‹ La Maltéide; ou, Le siége de MalteChapitre 8 sur 8 · SUR CE POEME, ETC. HT · texte numérisé non relu

SUR CE POEME, ETC. HT

» pensëes justes , réloignement de toute afifi^terie et de

» mauvais goût , suffisent pour faire réussir un ouvrage ,

» là Mahëide doit prétendre à des succès. L'auteur a fait

» preuve d'un grand courage en osant entreprendre une

» épopée , dans ce siècle où il ne paraît que dès opuscules.

» Mais on lui doit de plus des éloges pour le talent qu'il a

» montré dans quelques épisodes et dans un grand nombre

» de descriptions, »

Sans examiner jusqu'à quel point le reproche ci-dessus , de trop peu de merveilleux , peut être fundé , on remarquera que la seconde édition de la Maltéide en offre davan* tage que la première , sur-tout au commencement de l'ouvrage ; néanmoins avec réserve ; car des fictions telles qu*il en existe dans certains endroits des poëmes anciens et modernes, ne seraient point admises aujourd'hui pour leur invraisemblance ; on les traiterait de fables absurdes , et le lecteur ne pourrait applaudir à ce qu'une imagination , peu conforme à notre goût, enfanterait d'extraordinaire et d'incroyable. U n'y a que le pouvoir du ciel qui puisse donner une apparence de vérité à des faits surnaturels , parce que , selon toutes les religions , il n'est rien d'impossible au souverain maître de l'univers , au Dieu tout-puissant. Mais ce qui est censé ne point émaner de lui, ne peut être considéré dans un poëme que comme un merveilleux idéal dont le fonds du sujet s'embellit , et n'appartient qu'à des ressorts ou puissances secondaires , qui sont les vices et les vertus : c'est pour cette raison ,sans doute ^ que l'allégorie , de nos jours , sembl^étre préférée aux fables mythologiques des premiers temps. £lle est froide , dit-on , mais que sont autre chose les dieux des anciens ? ne sont>ce pas les vices et les vertus personnifiés , revêtus de corps pour nous les rendre plus sensibles ? Homère [Virgile et d'autres écrivains de l'antiquité, ne les envisageaient probablement que sous ce rapport dans leurs fables. Ainsi , que de& guerriers ^ des héros exécutent une g.rande entre-

ait QUELQUBd MOTS

prise y leurs vertus ou leurs vices y dominent plus ou moins : voilà les dieux des ftndens^ les démons des modernes , enfin nos divinités allégoriques.

C'est l'intérêt qui règne dtns un ouvrage ; ce sont les sî^ tuations des personnages que l'on y fait agir, qui doivent en faire le principal mérite, le tout pourtant orné des charmes du style , soutenu de l'élévation des senlimens , de la force des pensées, du ressort des catastrophes et du mouvement des passions , tell^ que l'amour et la vengeance, qui produisent ordinairement de grands effets. Homère lui« même, si fertile en merveilleux, intéresserait-il autant^ s'il ne nous eut peint que ses dieux se querellant, et dégradant la divinité par les faiblesses qu'il lui prête ? Ces dieux ne sont que des machines qui , à la vérité , servent son poëme dans l'Iliade , mais qui n'en sont pas les beautés les plus remarquables. L'afiront fait à Achille par le superbe Agamemnon ; le ressentiment du premier , qui entraîne la défaite des Grecs ; la mort de Pairocle qui en résulte; ces scènes d'amitié et de désespoir qu'offre le plus cruel, le plus vindicatif des hommes, l'impitoyable Achille; enfin tant d'événemens qui se succèdent Si admirablement , n'en seraient pas moins surprenans , pas moins frappans sans Tentremise des dieux , supposé qu'on p4i les en détacher sans nuire à l'action. Disons plus : on est fâché de voir , d*une part , le généreux et vaillant Patrode , si touchant par son dévouement pour les Grecs, indignement désarmé par Apollon qui, cadié dans un nuage, le dépouille de ses armes , et le livre sans défense à son ennemi pour le tuer. De tels moyens sarnt-îls dignes d'un dieu comme Apollon ? Il semble qu'il y en avait de plus nobles et de plus convenables , pour faire succomber un héros tel que Patrocle. D'une autre part, on voit avec peine le brave, l'intrépide Hector, si intéressant par son amour pour les siens, sur le point de combattre Achille, lâchemeni trompé par Minerve qui , sous la figure de Déi«

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phobe I frère du héros troyen ^ Texciie au combat en le flattant de son aide, et l'abandonne un moment après qu'il est aux prises avec son ennemi. Minerve de plus , en parlant à Hector, fait un mensonge indigne d'une déesse ^ sur tout de la déesse de la sagesse.

On sait que l'épopée étend son domaine au delà du monde terrestre , et que, s'élevant dans son vol jusqu'à des régions imaginaires , elle peut s'abandonner à tout ce que la fiction lui présente pour orner son sujet. Elle crée, invente, elle allie à la vérité des faits souvent mensongers , mais qui par fois contribuent au développement des passions. Dans ce cas, quelque vicieux que fût le merveilleux, il pourrait être réputé bon , en ce qu'il amènerait des situations intéressantes. C''est ce qui est prouvé par les deux passages d'Homère , cités plus haut à l'égard de Patrocle et d'Hector, dont la mort , quoiqu'occasionnée par des moyens indignes de la divinité , produit tant de scènes admirables.

Ce qui vient d'être dit sur le merveilleux dans la fable du poëme , et sur la situation des personnages que l'on a mis en action , est confirmé par un ouvrage moderne , le Paradis perdu de Milton : Adam et Eve, dans le jardin d'Eden , ne nous touchent, ne nous intéressent-ils pas bien plus délicieusement que tous ses anges et ses diables 7 C'est parce que l'essence de ces deux êtres, heureux d'abord et ensuite malheureux , tient de près à la nôtre ; que nous sommes infiniment plus sensibles aux événemens qui peuvent arriver à des créatures d'une condition qui nous est propre , qu'à tout ce qu'on attribuerait à des êtres imaginaires qui^ par leur peu de réalité, de conformité avec nous, ne peuvent que faiblement nous émouvoir.

On en pourrait dire autant de la sultane Elvire , dans le TP chant de la Maltéide , dont la catastrophe déchirante

ai4 QUELQUES MOTS SUR G£ POEME, ETC.

doit exciter un bien plus vif intérêt, que la fiction mise en œuvre pour plonger cette femme dans le dernier des malheurs. Elvire , Adam et £ve se trouvent dans des situations qui appartiennent à des êtres de notre nature ^ et c'est pour cette raison que nous y prenons une part plus intime ; sentiment que ne nous fait point éprouver ce qui n est que purement merveilleux.

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