‹ La Mansarde des artistes (volume 2)Chapitre 10 sur 19 · AUGUSTE , SCIPION, VICTOR · texte numérisé non relu

AUGUSTE , SCIPION, VICTOR

SCIPION

Toutes mes coui'ses sont finies... J’espère que je n’ai pas perdu de temps ( a Viclor). Eh ! bien, Victor... qu’as-tu donc? tu me parais changé?...

VICTOR

Non, mon ami, je t’assure.

SCIPION, d’un ton de reproche.

Parbleu! j’espère que je m’y connais, {lui prenant le pouls). Ta main est froide, et ton pouls bat comme si tu avais la fièvre... Voyons, d’où souffres-tu? qu’est-ce que tu éprouves?...

VICTOR

Moi, rien... te dis-je.

Comment rien... est-ce que tu n’as pas confiance?..

VICTOR

Si vraiment... mais hier et aiijourd hui, j’ai beaucoup travaillé; et peut-être la fatigue...

SCIPION

C’est cela, un mal de tête... pour te dissiper je t’apporte encore de bonnes nouvelles; car remarquez qu’il n’y a que moi qui vous en donne... chez vous le baromètre est toujours à la tempête et chez moi au beau fixe... Je sors de chez M. la Bernardière, un malade chez lequel mon professeur m’a présenté, bel appartement, et puis, bon genre., une porte-cochère... c’est la première fois que ça m’arrive : tout en causant avec lui... et en donnant ma consultation... je voulus tirer ma tabatière pour me donner un air c.apable, parce qu’une prise de tabac, placée à piopos, donnebiendu poids à une ordonnance; etdansce

mouvement je fis rouler sur son lit le médaillon que Camille m’avait donné à raccommoder... et où est le poi-trait de sa mère ])cint par Victor; à la vue de cette miniature, il fait un geste de surprise, il parait que notre malade est connaisseur ! — Monsieur/qui a fait ce portrait? — Un de mes amis... un peintre distingué. — Et vous avez conuuroriginal? — Oui, monsieur. C’estfrappant, ou plutôt c’était frappant de ressemblance, car la pauvre femme... Je liiiracoutealorsriiistoirede M*®® Bernard , notre voisine et de Camille sa fille, que nous avonsrecuedlie... Pendant ce temps notre amateur ne quittait pas des yeux le portrait... il est vrai que c’est d’un fini ! — Mon cher docteur, m’a-t-il dit, vous et vos amis vous êtes de braves jeunes gens... et si je reviens de cette maladie, ma première visite sera pour vous... Vous entendez bien qu’il en reviendra... je vous en réponds, et j’ai idée que nous avons en lui un protecteur.

AUGCSTE.

Tu crois...

SCIPIOW.

Parbleu!., un homme très-riche, un vieux garçon... son valet-de-chambre qui avait mal aux dents et qui voulait m’attraper une consultation gratuite, m’a raconté toute son histoire... C’est un parvenu qui n’a que des parens fort éloignés et qu’il connaît à peine... il est lui seul l’artisan de sa fortune, et il en a beaucoup ainsi que du crédit. Avec sa protection... je peux me lancer, me faire connaître, et réaliser alors le projet que je médite depuis si long-temps et dont jusqu’ici, mes amis, je ne vous ai pas parlé; mais c’était tout naturel... tant que j’étais étudiant en médecine je ne pouvais pas songer à m’établir; mais maintenant que je suis médecin, que j’ai un état et des espérances, rien ne m’empêché d’épouser celle qtie j’aime... et c’est Camillq.

AUGUSTE, rt part.

O ciel!..

vicTon.

Quoi! tu es amoureux!

SCIPION

A en perdre la tête... vous qui ne la regardez que

comme une sœur;.’- ça vous dtonne... mais moi, voilà longtemps que ça me tient; il ne faut pas croire que la Facnlu; soit insensible. . (ciAugmle, qui ne répond ^rt.v)Eili bien! qu’est-ce qui te prend donc? te voilà comme Victor était tout à l’heure.

AUGUSTE

Moi, mon ami, tu te trompes... je te jure.

SCIPIOW.

Non pas, et voilà que vous m’effrayez , car ça offre tous les caractères d’une épidémie. ( à Kictor., montratit Auguste ) Sais-tu ce qui lui a pris ?

VICTOR

Oui, sans doute... il est comme toi, il aime aussi -Camille.

SCtPIOW. *

Comment ! il se pourrait ?

AUGUSTE

Àh ! mon dieu , oui... je sub le plus malheureux des hommes...

SCIPION

C’est moi qui le suis , moi qui lui enlève sa maîtresse... car je ne puis guère en douter , je parierais que c’est moi qu’elle aime..

AUGUSTE

Oh ! si ce n’était que cela.. Mais c’est que j ’ai idée au contraire que c’est moi quelle préfère... et tu ne vas plusm’aimer , tu vas me haïr.

Moi... peux- tu le penser... je m’en rapporte à son choix.

{En ce moment f'iclor passe entra Augnstaet Scipion , dont il prend la main. ^

(CiPiO:< , bat à Victor et montrant Augutte.

Il faut , comme je l’appréheudc ,

S’il n’est pas payé de retour.

L’aimer encor plus dans ce jour ,

Pour qii’ici l’amitié lui rende Tout ce que lui ravit l’amour.

SCIP^o^.

Eh! bien, Victor ^ qu’en <iis-tu?

VICTOR

Que je suis content; quoiqu’il arrive, il y aura un de mes amis qui sera heureux.

SCIPION

La seule chose qui m’embarrasse maintenant, c’est d’en parlera Camille, je n’oserai jamais.

Ni moi non plus... •

SCIPIOW.

Une meilleure idée,., il faut que ce soit Victor qui parle pour nous.

VICTOR

Moi !

SCIPION

Eh ! oui, sans doute; lui qui n’est pas amoureux... il n’aura pas peur, et puis Usera impartial.

VICTOR , à part.

Ah ! je ne m’attendais pas à ce dernier coup ?

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