Monmerqué, entrepreneur de haute lisse de 1736 à
ANNEXES
Voilà, Monseigneur, ce que je puis avoir l’honneur de vous dire au sujet des Gobelins.
Si vous désirez savoir ce qui se passe dans mon cabinet, je vous en rendrai compte avec la même naïveté.
Je n’en suis point sorti de l’hiver, pas même pour faire des visites, j’y passe mon temps délicieusement tantôt à y étudier la nature, tantôt à faire des lectures relatives les unes à mon art, les autres propres à me maintenir dans cette heureuse philosophie qui me rend content de la médiocrité de ma situation.
Enfin j’attends paisiblement dans ce cher cabinet que quelque heureuse idée vienne m’y saisir pour la transporter sur la toile et l’exposer à vos regards. Car je prends la liberté de vous supplier, Monseigneur, de trouver bon que je ne travaille qu’autant que je serai entraîné par la force de l’imagination. Je ne puis traiter la Peinture autrement, je veux tâcher de vous donner de bonnes choses, et les bonnes choses ne se font pas à tout instant, je plains le sort de ceux qui le croyent, et qui sont obligés de produire tous les jours et qui se trouvent dans la malheureuse nécessité de promettre du beau, à jour nommé, ainsi que l’on promet un habit. Enfin, Monseigneur, si vous me permettez de vous dire ce que je pense de la peinture, je l’adore comme occupation, je la déteste comme profession.
Cet aveu que je prends la liberté de vous faire vous engage encore plus à ne me rien passer. On doit moins pardonner de fautes à celui qui ne s’occupe que dans l’espérance de produire du beau, qu’à ceux qui sont obligés de travailler pour acquérir l’utile.
Je suis avec un profond respect, Monseigneur ,
Votre très humble et obéissant serviteur,
Le 8 février 1739.
Coypel.