DUC B OS
Je ne donne pas là-dedans... moi, d'abord, je ne suis jamais malade, par économie.
AUGUSTE
Notre ami Victor vous fera le portrait de votre femme.
DUCROS
Madame Ducros!... on la voit déjà à son comptoir. c’est bien assez!.. Ah bien oui ! faire le portrait d’une marchande de bas !
AUGUSTE
On vous la peindra en pied.
DUCROS
Je n'en veux pas.
SCI PION.
Ce sera parlant.
DUCROS
Raison de plus... de l'argent, de l’argent.
AUGUSTE , le menaçant.
Hé bien ! puisqu’il n'y a pas moyen de lui faire entendre raison...
CAMILLE, le retenant, et passant entre lui et Ducros.
Auguste, y pensez-vous?.,. ( A Ducros.) Hé quoi! monsieur , vous qui a>iez l’air si bon et si humain, vous ne voulez point nous accorder le moindre délai... tous voulez nous renvoyer ?
DUCROS
Vous renvoyer!... non pas.
CAMILLE
Vous voulez que nous vous quittions?
. ducros.
Me quitter!... ( A part. ) Au fait , ce u'est pas là ce que je veux... et j'allais prendre un mauvais moyen... (Haut.) Écoutez-moi, mon enfant... car je ne peux rien refuser à une jolie femme... Ces messieurs me parlaient tout-àl'heure de tableau , et dans un moment où tous mes confrères les bonnetiers donnent d »n> le luxe des enseignes, je ne serais pas fâché de m'élever a la hauteur du siècle, et si je trouvais pour mon magasin de bonneterie...
SCIFIOIY.
Quoi! vraiment... vous voudriez une enseigne?... parlez, commandez...
DUCROS
Oui... mais toutes celles que j’ai marchandées sont hors de prix, surtout depuis que les grands maîtres s'en mêlent. Je voudrais, voyez-vous, un petit chef-d’œuvre à bon compte... qu'il y eût de la fraîcheur, de 1 éclat, de la grâce, un peu de génie, et quarante-deux pouces de large , sur cinquante de hauteur... c’est remplacement.
SCI PION.
Je comprends... Hé bien... tenez... tenez... ce tableau qui est là sur le chevalet...
CAMILLE
Quoi! vous voudriez...
SC1PION
Laisse donc... (A Ducros.) Hein... qu’en dites vous?
ducros , passant à la droite de Scipion.
Juste ma dimension... (Le regardant.) Ça n'est pas mal... pas mal du tout...
CAMILLE
Je crois bien! uu tableau d’histoire... une scène de Walter Scott... Élisabeth offrant à Lcicester l'ordre de la Jarretière.
auguste.
l)e la jarretière !... justement, c’est de votre état.
SCIPION
Et voyez-vous l’effet que ça produira rue Saint- Denis, quand on lira en grosses lettres; Ducrot , bonnetier, à la Jarretière. El les bas de coton en sautoir.
DUCROS
C’est vrai... c’est vrai... Aé bien ! je le prendrai en paiement de vos loyers.
Non pas... non pas... cela vaut un peu plus.
CAMILLE
Je crois bien... un tableau comme celui-là !
SCIPION
Tenez , pour ne pas marchander... six cents francs... et notre amitié.
ducros.
J’aimerais mieux cinq cents francs tout court... c'est plus rond... c’est portatif.
Air : A soixante ans.
Allons, messieurs... (A part.) Pins je le considère,
Je m’y connais, c'est bien moins qu’il ne vaut.
(Haut . et repassant entre Scipion et Auguste. >
Acceptez- vous, pour terminer l'affaire,
Mes cinq cents francs ?
SCIPION
Va donc, puisqu'il le faut;
Mais en honneur, ce n’est pas trop.
(Montrant le tableau.)
La jarretière elle seule, et sans peine ,
Vaut cent écus.
auguste.
Comme c’est détaché !
Du procédé soyez au moins touché ;
Pour deux cents francs nous vous laissons la reine.
AUGUSTE
Et Leicesler par dessus le marché.