‹ La mansarde des artistesChapitre 2 sur 25 · VICTOR, AUGUSTE · texte numérisé non relu

VICTOR, AUGUSTE

( Victor, à gauche du spectateur, est assis prés de son chevalet et travaille ; Auguste , de l'autre célé, son habit à moitié passé , écrit debout sur une partition. )

AUGUSTE

Air d'AméJée de Beaaplan.

Bravo ! m’y voici , je crois :

Sautez , fillettes ,

A ma voix.

D’ici j’entends à la fois Muselles El hautbois.

VICTOR , de l'autre côté.

Ah ! c’en est trop ! je veux briser mes chaînes;

J’y renonce: maudit métier!

Oui , mon travail redouble encor mes peines.

AUGUSTE

Le mien me les fait oublier.

Je liens mon air villageois :

Sautez , fillettes ,

cheminée ; A gauche , un grand tableau sur un cheva-

A ma voix.

D’ici j’enlcnds A la fois Musettes El hautbois.

VICTOR

Quand nous vivons , la gloire fugitive De nous ne s'approche jamais ;

Après la mort seulement clic arrive...

El nos lauriers sont des cyprès.

Je tiens mon air villageois :

Sautez , fillettes ,

A ma voix.

D'ici j’entends A la fois Musettes Et hautbois.

VICTOR

Tu es bien heureux d'être aussi pal... moi , Je n’y tiens plus... je renonce à la peinture, à toutes mes espérances.

AUGUSTE

Toi, qui as du talent... In!, q**» •’ r jour le soutien et la i Jo J -e de î* t.oL .

VICTOR

Hé! qui ledit que j’oi du talent?... quelle oc-

rasion ai-jc jamais rue de me faire rnnnallrc?... qui sait même si jamais elle se présentera?... J'aurais mieux fait de prendre un métier, de manier la lime , ou de pousser le rabot , que d’user ma jeunesse â des travaux sans nombre , à des éludes assidues... et pourquoi ?... pour mourir de misère et de faim à l’entrée de la carrière.

lié ! tu parles toujours comme un mélodrame !.. Est-ce que Gérard et Girodet n’ont pas été comme toi?... Est-ce que, dans tous les états, les commencemens ne sont pas pénibles?.. La gloire vaut bien la peine qu’on l’achète... et si on la trouvait toute faite, personne n’en voudrait... Ce tableau que tu fais-la n'est-il pas un chef-d’œuvre ?

Victor , h part.

Oui... s’il savait que ce malin, sans l’en prévenir, je l’ai vendu d'avance soixante francs à un brocanteur...

AUGUSTE

Toi, enfin... tu travailles, tandis que nous autres , pauvres musiciens , nous ne pouvons même pas donner l’essor â nos idées musicales...

En vain j’ai dans la tète les chants les plus heureux, les motifs les plus sublimes... Qu'est-ce que c’est que des airs sans paroles?... et où veui-lu que j'en trouve?... qui est-ce qui me confiera un poème? maintenant surtout que les auteurs ont tous voiture, et logent au premier... crois-tu qu’il monteront â un sixième étage pour m’apporter leur manuscrit?... ils craindraient de tomber, rien que dans le trajet... Trop heureux encore quand je rn'en retire sur la romance , le morceau détaché ou la contredanse.

VICTOR

En cfTel. j’ai tort de me plaindre.

AUGUSTE

Eh ! oui , sans doute... et si notre ami Scipion était là... il te le prouverait encore mieux que moi , lui qui est étudiant en médecine et philosophe!... Comme il nous oiine ! comme il l’a soigné dans la dernière maladie ! avec deux amis tels que nous, qu’esl-ec que tu peux désirer?

Am de la Somnambule.

N’aimes-tu pas ce logement modeste?

Quatre cents francs... el comme c’est meublé!

Salon , boudoir, atelier... el le reste ;

Et tout ça sous la même clé.

Que la raison le persuade ;

Tous trois nous sommes en res lieux

Plus beureux qu'Orcsle et P y Iode...

Pour s’aimer, ils n'étaient que deux.

Et celte jeune orpheline ! notre ami?, notre sœur... dont la présence embellit notre petit ménage.

VICTOR

Camille!... (A part.) Allons, du courage...

(Haut.) C’est justement à ce sujet que je voudrais te parler ainsi qu'à Scipion... et puisqu'elle est

'ortie, ratisons-en sérieusement. Lorsque sa mère, M mc Bernard, notre pauvre voisine, est morte, il y a cinq ans , nous avons pris avec nous sa petite fille qui alors en avait dix.

AUGUSTE

C’est la plus belle action que nous ayons faite de notre vie... une pauvre enfant , qui , pour toute famille, n'avait que des parons éloignés, des parons qui ne Taraient jamais vue, qui avaient repoussé sa mère... el d'ailleurs , où les chercher? où les rencontrer? avant d’en trouver un seul , notre pauvre orpheline serait morte de besoin et de misère.

VICTOR

Sans doute, nous eûmes raison alors... mais, maintenant !... songe doue, Auguste que cette petite fille de dix ans en a quinze , et qu’elle demeure avec nous.

AUGUSTE

Ué bien! sans doute... (Montrant la porte à gauche. ) Là , notre chambre : ( Montrant la porte à droite.) ici la sienne, sur un autre pallier. Ne sommes-nous pas ses frères?... où est le mal?...

VICTOR

11 n f y en a aucun , je le sais; mais pour ellemême... pour sa réputation... nous ne pouvons pas rester ainsi et il faut prendre un parti.

AUGUSTE

lié bien !... on le prendra... (A part.) S'il savait combien je l’aime!... (Haut.) Écoule, Victor, moi qui le parle, j'ai déjà pensé à un certain projet...

VICTOR

Et moi aussi ., un projet qui nous conviendrait à tous.

AUGUSTE

El quel est-il?

VICTOR

Vois-tu, je voudrais...

auguste , écoutant près de la croisée , et lui faisant signe de la main.

Tais-loi donc!... lais-loi donc, que je puisse entendre... oui , c'est cela même... ah ! quel plaisir! jamais je n’en ai éprouvé un pareil.

VICTOR

Qu’as-tu donc ?

auguste.

Ma musique court les rues... tu n’entends pas? c'est ma dernière romance qui est jouée par un orgue de Barbarie.

VICTOR

Il s’agit bien de cela I

AUGUSTE

Écoute donc, c’est la première fois que je m’entends exécutera grand orchestre... Ah! le bourreau! (Allant à la fenêtre.) Fa naturel!., c’est un fa naturel. (Lui jetant de l'argent.) Tiens, voilà pour toi... J'aurais donné vingt francs pour qu’il y eût un fa naturel.

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