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2. Les musées du Louvre et de Versailles possèdent un certain nombre d’anciens modèles des Gobelins entiers ou par bandes incomplètes.
Aminthe et Sylvie, par F. Bouclier.
LES MODELES
préserver. L’habile et intelligent Neilson substitua, en basse lisse, un calque retourné au modèle placé sous la chaîne et découpé en bandes. Un autre attaché à la manufacture, dont je n’ai pu découvrir le nom, proposa en 1746 de demander aux artistes des modèles de haute lisse peints en petit; ces ouvrages seraient ensuite agrandis sous les yeux du maître et au besoin retouchés par lui. On objecta que rien n’était trop bon pour servir de modèle et que, la copie étant toujours inférieure à l’original, la tapisserie serait forcément inférieure. L’auteur du projet répondit : « Il n’est pas rationnel de sacrifier l’original pour une copie qui dure moins longtemps que la peinture; les grands peintres le savent, et c’est les décourager que de les obliger à la dure nécessité d’employer leurs veilles pour des ouvrages détruits presque en naissant, et dont il ne reste que des traductions qu’affaiblissent en peu de temps le soleil, la poussière et l’air. Estil même possible qu’un habile homme travaille avec ardeur à des ouvrages dont le sort malheureux, indubitable et prochain est toujours présent à son esprit? » L’auteur ajoute que le petit tableau original pourra être mis sous les yeux du chef de pièce, tandis que la grande toile roulée ne laisse voir qu’une petite partie de l’oeuvre et encore imparfaitement, puisque le tableau est placé derrière le modèle.
L’avis ne semble pas avoir été suivi, même momentanément; la Manufacture possède, il est vrai, quelques délicieuses maquettes de Boucher, mais les variantes qu’elles présentent dans les bordures et dans la disposition des guirlandes de fleurs indiquent que ces petites toiles sont des projets et non des modèles en réduction. Dans le même esprit de conservation, l’administration fit construire en l’an VI un grand métier à estrade pour exécuter les tapisseries sans qu’il soit nécessaire de les rouler : les modèles pouvaient ainsi rester tendus dans toutes les dimensions; l’essai ne
LES GOBELINS
réussit pas. Sous la Restauration, on creusa derrière les métiers, le long des murs, des fosses où les modèles étaient descendus à mesure de l’avancement de la tapisserie; l’humidité des ateliers des Gobelins, qui sont en contre-bas de la rue, ne permit pas de continuer cette pratique.
Je ne m’explique pas bien toutes ces recherches : du moment où en haute lisse le tableau n’a plus été appliqué contre la chaîne et qu’en basse lisse, le calque fut substitué au tableau, il n’y a plus eu de risques sérieux, et la preuve, c’est que de notre temps nous travaillons sans autre appareil qu’un cylindre d’enroulement à l’usage des grandes toiles; pour éviter toute détérioration, il suffit que les tapissiers prennent quelques précautions élémentaires, afin de ne pas frôler les toiles placées derrière eux; les modèles qui nous sont confiés sortent intacts des ateliers et nos successeurs pourront s’en servir en toute sécurité.
Il est difficile, sinon impossible de déterminer les prix des modèles sous l’ancien régime lorsqu’ils étaient exécutés par des peintres attachés à la Manufacture à titre permanent; en plus de leurs appointements réguliers, ces artistes recevaient sous forme d’indemnités ou de pensions des allocations variables dont une partie était pour les modèles. Nous savons que Bonnemer a reçu neuf livres par jour pour agrandir les tableaux du Poussin, mais ce prix ne fournit pas une indication suffisante pour l’estimation qu’on pouvait faire des modèles originaux.
Les modèles commandés aux autres peintres étaient médiocrement payés et les prix ont souvent donné lieu à des réclamation?. En voici quelques exemples choisis à dessein : Martin (Jean-Baptiste), « peintre des conquêtes du Roi », prend en 1691 sur les lieux des croquis du siège de Mons; il compose et peint un tableau de sept pieds sur dix qui représente l’opération « avec toutes les attaques et les diffé-
LES MODÈLES
rents mouvements de troupes, avec toutes les lignes de circonvallation et de contrevallation, escadrons et bataillons, le quartier du Roy qui est une abbaye sur le devant avec les mousquetaires et la maison du Roy et tout leur camp » ; prix, 1 5oo livres.
La destruction des palais d’Armide. par Coypel, de dixneuf pieds de long et ayant occasionné une année de travail, est payée 2 000 livres i.
Un meuble, composé de huit modèles pour sièges et de deux modèles pour canapé, représentant les quatre parties du monde, est réglé à raison de 643 livres à Eisen, professeur de dessin de Mme de Pompadour, et à Lenfant, peintre ordinaire du Roi.
Les modèles étaient rarement conçus en vue d’une décoration spéciale; si la monarchie n’avait eu d’autre but que de garnir de tapisseries les maisons royales, les Gobelins et Beauvais eussent bientôt manqué d’ouvrage pour le roi. Lorsque les modèles n’étaient pas de la dimension de la surface à remplir on les augmentait quelquefois au moyen de rallonges intercalées dans les alentours du motif principal, en d’autres cas on cousait ensemble deux pièces, ou bien encore on remplissait les vides avec des termes , qui sont des tapisseries étroites avec écussons et attributs. On trouve une preuve du peu de préoccupation que donnait l’usage de la tapisserie dans ce fait que les tentures ont été répétées plusieurs fois avec les mêmes dimensions; parmi les exceptions on peut citer les entre-fenêtres et surtout les Chancelleries exécutées pour les chanceliers de France sur des mesures données.