‹ La mansarde des artistesChapitre 3 sur 25 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

VICTOR; CAMILLE, avec un panier soik le bras ;

Camille, en entrant et courant A Auguste.

Hé bien ! hé bien! qti’esl-cc qu'il fait donc?... il va se jeter par la fenêtre.

AUGUSTE

Ah! te voilà, Camille...

CAMILLE

Boujour, Auguste; bonjour, Victor... Scipion n’est pas encore reutré? Ne vous impatientez pas, japporte-la votre déjeuner... aye... le bras!

AUGUSTE

Aussi , le panier est trop lourd , tu te fatigues.

CAMILLE

Oh ! non , ce n'est pas cela... mais six étages a monter... La! je parie que le feu est éteint.

VICTOR

C'est cela , nous ne déjeunerons pas d’aujourd'hui.

Camille , arrangeant lo feu et versant du lait dans la casserole qu'elle place sur le réchaud.

Victor, ne vous fâchez pas, je vais rae dépé cher... là ! voilà mon lait qui chauffe... Auguste . ayez l'œil dessus , et prenez garde qu'il ne s'en aille.

AUGUSTE

Sois tranquille , je m'en charge.

Am de Lantara.

Du coin de l’œil je vais le suivre ,

En finissant ce rondeau qu’on attend.

( Bas a Camille. )

Far lui demain nous pourrons vivre ;

Je l'ai vendu vingt-cinq francs...

CAMILLE

Tout autant ?

AUGUSTE

Au jour le jour vivre ainsi c’est charmant.

CAMILLE

Est-il un sort plus heureux que le nôtre !

AUGUSTE , montrant la casserole.

Dans ce moment... Je tiens là d'une main

Le déjeuner de ce jour... et de l'autre

(Montrant son papier. ] L’espérance du lendemain.

VICTOR

Neuf heures viennent de sonner... et Scipion qui est allé faire des visites, et qui va rentrer pour déjeuner, ne trouvera rien de prêt... pourquoi?... parce que mademoiselle a mis une grande demiheure pour aller chercher du pain et du lait !

CAMILLE

Quel joli petit caractère!... toujours à gronder ! Est-ce que vous pouviez comme nous prendre du café? est-ce que Scipion n’a pas dit hier que, pour un convalescent, du chocolat valait mieux? Alors, il a bien fallu en acheter a l'autre bout de la me.

VICTOR

f Quoi! .. c’était pour cela?

AUGUSTE

Oui... plains-toi donc !... je te dis que c’est loi | que Camille soigne le plus.

CAMILLE

Sans doute , parce qu'il est le plus méchant et | le plus malheureux. [A part.) El puis ils ne saj vent pas que moi seule j’ai deviné son secret. | ( liant, allant à Victor. ) Mais, à mon tour, que je

me fâche... Qu’cst-ce que vous avez fait ce malin ? voire tableau n’est pas encore terminé... il y avait si peu de chose à faire !

AUGUSTE . le regardant en riant.

Voyez-vous , le paresseux !

CAMILLE, à Auguste.

Et vous monsieur, qui parlez, vous n'avez pas écrit une note , car votre papier de musique est tout blanc...

VlCToit , le contrefaisant.

Voyez-vous , le paresseux !

CAMILLE

Il faut qu'on travaille, entendez-vous?

AUGUSTE

Camille, ne nous gronde pas, nous voilà à l'ouvrage... et je ne perdrai pas de vue notre déjeuner.

( Victor se remet à sou tableau , Auguste s'assied sur un petit tabouret près du feu , écrit sur ses genoux , et de temps en temps regarde la casserole de lait. )

CAMILLE

A la bonne heure.

AUGUSTE, tendrement.

Nous n’avons rien fait , parce que , vois-tu , nous parlions de toi.

Victor , d'un air triste.

Oui. . uous pensions a l'avenir.

CAMILLE

L’avenir... qu’esl-ce que c’est que ça? est-ca que cela arrivera jamais? Pour des artistes, il n'y a que le présent; et qu'a-t-il donc de si triste? (A Victor.) Voyons, monsieur, qu’est-ce qu'il vous manque? n’éles-vous pas heureux? et voudriez-vous changer voire situation ?

Victor , vivement.

Oh non ! jamais !

AUGUSTE

Et moi, donc!... être artiste, et mourir de faim... j'aime a vivre comme cela. ( Il manque de renverser la casserole.) Aye... le déjeuner!... Victor , â Camille , lui montrant son tableau.

Am ; Taisez-vous ( d'Anôdée de Beau plan ).

Toi , qui m’as servi do modèle ,

Tiens , comment trouves-tu cela ?

Comme c’est bien !...

VICTOR

Moins bien que celle

Dont le souvenir m'inspira.

( Loi prenant la main, j Oui , je l'ai fait à ton image !

CAMILLE

Victor, vous ne travaillez pas.

VICTOR

Puis-je penser à mon ouvrage ,

Quand je regarde tant d'appas ?

CAMILLE . lui fermant la bouche , et détournant la tête. Taisez-vous , ne regardez pas.

2“ e COUPLET.

AUGUSTE , de l’autre côté.

Celte cavaline m’enchante.

Tieits , Camille... viens donc la voir. CAMILLE , parcourant le papier de musique.

Je crois qu'elle sera charmante.

AUGUSTE

Tu nous la chanteras ce soir.

CAMILLE

Mais la fin est encore à faire ;

Quoi ! vous vous reposez déjà !

AUGUSTE, la regardant tendrement.

Et comment travailler, ma chère ,

Quand je te vois comme cela ?

CAMILLE, de même qu’au premier couplet, lui tournant la tète du côté de la cheminée.

Taisez- vous . regardez par IA.

AUGUSTE

Ah mon Dieu !... le déjeuner qui s'en va!...

( On entend chanter en dehors. ) CAMILLE.

C’est lui... c’est notre ami Scipion.

Page 1