‹ La manufacture nationale de Sèvres 1879-1887Chapitre 76 sur 106 · BISCUIT DE PORCELAINE DURE · texte numérisé non relu

BISCUIT DE PORCELAINE DURE

Buste de Mirabeau, d'après un modèle de l'époque.

La baigneuse, modèle de Falconnet.

Le tailleur de pierres, modèle de Fernex.

La blanchisseuse, modèle de Fernex.

Deux vases Paris, médaillon et fleurs sur fond blanc. Composition et exécution par Mme Apoil.

Puisque la manufacture de Sèvres possède cette bonne fortune d'avoir une direction réunissant les qualités nécessaires à l'exécution de produits servant à l'éducation artistique de l'industrie privée et à la conservation de notre prestige national, nous lui dirons : Vous avez réalisé presque l'idéal dans la perfection de la porcelaine, en créant une pâte dure qui présente tous les avan- Lauth. 24

tages qu'elle doit avoir, c'est-à-dire beauté, solidité, inaltérabilité, et qui, avec les soins constamment observés à Sèvres, permet à l'artiste de l'orner avec toutes les ressources de son talent. Nous nous permettrons d'émettre un vœu, c'est de voir notre manufacture nationale reprendre la fabrication de la faïence, qu'on a cessée en 1870, car à cette époque, il nous a semblé que la manufacture de Sèvres battait en retraite devant les grands faïenciers d'art, tels que Deck, et aussi devant d'autres faïenciers secondaires; nous espérons donc qu'un jour Sèvres nous montrera, en faïence, une fabrication de la valeur proportionnelle à celle qu'elle exécute actuellement en porcelaine dure, car cette faïence peut seule nous donner jusqu'alors pour la décoration murale des effets décoratifs que Ton ne peut obtenir avec la porcelaine dure, et qui certainement ne pourront se produire de longtemps, si jamais ils peuvent se réaliser.

Il nous serait agréable aussi de voir donner un peu plus d'extensiou à la fabrication de la porcelaine tendre, pâte tendre qu'il est de bon goût, à ce qu'il paraît actuellement, de dédaigner, mais dont les anciennes pièces ont leur place marquée dans les musées et dans toute belle collection particulière.

M. Ch. Lauth est mieux que personne à la hauteur voulue, pour mener à bien cette triple fabrication.

La manufacture de Sèvres a conservé toutes ses traditions qui sont empreintes du sentiment artistique le plus pur et dont les qualités techniques sont toutes réunies dans la perfection, dans l'application de tous les procédés connus, dont souvent elle est l'auteur. Elle a montré à Amsterdam, une fois de plus, qu'elle était digne de tenir la tête de la céramique.

Nos fabricants, nos artistes, peuvent s'inspirer de la manufacture de Sèvres, dont la direction actuelle est toujours prête à servir l'industrie privée par ses conseils, en donnant la formule de ses procédés.

Extrait du rapport fait au nom du jury de l'exposition d'Amsterdam, 1883,

Par M. Camille Renard, professeur à l'académie de Liège.

La réputation universelle des porcelaines de la belle manufacture nationale de Sèvres est de celles qui s'imposent à l'industrie

avec une autorité que toutes les nations reconnaissent spontanément.

Préoccupée sans cesse d'atteindre la perfection du travail, tant au point de vue de la fabrication du blanc que de sa décoration, l'administration de la manufacture n'accorde à la question commerciale qu'une attention secondaire.

Ses produits sont tous des objets d'art, des spécimens du goût le plus délicat, du travail le plus précieux. La perfection des galbes, reflétant dans toute leur pureté le caractère des styles de toutes époques; l'appropriation savante des décorations, composées en conformité de l'esprit ou du génie de chacun d'eux ; enfin, l'interprétation et le respect religieux des lois esthétiques de l'art décoratif céramique, sont des qualités qui rangent ces productions dans la catégorie des trésors de musée, en les élevant à la dignité des plus beaux modèles.

C'est à l'habile direction de M. Lauth, successeur de M. Robert, qu'il faut attribuer les remarquables résultats qui ont été atteints.

Sans doute, la haute et antique réputation de la manufacture était une tradition pieusement conservée en France; mais il fut cependant nécessaire, un jour, de réconforter l'esprit général qui présidait aux diverses tendances des collaborateurs ; il devint utile de réorganiser la marche des ateliers et d'en placer la direction sous la sauvegarde des vrais principes de l'art décoratif, dont l'école française avait si vaillamment profité au dix-septième et au dix-huitième siècle.

La tentative fut couronnée de succès.

Le contingent que Sèvres a envoyé à Amsterdam témoigne de progrès merveilleux dont la France peut légitimement s'enorgueillir.

Nous rappelons pour mémoire, parmi les 90 pièces qui sont exposées :

Le vase Lddoux, modelé par M. Carrier-Belleuse et dont la décoration, exécutée en pâtes d'applications posées au pinceau sur fond vert bleu, est composée par M. Gobert.

Les vases potiches avec figures et fleurs en pâtes d'applications sur fond céladon, décor or, composés et exécutés par M. Barriat.

Un service à café en gravure, sur pâte crue et application de fleurs et d'insectes, composé et exécuté par M. Ficquenet.

Un examen détaillé sortirait du cadre assigné à notre modeste travail; seulement, il nous est permis de spécifier en quelques mots les raisons de nos éloges.

DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

Les galbes des modèles présentés se distinguent tous par une élégance et une simplicité de jet qui n'admettent aucune rivalité.

La pâte est fine, d'un beau blanc laiteux, d'une très grande transparence.

L'émail gras est d'un lustre exceptionnel et d'une uniformité de pose extraordinaire.

Les applications en pâte sur fond grand feu sont d'une délicatesse merveilleuse. En laissant transparaître le fond dans les parties ténues, et se chargeant au contraire dans les reliefs, elles fournissent les estompages factices des camées en pierre dure, et donnent une décoration distinguée et précieuse, bien en rapport, d'ailleurs, avec la belle qualité du produit blanc.

La plupart des fonds colorés sont posés sous émail, ce qui donne à la décoration une solidité inaltérable et un brillant que ne peuvent avoir les couleurs de moufle.

Les difficultés si nombreuses que présente l'application de ces fonds semblent ne pas exister à Sèvres, tant la réussite est parfaite.

C'est qu'ici la direction veille avec sollicitude à la pureté des oxydes métalliques colorants.

Elle soumet ceux-ci à des traitements spéciaux, dont le but est d'éloigner les oxydes de métaux minéralisateurs étrangers qui accompagnent toujours l'oxyde utile.

Elle choisit, pour l'application de la couleur sur cru, un procédé bien en rapport avec l'effet à obtenir, et dont la pratique, étudiée avec beaucoup d'attention, n'a plus le moindre secret pour un bon ouvrier.

Les décors exécutés par la dorure se sont aussi enrichis de procédés nouveaux, basés sur l'emploi de divers ors très délayés et formant des tons variables.

Ces ors délayés constituent les dessous des décors modelés par les transparences des fonds colorés.

Sur les portions qui s'emportent en clair, le peintre applique des épaisseurs variables d'or, qu'il multiplie à son gré, de manière à obtenir de légers reliefs qui, en accrochant la lumière, produisent des effets de modelé avec une puissance remarquable.

Les décorateurs semblent tous, comme les céramistes orientaux, persuadés que le secret des coloristes n'est pas d'être harmonieux avec des couleurs pâlies, mais de conserver l'harmonie avec des couleurs éclatantes.

Ils manient, avec une rare entente, les analogies ou les con-

trastes, dans le choix des tons, utilisant d'ailleurs les ressources du jeu des couleurs complémentaires ; ils savent modérer les fanfares des tonalités les plus vives, par les damassés, les pailletés, les piquetés de couleurs, les fonds filigranes, etc.

En un mot, la tendance générale des ateliers de décoration de la manufacture de Sèvres est aujourd'hui d'abandonner ce genre maladif, qui transportait autrefois sur des formes convexes ou concaves les données d'un art pictural spécialement créé pour la grande peinture à fond plan.

La suppression de la perspective, l'utilité de recourir à la franchise des tons et de délaisser les tons rompus, la liberté et la fantaisie substituées au poncif et à l'imitation absolue de la nature, telles sont quelques-unes des conquêtes heureuses qu'a pu réaliser la direction nouvelle et dont témoignent, avec tant d'autorité, les magnifiques spécimens qui se trouvaient déposés dans les vitrines de l'exposition.

La collection envoyée par la manufacture de Sèvres doit être un enseignement pour nos fabricants belges.

Elle expose à leurs yeux toutes les nouvelles applications possibles de la science et tous les nouveaux procédés imaginés pour rendre parfait le travail de la main-d'œuvre.

La libéralité avec laquelle on accueille à l'établissement de Sèvres tous les visiteurs prouve l'intérêt que l'intelligente direction porte à la diffusion de ce qui peut intéresser cette belle industrie.

Que nos céramistes sollicitent franchement les conseils de cet établissement, justement qualifié par M. Lambert, en 1878, Y Institut céramique.

Ils y trouveront un guide généreux, leur montrant les deux voies du progrès : l'une où s'améliore sans cesse l'ensemble des procédés industriels qui forment la partie mécanique de la fabrication ; l'autre où s'épure, au contact des esprits les plus clairvoyants de l'époque, l'application des grandes lois de l'art et des styles, tant à la conception des formes qu'à l'invention des décors dont celles-ci sont revêtues.

Éclairées par l'expérience de tant d'études accomplies, nos industries auront à se pénétrer de cette dernière vérité qu'on ne leur demande pas de refaire tout ce que fait Sèvres, mais qu'on attend d'elles de gouverner leurs collaborateurs en s'appuyant sur les principes qui sont et resteront toujours les lois fondamentales du goût et de la distinction, vrais gages du succès industriel et commercial.

DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

LU

Paris, le 7 août 1884.

Rapport adressé à M. le Ministre,

Par M. 0. du Sartel, au nom de la commission de perfectionnement de la manufacture nationale de Sèvres (l).

Monsieur le Ministre,

La commission de perfectionnement de lr, manufacture de Sèvres s'est réunie, le 17 juin dernier, pour l'examen des produits que M. l'administrateur se proposait d'envoyer à l'exposition des manufactures nationales de 1884. Vous avez bien voulu, Monsieur le ministre, honorer cette réunion de votre présence et vous faire l'interprète des sentiments hautement exprimés par chacun des membres de la commission pendant le cours de cet examen, en félicitant M. l'administrateur, ainsi que ses collaborateurs, desprogrès réalisés depuis peu à Sèvres et du remarquable ensemble préparé pour l'exposition.

Rappeler les difficultés vaincues, les patients efforts qui ont amené ces progrès sera le meilleur encouragement, pour la manufacture nationale, dans la voie des recherches et des études qui la conduiront plus haut et plus loin dans cet art céramique dont elle a mission d'élever sans cesse le niveau.

Un coup d'œil jeté en arrière formera donc, Monsieur le ministre, l'introduction naturelle de ce rapport.

(1) Commission de perfectionnement de la manufacture nationale de Sèvres. MM. Fallières, Député, Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, Président; Kaempfen, Directeur des beaux-arts, Vice-Président ; Berger (Georges); Berthelot, Sénateur, Membre de l'Institut; Deck, Fabricant de céramique; Dubreuil, Fabricant de céramique; Galland, Peintre, Professeur à l'École nationale des beaux-arts ; Gasjnault, Conservateur du Musée de Limoges; Gruyer, Conservateur du Musée du Louvre, Membre de l'Institut; Guillaume (E.), Inspecteur général de l'enseignement du dessin, Membre de Vlnstitut; Hache, Fabricant de céramique; Hébert, Membre de V Institut; Lameire, Peintre; Louvrier de Lajolais, Directeur de l'École des arts décoratifs; Mantz (Paul), Directeur général honoraire des beaux-arts; Mazerolle, Peintre; Poulin, Directeur des Bâtiments civils et des Palais nationaux; Du Sartel; Du Sommerard, Directeur du Musée de Cluny, Membre de Vlnstitut ; Gerspach, Chef du bureau des manufactures nationales, Secrétaire; Bohaut, Sous-Chef du même bureau, Secrétaire adjoint.

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