ACTE I, SCENE VITI
du roi pour moi, n'est-ce pas? Tu vas voir par la nature de mes aveux qu'ils exigent le secret du confesseur. ramel.
Y aurait-il quelque chose de criminel.
FERDINAND
Allons donc! tout au plus des délits que les juges voudraient avoir commis.
RAMEL
C'est que je ne t'écouterais pas; ou, si je t'écoutais...
FERDINAND
Eh! bien?
RAMEL
Je demanderais mon changement.
FERDINAND
Allons, tu es toujours mon bon, mon meilleur ami... Fh î bien, depuis trois ans, j'aime tellement mademoiselle Pauline de Grandchamp, et elle...
RAMEL
N'achève pas, je comprends. Vous recommencez Roméo et Juliette... en pleine Normandie.
Avec cette différence que la haine héréditaire, qui séparait ces deux amants, n'est qu'une bagatelle en comparaison de l'horreur de monsieur de Grandchamp , pour le fils du traître Marcandal !
RAMEL
Mais voyons! mademoiselle Pauline de Grandchamp sera libre dans trois ans ; elle est riche de son chef; (je sais cela par les Boudeville) ; vous vous en irez en Suisse pendant le tempsnécessaire à calmer la colère du général ; et vous lui ferez, s'il le faut, les sommations respectueuses.
FERDINAND
Te consulterais-je, s'il ne s'agissait que de ce vulgaire et facile dénouement?.
RAMEL
Ah! j'y suis! mon ami. Tu as épousé ta Gertrude... ton ange... qui s'est comme tous les anges métamorphosée en... femme légitime.
FERDINAND
Cent fois pis ! Gertrude, mon cher, c'est... madame de Grandchamp.
RAMEL
Ah ça! comment t'es-tu fourré dans un pareil guêpier?
FERDINAND
Comme on se fourre dans tous les guêpiers, en croyant y trouver du miel.
RAMEL
Oh ! oh ! ceci devient très-grave! alors ne me cache plus rien.
Mademoiselle Gertrude de Meilhac, élevée a Saint-Denis, m'a sans doute aimé d'abord par ambition ; très-aise de me savoir riche, elle a tout fait pour m'attacher de manière à devenir ma femme.
RAMEL
C'est le jeu de toutes les orphelines intrigantes.
FERDINAND
Mais, commentGertrudeafinipar m'aimer?... c'est ce qui ne se peut exprimer que parles effets mêmes de cette passion, que dis-je passion ? c'est chez elle ce premier, ce seul et unique amour qui domine toute la vie et qui la dévore. Quand elle m'a vu ruiné vers la fin de 181 6, elle qui me savait, comme toi, poète, aimant le luxe et les arts, la vie molle et heureuse, enfant gâté pour tout dire, a conçu, sans me le communiquer d'ailleurs,un de ces plans infâmes et sublimes,comme tout ce que d'ardentes passions contrariées inspirent aux femmes, qui, dans l'intérêt de leur amour, font tout ce que font les despotes dans l'intérêt de leur pouvoir; pour elles, la loi suprême, c'est leur amour...
RAMEL
Les faits, mon cher'?... Tu plaides, et je suis procureur du roi.
FERDINAND
Pendant que j'établissais ma mère en Bretagne, Gertrude a rencontré le général Grandchamp, qui cherchait une institutrice pour sa fille. Elle n'a vu dans ce vieux soldat blessé grièvement, alors âgé de cinquante-huit ans, qu'un coffre-fort. Elle s'est imaginé être proinptement veuve, riche en peu de temps, et pouvoir reprendre et son amour et son esclave. Elle s'est dit que ce mariage serait comme un mauvais rêve, promptement suivi d'un beau réveil. Et voilà douze ans que dure le rêve ! mais tu sais comme raisonnent les femmes.
RAMEL
Elles ont une jurisprudence à elles.
Gertrude est d'une jalousie féroce. Elle veut être payée par la fidélité de l'amant de l'infidélité qu'elle fait au mari, et comme elle souffrait, disait-elle, le martyre, elle a voulu...
RAMEL
T'avoir sous son toit pour te garder elle-même.
FERDINAND
Klle a réussi, mon cher, h m'y faire venir. J'habite, depuis environ trois ans, une petite maison près de la fabrique. Si je ne suis pas parti la première semaine, c'est que, le second jour de