‹ La MaratreChapitre 3 sur 93 · GERTRUDE, LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GERTRUDE, LE GÉNÉRAL

GERTRUDE

Je t'assure, mon ami, qu'il serait imprudent d'attendre plus longtemps pour marier ta tille, elle a vingt-deux ans. Pauline a trop tardé à faire. un choix : et, en pareil cas, c'est aux parents à établir leurs enfants... d'ailleurs j'y suis intéressée.

LE GÉNÉRAL

Et comment ?

GERTRUDE

La position d'une belle-mère est toujours suspecte. On dît depuis quelque temps dans tout Louviers que c'est moi qui suscite des obstacles au mariage de Pauline.

LE GÉNÉRAL

Ces sottes langues de petites villes ! je voudrais en couper quelques-unes! l'attaquer, toi, Gertrude, qui oVpuis douze ans es pour Pauline une véritable mère! qui l'as si bien élevée!

GERTRUDE

Ainsi va le monde ! On ne nous pardonne pas de vivre à une si faible distance de la ville, sans y aller. La sofejéfé ix»us punit de savoir nous passer d'elle! Crois-tu que notre bonheur ne fasse pas de jaloux? Mais notre docteur...

LE GÉNÉRAL

Vernon?...

GERTRUDE

Oui, Vernon est très-envieux de toi ; il enrage de ne pas avoir su inspirer à une femme Pânéctîon que j'ai pour toi. Aussi, préten 1-ilque je joue la comédie! Depuis douze ans?... comme c'est mblable!

Une femme ne peut pas être Causse pendant douze ans sans qu'on s'en aperçoive. C'est stupide ! Ah ! Vernon ! lui aussi !

ACUE tj SCENE I. 3

GERTRUDE

Oh! il plaisante! Ainsi donc, comme je te le disais, tu vas voir Godard. Cela m'étonne qu'il ne soit pas arrivé. C'est un si riche parti que ce serait une folie que de le refuser. Il aime Pauline , et quoi qu'il ait ses défauts, qu'il soit un peu provincial, il peut rendre ta fille heureuse.

LE GÉNÉRAL

J'ai laissé Pauline entièrement maîtresse de se choisir un mari.

GERTRUDE

Oh! sois tranquille ! Une fille si douce ! si bien élevée ! si sage !

LE GÉNÉRAL

Douce! elle a mon caractère, elle est violente.

GERTRUDE

Elle, violente! Mais, toi, voyons'?... ne fais-tu pas tout ce que je veux ?

LE GÉNÉRAL

Tu es un ange , tu ne veux jamais rien qui ne me plaise! A propos, Vernon dîne avec nous après son autopsie.

GERTRUDE

As-tu besoin de me le dire?

LE GÉNÉRAL

Je ne t'en parle que pour qu'il trouve à boire les vins qu'il affectionne !

félix, entrant.

M. de Rimonville.

LE GÉRÉRAL.

Faites entrer.

gertrude, elle fait signe à Félix de ranger la jardinière.

Je passe chez Pauline pendant que vous causerez affaires, je m suis pas fâchée de surveiller un peu l'arrangement de sa toilette Ces jeunes peisonnes ne savent pas toujours ce qui leur sied le mieux.

LE GENERAL

Ce n'est pas faute de dépense ! car depuis dix-huit mois sa toilette coûte le double de ce qu'elle coûtait auparavant; après tout, pauvre fille, c'est son seul plaisir.

GERTRUDE

Comment, son seul plaisir? et celui de vivre en famille comme nous vivons ! Si je n'avais pas le bonheur d'être ta femme, je voudrais être ta fille!... Je ne te quitterai jamais, moi! [Elle fait quelques pas.) Depuis dix-huit mois, tu dis? c'est singulier!... En effet* elle porte depuis ce tempe-là des den telles j des bijoux, de jolies choses.

LE GÉNÉRAL

Elle est assez riche pour pouvoir satisfaire ses fantaisies.

GERTRUDE

Et elle est majeure! [A part.) La toilette, c'est la fumée! y aurait-il du feu? (Elle sort.)

Page 1