‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 43 sur 106 · GO · texte numérisé non relu

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détérioration accidentelle du four, ont toujours permis d'expliquer rationnellement l'accident.

En résumé, cette fabrication, si l'on tient compte des observations présentées plus haut, peut être considérée comme donnant des résultats certains, du moins en ce qui concerne le grésillé.

J'arrive maintenant aux autres accidents.

Lorsqu'on examine une pièce sur laquelle des déplacements ont eu lieu, on acquiert rapidement la conviction qu'ils sont dus non pas à une altération chimique, mais bien à une simple action physique ; en effet, la surface de la porcelaine n'est nullement modifiée, les gouttes de bleu elles-mêmes sont pures de ton et d'un bel émail. Comment la couleur glisse-t-elle ainsi à la surface des objets? A quoi attribuer ces retirements?

Ici encore on a mis en cause l'action de l'humidité ; on a admis que dans de certaines circonstances le mélange appliqué sur la porcelaine s'en détache sous l'influence d'une légère couche d'eau à la surface de laquelle la couleur surnagerait, soutenue en quelque sorte par l'essence grasse. J'ai cherché à vérifier cette interprétation par toutes sortes de moyens, en exposant les porcelaines à l'action d'une humidité prolongée, en mélangeant de l'eau à la couleur, en recouvrant d'eau les couches successives de bleu qu'on met sur la porcelaine; dans aucun cas, je n'ai pu obtenir de déplacements dans les essais faits au laboratoire.

D'autre part, une expérience constante démontre que ces déplacements extrêmement rares sur de grandes pièces de porcelaine sont, au contraire, très fréquents sur des objets de petites dimensions, et spécialement sur les assiettes.

En examinant de plus près le phénomène, je fus amené à penser qu'il était dû exclusivement à Faction de l'essence grasse de térébenthine : cette essence ne se volatilise pas ; elle se décompose à une haute température en produisant divers carbures liquides. Lorsqu'on met quelques fragments de porcelaine préparée pour bleu dans un tube de verre et qu'on les chauffe jusqu'au rouge sombre, on voit les morceaux placés à la partie inférieure du tube dégager des vapeurs très lourdes qui se condensent sur les fragments supérieurs où elles délayent le bleu et l'entraînent en le déplaçant.

Cette observation, appliquée à la cuisson des pièces, entraîne les conséquences suivantes : lorsqu'on cuit un objet au four Perrot, dans un creuset, l'essence se décompose dans un espace relativement grand, duquel les parties volatiles s'échappent aisément; il en est de même lorsqu'on cuit un grand vase dans un four; les gazettes dans lesquelles ce vase est enfermé présentent de grands espaces vides; elles offrent, en outre, beaucoup de joints par lesquels les parties volatiles peuvent s'échapper, de sorte qu'il n'y a pas de condensations sur le vase, dès lors pas de déplacement.

Lorsqu'il s'agit au contraire d'assiettes, on sait qu'elles sont encastées dans un espace extrêmement étroit, dans lequel la circulation de l'air et des gaz doit être très difficile; dès lors les parties volatiles, ne pouvant s'échapper que lentement, réagissent sur ce qui se trouve à la surface du marli de l'assiette, le délayent et finissent par l'entraîner ; quelquefois il y a condensation à la partie supérieure de chaque plateau, d'où l'essence et peut-être un peu d'eau tombent dans le milieu de l'assiette en entraînant des traces de bleu; par l'action progressive de lâcha-

leur, les liquides condensés s'évaporent, enlaissantleszones bleuâtres dont j'ai parlé au commencement de cette note.

Pour remédier à tous ces accidents, on pourrait remplacer l'essence par d'autres délayants ; malheureusement aucun ne donne d'aussi bons résultats. Il m'a donc fallu renoncer à cette idée.

Le remède certain du déplacement consiste à sécher les bleus, avant la cuisson au grand feu, dans des espaces tels que l'évaporation puisse s'y faire aisément. L'opération a lieu dans nos moufles ordinaires, au rouge.

De nombreuses expériences ont prouvé que ce grillage préalable évite absolument les déplacements; plusieurs séries comparatives ont été faites, et leurrésultatnepermet aucune hésitation. C'est donc un accident très facile à éviter, maintenant que la cause en est connue.

Mais ce grillage est assez dispendieux; il serait intéressant de trouver un moyen d'éviter ce passage en moufle : je dois dire que toutes les tentatives faites dans ce but ont été jusqu'ici infructueuses; le grillage au dégourdi du four à porcelaine, notamment, a donné de très mauvais résultats.

Il y a donc lieu provisoirement de considérer le grillage en moufle comme le seul remède efficace des déplacements. Après le grillage il faut examiner les pièces avec grand soin, voir si le bleu ne s'en détache pas par places ou s'il ne présente pas des fissures ou des fendilles (ce qui occasionnerait d'autres défauts analogues), et remettre de la couleur partout où elle se serait soulevée ou fissurée.

Je n'ai plus à indiquer que la cause et le remède du dernier des accidents signalés, la métallisation ou le noir. Lorsqu'on cuit le bleu à une très basse température,

suffisante néanmoins pour que l'émail fonde, et que cette température soit prolongée, la couleur, au lieu de devenir bleue, passera au noir intense; elle sera néanmoins très glacée. Une simple recuisson à une température plus élevée et, si possible, au courant d'air, ramènera la couleur bleue avec toute sa beauté.

Il en est de même des taches métalliques que l'incuisson développe quelquefois ; on les fera disparaître en repassant au grand feu et plus facilement quelquefois si l'on prend la précaution de recouvrir ces taches d'un peu d'émail ordinaire.

En prenant toutes les précautions que j'ai indiquées, on peut être certain, avec une surveillance et des soins incessants, d'éviter tous les accidents de la fabrication du bleu au grand feu.

Je signale avec plaisir, en terminant, la part qu'a prise, il y a trois ans, à quelques-unes de ces recherches, M. Yogt, aujourd'hui chef des travaux chimiques à la manufacture. Depuis cette époque M. l'ingénieur Auscher a constamment suivi mes expériences avec une méthode et un soin dont je lui suis fort reconnaissant.

sur l'émail bleu-noir de grand feu et ses applications sur la couverte de porcelaine dure (1).

Parmi les matières colorantes usitées dans la décoration au grand feu de la porcelaine dure, il n'en est pas qui soient plus fréquemment employées que celles qui dé-

(1) Génie civil, 3 mars 1888.

rivent du cobalt; il est peu de pièces orientales, il en est encore moins chez nous, dans lesquelles, par une méthode ou une autre, on n'ait utilisé le cobalt. Mais, tandis que les bleus varient à l'infini sur les porcelaines chinoises et japonaises, depuis les bleus de ciel les plus francs, jusqu'aux bleus-gris les plus doux, le seul émail de grand feu qui soit très couramment employé en Europe est celui qui est connu sous le nom de bleu de Sèvres, bleu violacé, d'une richesse, d'un velouté et d'un éclat incomparables. L'emploi en est limité à certains usages, notamment aux pièces décorées d'une façon uniforme (pièces de fonds) ou aux bords (marlis) des assiettes. Dans ces conditions mêmes, il présente quelques inconvénients : juxtapo'sé à côté du blanc de la porcelaine, il laisse sur l'œil une impression un peu brutale, qui n'a rien du charme des porcelaines orientales; de plus, très beau à la lumière du jour, il apparaît noir et presque triste à la lumière artificielle. On ne l'a guère utilisé pour peindre des ornements ou des fleurs, encore moins des figures, parce que les dégradations de ce bleu ont un ton faux et désagréable et parce que, dans les conditions ordinaires de cuisson, il émet des vapeurs, de sorte que la netteté des traits et la pureté du dessin sont profondément altérées. Les propriétés du bleu de Sèvres sont inhérentes à sa nature; plus le cobalt a été purifié, c'est-à-dire débarrassé des matières qui l'accompagnent dans la nature, plus on voit augmenter ces inconvénients. Il ne faut donc pas les attribuer à un vice de préparation ou à une autre faute de fabrication.

Pour arriver à des résultats différents, il faut modifier la composition elle-même du bleu. Les Chinois ne se servent que rarement de cobalt pur : Ebelmen et Salvetat

ont montré, il y a longtemps déjà, que le cobalt qu'ils emploient renferme des proportions assez fortes de manganèse.

J'ai basé sur cette observation la préparation d'un bleu auquel le nom de « bleu-noir » a été donné, parce que dans les tons très foncés il donne en effet naissance à un véritable noir. Cette préparation consiste, soit dans un simple mélange de bleu grand feu et de l'émail connu sous le nom d' « écaille », soit dans le frittage direct de 75 parties de couverte de porcelaine dure avec 25 parties d'oxydes de cobalt, de fer et de manganèse, dans des proportions qui varient selon le ton précis qu'on désire obtenir. On obtient un résultat satisfaisant en prenant :

100 p. d'oxyde de cobalt, 88 p. de peroxyde de manganèse, et 44 p. de peroxyde de fer.

Le bleu-noir est un bleu d'un ton un peu gris, très doux, s'harmonisant bien avec le blanc, et ayant la propriété intéressante de conserver toute sa valeur à la lumière artificielle.

Pour l'appliquer, on emploie identiquement le même procédé que celui dont on se sert pour le bleu au grand feu et on le cuit dans les mêmes conditions. J'ai indiqué, en 1883 (1), les détails de cette fabrication, auxquels il n'y a rien à modifier.

Le bleu-noir peut être utilisé pour divers emplois. En l'appliquant en fonds, tout seul ou accompagné de taches de bleu de grand feu, on obtient des effets agréables

(1) Voir p. 161.

et harmonieux, qui rappellent absolument les bleus fouettés des Chinois.

Il me paraît devoir rendre des services réels dans la décoration des assiettes de luxe; appliqué sur le marli, avec des peintures d'ornements en bleu au grand feu et enrichi d'or, il constitue un genre doux et somptueux à la fois. La propriété qu'a le bleu-noir de conserver son ton à la lumière artificielle rend cette application particulièrement intéressante, parce que c'est surtout le soir que le service de table riche est utilisé. Les émaux de grand feu sont si rares et ils présentent tant d'avantages, surtout pour les porcelaines de service, que l'industrie privée tirera sans doute parti de ces indications.

L'usage le plus fréquent auquel ce bleu me paraît devoir être appliqué est la décoration des porcelaines artistiques, si l'on en combine l'emploi avec des parties réservées, de manière à mettre en valeur la matière délicate et précieuse qui constitue la porcelaine et que trop souvent on masque par des peintures ou des fonds.

Voici quelques détails sur le mode opératoire qu'il convient de suivre pour cette fabrication. Comme pour le « bleu de Sèvres » la décoration se fait, non sur la porcelaine crue ou dégourdie, mais bien sur la porcelaine cuite.

Supposons qu'on veuille traduire sur un objet une composition dans laquelle soient associés le bleu-noir, le bleu de Sèvres et le blanc de la porcelaine; on commence par ménager ce dernier en peignant, au pinceau, le décor qui devra ultérieurement apparaître en blanc, avec un mélange de blanc d'Espagne et de gomme arabique teintée au moyen de violet de Paris. Lorsque ce travail est terminé, on recouvre la pièce tout entière de bleu-

noir posé à l'essence, soit au pinceau, soit à l'éponge et au putois, selon l'effet cherché; on laisse sécher, puis sur ce fond, qui paraît à ce moment gris et sous lequel on voit aisément les parties réservées en blanc, on peint avec du bleu de grand feu les ornements qui devront ultérieurement se détacher en foncé sur le bleu-noir. Après l'exécution de cette peinture, on porte les pièces en moufle et on chauffe au « feu d'or fort ». Au sortir de la moufle, les réserves tombent généralement d'ellesmêmes; elles sont enlevées d'ailleurs par le plus léger frottement; la pièce apparaît maintenant avec des parties blanches se détachant sur du gris et du noir. On complète la décoration en peignant sur ce blanc les ornements ou les figures qui font partie du projet, avec du bleu-noir, avec du bleu de grand feu, ou avec tout autre émail de grand feu, comme par exemple le « brun écaille ».

Ce procédé par réserves est courant et ne présente pas de difficultés; mais comme il nécessite un passage en moufle, qu'on doit chercher à éviter par économie ou à cause des chances d'accident qu'entraîne toujours la cuisson d'une grande pièce, on remplace quelquefois « la réserve « par l'enlevage ».

Dans ce cas, on pose le bleu-noir uniformément sur la pièce et on « enlève » les parties qui doivent rester blanches, soit avec le grattoir, soit avec la laque délayée dans de l'essence de girofle.

Quel que soit le moyen employé, lorsque la décoration est terminée par l'artiste, la pièce est portée au four et cuite au grand feu. Aucune précaution particulière n'est à observer si on a un four spécial pour les bleus comme celui que j'avais adopté; dans le cas contraire, on aura soin de choisir les places où le bleu vient bien et de mettre

la pièce aux endroits les moins chauds, pour éviter que les bleus coulent ou fusent. La pièce sort du grand feu, absolument terminée; rien ne s'oppose cependant à ce que l'on ajoute ensuite au feu de moufle un complément de décoration, et notamment quelques rehauts d'or qui, employés avec discrétion, peuvent augmenter la valeur artistique de l'objet.

On peut enfin obtenir d'autres effets décoratifs en combinant ce procédé avec des gravures ou des rehauts de pâte blanche, qu'il faut, dans ce cas, prévoir et exécuter, bien entendu, sur la porcelaine crue ou dégourdie.

J'ai introduit ce procédé de décoration à la manufacture nationale de Sèvres en 1882; il y a été appliqué tant pour les services de table que pour les porcelaines artistiques. En général, c'est à l'association du blanc, des deux bleus, et des ors qu'on a donné la préférence ; néanmoins on a obtenu de très beaux effets en complétant la décoration avec des couleurs de moufle, comme par exemple les rouges de fer, ainsi que le font les Japonais.

La simplicité, la sécurité de ce moyen de décoration, la liberté qu'il laisse pour l'interprétation de la composition, l'ont fait vivement apprécier par les artistes de la manufacture; aux expositions d'Amsterdam 1883, des Arts décoratifs 1884, et d'Anvers 1885, ont figuré des pièces ainsi décorées, depuis les plus délicates jusqu'aux plus grandes, et leurs qualités véritablement céramiques ont été jugées très favorablement.

Il m'a paru intéressant de signaler cette application qui trouvera de nombreux emplois dans l'industrie privée.

Lauth.

Par Ch. Lauth et G. Dutailly (1).

On désigne sous le nom à1 écaille un émail de grand feu pour porcelaine dure, dont la couleur brun rouge et l'aspect général rappellent la substance commerciale qui provient de la carapace de certaines tortues marines. Lorsque cet émail est transparent et de la nuance voulue, il est très apprécié; le grand vase qui figure dans la salle Louis XIII, au Louvre, en offre un des types les plus remarquables. Malheureusement la réussite en est assez incertaine; la préparation de l'émail n'est pas nettement déterminée, les conditions dans lesquelles il convient de le cuire au grand feu n'ont pas été indiquées, enfin il n'est pas rare de voir se manifester, après un temps quelquefois très long, des tressaillures qui peuvent entraîner la fêlure des pièces (c'est notamment le cas du vase du Louvre); on constate, en général, que cet accident est d'autant plus fréquent que le ton de l'écaillé est plus rouge.

Nous avons cherché à trouver une composition constante pour la préparation de cet émail et à éviter les causes des accidents que nous venons de signaler.

A. Brongniart indique pour la préparation de l'écaillé la formule suivante :

Pegmatite 56 p.

Terre d'ombre calcinée 8 p.

(1) Manganèse natif 24 p.

Colcothar 12 p.

(1) Génie civil, 3 mars 1888.

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