PORCELAINES DE TABLE ET DE SERVICE
Les porcelaines de table et de service semblent, de nos jours, n'être plus qu'un accessoire de la fabrication, dont on se dispenserait volontiers.
On oublie trop que ces porcelaines sont les aînées, qu'elles eurent leur raison d'être avant qu'on ne songeât aux autres et
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qu'elles sont encore nécessaires au confortable, à tous les luxes tandis que les autres sont souvent remplacées par le marbre, ou le métal.
Aujourd'hui d'ailleurs, qu'on se serre à plaisir, même à table, il n'y a plus de place sans doute pour les larges plats artistiquement décorés, pour les corbeilles aux multiples étages supportées par les attributs de la chasse, de la pêche ou ceux des vergers et des jardins.
N'y aurait-t-il du moins rien à tenter, rien à trouver pour améliorer les quelques porcelaines restées indispensables au service de la table et aux réunions du soir?
Ceux qui se préoccupent de cette question rechercheront des formes plus élégantes et mieux appropriées aux usages actuels; ils veilleront à ce que les pièces de service quotidien soient à la fois légères et solides, à surface absolument lisse et décorées avec des couleurs aussi inaltérables que la porcelaine elle-même.
C'est donc pour les porcelaines de cette catégorie que l'emploi des couleurs de grand feu est particulièrement recommandable.
Il ne devrait être fait exception que pour certains services de luxe et d'apparat destinés à ne sortir que rarement des vitrines.
En tout cas, dans leurs compositions, les décorateurs s'attacheront à conserver sans peintures ni colorations quelques parties des porcelaines dont l'éclat s'harmonise si bien avec la blancheur mate du linge.
Ils n'useront que sobrement des couvertes et des fonds colorés qui seront toujours d'un ton doux mais franc : les tons trop sombres et lourds feraient tache sur une nappe.
Pour les assiettes et les plats, ils écarteront de l'intérieur les fonds unis foncés et les décorations surchargées dont les colorations, en se combinant avec celles des mets, donnent souvent à ceux-ci un aspect désagréable. Ils se contenteront pour cette partie d'une ornementation simple et légère, réservant toute l'ingéniosité de leur talent à la décoration du marli qui, à elle seule, devrait toujours faire le mérite artistique d'une assiette ou d'un plat de service.
PORCELAINES d'aPPARTEMENT.
Les porcelaines d'appartement, vases de petites dimensions, garnitures de cheminées, jardinières, porte-bouquets, qui apportent
à l'ameublement la note gaie et les jeux de lumière, qui, dans les salons et les boudoirs, sont vues de fort près, doivent, par, conséquent, réunir les qualités d'une distinction parfaite et les caractères d'une œuvre d'art.
Non seulement, en effet, le spectateur appréciera tous les détails de l'exécution, mais il saisira d'un seul coup d'œil la forme et la composition du décor.
Ces porcelaines-bijoux, pourrait-on dire, que le hasard ou le caprice placera sur une cheminée à côté d'objets très divers, ces porcelaines devront-elles présenter toujours les rectitudes de formes et les caractères d'ornementation spéciaux à tel ou tel ordre, à tel ou tel style? On ne le pense pas.
Elles sont destinées à un monde élégant et raffiné, dont il faut tout d'abord s'étudier à satisfaire les goûts, en ce qu'ils ont de délicat et d'artistique. Un écrivain des plus autorisés en matière d'art, M. Paul Mantz, disait dernièrement que les meubles si remarquables du dix-huitième siècle, témoins muets du luxe et des coutumes du grand monde d'alors, sont pour nous comme autant de spirituels chroniqueurs qui racontent aujourd'hui, à qui sait les interroger, les grandeurs et les raffinements des cours de Louis XV et de Marie-Antoinette.
Pourquoi nos porcelaines ne diraient-elles pas à leur tour quelque chose de nos goûts et de nos usages?
Au point de vue des formes, les cours de dessin raisonnés de Sèvres apprendront à ses futurs compositeurs qu'il faut éviter les formes compliquées à plaisir, que toutes les parties d'une pièce céramique, pour affronter victorieusement l'épreuve du feu, doivent se tenir intimement et se supporter solidement les unes les autres ; enfin que l'élégance consiste bien plus dans la grâce harmonieuse des contours, que dans l'amincissement exagéré des pièces ou de leurs supports.
La porcelaine est fragile de sa nature, les tours de force de finesse et de légèreté peuvent sans doute étonner un curieux, mais est-il sage de dépenser tant de talent pour fabriquer et décorer un objet menacé d'une certaine et prompte destruction?
La forme étant choisie, deux éléments pourront concourir à la décoration de la pièce : la sculpture et la peinture.
Les ornements sculptés, appendices obligés ou simplement décoratifs, sont d'un précieux secours en céramique, mais, dans l'un et l'autre cas, ils doivent avoir leur raison d'être et, quel que soit leur mérite artistique, ne jamais prendre assez d'importance
par rapport à la pièce pour captiver exclusivement l'attention.
Ils ne doivent pas non plus prendre une telle saillie qu'ils modifient la forme générale dont l'œil ne doit jamais perdre le contour.
On disait tout à l'heure que toutes les parties d'une pièce céramique doivent se soutenir les unes les autres; ce précepte de l'esthétique architecturale, qui est en même temps une exigence absolue de la fabrication, réglera le choix des parties qui pourront comporter des ornements en relief.
Il faut, en un mot, qu'une pièce quelconque de céramique, un vase par exemple, paraisse supporter facilement et sans efforts les sculptures dont il est orné ou qu'il soit naturellement porté par celles-ci.
En dehors du rôle très important, sans doute, qu'elle est appelée à jouer dans la décoration, la sculpture proprement dite a-t-elle lieu de se féliciter des reproductions en porcelaine, ou même en biscuit?
En porcelaine, évidemment non, car la couche de couverte posée sur les pièces moulées, quelque mince quelle soit, n'en offre pas moins une épaisseur appréciable, qui n'est pas toujours uniforme; en tout cas, elle s'accumule assez dans les creux pendant la cuisson pour altérer sensiblement les contours et les modelés; d'autre part, en raison de sa transparence, elle détermine et multiplie les reflets et les jeux de lumière incompatibles avec le statuaire.
Avec la porcelaine cuite en biscuit, ces inconvénients disparaissent; la finesse de son grain, son teint blanc mat, semblent particulièrement propres à faire ressortir la délicatesse et le fini des ornements, la grâce et le charme d'une statuette ou d'un groupe.
Mais il est très difficile de conserver à ces reproductions, forcé ment réduites, une proportionnalité suffisamment rigoureuse pour ne pas diminuer très sensiblement le mérite de l'œuvre originale.
Quoi qu'on fasse, en effet, on ne pourra éviter les inégalités de retrait et les affaissements de la pâte crue pendant le séchage des pièces à leur sortie du moule; on ne pourra davantage empêcher dans le four de cuisson cet autre retrait bien plus considérable que le premier et qui se produira plus inégalement encore, en même temps que le ramollissement de la pâte accentuera et multipliera les affaissements.
À ces nombreuses causes d'imperfection, qui sont inhérentes à la matière elle-même, s'ajoutait encore celle qui provient des bavures du moule, lesquelles réapparaissaient toujours, quelques soins qu'ont ait mis à les enlever; mais nous savons qu'à Sèvres
on vient de trouver un procédé très ingénieux pour éviter la réapparition des lignes saillantes qui décomposaient la pièce en autant de segments que son moule avait de parties.
Les considérations qui précèdent, en condamnant absolument les grandes reproductions en biscuit des bustes et des statues, ne visent que dans une certaine mesure la fabrication des statuettes, des groupes et des bustes de petite dimension.
Quant aux décorations par la peinture, pour les composer, les artistes se souviendront que les porcelaines ne doivent jamais perdre leur caractère de pierres précieuses, qu'elles doivent au contraire briller comme autant de diamants parmi les objets d'ameublement; qu'en les couvrant de couleurs ternes et opaques on leur retirerait leurs propriétés réfléchissantes, leur mérite spécial et envié.
Simple ou compliquée, la décoration doit, dans son ensemble comme dans chacune de ses parties, se proportionner aux dimensions de l'objet.
Les artistes se souviendront aussi qu'il faut combiner l'ornement d'après la forme du vase, diviser la surface en autant de champs que la décoration devra comprendre de parties concourant à l'effet général.
En divisant ainsi la surface à décorer, en variant les heureux effets d'une coloration sobre et harmonieuse, en ménageant une ornementation légère à la partie supérieure, plus solide au contraire et plus intense à la base pour soutenir et faire ressortir le décor principal, toujours réservé à la partie médiane de la pièce, on se maintiendra dans les saines traditions, dans les règles qui conduisent à une composition satisfaisante, laquelle avec un peu de talent et d'originalité s'élèvera facilement à la hauteur d'une œuvre d'art.
Ce résultat, l'artiste pourra l'atteindre par des compositions d'une grande simplicité, mais sans chercher à multiplier les détails, sans complications inutiles, il réservera pour ces porcelaines d'appartement ses plus ingénieuses combinaisons de rinceaux, d'arabesques aux multiples couleurs chatironnées d'un filet d'or, les gracieuses frises et les peintures de genre entourées d'ornements en or rappelant des miniatures dans leur cadre.
C'est pour ces pièces enfin qu'il aura recours aux fines décorations en pâte d'application.
En rappelant succinctement les qualités qui concourront au caractère artistique et à la distinction des porcelaines à la main et Lauth. 26
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d'appartement, la commission insiste à nouveau sur l'opportunité de reprendre à Sèvres la fabrication des porcelaines tendres ; leurs merveilleux fonds de couleur, la douceur et le flou de leurs peintures assurent à ces productions un succès certain.