ACTE II, SCENE I
MARGUERITE
Un saint de pierre, car il est aveugle.
FÉLIX
Dites donc aveuglé.
MARGUERITE
Ah! vous avez bien trouvé cela, vous.
FÉLIX
Le général n'a qu'un défaut... il est jaloux.
MARGUERITE
Et emporté donc !
FÉLIX
Et emporté, c'est la même chose. Dès qu'il a un soupçon, il bûche. Et ça lui a fait tuer deux hommes, là, raide sur le coup... Nom d'un petit bonhomme, avec un troupier de ce cdractère-là, faut... quoi... l'étouffer de cajoleries... et madame l'étouffé... ce n'est pas plus fin que cela! Et alors avec ses manières elle lui a mis, comme aux chevaux ombrageux, des œillères : il ne peut voir ni à droite ni à gauche, et elle lui dit: «Mon ami regarde devant toi! » Voilà.
MARGUERITE
Ah vous pensez comme moi qu'une femme de trente-deux ans n'aime un homme de soixante-dix ans qu'avec Une idée... Elle a un plan.
ramel, à part.
Ohl les domestiques? des espions qu'on paye.
FÉLIX
Quel plan? elle ne sort pas d'ici, elle ne voit personne.
MARGUERITE
Elle tondrait sur un œuf! elle m'a retiré les clefs, à moi qui avais la confiance de défunt madame ; savez-vous pourquoi?
FÉLIX
Tiens! parbleu, elle fait sa pelote.
MARGUERITE
Oui ! depuis douze ans avec les revenus de mademoiselle et les bénéfices de la fabrique. Voilà pourquoi elle retarde l'établissement de ma chère enfant tant qu'elle peut, car faut donner le bien en la mariant.
FÉLIX
C'est la loi.
MARGUERITE
Moi, je lui pardonnerais tout, si elle rendait mademoiselle heureuse; mais je surprends ma pauvre Pauline à pleurer, jn lui demande ce Qu'elle a : — « Rien qu'a dit, rien, ma bonne Marguerite ! » (Félix sort.) Voyons, ai-je tout .fait? Oui, voilà la table de jeu.... les bougies, les cartes... àh! le canapé. (Elle aperçoit Ramel) Dieu de Dieu! un étranger !
2i LA MARATRE.
RAMEL
Ne vous effrayez pas, Marguerite.
MARGUERITE
Monsieur a tout entendu.
RAMEL
Soyez tranquille, je suis discret par état, je suis le procureur du Koi.
GERTRUDE
Oh!