Scène première
CALLIMACO, SIRO
CALLIMACO. — Siro, ne pars pas: je te veux [auprès de moi] un moment.
SIRO. — Me voici.
CALLIMACO. — Je crois que tu t’es étonné de mon soudain départ de Paris et que tu t’étonnes maintenant de ce que je suis ici depuis un mois déjà sans rien faire.
SIRO. — C’est vrai ce que vous dites.
CALLIMACO. — Si je ne t'ai pas dit jusqu'ici ce que je vais te dire maintenant, Ça n’a pas été que je ne me fie pas à toi: c’est que je juge bon, pour les choses qu’un homme veut garder secrètes, de ne pas les dire s’il n’en est pas forcé. Pourtant, puisque je pense que je pourrai avoir besoin de ta collaboration, je veux tout te dire.
SIRO. — Je suis votre serviteur. Les serviteurs ne doivent questionner
q les maîtres en rien, ni fouiller aucun de leurs faits. Mais quand ils en » el parlent d'eux-mêmes, ils doivent les servir avec loyauté. C’est ainsi que j’ai fait et que je vais faire.
CALLIMACO. — Oui, je le sais. Je crois que tu m'as entendu dire mille fois — et peu importe que tu l’entendes mille et une fois — comment j'avais dix ans lorsque, à la mort de mon père et de ma mère, mes tuteurs m'ont envoyé à Paris où je suis demeuré vingt ans. Parce qu'après dix ans, lors de la descente du roi Charles”, la guerre éclata en Italie et la ruina. Je me résolus de vivre à Paris et de ne jamais retrouver ma patrie, jugeant pouvoir vivre plus en sécurité là-bas qu'ici.
SIRO. — C’est ainsi.
CALLIMACO. — Ayant ordonné qu’on vendfît ici tous mes biens sauf ma
17. Le roi Charles VIII de France attaqua l'Italie en 1494, entreprise qui déstabilisa les États italiens. La pièce se situe donc en 1504 et Callimaco a
trente ans.