Voir aux Annexes
LES GOBELINS
rois de France pour acclimater dans notre pays l’art de la tapisserie décorative.
Non content de donner comme ses prédécesseurs des commandes aux ateliers particuliers, François Ier établit vers i53o une manufacture royale de tapisserie au château de Fontainebleau; les œuvres très remarquables qu’elle produisit ne suffirent pas à lui assurer une existence de plus d’une trentaine d’années.
En i55o Henri II installa dans l’hôpital de la Trinité à Paris 1 divers ateliers d’instruction pour les enfants pauvres et les orphelins; vraisemblablement la tapisserie fut enseignée aux élèves par les maîtres ayant précédemment exercé à Fontainebleau. D’école, la Trinité devint fabrique; elle travaillait sûrement encore en 1 63 5 ; plusieurs de ses apprentis devinrent des tapissiers distingués, mais le nombre n’en fut pas assez grand, car Henri IV se vit obligé de faire appel aux Flandres lorsqu’il prit la résolution de fonder dans Paris des ateliers officiels de tapisseries.
Le roi commença en 1597 Par installer ses tapissiers rue Saint-Antoine dans la maison professe des Jésuites 2, d’où ces religieux avaient été expulsés; à leur retour en i6o3, les métiers furent transportés dans la galerie du Louvre. Mais déjà en 1601 Henri IV, malgré l’opposition de Sully, avait résolu de donner à la fabrication une plus grande extension et dans cette vue il avait fait opérer dans les Flandres un nouveau recrutement et mis les tapissiers dans les attributions du sieur de Fourcy, intendant de ses bâtiments. On pense que ces Flamands furent établis dans l’hôtel des Tour-
1. L’hôpital, avec son enclos privilégié, occupait la majeure partie de l’îlot compris entre les rues Saint-Denis, Grenetat et Guérin- Boisseau, vers les numéros 142 à 182 de la rue Saint-Denis actuelle.
2. Cette maison avait été fondée sur l’emplacement de la vieille enceinte de Philippe-Auguste; c’est aujourd’hui le lycée Charlemagne.
l’histoire et l’administration
nelles 1 ; ils n’y restèrent pas longtemps, la place faisant défaut à cause des fabriques d’étoffes de soie placées dans les mêmes bâtiments. En i6o3 on les trouve au faubourg Saint-Marcel, dans une maison appartenant à la famille Gobelin.
Vers le milieu du xve siècle, Jehan Gobelin, originaire de Reims, avait fondé sur le bord de la Bièvre une teinturerie qui devint célèbre et conduisit ses propriétaires à la fortune, ce qui était fort juste vu la qualité des produits qui sortaient de leurs cuves, qualité due à l’habileté des teinturiers et non aux eaux de la Bièvre, qui jamais n’ont eu de vertus tinctoriales. La famille Gobelin exerça son industrie jusque vers 1 6 5 5 ; par une singulière faveur du sort elle acquit l’immortalité sans avoir jamais fait tisser une aune de tapisserie, par le simple fait de l’installation d’habiles tapissiers dans ses anciennes propriétés.
Henri IV avait placé ses tapissiers sous la conduite technique de Marc de Comans et de François de la Planche, et en 1607 il accorda à ces « seigneurs » d’importants privilèges, à la charge par eux d’entretenir 80 métiers au moins dont 60 à Paris et d’enseigner la profession à 25 enfants français, dont le roi payait la pension et les parents l’entretien.
On a donné le nom de première Manufacture des Gobelins à cet établissement; il resta dans les mêmes mains jusqu’en 1629; le privilège fut alors transféré à Charles de Comans et à Raphaël de la Planche, fils des entrepreneurs; ne pouvant s’entendre, les deux associés se séparèrent. Raphaël de la Planche s’en fut au faubourg Saint-Germain 2 et Charles de Comans resta aux Gobelins ; il mourut en 1 634
1. Maison royale jusqu’à la mort de Henri II; elle s’étendait sur le terrain actuel de la place Royale.
2. Près de l’ancien hôpital des teigneux, et rue de la Chaise. La rue de la Planche tire son nom du tapissier.
LES GOBELINS
et fut remplacé par un autre fils de Marc, Alexandre, qui luimême eut pour successeur son frère Hippolyte.
La première Manufacture des Gobelins paraît avoir fonctionné jusque vers 1654; les ateliers du faubourg Saint- Germain subsistèrent plus longtemps.
Louis XIV trouva sans doute insuffisants ces divers établissements, car en 1648 il appela de Florence un maître tapissier, Pierre Lefebvre, lui confia un atelier et en 1 65 5 établit son fils Jean « dans la place vuide qui reste, depuis et joignant les magasins des bois de Sa Majesté, au jardin des Tuileries le long du quai ».
En 1662, après que le roi eut acheté l’enclos des Gobelins et plusieurs maisons adjacentes, il y avait donc dans Paris des ateliers de tapisseries au Louvre, au faubourg Saint- Germain et aux Tuileries; une partie seulement des tapissiers fut transférée aux Gobelins, les autres y vinrent par la suite et successivement à des époques indéterminées; peutêtre le dernier atelier existant est-il venu vers 1691.
Mais non loin et dans la zone d’influence de Paris, le surintendant Foucquet avait fondé pour son usage personnel à Maincy, près du château de Vaux-le-Vicomte, une importante manufacture de tapisserie sous la direction d’art de Le Brun; la fabrique travailla dix ans environ. Elle fut fermée à la fin de 1661 après l’arrestation du surintendant; un certain nombre de tapissiers de Maincy furent appelés aux Gobelins, et formèrent le noyau principal du nouvel établissement.
L’édit de Louis XIV reconnaît la fondation de Henri IV, mais il veut rendre les établissements « plus immuables en leur fixant un lieu commode et certain » et juge nécessaire
l’histoire et l’administration
de leur donner « une forme constante et perpétuelle et les pourvoit d’un règlement convenable à cet effet ». L’édit détermine le recrutement des apprentis et leur condition, il facilite la naturalisation des ouvriers étrangers, exempte le personnel des ateliers de toutes tailles, impositions et logements de soldats, lui assure pour les procès une juridiction spéciale, lui donne des logis gratuits et autorise le directeur à établir dans les bâtiments une brasserie de bière qui ne paiera aucuns droits. De plus, apprentis et ouvriers seront, après un temps de stage déterminé, reçus maîtres en leur communauté sur la vue d’un simple certificat du surintendant des bâtiments; il semble que c’est là un premier pas vers la suppression des maîtrises et des jurandes, en tout cas c’est Taffranchissement d’une juridiction qui trop souvent s’exerçait avec jalousie et partialité. Quoi qu’on en dise aujourd’hui je ne pense pas qu’il faille attribuer aux corporations et à la maîtrise la supériorité des produits anciens; il suffit pour s’en convaincre de comparer la production des pays asservis aux corporations avec ceux des contrées où le travail était libre, comme à Nuremberg par exemple 1.
La Manufacture, il convient de le remarquer, n’était nullement pourvue du monopole de la fabrication des tapisseries ; elle était seulement protégée au même titre que les autres fabriques du royaume, en ce sens que l’importation et la vente des tapisseries étrangères étaient défendues 2.
A côté des tapissiers, l’édit ordonne l’établissement aux Gobelins de peintres, orfèvres, fondeurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène et en bois et laisse au surintendant la faculté de prendre d’autres bons ouvriers en arts et métiers.
1. Du temps d’Albert Durer, il n’existait pas de corporation à Nuremberg; la première n’a été fondée que vers i53o.
2. 11 y avait à Paris un commerce de tapisseries, assez étendu; voir aux Annexes.
La régie et l’administration de la Manufacture est confiée au surintendant des bâtiments, arts et manufactures de France, et la conduite particulière des ateliers, au premier peintre du roi.
Colbert était né à Reims en 1619; il fit sa carrière dans les bureaux de la secrétairerie d’État, sous Le Tellier et Mazarin; le cardinal, à son lit de mort, le recommanda à Louis XIV : « Sire, je vous dois tout, mais je crois m’acquitter en vous donnant Colbert. » En 1662, Colbert est nommé contrôleur général des Finances, deux ans plus tard il obtient la surintendance, qui, selon l’expression de Voltaire, « est proprement le ministère des arts ». L’éloge de Colbert est facile : il a été le plus grand administrateur de la monarchie française; toutes ses institutions portent l’empreinte du génie, il est toujours resté fidèle à sa devise : Pro rege sœpe,pro patria semper .
Il est vraisemblable que sans la fondation des Gobelins, inspirée par son patriotisme, l’art de la tapisserie décorative était perdu. La manufacture de Mortlake, en Angleterre, était sur le point de suspendre ses travaux. Florence déployait peut-être une certaine activité. Les Flandres, jadis si prospères, étaient en décadence. Si Tours et Amiens travaillaient encore, et le fait n’est pas prouvé, ce n’était que dans une mesure très restreinte. Les ateliers d’Aubusson, de Felletin et de Bellegarde, dont l’origine très ancienne n’est pas exactement déterminée, se plaignaient d’avoir beaucoup perdu de leur importance. Les ateliers de Paris, après diverses périodes très brillantes, restaient sans protection efficace; Colbert les sauva en les dégageant de toute préoccupation commerciale.
Si Colbert reste incontesté, Le Brun n’a plus, de notre temps, comme peintre du moins, le renom dont il a joui sous Louis XIV ; il fut en effet, après la mort de Lesueur et
L’Histoire du Roi, par Le Brun, Renouvellement d'alliance entre la France et les Suisses.
l’histoire et l’administration 9
du Poussin, le grand maître, non seulement de la peinture française, mais de l’art français. Né en 1619 à Paris, Charles Le Brun entre très jeune dans l’atelier de Simon Vouet; en 1642, il part pour Rome avec Nicolas Poussin; pendant trois ans, il étudie avec ardeur les maîtres, Raphaël surtout; plus tard à l’apogée de sa gloire il dit dans une conférence faite à l’Académie de peinture sur Le Poussin : « que le divin Raphaël a été celui sur les ouvrages duquel il a tâché de faire ses études et que l’illustre M. Poussin l’assista de ses conseils et le conduisit dans cette haute entreprise; de sorte qu’il se sent obligé de reconnaître ces deux grands hommes pour ses maîtres et d’en rendre un témoignage public. »
De retour à Paris Le Brun reprend ses travaux, il peint pour les églises, les corporations, les confréries et les grands seigneurs, des tableaux, des plafonds et des panneaux; il prend ses sujets dans les écritures saintes, dans la mythologie et l’histoire, il les traite avec une science profonde de la composition. Vers 1657, Foucquet lui confie la décoration de Vaux-le-Vicomte, il couvre de peintures les salles du château et dirige les sculpteurs, les ornemanistes et les tapissiers; « les intervalles du temps dont il disposait, il les employait à se former dans tous les talents qui dépendent de l’art du dessin et qui s’étendent sur l’architecture, sur l’orfèvrerie, la menuiserie et généralement sur tout ce qui regarde les accompagnements des beaux édifices. »
C’est de Vaux-le Vicomte, qu’en 1660 Le Brun fut mandé à Fontainebleau par Louis XIV pour l’exécution du tableau La tente de Darius . Le roi et Mazarin avaient apprécié le peintre et le décorateur dans leurs visites chez Foucquet et à Paris dans les fêtes publiques. Deux ans plus tard, Le Brun reçut ses lettres d’anoblissement, le titre de pre-
IO
LES GOBELINS
mier peintre du roi et la direction de la Manufacture royale des meubles de la couronne. Par ses études et ses travaux, Le Brun était naturellement désigné pour les fonctions qu’il allait exercer jusqu’à sa mort, survenue en 1690.
La tâche lui fut aisée; son prince aimait le faste et la prodigalité; il trouva dès le début des peintres distingués dont il fit ses collaborateurs assidus, enfin il eut, jusqu’à sa disgrâce, et malgré les termes de l’édit, un pouvoir discrétionnaire.
On a peine à comprendre comment Le Brun a pu satisfaire à tout ce que le roi lui demandait; il composait des modèles d’orfèvrerie, d’ébénisterie, de bronze, d’ornement, de statues, ou tout au moins en donnait la pensée, selon la juste expression d’alors; plus de quatre-vingts tapisseries différentes des Gobelins sont dues à son invention. On lui accorde environ 400 tableaux et le seul musée du [Louvre conserve 2 389 de ses dessins. Les châteaux de Sceaux, de Saint-Germain, de Marly, de Versailles, le Louvre et nombre d’hôtels particuliers sont décorés par lui; il a la garde du cabinet du roi qui deviendra plus tard le musée du Louvre. Grâce à une autorité qui ne fut diminuée que vers la fin de sa longue carrière, Le Brun put inspirer à tous les travaux qu’il dirigea, une unité de style, d’invention et de facture digne du grand siècle dont il fut le décorateur en chef. Mais comme le dit Charles Coypel : « Trois choses devaient lui attirer des ennemis : un mérite supérieur, une faveur éclatante et une de ces places dans lesquelles il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de satisfaire tout le monde. » Vers 1686, il tomba en disgrâce, en ce sens qu’il ne fut plus le grand dispensateur des travaux d’art et que son talent fut discuté; quatre années après, il mourut abreuvé de chagrins, tout en ayant conservé jusqu’à la fin ses charges et emplois.
l’histoire et l’administration
Le Brun a eu des successeurs, mais il n’a pas été remplacé; les directeurs seront simplement désormais les délégués du Ministre; bientôt, du reste, la Manufacture royale des meubles de la couronne va disparaître, et il ne restera plus qu’une Manufacture de tapisserie de tout l’admirable édifice élevé par Colbert.
Les Manufactures royales n’étaient pas, comme on le pense généralement, une dépendance de la couronne; ce n’est qu’en 1791 qu’elles furent mises dans une semblable situation; elles constituaient un service public à la charge du même département ministériel que les bâtiments, les palais, les manufactures de France, les encouragements aux arts, les académies et les écoles de peinture et de sculpture et l’Académie de Rome. Cette charge, pour les ateliers de tapisserie seulement, était en 1691 de 94880 livres, mais ce chiffre n’est qu’une apparence, car il ne comprend ni les appointements du directeur, ni l’entretien des bâtiments, ni les modèles; en la mettant à 120 000 livres on approcherait, je crois, d’assez près, la dépense réelle d’une année portant l’autre, pendant le xvne siècle.
L’administration supérieure des Gobelins resta dans les attributions de la surintendance des bâtiments, arts et manufactures de France jusqu’à la suppression de cette charge en 1726. Le successeur de Colbert, mort en 1682, fut Louvois jusqu’en 1691, Colbert de Villacerf le remplaça; c’est sous son administration qu’eut lieu la fermeture officielle de la Manufacture le 10 avril 1694. Les guerres de la deuxième coalition résultant de la ligue d’Augsbourg avaient ruiné le
LES GOBELINS
pays, les dépenses de luxe furent supprimées et le personnel de la Manufacture licencié, mais non sans espoir de retour; cette intention fut nettement marquée par l’autorisation accordée aux entrepreneurs de continuer de travailler à leurs risques et périls. La paix de Ryswyck conclue en 1697 ramena un calme momentané et en 1699 la Manufacture fut ouverte à nouveau, mais la fabrication fut limitée à la tapisserie. Hardouin Mansard fut surintendant de 1699 à 1708 et le duc d’Antin de 1708 à 1726.
En cette année le roi créa l’emploi de directeur et ordonnateur général des bâtiments, jardins, arts, académies et manufactures; les titulaires furent le duc d’Antin de 1726 à 1736, Orry de 1736 à 1745, Le Normand de Tournehem de 1 745 à 1751, le marquis de Marigny de 1751 à 1773, l’abbé Terray de 1773 à 1774, le comte d’Angiviller de 1774 à
Les directeurs généraux comme précédemment les surintendants avaient le pouvoir ministériel; à l’exception de M. d’Angiviller ils s’occupèrent fort peu de l’administration de la Manufacture; ils signaient quelques pièces et agissaient en protecteurs plutôt qu’en ministres. Le duc d’Antin était un grand seigneur; le marquis de Marigny le devint; il devait sa position à sa sœur Mme de Pompadour, mais il sut s’en rendre digne; il avait voyagé pendant deux ans en Italie avec Soufflot, il aimait les arts et les artistes. Le comte de La Billarderie d’Angiviller était un homme très remarquable; il avait été attaché à l’éducation du dauphin et fut membre des académies des sciences, de peinture et de sculpture; il entreprit avec intelligence et dans un sens très libéral la réorganisation des Gobelins, qui étaient dans un abandon administratif complet. De Montucla, premier commis à la direction générale, s’occupait spécialement des Manufactures royales; c’était un mathématicien et un esprit dis-
l’histoire et l’administration i3
tingué, il fut pour d’Angiviller un collaborateur intelligen t et dévoué.
Le régime intérieur de la manufacture, conçu par Colbert, était très ingénieux; il avait pour bases d’une part le travail des ateliers confié à forfait à des entrepreneurs qui payaient les tapissiers aux pièces — ces questions seront traitées dans des chapitres spéciaux — et de l’autre une direction officielle des services administratifs et des services d’art.
A la tête de la maison se trouve le directeur, le premier supérieur, comme on l’appelait dans les ateliers; le texte de l'édit de 1667 dit formellement que cette fonction sera remplie par le premier peintre du roi; Le Brun et Mignard furent nommés en cette qualité. Pour Mignard, âgé de quatre-vingts ans, la fonction fut purement honorifique, car selon la tradition il ne vint pas une seule fois aux Gobelins; on lui donna comme suppléant, de La Chapelle Bessé, architecte du contrôle des bâtiments au département de Paris. Dès lors, soit par indifférence, soit pour des motifs d’économie, la direction devint une charge attachée au contrôle; les architectes De Cotte (Robert), De Cotte (Jules), d’Isle et Soufflot 1 occupèrent ainsi l’emploi de 1699 à 1781 .
Au point de vue administratif cette période fut lamentable; les directeurs occupés à leurs travaux d’architecture laissaient l’autorité à qui savait la prendre; bientôt par la force des choses naquit un emploi nouveau, l’inspection, dont les attributions ne furent définies qu’en 1783 dans un règlement général. Avant cette époque les inspecteurs prenaient l’importance qui convenait à leur caractère; les uns s’occupèrent d’art et d’enseignement, les autres des détails intérieurs, d’autres enfin ne virent dans leur titre qu’une sinécure honorifique. Un seul inspecteur, Oudry, a marqué
1. Voir aux Annexes la liste complète des fonctionnaires de la manufacture.
LES GOBELINS
comme direction d’art. Ses opinions personnelles furent imposées aux chefs d’ateliers, mais le lendemain de sa mort elles furent condamnées par ceux-là mêmes qui en avaient ordonné l’application. On peut dire que cette question d’inspection d’art est restée insoluble; ainsi en 1789, alors qu’il y avait déjà aux Gobelins deux inspecteurs membres de l’Académie de peinture, on nomma directeur pour l’art , Vien, chef de la nouvelle école de peinture; il fit quelques rapports sur les tableaux du Salon qui pouvaient être reproduits en tapisserie et démissionna la même année, sans doute à la suite de quelque conflit d’attribution.
Le règlement de 1783 présenta un réel intérêt; il résume les idées d’un administrateur éclairé de l’ancien régime sur l’organisation de la Manufacture; nous allons analyser ce document.
L’exposé des motifs reconnaît que la décadence de la Manufacture est incontestable; les intérêts de l’État et ceux de l’art sont compromis par les procédés qui depuis le commencement du siècle se sont abusivement introduits dans la gestion ; les agents inférieurs et les maîtres tapissiers, chefs d’ateliers, se sont insensiblement substitués au directeur et ont appliqué leurs propres idées; les chefs d’ateliers sont devenus des traitants vis-à-vis du roi; les ateliers sont en proie à l’insubordination; les ouvriers se plaignent, non sans raison quelquefois, d’un manque de justice. Il est urgent de réformer en se rapprochant le plus possible de l’édit de 1 667.
Le directeur chef de tous les services peut être astreint à loger dans l’hôtel des Gobelins; il est tenu à de fréquentes visites dans les ateliers et les écoles; il assure la discipline et la répression des abus et négligences; il donne des conseils, instructions et avis pour la correction et la pureté du dessin ainsi que pour la meilleure distribution du coloris; les
l'histoire et l’administration
entrepreneurs sont tenus de déférer à ses instructions, sauf l’expression sagement mesurée des observations que leurs capacités personnelles et leur expérience pourraient leur suggérer; ils ne peuvent commencer aucune tapisserie sans une autorisation préalable.
Le directeur surveille quand il le juge convenable les mesurages des travaux exécutés par les tapissiers. Il est obligé d’être présent au mesurage trimestriel; l’opération est consignée sur un registre, signée par le directeur, le surinspecteur, l’inspecteur et l’entrepreneur; copie en est adressée à l’administration supérieure.
Le directeur procède, avec deux intendants des bâtiments, à l’arrêté, en fin d’année, des comptes des entrepreneurs et de tous les autres mémoires de dépenses.
Il propose à l’administration supérieure le choix des sujets à exécuter en tapisserie. Lorsqu’un modèle nouveau est adopté, le directeur assisté du personnel de l’inspection, de l’entrepreneur et de deux des ouvriers les plus distingués de l’atelier, procède au mesurage des différentes parties d’ouvrages, qui composent la pièce : têtes, carnations, draperies, bordures, etc., de façon qu’il soit établi entre l’administration et l’entrepreneur et entre ce dernier et les tapissiers un contrat invariable pour le paiement de chaque nature d’ouvrage d’après un tarif officiel.
Au-dessous du directeur se trouve un service d’inspection.
Le surinspecteur est tenu à la résidence dans les bâtiments des Gobelins; il supplée le directeur absent, visite les ateliers et peut ordonner la destruction de l’ouvrage mal fait; il tient note des absences des tapissiers. Chaque semaine et obligatoirement chaque quinzaine il procède au mesurage de l’ouvrage exécuté par les tapissiers individuellement; la feuille de marque est signée par les intéressés afin d’assurer
LES GOBELINS
les paiements. Il surveille le magasin des tapisseries terminées et des matières nécessaires à la fabrication et à la teinture.
L’inspecteur assiste le surinspecteur et le remplace au besoin; il a la police de la maison et la surveillance spéciale des bâtiments et de la rivière de Bièvre; il est préposé à la garde des modèles et des traits; il est professeur à l’école de dessin.
Un garde-magasin tient la comptabilité des matières livrées aux entrepreneurs et à la teinture, il a le dépôt des tapisseries terminées. Si des personnes françaises ou étrangères et même des marchands se présentent pour acheter des tapisseries, le garde-magasin les laisse entrer dans son dépôt, mais il prévient aussitôt l’un des officiers de la Manufacture; ceux-ci entendent les propositions des acquéreurs et les transmettent à l’administration supérieure.
Le personnel administratif entretenu est complété par un aumônier, un chirurgien et un concierge, gardien de l’état des logements, des clefs et des meubles du roi.
Pendant le xvme siècle les crédits montèrent sans progression régulière du reste; en 1783 ils étaient à 140 000 livres non compris, comme précédemment, les appointements du directeur, les frais d’architecture et certains modèles. Les dépenses sont imputées sur les fonds de la direction générale, ordinairement de 3 millions à 3 millions 1/2 par an, à répartir entre les Académies de France et de Rome, les commandes et les achats d’œuvres d’art, les jardins, les bâtiments, les écoles d’art, les pensions et les encourage-
l’histoire et l’administration
ments aux artistes et les Manufactures royales ; mais la direction est toujours endettée. Ses payements sont en retard de deux ans quelquefois, elle n’envoie à la Manufacture que des acomptes très insuffisants et pour lui procurer de l’argent elle l’autorise à faire flèche de tout bois. On organise la vente au rabais des tapisseries en magasin; de septembre 1758 à janvier 1771 on réalise ainsi 193 783 livres; on fait payer au ministère des Affaires étrangères les tapisseries destinées aux cadeaux diplomatiques; aux Gobelins cette opération faisait dire : « Dans le fond c’est le Roy qui paye pour le Roy ». Les rabais deviennent de plus en plus grands; en 1779 le cardinal de La Rochefoucauld achète pour i5 507 livres six pièces de Y Ancien Testament de Coypel; ces tapisseries étaient portées à l’inventaire pour 23 143 livres; elles en avaient coûté le double en réalité. En cette même année on est sur le point de fermer les Gobelins qui vainement réclament une part, promise sans doute, sur la redevance payée par le fermier des chaises des Champs-Elysées. L’année suivante le directeur général paraît reprocher à la Manufacture de ne pas assez pousser à la vente ; il reçoit la réponse que voici :
« Le commerce des tapisseries qui, peut-être, a été intéressant dans l’origine parce que le luxe de ce temps était bien autrement élevé que de nos jours, est devenu presque nul et ne se rétablira peut-être jamais, parce qu’encore une fois, les spéculations de luxe ne sont plus les mêmes, parce que la mobilité du goût, ou plutôt des modes, ne s’accommode point d’un ameublement qui semble éternel, parce qu’un ameublement des Gobelins étant nécessairement très cher, est au-dessus de la portée des fortunes particulières et que les rangs les plus distingués renferment précisément les gens qui par raison de richesse ou de puissance sacrifient le plus possible à la frivolité; enfin parce qu’on a peut-être
LES GOBELINS
trop négligé les moyens d’exciter le public en répétant sans cesse l’exécution des mêmes sujets et n’étudiant pas assez les moyens d’en faciliter le commerce, comme par exemple d’y introduire moins de cherté. »
Malgré ces incessantes difficultés, on continue à travailler, mais il faut vraiment que les entrepreneurs aient eu de la patience, et M. d’Angiviller beaucoup de sagesse et de fermeté pour n’avoir pas tout abandonné.
La royauté n’avait pas avant la Révolution de crédits spéciaux. Ses dépenses se confondaient avec celles des autres services de l’État; la Constitution de 1791 mit fin à cet état de choses. Elle crée en faveur du roi une dotation annuelle de 25 millions, qui prend le nom de liste civile. Le 26 mai, l’Assemblée nationale décide que les Manufactures royales ne seront ni confondues ni aliénées avec les biens nationaux, mais placées dans les domaines laissés à la disposition du roi et à la charge de la liste civile; ce fut à ce moment-là seulement que les Gobelins devinrent une dépendance effective de la couronne; la dépense était alors d’environ 175 000 francs par an.
Un changement radical est opéré en 1792 dans l’organisation des ateliers; l’entreprise et le travail à la tâche sont supprimés. Dès lors, la direction ne saura plus à l’avance le prix que coûtera une tapisserie; c’est un inconvénient sans doute, mais il est faible relativement aux autres conséquences de la réforme, on le verra plus loin.
En septembre de la même année, la liste civile est abolie et les Manufactures sont attribuées au ministère de l’Inté-
l’histoire et l’administration
rieur. Dès 1790, Marat avait entrepris une ardente campagne contre ces établissements, qu’il regardait comme inutiles et absurdes. Le mouvement n’aboutit qu’à éveiller l’attention des pouvoirs publics; Roland, ministre de l’Intérieur, propose de soumettre les Manufactures des Gobelins et de Sèvres à un régime commercial mixte, basé sur l’association aux bénéfices et aux pertes d’un entrepreneur en chef et de tous ses collaborateurs; pour commencer la réalisation de cette idée singulière, il supprime les peintres et les chimistes des Gobelins et arrête le recrutement des élèves : on s’explique d’autant moins ces idées, que Roland était ancien inspecteur général du commerce et des manufactures à Rouen et à Amiens, et qu’il avait été en Angleterre pour étudier l’industrie. C’était la ruine de la maison à échéance fixe; heureusement, d’autres hommes d’État de la Révolution sont mieux inspirés.
La Convention nationale, très bien intentionnée à l’égard des Manufactures nationales, veut cependant simplifier leur organisation; le 10 juin 1793, elle décrète la réunion aux Gobelins de la Manufacture de la Savonnerie, située à Chaillot; la décision ne fut exécutée qu’en 1826, elle avait déjà été mise à l’étude en 1770. L’Assemblée charge aussi son comité des finances d’étudier la situation des services ressortissant à l’ancienne liste civile; le comité par l’organe du représentant Gillet demande des renseignements au ministre de l’Intérieur Paré; le ministre remet, en janvier 1794, un rapport dont voici l’extrait relatif aux manufactures des Gobelins et de Sèvres.
cc II ne faut pas se dissimuler que ces établissements, originairement consacrés au luxe et à une magnificence fastueuse, pourraient difficilement se prêter, par la nature même de leurs objets, à des spéculations commerciales. Différentes vues ont été présentées pour utiliser ces Manufac-
LES GOBELINS
tures; toutes mont paru ne tendre qu'à leur destruction ; fabriquez, disait-on, des tapisseries dont le prix diminue, par le rétrécissement des dimensions, par l’économie dans le choix des sujets, dans les richesses d’exécution et auquel les maisons et les fortunes ordinaires puissent atteindre; faites, disait-on encore, des porcelaines moins parfaites, moins riches en ornements, faites de la porcelaine commune, faites des imitations de la terre anglaise... C'était substituer les tapisseries d'Aubusson aux tapisseries des Gobelins , et convertir la Manufacture de porcelaine de Sèvres en une manufacture de faïence. Je pense qu’il faut que les deux Manufactures restent ce qu'elles sont ; mais en diminuer, s’il est nécessaire, les fabrications, ou du moins les proportionner aux diverses commandes qui pourraient en être faites, ou au débit qu’on aura lieu d’en attendre.
« Je me permettrai aussi de penser qu’il serait inconvenable, sous plusieurs rapports, de diminuer le nombre des ouvriers actuellement employés à ces trois Manufactures; ce serait d’abord ôter le pain à 5oo ou 600 ouvriers, la plupart chargés de famille,... étrangers à tout autre talent et hors d’état, par conséquent, de se procurer d’autres moyens de subsistance;... ce serait, en outre, intercepter la tradition ou la succession des talents rares et précieux qui y sont mis en œuvre... »
L’Assemblée fait acte de patriotisme, elle adopte les conclusions du rapport de Paré et les Manufactures sont sauvées.
Après la suppression des ministères, en mai 1794, les Manufactures sont placées dans les attributions de la Commission de l’agriculture et des arts. Lors du rétablissement des ministères en l’an III elles restent au département de l’Intérieur. Les crédits durant la Révolution ne peuvent être déterminés à cause des cours des assignats
l’histoire et l’administration 2 1
extrêmement variables. La Convention se montre toujours très favorable aux Gobelins, elle accorde des subsides en valeurs métalliques et des vivres en nature. La vente des tapisseries recommence et permet de subsister.
En 1804, les Manufactures passent dans la liste civile reconstituée sur les bases de la loi de 1791 ; les crédits sous l’Empire varient de 144000 à 173000 francs; tout le personnel est compris dans la dépense, mais au budget du musée du Louvre, on remarque une inscription de 8 à 12 000 francs par an pour la copie des tableaux destinés aux Gobelins. La Manufacture vend des tapisseries au Garde-Meuble et pour les cadeaux diplomatiques, elle encaisse l’argent, mais elle ne peut en faire usage et le reverse au trésorier de la couronne.
La Restauration accomplit enfin le projet depuis bien longtemps en vue; en 1826, elle fait passer les métiers de basse lisse à la Manufacture de Beauvais et les remplace aux Gobelins, par ceux de la Savonnerie. L’opération ne donna qu’une économie d’une dizaine de mille francs par an, parce que les tapissiers de basse lisse restèrent presque tous à Paris, et se mirent sans difficulté à la haute lisse; le fait est intéressant à noter. Le budget des Gobelins fut alors porté à 285 000 francs; de 1826 à 1848, il est au plus bas de 2 1 5 000 et au plus haut de 3o5 000 francs par an.
La liste civile tombe en 1848; le 18 mars, les Manufactures sont attribuées au ministère du Commerce et de l’Agriculture, qui aussitôt nomme un Conseil supérieur de perfectionnement chargé d’étudier les réformes que réclament ces établissements sous le rapport de Part et de l’industrie; on trouvera plus loin les résultats des travaux du conseil.
Si les Manufactures incorporées aux listes civiles ne peuvent être discutées par les Chambres, il n’en est plus de même lorsqu’elles sont des services publics. En juillet i85o
LES GOBELINS
leur cause est portée devant l’Assemblée nationale ; un député demande nettement la suppression des Gobelins, de Sèvres et de Beauvais. L’auteur de la proposition soutient qu’après avoir rendu de grands services ces établissements sont maintenant inutiles; le duc d’Albert de Luynes plaide le maintien et termine son discours par ces mots : « L’art est une gloire pour la France et nous donne une supériorité réelle sur les autres nations. Vous ne voudrez pas lui porter un coup funeste et faire ce que la Convention ne voulut pas décréter. » La proposition de suppression fut repoussée à mains levées.
La liste civile rétablie en i852 reprend les Manufactures et supprime le Conseil supérieur. Jusqu’à la chute de l’Empire le crédit des Gobelins est de 220 à 239 000 francs.
Le 3i octobre 1870 le gouvernement de la Défense nationale remet les Manufactures au ministère du Commerce et de l’Agriculture et le 2 janvier 1871 il les annexe aux services des Beaux-Arts au ministère de l’Instruction publique.
La Commune de 1871 prend des décrets de réorganisation des Gobelins, nomme des fonctionnaires et délègue près la Manufacture quelques membres de la fédération des artistes; l’intervention de ce nouveau personnel se borne à quelques menaces non suivies d’effet. Mais les Gobelins sont occupés militairement à cause d’une poudrière qui avait été établie pendant le siège dans un bâtiment isolé. Au moment de leur retraite les occupants décident de détruire l’établissement et le 24 mai le feu dévore une partie des salles d’expositions, un atelier et plusieurs magasins; heureusement l’incendie est arrêté par la troupe et le personnel de la maison. Cet ac*e criminel est sans atténuation possible; inutile à la défense, il a détruit d’inestimables tapisseries 1 et
1. Par un singulier hasard, parmi les tapisseries épargnées se trouvent les portraits en pied de Napoléon III et de l’impératrice d’après
Saisons, l’Été, par Le Brun.
l’histoire et l’administration 2 5
aurait pu avoir pour conséquence la suppression de la Manufacture; c’est une folie de guerre civile.
Depuis 1871, les Manufactures nationales sont restées à la direction des Beaux-Arts, sauf pendant la période du ministère des arts, du 24 novembre 1881 au 26 janvier suivant. En 1872 le crédit des Gobelins était de 208000 francs; il a -été porté à 236ooo francs en 1881; depuis 1 885 il est de 23 1 520 francs. Ce chiffre ne représente pas la dépense réelle : il ne comporte ni l’entretien des bâtiments ni la totalité des modèles; si la Manufacture avait dû payer tous les modèles originaux et les copies qui lui ont été prêtés depuis 1871 elle aurait eu de ce chef une dépense supplémentaire de 120000 francs environ. D’autre part elle supporte tous les frais de teinture des soies et des laines nécessaires à la Manufacture nationale de Beauvais.
L’administration des Gobelins a peu varié depuis la Révolution; elle est aussi simple que possible. Le personnel comprend :
Un administrateur;
Un chef du secrétariat et de la comptabilité, un commis, un garde-magasin;
Un directeur des travaux d’art, trois professeurs de dessin;
Un directeur de la teinture, un sous-directeur, un souschef d’atelier;
Un chef et un sous-chef d’atelier de la haute lisse;
Un sous-chef d’atelier de la Savonnerie;
Un sous-chef de l’atelier de la rentraiture.
Un décret du 3i octobre 1876 a créé une commission de perfectionnement composée d’artistes et d’érudits que le
Winterhalter ; ces ouvrages étaient roulés et garnis de toile, les fédérés avaient retiré ces rouleaux du magasin pour s’en servir comme oreillers.
LES GOBELINS
ministre consulte sur les questions d’art et d’enseignement 1.
Aucune tapisserie n’est entreprise qu’avec l’autorisation préalable du ministre.
Le ministre peut autoriser la vente des tapisseries et l’acceptation de commandes pour les particuliers; l’argent encaissé ne vient pas en augmentation des crédits ; il est versé au Trésor.
Telle a été l’existence de cette Maison sans rivale, aujourd’hui la plus ancienne manufacture d’art officielle de l’Europe. Tous les établissements de même nature formés antérieurement ont disparu; les fabriques de tapisseries fondées par les États étrangers après la nôtre ont eu le même sort.
La manufacture royale de Carlberg, créée en Suède vers 1 68 1 par la reine Ulrique Éléonore, femme du roi Charles XI, a été fermée au bout d’une douzaine d’années, après avoir tissé quelques tentures, notamment Y Histoire de Méléagre d’après Le Brun.
La fabrique de Kiôge en Danemark, installée par le roi Christian V, n’a fonctionné que de 1684 à 1698.
L’atelier de Berlin, créé en 1686 avec la protection de Frédéric- Guillaume, dit le Grand Électeur, semble avoir été fermé vers 1713.
1. La commission est composée de MM. Roujon, directeur des Beaux-Arts; Comte, directeur des Bâtiments civils; Bouguereau, J. -P. Laurens, membres de l’Académie des Beaux-Arts; H. Le Roux, J. Blanc, peintres; Rossigneux, architecte ; Louvrier de Lajollais, directeur de l’école des Arts décoratifs; Guiffrey, E. Muntz, écrivains d’art.
Ont fait précédemment partie de la commission : MM. Blanc (Charles), de Chennevières, E. Guillaume, P. Mantz; Kœmpfen, Castagnary, Larroumet, directeurs des Beaux-Arts; Duc, Ballu, Cabanel, Baudry, Delaunay, membres de l’académie des Beaux-Arts; Brune, architecte, Denuelle, Puvis de Chavanne, Steinheil, J. -B. Lavastre, peintres; Poulin, directeur des Bâtiments civils.
l’histoire et l’administration
La manufacture impériale de Russie n’a vécu que soixante ou soixante-dix ans; elle devait son établissement en 1716 à Pierre le Grand.
L’atelier établi par Clément XI en 1710 dans l’hospice de Saint-Michel à Rome n’a plus aujourd’hui que cinq tapissiers.
La fabrique de Santa-Barbara fondée en 1720 à Madrid par Philippe V, maintenant dans Olivar de Atocha, ne compte guère plus de tapissiers que Saint-Michel. Les deux, ateliers reçoivent la protection officielle sous forme de quelques commandes.
La manufacture royale des Windsor fondée en 1871 n’était pas à proprement parler un établissement officiel;, cependant elle était sous la protection directe du fils de lareine, le duc d’Albany; elle reçut jusqu’à vingt tapissiers,, tous d’Aubusson; à la mort du prince en 1884 elle périclita pour fermer bientôt après.
La tapisserie peut être fabriquée en tous pays, les faits le prouvent surabondamment; si les manufactures des Etatsétrangers ont succombé, c’est que nul gouvernement n’a su à l’égal des nôtres leur accorder une protection suivie et suffisante.