‹ La MaratreChapitre 50 sur 93 · GERTRUDE, PAULINE · texte numérisé non relu

GERTRUDE, PAULINE

Pauline, elle ferme la porte au verrou. Madame, estimez-vous qu'un amour pur, qu'un amour qui, pour nous, résume et agrandit toutes les félicités humaines , qui fait comprendre les félicités divines, nous soit plus cher, plus précieux que la vie ?...

GERTRUDE

Vous avez lu la Nouvelle Hèldise , ma chère. Ce que vous dites là est pompeux, mais c'est vrai.

PAULINE

Eh bien ! madame , vous venez de me faire commettre un suicide...

GERTRUDE

Que vous auriez été heureuse de me voir accomplir ; et, si vous aviez pu m'y forcer, vous vous sentiriez dans l'âme la joie qui remplit la mienne à déborder.

PAULINE

Selon mon père, la guerre entre gens civilisés a ses lois ; mais la guerre que vous me faites, madame, est celle des Sauvages.

GERTRUDE

Faites commemoi , si vous pouvez?... Mais vous ne pourrez rien! Vous épouserez Godard. C'est un fort bon parti; vous serez, je vous l'assure, très-heureuse avec lui, car il a des qualités.

Et vous croyez que je vous laisserai tranquillement devenir la femme de Ferdinand ?

GERTRUDE

Après le peu de paroles que nous avons échangées cette nuit, pourquoi prendrions-nous des formules hypocrites? J'aimais Ferdinand, ma chère Pauline, quand vous aviez huit ans.

PAULINE

Mais vous en avez plus de trente ! ... Et moi, je suis jeune ! . . .D'ailleurs, il vous hait, il vous abhorre ! il me l'a dit, et il ne veut pas d'une femme capable d'une trahison aussi noire que l'est la vôtre envers mon père.

GERTRUDE

Aux yeux de Ferdinand, mon amour sera mon absolution.

PAULINE

Il partage mes sentiments pour vous : il vous méprise, madame.

GERTRUDE

Vous croyez? eh bien, ma chère, c'est une raison de plus ! Si je ne le voulais pas par amour, Pauline, tu me le ferais vouloir

pour mari, par vengeance. En venant ici, ne savait-il pas qui j'étais?

PAULINE

Vous l'aurez pris a quelque piège, comme celui que vous venez de nous tendre, et où nous sommes tombés.

GERTRUDE

Tenez, ma chère, un seul mot va tout finir entre nous. Ne vous êtes vous pas dit cent fois, mille fois dans ces moments où l'on se sent tout âme, qne vous feriez les plus grands sacrifices à Ferdinand ?

PAULINE

Oui, madame.

GERTRUDE

Comme quitter votre père, la France! donner votre vie, votre honneur, votre salut.

PAULINE

Oh! l'on cherche si Ton a quelque chose de plus à offrir que soi, la terre et le ciel.

GERTRUDE

Eh bien ! ce que vous avez souhaité, je l'ai fait moi! C'est assez vous dire que rien ne peut m'arrèter, pas même la mort.

PAULINE

C'est donc vous qui m'aurez autorisée à me défendre ! [à part.) 0 Ferdinand! notre amour, (Gerlrude va s'asseoir sur le canapé pendant Vapartè de Pauline.) elle le dit, est plus que la vie I (à Gertrude.) Madame, tout le mal que vous m'avez fait vous le réparerez ; les difficultés, les seules qui s'opposent à mon mariage avec Ferdinand, vous les vaincrez... Oui, vous qui avez tout pouvoir sur mon père, vous lui ferez abjurer sa haine pGur le fils du général Marcandal.

GERTRUDE

Ah ! très-bien.

PAULINE

Oui madame.

GERTRUDE

Va quels moyens formidables avez-vous pour me contraindre?

Nous nous faisons, vous le savez, une guerre de Sauvages?...

GERTRUDE

Dites de femmes, c'est plus terrible ! Les Sauvages ne font souffrir que le corps ; tandis que nous, c'est au cœur, à l'amourpropre, à l'orgueil, à l'urne que nous adressons nos flèches, nous les enfonçons en plein bonheur.

PAULINE

Oh ! c'est bien tout cela, c'est toute la femme que j'attaque l

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