‹ La MaratreChapitre 17 sur 93 · ACTE I, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII

mon arrivée, j'ai senti que je ne pourrais jamais vivre sans Pauline.

RAMEL

Grâce à cet amour, ta position ici me semble, à moi magistrat, un peu moins laide que je ne le croyais.

FERDINAND

Ma position? mais elle est intolérable à cause des trois caractères au milieu desquels je me trouve pris : Pauline est hardie, comme le sont les jeunes personnes très-innocentes dont l'amour est tout idéal et qui ne voient de mal à rien, dès qu'il s'agit d'un homme de qui elles font leur mari. La pénétration de Gertrude est extrême, nous y échappons par la terreur que cause à Pauline le péril où nous plongerait la découverte de mon nom, ce qui lui donne la force de dissimuler! Mais, Pauline vient à l'instant de refuser Godard.

RAMEL

Godard, je le connais... C'est, sous un air bête, l'homme le plus fin, le plus curieux de tout le département, et il est ici ?

Il y dîne.

RAMEL

Méfie-toi de lui.

FERDINAND

Bien! Si ces deux femmes, qui ne s'aiment déjà guère, venaient à découvrir qu'elles sont rivales, l'une peut tuer l'autre, je ne sais laquelle ; l'une forte de son innocence , de sa passion légitime; 1 autre furieuse de voir se perdre le fruit de tant de dissimulation, de sacrifices, de crimes mêmes... ramel. (Napoléon entre.)

Tu m'effrayes ! moi, procureur du roi ! Non, parole d'honneur, les femmes coûtent souvent plus qu'elles ne valent.

NAPOLÉON

Bon ami ! papa et maman s'impatientent après toi; ils disent qu'il faut laisser les affaires, et Yernon a parlé d'estomac.

FERDINAND

Petit drôle, tu es venu m'écouter.

NAPOLÉON

Maman m'a dit à l'oreille : Va donc voir ce qu'il fait, ton bon ami.

FERDINAND

Va, petit démon! va, je te suis! (A Ramel.) Tu vois, elle fait de cet enfant un espion innocent. (Napoléon sort.)

RAMEL

C'est l'enfant du général?

FERDINAND

Oui.

22 LA MArUTRÉ.

RAMEL

11 a douze ans ?

Oui.

FERDINAND

RAMEL

Voyons?... Tu dois avoir quoique chose de plus à me dire.

FERDINAND

Allons, je t'en ai dit assez.

RAMEL

Eh bien ! va dîner... Ne parle pas de mon arrivée, ni de ma qualité. Laissons-les dîner tranquillement. Va mon ami, va.

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