LE CHEVALIER, LOUISE
(Louise va vers l'escalier. La porte s'ouvre.) LE CHEVALIEU, entrant.
Me voilà ! ouf!
LOUISE, à part.
Tiens ! cet original qui tutoie toutes les femmes du magasin!
LE CHEVALIER
Je suis tout cssouffié ! Monter cinq étages avec uye bronchite !
(Il tousse et secoue son cinpeau mouillé.) LOUrsE, éloniiée.
Quoi! c'est vous?
LE CHEVALIER , lOUSSant.
Moi-même, mon adorable voisine.
(Il secoue son chapeau.) LOUISE, pincée.
A quel motif dois-je l'honneur de votre visite, monsieur le chevalier Agamemnon?
LE CHEVALIER
Chevalier de Saint-Jean de Jérusalem.
LOUISE
Venez-vous chercher les cols que vous m'avez demandés?
LE CHEVALIEK, gracieux.
Je serai naïf. .. les cols sont le prétexte ; le motif c'est l'amour !
LOUISE
L'amour?
LE CHEVALIER
Oui, l'amour qui m'a fait arriver jusqu'ici sous une pluie d'averse. (Il tousse.)
LOUISE, railleuse.
Comment! monsieur! parce que vous êtes venu cinq ou six fois au magasin où je travaille, ache-
ter différens objets de toilette, et que vous m'avez dit que vous me trouviez charmante , vous vous croyez autorisé à venir chez moi !
LE CHEVALIER, à part.
Soyons régence!... (Il tousse, haut.) Je suis un roué, un lion, un drôle... avouez que vous m'avez remarqué et que vos regards...
LOUISE, souriant.
Mais tout le monde vous remarque au magasin, vous êtes si curieux !
LE CHEVALIER
Hier vos yeux m'ont parcouru pendant une heure. (Il fait une pirouette.)
LOUISE, souriant.
Oh! il faut moins de temps que ça pour vous parcourir.
LE CHEVALIER, riant.
Allusion à ce que je suis svelte ! Oh ! dis-moi ce que tu voudras; injurie-moi, calomnie-moi, oppelle-moi roseau comme les autres, je passe tout aux femmes que j'aime; je te permets de me pincer.
LOUISE
Sortez, monsieur, sortez ; vous pouvez me compromettre.
LE CHEVALIER, à part.
Soyons nouvelle France. (Haut.) Je te fais mille sermcns de l'être fidèle. D'ailleurs, pourquoi ces craintes? tout doit te rassurer : ton mari, commis-voyageur , que je ne connais pas , est absent depuis deux mois. J'ai fait croire à ma jeune femme... (Avec fatuité.) les jeunes femmes sont si crédules !... que je passerais la nuit dans une soirée ; de plus , ta maison est sans portier .. ainsi...
LOUISE
Qu'est-ce que ça me fait! sortez.
LE CHEVALIER, badin.
Laisse donc ! c'est une manière de parler , je connais les femmes! Mais j'ai les pieds glacés... tu permets? un emprunt de quelques instans.
(Il va vers le lit an pied duquel sont les pantoufles d'Amilcar. Il quitte ses escarpins et met les pantoufles.)
LOUISE
Conmient, monsieur, vous mettez les pantoufles de mon mari?*
LE CHEVALIER
Il pleut à torrens: mes escarpins sont imbibés; si un rhume de cerveau allait s'adjoindre à ma bronchite...
(Il éternue el redescend la scène.) LOUISE.
Des pantoufles toutes neuves...
LE CHEVALIER
Est-ce que j'en mettrais de vieilles !
LOUISE
Que ce pauvre Amilcar n'a mises qu'une fois. Quittez ces pantoufles cl allez-vous-en.
• Louise, le Chevalier.
I,E CHEVALIER , à pail.
Soyons Louis XIV. (Haut.) Je ne veux pas.
LOUISE , vivement.
Vous ne voulez pas? Eh bien , j'appelle?
LE CHEAALiEii , fièrement.
Je m'en fiche ! (Souriant.) Je sors.
(.Vllantàeile.) LOUISE.
Ah ! à la bonne heure.
LE CHEVALIER
Mais, toutefois, s'il pleut encore, auras-tu le cœur de m'éliminer?
LOCISE, passant à la gauche du clievaiier , avance sa main hors de la fenêtre pour savoir s'il pleut. Voyons.
LE CHEVALIER , désignant le lointain.
Ingrate! lu peux voir là-bas les fenêtres de ma femme , d'une charmante femme que je te sacrifie. '
LOUISE, redescendant la scène.
II ne pleut pas. (A part.) Il sera trempé. (Haut.) Remettez vos escarpins.
LE CHEVALIER
Jamais! jamais!
LOUISE
Chut! taisez-vous! j'entends quelqu'un dans l'escalier.
LE CHEVALIER, à part.
Ah! Dieu! le mari! la peur me galope... (Haut.) Je crains les maris.
(Il remonte la scène et va écouter à la porte du fond.) BOULABD , en dehors.
Louise!
LOUISE
C'est mon frère !
LE CHEVALIER
Je crains les frères aussi.
LOUISE
Ah! ciel, que faire? être compromise! entreï
par ici. Ouvrez la porte en face , et cachez-vous
dans ma chambre , la seconde !
(Elle lui désigne la première porte lalcrale à gauche,
premier plan.)
LE CHEVALIER
Je me blottirai sous le lit.
LOUISE
Hâlez-vous ! mon frère esl \ii !
ENSEMBLE
AiB : Cachons nous et >achon9 nous toiic. ( Renaudin de • Caen.) LE CHEVALIER , de la porte.
Il faut le renvoyer bien vite !
Et sitôt qu'il sera dehors , Je reviens à les pieds de snilo Tour faire éclater mes transports.
LOUISE
Dans rcttc chambre entrez donc \il(' ! ' Le (IheTaliT , Louise
Et puis, pour réparer'tos loris, D'ici vous'sortirez de suite Quand mon frère sera^dehors.
(Le Chevalier disparaît en envoyant des baisers à Louise .
OOOOOOOOOOO0QOO0000CC0O0000C00000C0C;0000000000000000