondez, pourquoi ? s’écria t-elle,

— Ah! je suis désolé, désespéré !.. .

— Germain, tout cela ne me dit pas où est mon fils. Je vous en supplie, et si la prière d’une mère est s: ?s valeur pour vous, je vous ordonne de me rendre mon enfant,,., Je ne sortirh pas d'ici sans savoir où il se trouve ; si vous vous

obstinez à garder le silence, eh bien | Malgré qu’il m'en coûte, je m'adresserai aux tribunaux, Je veux mon fils, je veux mon enfant, je veux mon enfant !..

— Madame la comtesse, je n’ose pas vous dire...

— Osez tout, Germain ; parlez, parlez !

— M. le comte, vous ne devez pas l’ignorer, M. le vicomte,

— On m'a caché bien des choses, sans doute ; toutefois, j'ai eu la douleur d'apprendre que notre fle aîné était peu digne du nom qu'il porte ; les faiblesses de son père lui ont été funestes. Muis l’autre, Germain, l’autre ?

— M. le comte a voulu vous le rendre, madame la comtesse, il l’a voulu, je vous le jure ! Oui, désolé de voir M. le vicomte répondre si mal à sa tendresse,

à tout ce qu’il avait fait pour lui, il vous aurait rendu votre fils. Ah! il est bien puni, bien puni,,, car maintenant, il doute,

avec épouvante,

& comtesse ; mais ain, vous allez me non fils, vous allez me dire où il est ;

avez fait vivre trop long-

à eu beaucoup à se plaindre de

nie rmnbierhne PM a

— De quoi doute-t-il, Germain ?

— Je ne peux pas dire cela à madame la comtesse, M. le comte a cru...

— Que je l’avais trompé et que cet enfant...

— Hélas ! oui, madame la comtesse.

— Alors il doit bien souffrir.

— Comme un damné.

— Pourquoi ne m'a-t-il pas rendu mon fils ?

— Hélas ! il ignore ce qu’il est devenu.

La comtesse poussa un cri déchirant.

— Mort! mort! prononça-t-elle d’une voix rauque.

Et elle s’affaissa sur un fauteuil.

Germain soupira et baissa la tête.

Au bout d’un instant, la comtesse reprit d’une voix étranglée :

—- Germain, voudriez-vous chercher à me tromper ? Non, non, vous ne me dites pas la vérité !

— Ah! cela n’est que trop vrai, reprit-il avec des larmes dans la voix ; malgré toutes mes recherches, je,n’ai pu découvrir ce qu’est devenu le fils de madame la comtesse.

Mme de Bussières ne put se contenir plus longtemps ; elle éclata en sanglots.

— Il. me semble que je le‘perds une seconde fois ! s’écria la pauvre mère. Germain, dites-moi tout ce que vous savez sur l'existence et la mort de mon malheureux enfant.

Le vieux serviteur obéit. Il raconta à la comtesse l’histoire de son fils depuis la nuit de l'enlèvement jusqu’au jour où, ayant quitté Chevrigny pour faire un voyage, on n'avait plus entendu parler de lui.

Quelques heures plus tard, la comtesse de Bussières quittait Paris où elle n'avait plus rien à faire. Mais avant de retourner à Arfeuille, où plus que jamais elle allait vivre dans la solitude et la douleur, elle se rendit au village de Chevrigny.

Elle vit la femme Violet et quelques autres personnes qui, toutes,.lui firent les plus grands éloges de celui qu’on appelait Edmond. On lui confirma en même temps les paroles de Germain.

— Bien sûr. il est mort, lui dit-on, sans cela il serait revenu.

F De nouvelles années s’écoulèrent. La "comtesse n'était plus sortie de son “château ; elle n’avait plus cherché à revoir son mari qui, du reste, ne faisait,à Paris, qu’une courte apparition, au retour de ses voypges.

De loin en loin, Mme de Bussières se faisait donner des renseiguements sur l'existence de plus en plus déplorable du vicomte son fils.

Toujours de nouvelles et profondes blessures faites à son âme !

Elle apprit que le malheureux, poussé par un vertige étrange, affolé de plaisirs, sacrifiait tout à ses passions,se traînait duns toutes les fanges et descendait un à un tous les degrés de la dégradation.

Souvent, poursuivi par des créanciers impitoyables, il en était réduit, pour leur échapper, à se réfugier dans un galetas. — Alors, par son ordre, et sans se faire connaître, l'intendant de la comtesse venait au secours du vicomte, payait ses dettes, après quoi celui-ci reparaissait plus brillant et plus fou que jamais sur le théâtre de ses exploits, se livrant sans vergogne à des saturnales sans nom, à tout ce que l’abjection a de plus hideux.

En sept ou huit ans, la comtesse donna ainsi à son fils plus d’un million. Son ‘immense fortune lui permettait, heureusement, de venir au secours du prodi-

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LA MALÉDICTION D'UN PÈRE Re

516, Sans que pour cela les malheureux en souffrir,

Le vicomte devina certainement le nom de cette providence m venait toujours à temps le sauver d’un désastre Spouvantable, d pu se tirer que par le suicide, dernier acte de folie qui semblait devoir couron. ner les extravagances et les insanités de son horrible vie, Mais jamais le misérable n'eut seulement la pensée de remercier sa mère et de lui faire une visite,

Hélas'quand l'âme est OTrompue et que les passions honteuses ont pourri le cœur, qu'est-ce que l’ingratitude à côté des autres vices ?

Etait-il retenu par les sentiments de son indignité, de sa honte? Non. Le vicomte n'avait plus aucun sentiment, A peine lui restait-il l'instinct de la brute, Il était devenu une curiosité physiologique, un monstre de la plus af. freuse espèce, Il n’aimait pas son père, camment auraitil pu aimer sa mère ? Il s'était peut-être aimé lui-même ; mais, maintenant, il n’aimait plus rien, plus rien que les sensations brutales des sens,seules capables de lui faire sentir qu'il vivait encore,

Le comte de Bussières était revenu à P il l'avait déclaré à son ani, M. Nestor D un nouveau voyage outre mer, F part, sinon la consolation, mais s décidé à ne plus s'éloigner de !

étrangère,

Un jour,la comtesse re

“ Madame la comtesse,

dont elle était la protectrice eussent à

Ystérieuse qui ont il n'aurait

aris depuis plusieurs mois. Comme umoulbn, il renonçait à entreprendre atigué, brisé, usé, n'ayant pu trouver nulle eulement un adoucissement à sa peine, il était à France. Il ne voulait Pas mourir sur une terre

ut une lettre, Elle était signée : comte de Bussières. — écrivait-il, — je crois devoir vous apprendre que “le vicomte de Bussières, notre malheureux fils, à cessé de vivre. Les excès “l'ont tué ; il est mort de sa vie; et assez tôt, comme Je l’espérais, pour n'avoir “pu déshonorer tout à fait le nom de ses ancûtres.

# Hélas! c’est cruel à dire, cette mort n’est pas un malheur, J'ai appris in.

‘ directement ce que vous avez fait pour lui depuis que, complètement désillu- “sionné, j'ai dû l’'abandonner à son triste sort. Ni votre main ni la mienne ‘ne pouvaient l'empêcher de rouler jusqu’au fond de l’abîme.

“Sa mort le délivre de lui-même, c’est un exemple funeste qui profitera “peut-être à d’autres —je veux parler ici des pères plus encore que des fils “cette mort, enfin, est mes yeux une grâce que Dieu nous accorde, ”

Après la lecture de cette lettre, la comtesse s’enferma dans son salon noir et 3 passa toute la journée en prières,

Le lendemain, par le deuil,

Quinze jours plus tard, un dimanche, un cabriolet, venant de Clamecy, s'ar. rêta devant le château. Deux hommes mirent pied à terre,

— Vous nous attendrez à l'auberge, dit le plus âgé des deux hommes, au conducteur de la voiture ; dans le cas où nous serions retenus à Arfeuille, vous retonrneriez seul à Clemecy après avor déjeuné,

— C’est compris, bourgeois.

.. — J'éprouve une sensation extraordinaire, qui me passe en travers du corps, dit ie plus jeune des deux hommes, parlant bas à son compagnon ; mon cœur bat avec une telle force qu'il me semble prêt à se détacher.

— Allons, allons, fit l’autre en souriant, rassure-toi, tu n’as rien à craindre, Mais au contraire, beaucoup à espérer.

— Ce château est vraiment beau.

— Je t'avais prévenu. Moi, je lui trouve un aspect plus sombre et plus

son ordre, les domestiques et employés du château prirent

triste encore qu’autrefois. Il a vierlli, sans doute; mais comme il est délabré, on dirait qu’il va tomber'en ruines. Ce serait dommage :

— Oui, pour tous ceux qui ont encore le culte des grandes choses du passé Mais quel silence !

— Cela ne m'étonne pas, c'etait ainsi autrefois.

— Quelque chose de glacial me passe maintenant dans les membres.

— Un sourire de Mme la comtesse de Bussières te réchauffera. Viens.

Edmond suivit Jérôme Greluche, qui alla sonner à la porte d'entrée,

Ils attendirent un instant. Un pas lourd résonna sur le pavé de la cour, puis la porte s’ouvrit et ils se trouvèrent en face d’un vieillard à cheveux blancs, vêtu de noir, ayant un crêpe autour de sa casquette de velours.

L'homme du château regarda le visiteur et s’écria tout à coup :

— C’est l’homme aux marionnettes !

— Ah! ce bon monsieur Bricard, il m'a reconnu tout de suite, fit gaiement Greluche. C’est moi, vraiment, monsieur Bricard, Jérôme Greluche, l’homme aux marionnettes en chair et en os.

— Et toujours gai ?

— Toujours... comme quand je faisais rire tout le monde ici, même Mme la comtesse,

— On a souvent parlé de vous au château, monsieur Greluche, et on à regretté plus d’une fois de ne plus vous y voir. Tou‘ours de la tristesse, c’est monotone, Je ne parle pas pour moi, qui suis vieux : nais il y a les jeunes, qui ont bien le droit de rire un peu. Est-ce que v1'° venez avec vos marionnettes ?..

— Non, mon bon monsieur Bricard ; il s’est trouvé que nous passions dans le pays, et j'ai pensé que, en souvenir du bon accueil que j'ai toujours trouvé au château d’Arfeuille, je devais faire une visite à Mme ia comtesse,

— Ah! vous n'avez pas vos petits bonshommes ; mais vous les auriez que ce serait la même chose, monsieur Greluche. On ne pense guère à la joie au château, allez, et vous n’anriez pas même le droit d’égayer les petites filles de l’école.

Greluche devint pâle comme un suaire.

— Mon Dieu, fit:il avec anxiété, vous portez le deuil, monsieur Bricard, estce que madame la comtesse 7...

__ Oh! Dieu merci, notre chère maîtresse se porte aussi bien que possible.

— Ah! je respire, s'écria Greluche en poussant un soupir de soulagement.

Edmond écoutait silencieusement,subissant à peu près toutes lesimpressions de son père adoptif.

— De qui done portez-vous le deuil ? demand {.e1 ©.

— De M. le vicomte de Bussières, le fils unique re M=: ‘a comtesse.

— Ah! mon Dieu! fit Greluche, quelle douieu. : freuse pour la bonne et digne dame !

— Heu ! heu! fit le vieux domestique, entre nous,M. le vicomte n'était pas un de ces hommes qu’on doit regretter beaucoup. D'ailleurs, Mme la comtesse le connaissait à peine, elle ne l'avait peut-être pas vu depuis près de quarante

ans... Mais c'était son fils, et c’est dur tout de même. Et puis, plus personne, pas d’héritier. Et il y a ici et ailleurs je ne sais combien de millions... A qui iront-ils ? Je n’en sais rien.

—C'est triste, mon bon monsieur Bricard, c’est bien triste,

— Oui, allez. Il y a comme çà des gens riches qui sont plus à plaindre que le plus malheureux des malheureux.

plus chât qui.

teau de ri Gi A pour ment au ch est pl leurs, préser moi ?

sur ur ment, remet:

inême, nous a droit, fera de mains tinée, e néan

blie, pl

e il est délabré,

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1embres,

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é dela cour, puis cheveux blancs, S.

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aite, fit gaiement ‘eluche, l’homme

ici, même Mme

che, et on a reristesse, c’est mu.

a les jeunes, qui vec vos marion-

as passions dans toujours trouvé mtesse,

s les auriez que ière à la joie au s petites filles de

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ien que possible.

de soulagement.

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icomte n'était pas Mme la comtesse près de quarante ais, plus personne, millions... À qui

j é as à plaindre que

tinée, ‘ I] faut lutter, lutter

bli

— Croyez-vous, cher monsieur Bri tesse, voudra bien nous recevoir,

— Vous ne pouvez pas voir Mme ]

— Ah ! pourquoi cela ?

—— C’est vrai, je ne vous ai pas dit qu’elle n’était pas à Arfeuille,

Le visage de Greluche eXprima une vive Contrariété,

— Ah! elle n’est Pas au château ? fit.il.

— Elle est partie Pas plus tard qu'hier.

— Pour longtemps ?

—Je ne peux pas dire. Elle peut revenir dans trois jours, comme dans un mois,

— Et vous ne savez Pas où elle est allée ?

— Si, si, madame Ja Comtesse est allée à P

— Dites-moi, mon bon monsieur dans le cas où on aurait à lui écr

— Certainement.

— Est «e que vous Pouvez me la donner ?

— Vous voulez donc aller à Paris, monsieur Greluche ?

— Nous y serons demain matin.

— En ce cas, vous Pourrez voir Bellechasse, à l'hôtel de Bussières,

— Vous êtes mille fois bon, plus qu'à vous prier de nous exc

— Par exemple, vous n'allez château pour vous refraîchir qui est avec vous.

— Non, merci; mon COMEagnon et moi ne c teau en l'absence de Mme la comtessse,

— Mais Madame la Comtesse vous connaît, et elle ne trouvera pas mal...

— N'importe, cher monsieur Bricard ; pour le moment nous n'avons besoin de rien ; ce sera pour une autre fois. Au revoir.

Greluche et Edmond déjeunèrent à l'auberge,

A une heure ils reprenaient la route de Clamecy. Dans ] pour Monthard, et 1: lendemain matin ils se retrouvaient ment de la rue de la Montagne Nainte-Geneviève,

— J'ai réfléchi, dit Edmond à Greluche ; j'avais consenti à t au château d'Arfeuille : mais je n'irai point avec toi à l'hôtel de est plus Convenabie, connaissant la comtesse, que tu t'y présentes seul : d'ail leurs, si elle à désiré me voir, c’est à son château qu'elle voulait que je lui fus: présenté et non à l'hôtel du comte de Bussières, Et puis, qu'ai-je À lui dire, Moi? Rien, Son fils est mon pére, diras-tu ; quoi donc le prouve ? Un Souvenir

sur une tombe, Vas, vas, je ne suis toujonrs pour elle qu'un étranger, Décidément, non, il vaut mieux que je ne ]

à voie point, Il n'y a que ces papiers à lui remettre, un souvenir pour elle : tu rempliras mieux que moi cette mission, Et même, vois-tu, mon père, tu feras bien de ne pas parler de moi, Aütrement nous aurions l'air, tous les deux, de réclamer quelque chose, Je rai aucun droit, je ne demande rien, je ne veux rien ! Le Fasard m'a fait naître, le hasard fera de moi ce qu'il voudra, Je suis entre ses Mains comme un jouet dans les Mains d’un enfant ; il me brisera, sans doute, Je ne peux rien contre ma des-

sans cesse, dit Mardoche, ” Et après ? la mort,

ivre longtemps. Plus tôt on meurt, plus tôt on oue, plus tôt on cesse de souffrir !

card, que Mme |:

\ comtesse, malgré sa tris.

à comtesse, mon pauvre Greluche,

aris,

Bricard, elle à dû dé-ner ici son adresse 1 9 1re ;

Mme la comtesse : vous la trouverez rue

chez monsieur Bricard, merci, Nous n'avons user du dérangement que nous ävons causé. :

PAS Vous en aller comme Ça, Sans être entré au A Mangeant un morceau avec le jeune monsieur

roÿons pas devoir entrer au châ- |

à soirée ils partirent dans le petit loge-

accompagner Bussières : il

e néant ! Je ne tiens pas à v

tout s’engloutit, Mme la comtesse de Bussicres pourrait me faire riche... Allons donc, est-ce que j'ai besoin d être riche ? De la fortune, à moi pourquoi faire ? Travailler afin d’être quelque chose, pourquoi faire encore ? Je n'ai plus à la mériter, je n'ai plus à penser à elle, à elle si gracieuse, si bonne, si belle, si parfaite, à elle, la fille de Jean Ikenaud, l’assassin de mon père !

Je ne veux rien; Greluche, mon père, je ne veux rien... Grois-mot, ne nous mettons pus dans la situation d’être obligés de refuser une aumôûne, | — Mo fils, rép ndit Greluche, je ne veux rien que tu ne veuilles ; J'irai seul à l'hôtel de Bussières, Cepencant, si la comtesse me parle de toi, je serai bien forcé de lui répanctre,

— Soit, mais is lui bien, surtout, que je ne demande rien.

Après quelques heures de repos, Jérôme Greluche mit son costume le plus convenab'e «t sortit pour se rendre à l'hôtel de Bussières.

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