CHAPITRE IV
Du diagnostic et du pronostic des lésions mammaires
Connaissant l’anatomie de la région qui nous occupes, et les diverses affections qui peuvent l’atteindre, abordons maintenant le domaine chirurgical proprement dit.
Nous ne nous attarderons pas, vu leur rareté, aux blessures accidentelles; les seuls soins antiseptiques nous semblent, en général, suffisants (à moins de larges délabrements qui nécessiteront alors une intervention plus complète). Chez les chiennes de chasse, des blessures pourront être faites par un tireur maladroit, le cas s’est présenté à l’un de nos confrères qui se contenta de nettoyer les petites plaies sans chercher à en extraire les plombs.
Nous ferons entrer dans la catégorie des tumeurs, les noyaux et kystes de la mastite chronique, puisque le traitement est l’ablation. Seulement, il faudra en poser le diagnostic, ou tout au moins, en reconnaître la bénignité.
Lorsqu'un propriétaire nous amène sa chienne pour
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une tumeur mammaire quelconque, en général, la lésion est établie depuis longtemps, et nous ne l’observons qu’à un stade déjà avancé.
Cependant, lors de cas exceptionnels, des animaux, objets de soins très attentifs de leur maître, nous seront amenés pour une néoplasie mammaire débutante. Il ne faudra pas limiter son examen à la seule glande signalée comme malade, mais l’étendre à tout l’appareil mammaire. Pour cela, nous faisons maintenir notre malade en décubitus dorsal et examinons chaque mamelle méthodiquement et sans brusquerie, en palpant l’organe à plat tout en le refoulant doucement sur sa base d’attache. Il est ainsi difficile qu’un noyau un peu dur, même assez petit, nous échappe. Cet examen est complété, obligatoirement, par l’inspection des ganglions axillaires et inguinaux.
Des résultats de cet examen, découlera le mode opératoire : une seule mamelle présente un néoplasme nucléiforme, unique et encapsulé : l’extirpation simple de celui-ci suffira. Maïs si cette mamelle renferme un certain nombre de noyaux roulant mal sous le doigt, il sera sage de procéder à l’ablation totale de la glande. Il faudra procéder de même pour chacune des mamelles suspectes. À ce stade de début, il est rare que les ganglions aient déjà réagi et qu’on soit obligé de les extirper. ‘
Malheureusement, nos malades nous sont présentés lorsque la lésion est depuis longtemps existante, la ou les, mamelles sont alors déformées, hypertrophiées, pouvant présenter un volume énorme et gé-
ner l’animal dans ses mouvements. La première chose à faire, dans ces cas, est de pronostiquer de la malignité de la tumeur, le résultat de l’intervention chirurgicale en dépend beaucoup.
Quel que soit l’aspect du néoplasme, si d’autres mamelles (ou organes) sont aiteintes et les ganglions réagissants, on devra considérer la tumeur mammaire comme cancéreuse.
Nous avons vu dans notre étude précédente que les tumeurs épithéliales et les sarcomes sont fortement adhérents aux tissus profonds et à la peau, on ne peut les prendre à pleine main comme on le ferait pour un lipome. Lorsqu'une néoformation aura ce caractère adhésif, et même en dehors de toute réaction ganglionnaire, on devra la considérer comme maligne.
L’hypertrophie des ganglions est un signe de généralisation possible et devra être considérée comme très suspecte, même pour une tumeur isolée et sans apparence de gravité. Il est vrai que les ulcérations et la nécrose qu’on voit à la surface de certains néoplasmes peuvent, par infections secondaires, déterminer une adénite. Mais on ne tiendra pas trop compte de cette restriction, car, comme nous l’avons constaté dans le chapitre précédent, ce sont surtout les sarcomes et les carcinomes qui s’accompagnent de lésions cutanées.
Dans la diagnose de la tumeur, il faudra tenir compte de l’âge de l’animal et de son état général : le cancer est une affection des vieillards et sa géné-
ralisation entraîne un amaïigrissement symptomatique (cachexie cancéreuse).
Pour asseoir son diagnostic, on pourrait pratiquer une biopsie; cette méthode serait dangereuse, elle est déconseillée en Humaine (LECÈNE et LERICHE) : elle détermine de larges brèches, et exacerberait la généralisation.
En résumé, nous considérerons comme bénignes les tumeurs isolées, bien encapsulées, dont le tégument sera intact et ne s’accompagnant pas d’adénite. Le pronostic en sera d’autant plus favorable que l’animal sera jeune et l’état général florissant.
Nous considérerons comme suspectes les tumeurs adhérant aux tissus avoisinants et dont la peau sera ulcérée, mais ne s’accompagnant pas d’adénite.
Dans tous les autres cas, où la tumeur principale s'accompagne de réaction ganglionnaire et de métastases aux autres mamelles, avec un tissu néoplasique soudé aux couches profondes et à la peau, on devra réserver son pronostic et considérer l'affection comme très grave. Le pronostic sera d’autant plus sombre que l’animal sera âgé et maigre.
Devrons-nous opérer dans tous les cas ?
Nous devrons opérer lors de tumeurs isolées, bien encapsulées et sans réaction ganglionnaire.
Nous pourrons opérer toute tumeur suspecte, c’està-dire légèrement adhérente et s’accompagnant d’adénite peu marquée.
Il sera dangereux d’opérer de vieux animaux, dont
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la malignité de la tumeur ne fera aucun doute et dont les métastases seront établies depuis longtemps. Toutefois, on pourra réséquer certaines de ces tumeurs énormes qui gênent les mouvements de la malade, mais en faisant les dédolations minima.