EN CHOEUR
Par l’amitié
Charmons le banquel de la vie ;
Par l’amitié
Que notre sort soit égaye.
CAMILLE, regardant Victor.
Qui bannit la mélancolie?
VICTOR , la regardant.
Qui de nos maux prend la moitié ?
TOCS.
C’est l'amitié.
SCIPION
Dieux ! le bon chocolat ! { Regardant la tasse d’Auguste. ) Mais Auguste en a eu plus que moi.
CAMILLE
Que ces médecins sont gourmands !
AUGUSTE
Eh bien! voyons, docteur, qu’est-ce que tu disais?
SCIPION
M’y voici... la fièvre cérébrale . dont je vous ai parlé il y a huit jours , était un étudiant en droit qui fait des vaudevilles.
AUGUSTE
Là !.. . ils en font tous au lieu de faire des opérascomiques ; c’est ce qui nous ruine.
SCIPION
Tais-loi donc... il en avait un en trois actes... et il n’était embarrassé que pour le musicien. Un musicien!..., me suis-je écrié... j’ai ce qu’il vous faut... un jeune homme qui a du chant, de l’harmonie et des idées neuves. (A Auguste.) Vois-tu, voilà comme il faut se faire valoir... Toi, de même , si dans un salon tu entends parler d'une fluxion de poitrine , pense à moi ; ça me revient... Enfin , mes amis , j’ai décidé mon client , et il te donne son poème.
auguste , lui sautant au cou.
Ah! mon cher Scipion! mon sauveur... notre fortune est faite... succès complet, je t’en réponds ; et nous vendrons la partition mille écus , à un éditeur homme d’esprit , s’il s'en trouve... J’ai déjà
là toute mon ouverture... que n’ai-Jc ici un piano pour vous la faire entendre !.. Mes amis, c’est un article bien essentiel qu’un piano... et ce sera la première chose qu’il faudra acheter.
scipion.
Oui . sans doute... ça et une voiture , c’est de première nécessité... nous les aurons.
AUGUSTE
Nous aurons tout, maintenant que nous voilà riches.
SCIPION
Ah!... J’ai aussi un papier que le portier m'a remis en bas... Je crois que c'est notre terme.
TOUS
Le terme !
AUGUSTE
Ah mon Dieu!... déjà!... (Ils se lèvent.)
CAMILLE
Écoutez donc... c’est aujourd’hui le huit, pour nous comme pour tout le monde.
AUGUSTB.
Non pas... il me semble que , pour les artistes , cela revient plus souvient.
VICTOR
Enfin il n’y a pas de mal... on paiera celui-là comme on a payé l’autre...
AUGUSTE
Oui... mais c'est que l’autre on le doit... j'avais obtenu un délai, et nous devions payer les deux ensemble.
VICTOR
Raison de plus pour se hâter... Camille, toi qui est notre ministre des finances . donne-nous de l’argent.
CAMILLE
Il n’y a plus rien... tout est dépensé.
VICTOR
Comment ! ces deux cents francs que nous avions mis de côté pour les grondes occasions?
CAMILLE
Ces messieurs savent bien que tout’ y a'passé pour les frais de votre maladie.
SCIPION, qui lui faisait signe de se taire.
Voyez-vous la bavarde?... qu’esl-ce qu’elle avait besoin de parler?
VICTOR
Comment!... c’était pour moi?
Eh ! non... ce n'est pas ta faute, mais celle de Scipion : le quinquina est cher en diable, et U en ordonnait tous les jours.
SCIPION
Trouve-moi donc une autre manière de couper la fièvre.
VICTOR
Encore un nouveau service que je vous dois ! et c'est moi qui suis cause de l'embarras où vous vous trouvez; moi qui ne fais rien pour vous... qui vous suis à charge.
CAMILLE, qni s’est approchée de lui.
Victor ! Victor ! que dites-vous ? et quelles sont