LETTRES ADRESSÉES A M. ORRY
Directeur et Ordonnateur général des bâtiments , jardins , arts, académies et manufactures .
Monseigneur,
Je prends la liberté de donner avis à Votre Grandeur que mon s econd tableau de la Tenture des Indes, plus long de six pieds que le précédent, sera en état d’être vu, vers le milieu de cette semaine.
Quoique vous m’ayez fait l’honneur de me dire, en voyant le premier, que vous en reposiez sur moi pour le reste, il me semble qu'il ne doit pas vous être indifférent de juger par vos yeux, si je continue bien d 'éviter de tomber dans le défaut de simple copie , que l’on avait tasché de vous faire craindre pour moi.
Tant qu’il plaira à Votre Grandeur de m’honorer de ses ordres, j’y serai attentif autant qu’il me sera possible à tascher de mériter son approbation, et à ne rien faire d’indigne de ma petite réputation, l’un et l’autre m’estant aussi à cœur que l’honneur d’être avec un profond respect,
De Votre Grandeur Le très humble et obéissant serviteur,
Desportes.
Ce dimanche matin, i5 décembre 1737.
Monseigneur,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de la visite que je fis aux Gobelins lundy 22 de ce mois. Je vis la figure d’un petit amour qui embrasse les genoux de Renaud auquel il ne manque plus que la tête, et les deux pieds d’Armide qui me parurent d’un ton de couleur beaucoup au-dessus de ce que j’avais vu cy-devant. Je témoignai ma satisfaction aux tapissiers, en les priant de me donner souvent l’occasion de vous dire du bien de leurs ouvrages, et en leur représentant que rien n’était si cruel pour un galant homme que de porter des plaintes contre des gens auxquels il voudrait rendre service, qu’ils songeassent cependant que je ne pouvais m’en dispenser s’ils se négligeaient, que
ANNEXES
les fréquentes visites que je comptais leur faire me prendraient un temps considérable et qu’il serait bien douloureux pour moi qu’il fût perdu. Que ne m’est-il possible, Monseigneur, de vous faire des remerciements de l’ordonnance que je viens de recevoir pour le tableau de la Destruction du palais d’Armide.
Je prendrais cette liberté si je ne craignais de passer dans votre esprit pour un courtisan outré. J’aurais beau vous dire tout le mal que je pense de mes ouvrages, je ne vous persuaderais jamais qu’une ordonnance de 2 ooo livres peut être regardée comme un paiement avantageux, d’un tableau de 19 pieds de long, qui est l’ouvrage d’une année.
Ce que je puis faire de mieux en ce cas cy, c’est de vous assurer que rien ne peut ralentir mon zèle, ni diminuer le profond désir que j’ai de vous le prouver.
Je suis avec un profond respect, Monseigneur,
Votre très humble et obéissant serviteur ,
Coypel.
Ce 26 décembre 1788.
Monseigneur,
Je vais si souvent visiter les tapissiers des Gobelins que si chacune de mes visites vous coûtait la lecture d’une de mes lettres, je recevrais bientôt un ordre de votre part d’en faire moins souvent. Cette réflexion m’a fait prendre le party de joindre dans une seule pièce d’écriture, la relation de deux voyages à cette Manufacture. Je fis le premier le 17 janvier et je fus très satisfait de la tête de ce petit amour qui embrasse les genoux de Renaud, autant qu’il peut m’en souvenir je parlai de façon à encourager les ouvriers. Enfin je sortis des Gobelins non seulement content de ce que j’y avais vu, mais même de ce que j’y avais dit, chose qui n’est pas ordinaire. J’avais promis au sieur de Monmarquet 1 de le revoir le samedy 7 février, et je n’ai eu garde de manquer à ma parole. Je n’ai trouvé de nouveau dans la pièce de Renaud, qu’un bras d’Armide dont le coloris était trop rouge, mais le tapissier qui l’avait fait se doutant bien que je le trouverais tel, s’occupait en m’attendant, à le supprimer pour le recommencer et, si je n’ai pas été satisfait de son ouvrage, j’ai du moins été très content de la prompte justice qu’il lui rendait.