I.OUIsn, toujours troublée, mais se remettant peu à peu
ïu vas souper, n'est-ce pas, mon ami ? **
(Elle va vers l'armoire }
Amili'or, I.niii!"'.
" Limite, Amilciir.
AUILCAR.
Mais oui, mais oui, mon ange. (A part.) L'ange exterminateur !
(Amilrar s'assied devant la table.)
LOUISE, servant du pâté et une bouteille de vin sur la table à gaurhe.
Tiens ! voilà ! je te servirai.
AMiLCAii, baisant la main de Louise.
Chère amie. (.\ part.) Elle a du sang à la main comme Frédérick-Lemaîlre dans la Vie d'un Joueur! (Il frissonne.)
LOUISE, qui est allée prendre un verre. Ce pâté est excellent ! tu m'en diras des nouvelles ; il est de Lcsage.
AMILCAB.
De Lesagc ?
LOUISE, allant prendre du pain.
Oui.
AMILCAR, à part, se levant.
Il ne le serait pas d'en manger ; il y a peul-éue là dedans de l'acéiate de morphine.
LOUISE, plavaiU le pain.
Eb bien ! assieds-toi.
AMILCAB.
Je fais réflexion...
LOUISE, le pressant.
Tu vas le régaler.
AMILCAR, à pari, vivement.
Tu vas le régaler ! Il y en a.
LOUISE
Mange donc. Tu avais l'air affamé d'abord.
AMILCAR, se lève.
C'était une erreur, une fausse fringale; je crois même que j'ai une indigoslion.
LOUISE, le regardant fixement.
Tiens! veux-lu que je te dise, An)ilcar?
(Elle remet le pàtc et la bouteille dans l'armoire.)
AMILCAR, à part.
Le remords la proiid peut-être. Elle va me faire sa confidence. (Haut.) l'arle.oh! parle! épamhetoi dans mon sein , la miséricorde de Dieu est grande.
LOUISE
La miséricorde! que signifie...
AMILCAR
Ilyades choses fatales! l'antiquité, sans aller plus loin , en offre dos exeiiiplcs : Orestc était maudit. Quand losEuménides s'emparent de quel- (ju'un, c'est fini, je le sais ; épaiu lie-loi donc !
LOUISE
Ah ! ça, ié\cs-lu? qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce ainsi qu'un mari revoit sa fenune après deux mois d'absence? Tues fioid. indifférent... AMii.CAR, à part.
Elle ne veut rien avouer! Taisons-nous.
LOUISE
C'est à pi'ine si tu m'as embrassée en entrant. Voyons, dériile-loi ! sois gai, épanoui ,.
SCENK X.
AMli.CAU, jouaiil la j;aîli'.
Comment donc! commcnl «une? mais je ne fus jamais plus jubilant.
LOUISK. voulant lui passer les bras aulour du rou. Eh bien ! alors...
ARiil.CAlt, aballant les bras de Louise, à part. Je l'ai échappé belle. (Il passe ses bras au cou de sa femme et, sous préle.xle de l'embrasser, il lui prend la léle, la palpe et dit à part.) Je la touche, elle est (énorme ! IM. GaU a raison. Je suis sur qu'elle a la bosse du meurtre. (Il s'éloigne de Louise.) LOUISE, se croyant caressée.
Ah! ahl à la bonne heure au moins! Allons! voilà que tu retombes dans ta préoccupation. Amilcar, tu me donnerais certains soupçons... (A pari.) Il pense à nne autre femme.
AMiLCAK, à part.
Elle me tuerait! (Haut.) Des soupçons! quels soupçons? Je suis très gai sans que ça paraisse ; mais mon voyage m'a tellement fatigué! (A part.) Surtout mon voyage de chat sur les ardoises.
LOUISE
Eh bien ! mon ami , il faut nous aller coucher.
AMILCAB, à pari.
Heureusement que nous fais(ms chambre à part.
LOUISE
Tu dois avoir bien des choses à me dire sur Ion voyage; celte nuit , nous la passerons dans ma chambre, n'est-ce pas. chéri ?
(Elle va fermer la fenêtre du fond qui donne siir les toits.)
AMILCAR , à part.
Oh ! que non pas ! je sais l'aventure de Judilh et d'Holopherne, ça me sert; l'université a bien lai.son de favoriser les études historiques.
LOUISE
Viens, viens donc !
AMILCAK.
Non, je ne me coucherai pas, je n'ai pas envie de me reposer, j'ai tant dormi dans la diligence. Il y avait des gens qui parlaient Orient...
LOUISE
Kh bien ! raison de plus ! nous causerons.
ASIILCAlî.
Nun, no!î... les affaires... avant... avant... les causeries... j'ai à travailler... j'ai mes papiers a ranger... *
(Il lire des papiers de sa poche el b-s met sur la table de {lauclie, devant laquelle il s'assied.)
, LOUISE
Tes papiers?
AMILCAK.
Oui , mes papiers. [ A pari. ) Elle a cessé d'y être bien... 0 ciel ! une lettre de ma nouvelle conquête !
(il cache sous les papiers celte lettre qui est en papier rose.)
* .^inilcnr, Louise.
l.oiii.^!'; , à pail.
11 a quelque chose d'extraordinaire ! Il attend peut-être quelque femme ! ou plutôt, quand je serai sortie, il est capable d'aller trouver cette voisine inconnue... ma rivale... Entrons dans ma chambre, et revenons quand il me croira endormie... (Haut, de loin.) Adieu, trésor!
AluiLCAR , se levant avec peur.
A<lieu, moumonr! (Il gagne la droite.)
LOUISE, gagnant la gauche et l'observant. .\ demain, bijou!
AMII.CARj i\ pan.
Trésor! bijou! elle ne pense qu'à ça... (Haut.) .\ demain, mon ange!
ENSEMBLE
Aiiv : Oui, je veux, coûic que coûte. (Portc-Cochère.) LOUISE, à pan.
Oui, son trouble me décèle Qu'il prémédite aujourd'hui D'être un époux infidèle ; Mais je veux veiller sur lui.
AMILCAR, à pan.
Femme féroce el cruelle!
Oui, je veux dès aujourd'hui Pour toujours m'élolgiier d'elle.
Je n'ai pas d'autre parli.
LOUISE, h Amilc-ar.
Je me relire en silence Sans murmurer ni gémir.
AMILCAR, lui souriant avec ciTort.
Du sommeil de l'innocence Tâche de pouvoir dormir.
IIKPRISE DE L'ENSE-VIBLE.
I.u»i-:o i-ntiv dans la chambre, emportant allumé un des deux Hambeaun.)
O00OOOOâuOOOO0OOOOOljO0COCCOOOO0OUOaOCCC0ti>OOOCOOOCCOO
SCÈiNE X.
.\.\IILC.4R, seul, prend les papiers el le chandelier
cl les porte sur la table de droite pour s'éloigner do la cliaiubre de Louise.
Je suis incommodé; il y a ici des miasmes impurs. Ah! qu'on a bien raison de dire qu'il n'y a rien de meilleur ou de pire que la femme... quand elle se lance dansle crime, elledépasseloutes les limites. J'ai là ce poignard pour me défendre. (Il prend le poignard.) J'ai épousé une Rorgia. une .Marguerite de IJonrgogno... .Vprès ça, j'aurais dû m'en méfier... les belles femmes en général ne valent pas le dia... (Souriant, aux dames de l'assemblée.) Il y a des exceptions , à ce qu'on dit , (Sérieux.) je n'en crois rien. Tout bien considéré et par prudence, je m'en vais passer la nuit dans un hôtel garni. Mais il est trois heures , tout est. fermé, et je sens que ma paupière a besoin de l'être aussi. J'ai la tête d'une lourdeur!... (Ilcommenie ;^ s'assoupir.) la fatigue du voyage... ma
promenade sur les loiu... la tourmente de mes pensées... Mais m'ondonnir en ces lieux, autant reposer sous le mancenilierou dans la gueule d'un lion... cl encore il y a des lions...
(Il bâille cl passe sa ctiaise à la droite de la uble.) Air : Dormez, clicies amours.
Magré moi je ferme les yeux ; Pourrai-je les rouvrir, grands tiicux!
Car je cours, dans ces trisles lieux, Les plus graves dangers du monde, Auprès d'une autre Frédegonde !
Mais demain, malgré mes efforts, Et sans avoir les moindres loris, Je puis m'éveiller chez les morts.
Malheur! malheur! je sens, hélas ! que je m'endors.
Je suis fiehii, je sens, hélas! que je m'endors.
(Il s'endort, tenant toujours le poignard à la main.)
«.OCOiOOOOCOOOOOOOO&OOOOOOOOOOOOOûùOOOOOOûOJOOOOOiOoO