ACTE I, SCENP V
VERNON
Vous oubliez que je suis médecin, mon cher ami ; c'est bon pour un refrain de romance, ce que vous dites à madame.
GERTRUDE
Il y a des refrains de romance, docteur, qui sont très-vrais.
LE GÉNÉRAL
Docteur, si tu continues à taquiner ma femme, nous nous brouillerons : un doute sur ce chapitre est une insulte.
VERNON
Je n'ai pas de doute, aucun. (A\j, Général.) Seulement, vous avez aimé tant de femmes avec la puissance de Dieu, que je suis en extase, comme médecin, de vous voir toujours si bon chrétien, a soixante-dix ans. (Gertrude se dinge doucement vers le canapé où est assis le docteur.)
LE GÉNÉRAL
Chut ! les dernières passions, mou ami, sont les plus puissantes.
VERNON
Vous avez raison. Dans la jeunesse, nous aimons avec toutes nos forces qui vont en diminuant, tandis que dans la vieillesse nous aimons avec notre faiblesse qui va, qui va grandissant.
LE GÉNÉRAL
Méchant philosophe !
GERTRUDE, à Fernon.
Docteur, pourquoi, vous, si bon, essayez-vous de jeter des doutes dans le cœur de Grandchamp?... Vous savez qu'il est d'une jalousie à tuer sur un soupçon. Je respecte tellement ce sentiment, que j'ai fini par ne plus voir que vous, monsieur le maire et monsieur le curé. Voulez-vous que je renonce encore
à votre société, qui nous est si douce, si agréable? Ah! voila
Napoléon.
vernon, à part.
Une déclaration de guerre !... Elle a renvoyé tout le monde, elle me renverra.
GODARD
Docteur, vous, qui êtes presque delà maison, dites-moi donc ce que vous pensez de mademoiselle Pauline. (Le Docteur se lève le regarde, se mouche et gagne le fond. On entend sonner pour le dîner.)