Jans père, entrepreneur de haute lisse de 1662 à
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très médiocre ouvrier, qu’il avait copié des tapisseries, mais fort mal, qu’il avait voulu le chasser des Gobelins, mais qu’il pria qu’on le laissât encore quelque temps, pendant quoi il espérait faire voir ce qu’il savait faire, disant qu’il s’était accommodé au temps courant, où l’on ne connaissait pas trop les belles choses, ni ne les payait-on pas plus que les mauvaises; que comme lui et son fils se sont fort perfectionnés le Roi a donné à celui-ci deux mille écus pour le marier. M. Colbert a ajouté qu’il souhaite que le Cavalier voie le progrès que fera cet établissement dans quatre ou cinq ans; que le Roi a cinquante ans de vie devant lui, pendant quoi les choses peuvent se perfectioner beaucoup; qu’à son égard, de lui, il avait pensé aux tapisseries dès le temps qu’il n’était pas surintendant des bâtiments
« Étant remontés en carrosse pour revenir à Paris, j’ai reparlé encore à M. Colbert de cette tapisserie à faire sur les tableaux de M. Poussin, mais je l’ai trouvé prévenu qu’elle ne réussirait pas, se souvenant, m’a-t-il dit, d’un de mes tableaux des « Sacrements », que j’avais fait exécuter, et qu’il avait vu n’avoir pas réussi. Je lui ai dit quele manque ne venait que des mauvais ouvriers qu’avait le nommé Soucani, associé de Coman, avec qui j’avais fait marché. Je lui ai exposé qu’il était impossible que cette tapisserie, bien exécutée, ne fût plus belle qu’aucune de France, si l’on en ôte celle des Actes des Apôtres , y ayant paysage, figures et architecture. Il a reparti que l’architecture ne faisait pas bien en tapisserie. « Oui, ai-je répliqué, s’il n’y avait qu’architecture, mais mêlée de figures et paysage, tels qu’il y en a dans ces tableaux, que cela réussirait admirablement, faisant exécuter les dessins par cinq ou six des meilleurs peintres comme Bourdon, etc. » Il n’a plus rien répondu et s’est endormi. Arrivés à Paris, il a remis le Cavalier au
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Palais-Mazarin, qu’il était heure de dîner. Le soir, le Cavalier a été aux Feuillants. »
Malgré l’opinion de Colbert, on exécuta la tenture de Moïse complétée par Le Brun au moyen de deux sujets nouveaux, le Serpent d'airain et le Buisson ardent ; les tableaux du Poussin furent agrandis par Stella (Antoine), Paillet, Testelin, de Sève le cadet, membres de l’Académie de peinture, Yvart le fils et Bonnemer, attachés à la Manufacture; cette suite ne peut compter parmi les tapisseries du temps qui sont l’honneur de la maison, on y remarque des fautes de proportions qui justifient les appréhensions de Colbert. Il est probable que des raisons d’économie triomphèrent de l’opinion du ministre.
L’exemple donné par Le Brun devait nécessairement être suivi par ses successeurs, d’autant plus que les embarras d’argent devenaient de plus en plus grands. M. de Marigny fit acheter dans les expositions des tableaux pour les Gobelins, et, en 1775, l’ordre fut donné par M. d’Angiviller de prendre au Salon de l’année les tableaux suivants pour les besoins de la Manufacture.
La toilette de la Sultane. — La Sultane suivie par des eunuques. — La Sultane commande des ouvrages aux odalisques,, par Van Loo.
Caïus Cressimus cité devant un édile. — Métellus sauvé par son fils, par Brenet.
Combat d'Entelle et de Darès. — Piété filiale de Cléobis, par Durameau.
Albinus et les vestales. — Fermeté de J ubellius Taurea , par Lagrenée le jeune.
Agrippine débarque à Brindes , par Renou.
Régulus sort de Rome pour se rendre à Carthage , par Lépicié.
Popilius envoyé en ambassade , par Lagrenée l’aîné.
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Sauf les Van Loo exécutés en tapisserie sous le nom de : les Costumes turcs , aucun de ces ouvrages n’avait un caractère décoratif suffisant pour servir de modèle.
Cette question des modèles spéciaux était donc devenue secondaire en assez peu de temps; voici du reste un fait qui prouve combien peu on tenait compte de la destination d’un modèle. Les Gobelins avaient exécuté plusieurs fois la tenture d’après Oudry les Chasses de Louis XV; trente ans après, en 1779, les neuf modèles, quoique en bon état de conservation, ne parurent plus dans le cas d’être repris, parce que « toutes les figures qui y sont représentées sont des portraits des seigneurs qui alors suivaient Sa Majesté; le portrait du Monarque est également dans tous les tableaux ». On les envoya à Sèvres, l’intention du Ministère étant de faciliter à la Manufacture de porcelaine « le moyen de produire des nouveautés qui puissent lui être utiles ».
Il y a dans ce fait une chose vraiment plaisante; on ne veut plus aux Gobelins des modèles, parce qu’ils montrent Louis XV et ses courtisans, mais on les trouve excellents pour des vases de porcelaine; ici le portrait du feu roi n’est plus digne de paraître dans des tapisseries, mais la-bas il peut encore servir; il y a donc dans la pensée de l’administration une différence considérable dans l’honneur de figurer sur une tapisserie ou sur un vase; la laine et la soie sont proclamées plus nobles que le kaolin; c’est la hiérarchie des matières premières établie officiellement. Mme de Pompadour n’était pas de cet avis, lorsqu’elle commandait à Sèvres les fameux vases de Fontenoy.
Est-ce à dire qu’il est impossible de faire une bonne tapisserie avec un tableau qui n’a pas été conçu pour une semblable interprétation? Evidemment non. La tapisserie les Forges de Vulcain , d’après le tableau peint par Boucher en 1757, a été exécutée aux Gobelins dans l’atelier Cozette en
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1774; c’est une œuvre charmante, d’une qualité supérieure et certainement l’une de celles que préfèrent nos praticiens actuels. Il serait facile de citer d’autres exemples : l’un des plus marquants est fourni par la tenture de Marie de Médicis7 d’après Rubens, décidée en 1827 et terminée en i83o; ces tapisseries sont très remarquables et prouvent la souplesse du talent de nos tapissiers.
En fait de modèles il n’y a donc rien d’absolu; le modèle spécial est la règle, mais en tapisseries comme ailleurs, à toute règle il y a des exceptions. Au reste, lorsqu’on se trouve en face de la réalité, les théories valent peu : pour bien des motifs, crédits épuisés, retards dans les livraisons, la Manufacture a été obligée de temps à autre d’avoir recours à des tableaux qui n’ont pas été préparés pour la tapisserie; tout ce qu’on peut exiger d’elle, c’est de les choisir avec discernement h
La pénurie d’argent a eu d’autres conséquences, quelquefois heureuses. Faute de fonds on reprenait des modèles déjà exécutés; ainsi la célèbre tenture des Indes fut répétée durant plus d’un siècle, sans arrêt pour ainsi dire, et qui oserait s’en plaindre aujourd’hui? C’est assurément grâce à ces incessantes reprises que la tradition d’une exécution technique, franche, sobre et puissante, n’a pas été tout à fait perdue dans les ateliers. Les répétitions de l’incomparable tenture du Don Quichotte sont un véritable bienfait pour l’art décoratif français du xvme siècle, dont les compositions de Ch. Coypel et de Lemaire le cadet sont une des expressions les plus justes et les plus magnifiques.
Mais pour faire des répliques, il'faut ménager les modèles, et les procédés d’alors ne les ménageaient guère. En haute lisse on appliquait le tableau contre la chaîne pour en cal-
1. Depuis 1889 toutes les tapisseries sur métier résultent de modèles spéciaux.
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quer les contours, c’était une cause de dégradation; plus tard on fit sur le tableau un calque, qu’on reportait ensuite sur la nappe formée par la chaîne. En basse lisse les modèles étaient découpés par bandes et placés pendant tout le temps du travail sous la chaîne tendue horizontalement, de sorte que les peintures s’usaient vite. Les tableaux des Indes sont donnés à Louis XIV par le prince Maurice de Nassau; en 1687, Houasse et Bonnemer touchent 3oo livres « acompte de huit tableaux d’animaux des Indes qu’ils racomodent pour faire en tapisserie »; en 1737, Fr. Desportes rajeunit les peintures et fit plusieurs compositions nouvelles l. Mais tous les modèles n’ont pas eu la bonne fortune d’être ainsi conservés et rajeunis; j’ai sous les yeux, en manuscrit, un Etat des tableaux du Roy entièrement ruinés et bons à dépecer pour faire des études ; c’est une liste d’environ 85 articles comprenant des modèles originaux ou en copie : de Le Brun, Y Histoire du Roy\ d’Audran, les Portières des Dieux ; de Delafosse, Boullogne le Jeune et Bertin, les Métamorphoses ; de Mignard, V Automne ; ia liste contient également une suite de modèles d’après les dessins de Raphaël et quelques Anciennes Indes. Ce document n’est pas daté. Comme il est vraisemblale que les Anciennes Indes n’ont été détruites qu’après les travaux de Desportes, on peut supposer que le dépeçage eut lieu vers le milieu du xvme siècle. Il nous reste aux Gobelins quelques parties des Portières des Dieux d’Audran, qui proviennent sans doute de cette regrettable opération 2.
Tout le monde, peintres, directeurs, entrepreneurs déploraient la perte des modèles et cherchaient des moyens de les