‹ La mansarde du crimeChapitre 1 sur 20 · LE CHEVALIER AGAMEMNON · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER AGAMEMNON

BOULARD

LOUISE, femme d'Amilcar

llo Commissaire de police

M. Akxal.

M. Amant.

M. Bai.lard.

M"«Balthazar.

M. Camiade.

DeCX COMMISSIONNAÏBES ! ÎJ FniîDITVAND.

{ M. Beuthaut.

Quelques gakdes nationaux.

Plusieurs figures de cire représentant : un grand seigneur, en habit noir à la française, le ruban rouge an cou le crachat au côté; un gendarme; un Robert-Macaire avec un emplâtre sur l'œil, comme le personnage de l'auberge des Adrels; un sauvage avec coiffure et ceinture de plumes polycolores; un tourlourou, une bonne d'enfant; un chevalier français du moyen âge; un brigand napolitain, le poignard à la ceinture; un juge avec robe cftoqiie; un villageois avec des habits très gais et très propres. Toutes ces Ogures doivent être réjouissantes , celle surtout du villageois : elle doit être la plus fraîche , la plus épanouie , la plus jouHlue de toutes. Cette dernière figure joue le rôle de la victime.

La scène se passe à Paris , au cinquième étage d'une maison sans portier.

Le théâtre représente une chambre mansardée , mais proprement meublée. — Au fond, au milieu, une "rande fenêtre , à quatre pieds du sol , s'ouvrant sur un toit qui est visible et praticable. Derrière ce toit et à gauche et à droite, une perspective de maisons, de toits, de cheminées. Presque au milieu du toit praticable et prés de la fenêtre , une cheminée ayant deux pieds de hauteur. A gauche de la fenêtre , toujours au fond, la porte d'entrée de la mansarde. Sous la fenêtre, une commode. A gauche de la commode, une chaise. A droite de la commode , un lit à rideaux, appliqué au mur dans sa longueur, et dont la tête fait une petite ruelle avec le latéral de droite. A la tète du lit , une table de nuit sur laquelle sont un flambeau et un briquet d'allumettes chimiques. — A gauche, latéralement, premier plan, la chambre de Louise ; immédiatement après, une petite armoire à hauteur d'appui, sur laquelle sont deux statuettes burlesques et un pot de dahlias rouges et de dahlias blancs; immédiatement après l'armoire, la porte d'un cabinet. Près de la chambre de Louise, une table sur laquelle sont un flambeau allumé et un journal. — A droite, latéralement, premier plan, une chambre" deuxième plan, un grand miroir. Près de la chambre, une table ; à la gauche de cette table, une chaise sur le dossier de laquelle sont des costumes chargés de paillellcs et de clinquant. — Quelques tableaux au mur çà et là. L'aspect de cette mansarde doit être riant et propret.

SCÈNK I.

LOUISE, deux Co.mhission.xaiues, BOU- LARD.

ENSEMBLE

AtH :

Agissez . ,

. '^. avec prudence.

Agissons ' '

Déjà s'avance la nuit.

4 ii„ . faisons ..,.

Allons, , .. diligence ; faites "

Mais sans éclat et sans bruit.

(Pendant ce morceau d'ensemble, un cominissior.nuire sortant du cabinet de gnuo lie, au dessus de rnrn.oiif, a successivement donné à un second commissionnaire, qui le» emporte sur le palier du fond oii elles disparaissent rapidement : une figure de bonne, de jiig.', de j,'rand seigneur, de saltimbanque. Louise surveille le transport des figures,^

BOL'LABD, empaquetant des coslumes sur la table ù droite.

Df'pèchons-nous, dépéchons-nous ; vous emballerez iiroprcmcnt ces Gguresdans les caisses, là, sur le palier. Allons, allons, il se fait tard. Pendant ce qui précède, le premier commissionnaire, ressorti du cabinet, a donné au second , toujours sous la surveillance de Louise, une figure de brigand italien. Le second commissionnaire la laisse tomber. IJoulard accourt et dit : ) Ménagez donc mon brigand ! Allons, voilà qu'il laisse tomber le poignard. (La figure disparait sur le palier, et Boulard, ayant ramassé le poignard , le porte sur la chaise près de la table de droite. Le premier commissionnaire, ressortant du cabinet, donne au second commissionnaire, qui revient du palier, une figure de gendarme que Louise rajuste maladroitement. Boulard courant à Louise.) Et mon gendarme! il est dans un joli état ! (A Louise.) Tu lui as crevé un œil. (Le gendarme et les deux commissionnaires disparaissent au fond sur le palier.) Si c'est comme ça que tu traites la force armée.

LOCISE, redescendant la scène avec Boulard.*

Ah! mon frère, que tu as bien fait de venir ce soir retirer tes figures de cire. Mon mari arrive demain, après deux mois d'absence. Oh! tu m'exposes à des scènes terribles de sa part !

BOULARD

Dame! que veux-tu? je ne suis pas riche. Il y a quinze jours, j'arrive à Paris avec ma collection ; je suis obligé de me rendre à Rouen ; faliail-il pour quinze jours payer un loyer de mes figures? J'ai mieux aimer les déposer chez toi, c'est une économie. Ah ! si ton mari eiit été là , je ne t'en aurais pas parlé... Est-ce qu'il me garde toujours rancune? (II se remet à empaqueter des coslumes.) LODISE.

Ah! je crois bien! et c'est tout simple. Tu étais à Marseille , lorsqu'il fut question , il y a un an, de mon mariage avec Amilcar. Je t'écrivis ; je te fis part de mes projets. Tu me répondis que lu ne voulais pas en entendre parler ; que d'après la réputation d'Amilcar , tu le regardais comme le plus grand sot et le plus grand imbécile. J'égarai la lettre ; il la trouva ; il la lut, et il te répondit que tu étais un impertinent et qu'il ne voulait jamais faire ta connaissance. Et puis, il est si orgueilleux ! je lui ai dit que tu es négociant; car s'il savait la modeste industrie que tu exerces, il croirait s'être mésallié, en épousant la sœur d'un homme qui montre des figures de cire.

(Le premier commissionnaire, revenant du palier, entre à gauche dans le cabinet des figures.)

BOULAKD.

Je ne le connais pas: je ne l'ai jamais vu. C'est donc un homme terrible? Il serait capable...

LOUISE

Il m'a menacée, si je le revoyais jamais, de me

* Louise, Buularil.

planter là après m'avoir souffletée ; et il m'a dit que s'il t'arrivait de mettre les pieds dans sa maison, il le ferait sortir par la fenêtre... et nous sommes au cinquième.

BOULARD, effrayé.

Diable ! c'est dangereux ! Voyons ! ces commissionnaires sont d'une lenteur!...

LE PREMIER coMMissiONAïKE, sortant du Cabinet et tenant dans ses bras la figure de la victime. Voici la dernière.

LE SECOND C0.M.M1SSI0NNAIRE, au fond.

Les caisses peuvent à peine contenir les autres figures. Celle-ci est de trop.

BOULARD

Ah ! diable !

(Le commissionnaire dépose la figure près de l'avanlscène et lui fait faire face au public.)

LOUISE

C'est la plus drôle de toutes. Ça représente?...

BOULARD

Chacune de mes figures a un emploi. C'est une troupe de comédiens muets avec lesquels je reproduis tous les événemens bouffons ou sinistres de l'époque. Tu as vu passer le tyran , le meurtrier, l'amoureux , le gendarme, le juge... Celle figure-ci, dans la farce, joue les niais, les dupes, cl, dans le drame, les gens assassinés, aspbixiés, empoisonnés, noyés.

LOUISE, riant.

Mais pour un assassiné, il a l'air du mardigras!

BOULARD

C'est la figure que nous appelons , suivant le rôle qu'elle joue, tanlùl l'actionnaire , tantôt la victime.

(Le commissionnaire remet la figure dans le cabinet sur un signe de Boulard.)

LOUISE, riant aux éclats.

La victime, ça? Ah ! ah ! ah !

BOULARD

C'est qu'aujourd'hui, vois-tu, on veut bien des drames terribles , mais pas de figures repoussantes. Il faut qu'un homme mort ait bonne mine. LOUISE riant en regardant dans le cabinet.

Ah ! ah ! ah ! La victime , ça !

BOULARD

Voyons, voyons, emportons les caisses pleines à la maison de roulage en face; je reviendrai prendre la victime dans une autre caisse.

(Il ferme le paquet des costumes.) ENSEMBLE.

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