GRANDE COUR CENTRALE
dit un cuir de Cordoue, sans préciser aucunement par cette dénomination la provenance du produit dont on parle.
On attribue généralement à Colbert l’installation de la manufacture royale de tapisseries sur les bords de la Bièvre, dans les anciens bâtiments du teinturier Jean Gobelin. Il y a longtemps cependant que M. Lacordaire, l’ancien directeur de la maison, a fait justice de cette erreur.
Les premiers tisseurs flamands installés dans les locaux de l’ancienne teinturerie vinrent en France sous Henri IV. Ils s’appelaient Marc de Comans et François de la Planche. C’est à eux qu’est due réellement la première installation de la manufacture royale. Leur atelier,
LA
Paris - " Le Monde Moderne
Septembre 1896 (2e année)
fort actif, ne cessa, en dépit de diverses vicissitudes, de donner naissance à de nombreuses productions pendant les règnes de Henri IV, de Louis XIII et durant la minorité de Louis XIV. Notre musée possède des échantillons précieux de cette première fabrication.
L’histoire de la manufacture des Gobelins, depuis sa réorganisation par Colbert, et celle de la vaste extension qui lui fut alors donnée pour y établir la manufacture des meubles de la Couronne, ont été racontéçs en détail par maint historien. Aussi serait-il inutile d’entreprendre le récit des phases diverses de son existence depuis 1660 jusqu’à nos jours.
Il suffira de remarquer que les Gobelins furent, pendant près d’un siècle et demi, le principal foyer artistique du goût français ; c’est de là que sortirent les modèles non seulement de tapisseries, mais d’orfèvrerie, de meubles, de mosaïque, de bronzes dorés qui ont longtemps provoqué une admiration universelle, et que tous les pays de l’Europe ont imités à l’envi au cours des xvne et xvme siècles.
Pendant longtemps, l’entrée principale de la manufacture demeura telle que l’avaient laissée Colbert et Le Brun, s’ouvrant par une haute porte cintrée sur la rue Moufîetard, en face de la chapelle actuelle, édifiée au xvme siècle seulement. Le percement de l’avenue des Gobelins a sensiblement modifié le plan primitif et l’aspect extérieur des bâtiments.
L’exhaussement du sol de la nouvelle voie, ouverte en 1867, a déplacé la grande porte, a changé toute la perspective des constructions. En outre, un incendie, allumé en 1871, a détruit un vaste atelier parallèle au grand bâtiment décoré de trophées et de «guirlandes, où logeait Le Brun.
C’est par la pensée seulement et à l’aide des anciens plans qu’on peut reconstituer l’ancienne disposition des ateliers et des logements d’autrefois.
A côté de la porte actuelle, s’ouvre
1,’entrée du musée. Cette construction provisoire et bâtarde, élevée à la hâte pour l’Exposition de 1878, réunit un choix des plus belles tentures du mobilier national, à côté de quelques pièces acquises par la manufacture ou offertes par de généreux donateurs.
Le musée des Gobelins, essentiellement technique, fournit à la fois aux visiteurs des échantillons de la tapisserie aux différents âges de son développement, et aux tapissiers d’incomparables modèles destinés à les aider dans l’interprétation des peintures de nos artistes modernes. On n’a pas perdu de vue ce double but en ajoutant aux tentures de l’Etat diverses pièces achetées sur le modeste budget de la manufacture, et nécessaires pour représenter ici des types spéciaux et des fabrications anciennes.
Dans les quatre salles consacrées à ce musée, l’ordre chronologique ne pouvait être respecté. La grande galerie d’entrée, plus vaste que les salles suivantes, est presque entièrement garnie de morceaux exécutés sous Louis XIV, auxquels leurs dimensions exceptionnelles assignaient cette place d’honneur. D’un côté, la Danse des Nymphes, une des pièces les plus parfaites qui soient sorties de l’atelier de Jans, le premier maître tapissier de son temps, d’après le carton de Noël Coypel, entre deux sujets de Y Histoire du Roi, cette suite pompeuse et magnifique, consacrée à la glorification de tous les actes de la vie du souverain. Ces trois panneaux méritent de retenir un moment l’attention, car rarement l’art de la tapisserie a produit de plus brillants résultats. C’est à juste titre que les quatorze pièces de Y Histoire du Roi passent pour le chefd’œuvre de la tapisserie sous Louis XIV.
Les deux premiers panneaux de la galerie, le Sacrifice d’ Abraham et le Ravissement d’ Elie, entourés chacun d’une large et élégante bordure en camaïeu, sortent de ce premier atelier des Gobelins, dirigé par Comans et de la Planche, dont on a parlé plus haut. Ce sont des