‹ La MaratreChapitre 40 sur 93 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

GERTRUDE, seule d'abord, puis CHAMPAGNE.

(Gertrude remonte elle-même une jardinière par le perron et la dépose dans la première pièce.) gertrude.

Ai-je eu de la peine à endormir ses soupçons ! Encore une ou deux scènes de ce genre, et je ne serai plus maîtresse de son esprit. Mais j'ai conquis un moment de liberté... Pourvu que Pauline ne vienne pas me troubler... Oh! elle doit dormir... elle s'est couchée si tard .. Serait-il possible de l'enfermer?... (Elle va voir la porte de la chambre de Pauline.) Non !... Champagne, entrant.

Monsieur Ferdinand va venir, madame.

gertrude.

Merci, Champagne. Il s'est couché bien tard, hier î

k\ LA MARATRE.

CHAMPAGNE

Monsieur Ferdinand fait, comme vous le savez, sa ronde toutes les nuits, et il est rentré vers une heure et demie du matin. Je couche au-dessus de lui, je l'entends.

GERTRUDE

Se couche-t-il quelquefois plus tard?

CHAMPAGNE

Quelquefois! c'est selon le temps qu'il met à faire sa ronde.

GERTRUDE

Bien, merci. (Champag ne sort.) Pour prix d'un sacrifice qui dure depuis douze ans, et dont les douleurs ne peuvent être comprises que par des femmes, car les hommes devinent-ils jamais de pareilles torture s? qu'avais-je demandé? bien peu! le savoir là, près de moi, sans autre plaisir qu'un regard furtif de temps en temps. Je ne voulais que cette certitude d'être attendue... certitude qui nous suffit, à nous autres pour qui l'amour pur, céleste, est un rêve irréalisable. Les hommes ne se croient aimés que quand ils nous ont fait tomber dans la fange ! Et voilà comme il me récompense ! il a des rendez-vous la nuit avec cette sotte de fille! Kh bien ! il va me prononcer mon arrêt de mort, en face: et, s'il en aie courage, j'aurai celui de les désunir à jamais, à l'instant, j'en ai trouvé le moyen... Ah ! le voici ! je me sens défaillir ! Mon Dieu ! pourquoi nous faites-vous donc tant aimer un homme qui ne nous aime plus !

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