SCENE XII
AMiLCAr. , foiiillanl dans los tiroirs do la commode, preiiaiil des colliers, des bijoux , des pièces d'or cl d"argenl qui font du bruit.
Hàlons-nous de prendre l'or cl les objets précieux. Je ne dois pas rester une minute de plus... Dés demain je veux mexpatricr...
l.E CHEVALIER , à part.
C'esllui! il fouille les meubles! Je suis mort ! (Il tombe sur le lit et s'évanouit; le lit craque et les rideaux sont agités.)
AMILCAK, effrayé, courant au lit.
Qui va là ? (Il tire les rideaux.) Un homme qui se meurt! Ah! je devine... la victime qui leur manquait... Quelle maigre victime! c'est l'actionnaire qui leur était échappé... ( Il le secoue. ) Revenez à vous... malheureux!
LE CHEVALIEK, Ouvrant les yeux, et à genoux.
C'est fait de moi! grâce ! grâce ! Vous pouvez prendre ici tout ce que vous voudrez... je ne m'y oppose pas. .. je ne suis pas le propriétaire. . . (Il se lève.) Épargnez-moi, je vous dirai tout... Nous sommes confrères... touchez là... (Amilcar va lui tendre la main.) Oui, je suis voleur aussi. AAIILCAR, retirant sa main.
Voleur !
LE CHEVALIER
Chacun vole ce qu'il aime... c'est bien naturel! (Il s'éloigne.) AHILC.VR , stupéfait , allant à lui.
Qu'est-ce que vous dites, gibier de potence?...
LE CHEVALIER
Vous prenez de l'or... moi, je prends des femmes... Je suis l'amant de la maîtresse d'ici.
L'amant !
Oui.
LE CHEVALIER
A.M1LCAR, furieux.
Vous , l'amant ! gringalet !
LE CHEVALIER
Ma parole d'honneur !
AMILCAR , criant.
El moi , je suis le mari !
LE CHEVALIEK.
Le mari!
AiaiLCAR, après un geste menaçant, très calme et
souriant avec amertume.
Et je ne vous en veux pas , je vous plains ; mais
depuis combien de temps étes-vous dans cet antre?
LE CHEVALIER , Stupéfait.
Dans cet antre? Depuis quatre ou cinq heures.
AMILCAR
Alors vous savez ce qui est arrivé?
LE CHEVALIER
Je sais que...
A.MIICAR , vivement.
Il suffit. Et sur votre tète pas un mol de co que vous avez vu et entendu!...
LE CHEVALIER, de même.
Je promets... (A part.) Que s'est-il passé ?
A.MILCAR.
Gardez le plus profond secret sur ces assassinats !
LE CHEVALIER , épouvanté.
Des assassinats !...
AMILCAlî.
Ah ! monsieur, vous l'avez échappé belle. Vous le savez, ma femme ne vous attirait ici , sous un .semblant d'amour, que pour vous détrousser et vous immoler !. . On vous destinait, et à moi aussi peul-êlre, vous ne l'ignorez pas, le sort du malheureux qui est étendu là, dans ce cabinet, paie, sanglant, inanimé... (Il désigne le cabinet de gauche, et y traîne le chevalier.)
LE CHEVALIER, au comble de la terreur, après avoir regardé par le trou de la serrure.
Oh ! oh ! oh ! oh !
AMILCAR
Silence! si nous parlions, vous ou moi, perdus! la bande nous égorgerait.
LE CHEVALIER
Comptez sur ma discrétion.
AMILCAR
Et maintenant... venez , sortons.'
LE CHEVALIER
Je ne peux pas marcher ; portez-moi.
AMILC.iR.
J'ai trop de peine à me porter moi-même.
ENSEMBLE
Quelle affreuse aventure!
Quelle sanglante nuit !
J'en perds l'esprit.
Ami, je vous conjure.
Sortons tous deux sans bruit ,
Sortons sans bruit
De ce réduit.
( Ils 3'appuient l'un sur l'autre. — Au moment où il.-: yont descendre, on enteud dans l'escalier la voix de lioulard.;
BODLARD, dans l'escalier.
Louise !
AMILCAii, prenant le chevalier par les anglaises de son habit.
Arrêtez !
BOUL \KD , de même.
Louise !
A.MILCAR.
Grand Dieu ! vous reconnaissez celle voix maudite ! c'est la voix d'Orsini !
LE CHEVALIER, effaré.
D'Orsini !
AMILCAR
Oui , d'Orsini... et pas d'armes peur scus défendre.
LE CHEVALIER «rjCTfc-
Ah: Seigneur, que devrM"i
Taisez-vous, ou nous sommes perdus.
LE CIIEVAi-iEK, rri,)nUoujouis.
Au secours !
AMILCAR, le saisissant à la gorge.
Taisez-vous, ou je vous étrangle.
LE CHEVALIER, vivement.
Je me tais.
AMILCAR
Venez; cachoiis-noas. Vous me servirez de rempart.
BOL'LAK», ail dehors.
Louise !
(Amilcar el le chevalier se cachent dans la petite ruelle du lit au fond à droite.)
LOUISE, de la rlianribre.
Me voi!à! me voilà ! (F-lIc repousse les meubles en sortant.) Ah 1 il arrive a propos... (Elle ouvre la porte du fond.)
BOULAno, paraissant.
RL-rioxion faite, je pars ilemaiiipour Versailles; tu pourrais être cotiipiomisc.
LOUISE
Parle plus Las!
BOULARD
Donne-moi la victime ; je l'emporterai.
(Amilcar et le chevalier tremblent comme la feuille. Ils se serrent la main.)
LOL'ISE.
Mon mari est arrive !
BOLLARD.
Oh!
LOUISE
Mais je ne le vois pas la:... Il sera dcsccndii sans doute.
EOILAUD.
llàtons-nous, de crainte de surprise !
(Louise ouvre le cabinet.)
A.\IILCAR, au chevalier.
J'ai les symplômes d'une gastralgie. Et vous?
LOi:iSE , descendant la scène.
Ah ! je suis bien malheureuse... Il faut que je te di.se... mais lu ne le dénonceras pas. ..je ne veux plus rester avec mon m.iri ..J'ai surpris un secret dans son rcve... c'est un assassin !
(Le chevalier repousse Amilcar avec épouvante.)
AMILCAR , à pari.
Un assassin !
BOCLARU.
l'ii assss.-^iii !
LE CIJI-VALIEU , à part.
Un assassin !
AMILCAR, bas au chevalier (pii s'agite.
Ne bougiez pas ! ne bougez pas !
BOULARD
Viens , viens ! ne tremble pas ! je te sauverai... plus (It daii^ei' maiiilcnanl (Ils s'acheminent vers k'cabinel de la virliiue.)
LOUISE, écoutant.
lîOlU.ARD.
A.iiiLCAR. ail du • .Tlier. LE CIJEV'ALIEU, à Amilcar.
Chut:
Chut!
Chut!
Chut!
LOUISE
On monte l'escalier. C'est lui ! c'est mon mari !
BOULARD
Du calme!
i (Il entre dans le cabinet. — Amilcar , voyant que le chevalier s'est placé derrière lui , le remet devant i pour qu'il lui serve de rempart.)
i AMILCAR, bas au chevalier.
i Je plains celui qui arrive ! c'est peut-être uu
I autre actionnaire. Ils vor.t l'exterminer.
LOUISE
Que faire? Ah! mon Dieu! il va tout apprendre.