La manufacture des Gobelins
Le nom que notre manufacture nationale de tapisseries a rendu célèbre dans le monde entier, lui vient d’une ancienne famille de teinturiers établie, vers la fin du moyen âge, sur les bords de la Bièvre.
Un bourgeois de Paris, Jean Gobelin, mort vers 1475, avait fondé un atelier de teinture le long de la petite rivière, et l’écarlate qu’il livrait au commerce jouissait d’une réputation étendue.
Les eaux de la Bièvre possédaientelles, en ce temps-là, une vertu spéciale pour la teinture des laines ? D’anciens chroniqueurs l’affirment. On s’est montré de notre temps plus sceptique sur les vertus tinctoriales de notre cours d’eau. Quoi qu’il en soit, il serait impossible aujourd’hui de l’employer à teindre des nuances aussi délicates et aussi variées que celles de nos tapisseries modernes.
La famille Gobelin, en abandonnant dès le début du xvie siècle, l’industrie qui l’avait enrichie, et tout en poussant ses nombreux rejetons dans les emplois de finance et de magistrature, n'en doit pas moins son illustration aux modestes teinturiers en écarlate du xve siècle. Ce sont bien eux qui ont donné leur nom à un des vieux quartiers de Paris, qui ont en même temps attaché leur souvenir à une des plus belles industries somptuaires et à ses plus parfaites productions.
De même, en effet, que l’universelle
réputation des fameux ateliers d’Arras avait autrefois étendu le nom d’Arazzi aux tapisseries de toute provenance, de même, aujourd’hui, le mot de Gobelin est devenu un terme générique, appliqué indistinctement, dans les pays étrangers, à toutes les tentures remarquables par leur finesse. On dit un Gobelin comme on